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J’écris la même chose que tout le monde (tous les étrangers qui écrivent): l’internet chinois a été plus ou moins coupé du monde depuis mardi soir. Pour une fois ce ne sont pas les autorités de l’empire qui ont pris soin d’empêcher les mauvaises pensées d’arriver, c’est un tremblement de terre sous-marin au large de la province de Taiwan, là où passent les câbles. En attendant que l’extérieur revienne, j’ai lu les publications de la cour impériale en langues étrangères. J’ai ainsi appris que le ministre chargé de l’Office d’Information du Conseil des Affaires d’Etat de Chine Cai Wu a reproché à certains « médias reconnus » des reportages irresponsables négatifs sur la Chine, tout en reconnaissant l’apparition de plus de reportages « objectifs » étrangers sur le pays ces dernières années. Le détail à lire sur china.org.cn .

J’ai croisé hier un groupe de ministres de la propreté municipale sur leurs chars de fonction à trois roues, sanlunchesan lun che.

tricycles

Ajouté en février: Les articles entre ce jour et le 25 janvier peuvent être lus sur http://ebolavir.blogspot.com/  , alors qu’il n’était plus possible d’écrire de nouveaux articles sur le site habituel.

 
   

Les petits anges du père Noël

Père Noel sur une vitrineJuste pour montrer à quoi ça ressemble, suivez-moi au restaurant. C’est au centre de TEDA, cet endroit tellement international qu’on y trouve des restaurants à thème chinois, comme si on était à Cergy-Pontoise. Devant la vitrine, un petit morceau de Grande Muraille, des canons en vraie fonte, un pot pour faire fermenter le vin de riz. Et la tête du Père Noël. La caissière a un chapeau pointu rouge à pompon blanc, et un bandeau orné de quatre étoiles clignotantes. Les serveurs n’ont pas d’étoiles sur le front. La veste rouge est l’uniforme normal. Au bureau de poste aussi, les dames du guichet ont mis le bonnet rouge qui égaie leur uniforme vert armée. J’aurais dû demander la permission de les photographier, mais elles m’intimident. Au restaurant c’est plus simple. On sort l’appareil et si les gens sourient c’est qu’on peut agir.

Sur la banderole au-dessus de la caisse, les petits anges tiennent les quatre caractères (en simplifié) qui signifient Noël (shengdan) joyeux (kuaile). Des anges, pas des lutins, on progresse.4 caractères

Comptoir

Voici que je trouve dans mon journal favori (le China Daily, quotidien écrit en anglo-chinois et providence de ceux comme moi dont la tête tourne après trois lignes en caractères) que dix étudiants de troisième cycle de sciences de l’éducation ont publié une pétition où ils disent que les Chinois devraient s’appliquer à comprendre les bases de leur culture plutôt que copier ce qu’ils ne comprennent pas.  Serveur et cliente au restaurant

Heureusement, je suis en compagnie de quelqu’un qui comprend.

Shengdan kuaile

shengdan kuaileEn français, mot-à-mot, Noel joyeux. La fête de fin d’année est résolument chrétienne dans le vocabulaire. Sauf que personne ou presque ne sait qui est le petit Jésus. Comme c’était dimanche, nous en avons profité pour réunir la famille. Beau-père, beaux-frères et leurs épouses. Je ne les avais jamais encore rencontrés ensemble. J’ai encore toute la semaine de fin d’année de l’ère commune pour en parler.

arbre de noel

Et celui-ci était affiché au mur du restaurant où nous avons dîné.

Ce n’était pas le Macdonald. 

père noel

Teda blues

taida caractères trad.Ce matin, en débarquant à la gare de Dong Hai ville nouvelle, le terminus du nouveau métro express, j’ai vu quelque chose pour la première fois en Chine: un lieu public désert. C’est vrai qu’il n’y a que la station de métro et la gare des autobus au milieu de rien du tout, et des avenues vides qui en partent. Les grands immeubles qu’on voit au loin ont moins de cinq ans d’age. C’est la ville nouvelle où on assemblera des Airbus dans pas longtemps. Tianjin Economic Development Area, d’où TEDA, transcrit en phonétique par deux caractères favorables qui signifient « paisible réussite ».

Gare des autobus

D’après la légende, le premier patron qui s’est installé à Teda est un fabricant de nouilles qui voulait nourrir les ouvriers du chantier. CarteC’était il y a 15 ans à peu près. Depuis, il est devenu le roi de la nouille instantanée, et Nestlé, Motorola, Toyota, Volkswagen l’ont suivi. Pour lire l’histoire officielle, suivre teda.gov.cn . La ville est rectangulaire, et faite de quartiers rectangulaires aussi, comme les anciennes capitales impériales mais l’orientation n’est pas parfaitement cardinale, l’axe pointe vers le nord-est. Aux rectangles de ville succèdent les rectangles d’usines. Les cheminées qui fument bien blanc se devinent vaguement dans l’alignement. La mer n’est pas loin mais on ne la voit pas. On pourrait être n’importe où dans le monde. Une avenue toute droite ressemble à n’importe quelle avenue, un centre commercial qui vend des ordinateurs Sony et des appartements en copropriété pourrait être n’importe où. Et puis, sensation bizarre, on se sent seul, il n’y a pas encore assez de monde. Nous nous sommes réfugiés dans un restaurant à thème ‘Chine éternelle’ où les serveurs avaient enfilé une veste rouge et un bonnet rouge à pompon en l’honneur de la fête du moment. Heureusement que les assiettes nous ont ramenés chez nous.

Maquette d'immeubles

Grande avenue

Le prix des choses

Bouteilles d'EvianL’ami qui veut vendre des choses chères et bonnes à manger avec un nom français dessus et un savoir-faire français dedans est venu dans notre petite ville. Nous sommes allés à l’hypermarché (pas à Jialefu, à Jiashijie _l’univers de la famille_) et il en est sorti épouvanté. On y trouvait pour quelques yuans ce qu’il apportait pour quelques euros. Pas tout à fait pareil, avec le nom en anglais détérioré sous-titré en chinois correct, mais tout aussi utilisable. Nous avons donc repris le métro pour émerger directement dans le sous-sol de Isetan, le grand magasin des gens qui veulent dépenser. A la vue des petites bouteilles d’eau d’Evian à 17 yuans le grand modèle et 9 yuan le petit modèle, il s’est rappelé les bouteilles d’eau purifiée à 0,70 et d’eau de source à 1,10 yuan, et le sourire lui est revenu. Rien que pour rassurer ses associés, il s’est mis à photographier le camembert Président à 78 yuans (7,80 euros) et le Beaujolais nouveau Duboeuf à 255 yuans. L’homme du rayon charcuterie nous a dit qu’il s’était habillé en Français pour faire honneur à la marchandise européenne.
Ménafgère vendeur

J’ai photographié une ménagère perplexe devant le petit sachet de véritable coppa italienne prétranchée à 30 yuans les cent grammes, alors que la viande de boeuf cuisinée aux cinq parfums de l’hypermarché vaut 10 yuans la demi-livre (40 yuans le kilo, donc) dans le même emballage, et j’ai la permission de publier son image.

Beaujolais

Souvenir de la Grande muraille

Pas de pensées aujourdhui, je suis fatigué. Et puis je viens de lire le journal de quelqu’un qui fait son stage en entreprise au Japon. Le jeune ofrancemi parle de tout, écrit bien, sait chanter en s’accompagnant au piano, manie l’anglais et le japonais, sera diplômé d’HEC dans pas longtemps. Bref le genre de jeune homme dont une de mes belles-soeurs, mère de famille nombreuse, disait un jour « il me donne le cafard »; elle parlait du jeune Américain accueilli dans la famille pour une année scolaire, qui écrit le français mieux que moi et le parle sans accent, bat tout le monde aux échecs, dessine, est déja premier de sa classe … en le comparant à ses propres enfants. J’aurais voulu lui faire lire la complainte du surdoué qu’ofrancemi avait écrite au début de son séjour, mais je ne la retrouve plus. Et je fréquente aussi Kumiko , une Japonaise qui a décidé un jour d’aller voir en France si son pays vu de là-bas est devenu plus vert, et qui a soigné sa nostalgie en composant des assiettes aux couleurs harmonieuses pour son dîner solitaire. Donc écrire et publier tous les jours ou presque quelque chose, que n’importe qui lira, ou personne, est l’activité réflexe de ceux qui vivent ailleurs. Kumiko est rentrée au Japon et elle continue, en parlant de la France. Fin de la digression.

Chang ChengCela m’a fait penser à un autre Japonais qui suivait les cours de chinois avec moi à l’université l’an dernier, à un niveau bien supérieur. Il servait de grand-père aux petites Japonaises sorties de leur famille pour la première fois. Il est né en Chine, que ses parents ont vite quitté quand Mao a commencé à scruter la loyauté socialiste de chacun. Maintenant qu’il est en retraite, il prend un semestre universitaire par an dans le pays qu’il aime. Huang ya guan 3 caractèresVous le voyez sur la Grande Muraille (la Longue Fortification, en deux caractères) à Huangyaguan (fermeture du ravin jaune), là où passe une grande route qui menait au pays des Mandchous. Il regarde vers l’est. L’Empire est à sa droite et le pays des barbares du Nord-Est à sa gauche. La muraille survole la crête des montagnes, s’interrompt à l’a-pic de la passe, et reprend au fond de la vallée.

Grande muraille

L’hôtel des mariages

Entrée du salonQuand nous sommes arrivés au grand hôtel samedi matin, il abritait cinq banquets de mariage dans ses salons. Le banquet, et la cérémonie aussi. Il n’y a pas de mariage à la mairie en Chine; les futurs époux se rendent ensemble au bureau de l’état-civil de leur municipalité, remplissent chacun un formulaire sous les yeux du fonctionnaire et lui remettent leurs cartes d’identité. Le photographe officiel les fait poser ensemble sur un fond rouge et les prie de sourire. Les nouveaux mariés repartent avec deux certificats de mariage à couverture rouge qui ressemblent à des livrets de caisse d’épargne, un pour chacun. époux en costumeAu temps de l’Empire, la future épouse quittait la maison de ses parents dans une chaise à porteurs drapée de rouge, et le cortège la conduisait triomphalement devant la maison des parents de son futur mari. Elle s’inclinait devant ses nouveaux parents, puis avec son époux devant les ancêtres de la famille qu’ils allaient perpétuer. Ils mangeaient et buvaient devant l’assemblée, et on commençait le banquet. En ville aujourdhui, il serait bien difficile de faire tout cela dans le petit appartement de la famille. La limousine remplace la chaise à porteurs, l’hôtel prête son entrée et une image grandeur nature des époux est affichée à l’entrée de la salle du banquet, maison de la famille pour quelques heures. Cette fois nous n’entrerons pas nous asseoir, ce sera un autre jour, au mariage où nous sommes invités.

Juste un coup d’oeil sur le salon, où tout au fond les jeunes mariés accomplissent les rites sous la conduite du maître du mariage.

Salle décorée

Et le cortège d’un autre mariage va entrer.

mariée et limousine

L’automne à Pékin

Vue de haut

Boutique et jeune fille Samedi, nous sommes allés à Beijing voir un ami venu en Chine révéler aux sujets de l’Empire une nouvelle merveille de la consommation occidentale. L’Empire fait déja, aussi bien et moins coûteux, mais ce n’est pas une raison pour renoncer. Ses petits cubes savoureux seront un jour aussi indispensables que l’eau d’Evian qui traverse les mers pour rassurer ceux qui la boivent. Dépenser dix fois plus pour satisfaire le même besoin, c’est prouver qu’on peut dépenser. En attendant, nous sommes allés nous promener dans le quartier de la Tour du Tambour, vers le côté nord du carré de la cité impériale. De haut, on voit monter la mer de béton qui va recouvrir les toits et les cours. Elle a l’air encore loin. En bas, on a l’impression que le monde est normal. Les boutiques sont remplies de choses dont on pourrait avoir besoin. Les fils qui apportent l’électricité, le téléphone et la télévision parcourent le ciel; pas de mystère souterrain. Les gens marchent à pied. Aujourdhui il fait froid.

 

Fils

 

 

Les mains d’une femme dans la farine

La recette des bings, Caractère binggalettes feuilletées qu’on prépare ici, avec ou sans farce à l’intérieur. En Chine du Nord, on a un sac de farine de dix kilos ouvert dans la cuisine, comme on a ailleurs un grand sac de riz. Si les beaux-parents arrivent et ne voient pas un grand sac, ils s’inquiètent, que va devenir la famille sans réserves de nourriture de base ? Donc, on fait une pâte de farine de blé avec de l’eau et très peu de sel, on laisse reposer. On aplatit une petite boule avec le rouleau. on met très peu d’huile sur la galette de pâte, on la plie en deux puis on la roule. On tord le petit cylindre en boule, on le roule dans la farine et on l’aplatit de nouveau avec le rouleau. C’est à ce moment là qu’on y met si on veut de la farce et qu’on la forme en aumônière qu’on aplatit encore avec précaution (pas celle-ci). La galette est mise à cuire dans la poèle plate (pas la poèle sphérique) avec très très peu d’huile. On la fait bouger pour qu’elle n’attache pas. C’est prêt.

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Les cycles de l’empire

Le vélo, en chinois, ça s’écrit caractères du vélo zixingche, littéralement soi-même aller char. Comme chacun sait, il y en a autant en Chine que de Chinois, et même plus. Couverture du livreEric Meyer a écrit là-dessus « L’empire en danseuse « , paru en 2005, un essai où il fait passer toute la Chine, l’équipe olympique de cyclisme de vitesse, les entreprises nationales qui fabriquaient des vélos à perte en empruntant pour continuer de tourner, et la lutte des classes entre les dirigeants sur quatre roues et le peuple à vélo (l’échangeur d’autoroute infranchissable en pleine ville contre la voie réservée sur l’avenue; l’offensive est en marche). La lutte en cours est illustrée par trente-six histoires drôles ou tragiques ou méchantes, comme un traité de stratégie. Marieke en parle bien mieux que moi, elle a pris le temps de transcrire et de résumer la substance. Eric Meyer s’est installé à Pékin, journaliste correspondant de la presse française, il y a vingt ans, à l’époque où le gouvernement impérial maintenait encore les étrangers dans un bocal. Aujourdhui il continue, il publie chaque mois Le vent de la Chine , lettre d’information, et ses enfants parlent chinois mieux que lui. Je l’ai découvert quand il est venu parler de son travail au dîner de la Chambre de commerce française en Chine. La photo est mauvaise parce que mon appareil automatique a mis au point sur les verres devant les convives. Il avait apporté des exemplaires de ses livres, le dernier « Robinson à Pékin  » (Robert Laffont, 2005) qui reprend le journal qu’il avait tenu les premières années, et les autres. Eric Meyer parlantUn livre français de France en Chine, c’est du grand luxe (pour vous donner une idée, l’édition chinoise en français de ‘langage et communication’ de Zheng Lihua vaut 21,90 yuan, 2.20 euros; l’édition française chez L’Harmattan vaut 16 euros, 160 yuans). ‘L’Empire en danseuse’ que j’ai acheté 200 yuan est chez un ami qui apprend le français. Trop tard pour vous recopier un morceau choisi. Il faut le lire. Sous les histoires de paysan qui se transforme en fonctionnaire en uniforme pour passer un barrage de police, ou de complot pour créer un embouteillage et traverser quand même l’avenue sans feu rouge, vous avez une petite idée du monde d’arbitraire et de rançons où vivent les gens ordinaires. Les étrangers voyageurs n’en savent rien, ni moi non plus à l’abri de mon identité de porteur de passeport.

Vélos dans la rue

Au coin de ma rue, après la pluie, alors que les travaux avaient perturbé l’écoulement des eaux.