En France, il y a quelque chose que je n’entends pas dans la rue ou les cours d’immeubles, c’est le cri du récupérateur, qui passe avec son triporteur ou sa charrette à bras. J’ai l’impression qu’il dit « peaux de lapin, peaux! », comme le chiffonnier quand j’étais un petit enfant (on élevait des lapins au fond du jardin, on les tuait pour les manger et la peau valait quelque chose; aujourdhui les services sociaux placeraient en foyer les enfants que leurs parents exposeraient à un spectacle aussi violent et immoral, revenons au sujet). Mes amis chinois m’ont dit que le récupérateur crie « Po jiu » (vieux machins à jeter). Le second caractère ‘jiu’ s’applique à tout ce qui a déja servi, aussi bien un chiffon qu’une maison.
Mon épouse conserve soigneusement les cartons, les vieux journaux et les bouteilles d’huile vides pour les vendre au récupérateur. Il a fallu se résigner à vivre quelques jours en compagnie de l’emballage du nouveau téléviseur. Le récupérateur monte à l’étage et paie plusieurs yuans un bon poids. Le vieux téléviseur en panne a rapporté 25 yuans (2,5 euros). J’aurais préféré qu’il parte sur le dos de celui qui a livré le nouveau, mais il y a des principes qu’il faut respecter.
La récupération est un métier rentable et très organisé. Le jeune homme qui a accepté de poser travaille pour une entreprise locale (xiawafang jie, yang guang wu hui: ‘éclat du soleil recyclage’, rue de Xiawafang; c’est dans notre quartier). Le dernier caractère à droite, deux carrés concentriques, est le symbole du retour, aussi dans « revenir à la maison »
hui jia. Le premier caractère est le yang,
du yin et du yang. Une entreprise doit avoir un nom favorable.
Les collecteurs convergent vers des ateliers de tri, où on conditionne la marchandise pour la suite de son voyage. Ici on enferme les bouteilles de plastique dans des bâches qui partiront en camion. Les ateliers, qui prennent beaucoup de place, s’installent derrière les murs qui entourent les terrains où on va construire, et changent de lieu selon les opportunités.
Devant le camion qui charge des cartons, la balance qui vient de peser l’apport d’un collecteur. La patronne de l’opération s’inquiète de l’étranger inhabituel qui vient voir
ce qui se passe, elle repartira rassurée.
En sortant, je croise un spécialiste du polystyrène expansé, qui a probablement acheté sa cargaison au détail auprès de confrères généralistes qui préfèrent des chargements plus denses, à moins qu’il n’ait passé marché avec les employés d’un centre commercial. La récupération est un grand métier où tous les espoirs sont permis. Madame Zhang Yin, la femme la plus riche de Chine, est récupératrice de papiers (qu’elle fait maintenant venir des Etats Unis par conteneurs maritimes, mais elle avait commencé petit; article à lire ).
Sympatique ce billet sur la récup et cette leçon de chinois en passant.
Dans mon enfance, à Bordeaux, des charrettes à bras passaient dans les rues, le charretier criait « gailles ferrailles » on entendait un truc comme « la gaiiiiééé férré »
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Oui, c’est très sympathique de suivre notre leçon de chinois de cette manière et le thème de la récupération des déchets est essentiel
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bonsoir,
belle balade à travers cet oeil que vous ouvrez pour nous sur la Chine.
Merci
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votre blog est interressant, les peaux de lapin dans mon enfance étaient mon argent de poche et ma grand mère m’avait fais une doudoune sans manche avec la peau des gentils lapins que l’on mangeait le dimanche!! la récupération est un sujet sensible auquel il faudra penser de plus en plus.
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Pour avoir une idée de ce qu’il y a après, à quoi ressemblent les ateliers où on traite ce qui a été récupéré, lire et regarder http://chine.blog.lemonde.fr/2007/03/14/recyclage-2/
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