Ecrit avec de l’eau

Sur l’image, on voit quelqu’un en train d’écrire avec de l’eau un poème classique, en caractères traditionnels, en colonnes de droite à gauche.
Homme qui écrit

20 caracactères en 4 colonnes

C’est 3 car jingyesicalme, nuit, pensée, écrit par car libaiLi Bai , au temps des empereurs Tang, contemporains des derniers Mérovingiens et de Charlemagne. Ce poème, et quelques dizaines d’autres écrits à la même époque, tous les Chinois peuvent les dire par coeur, comme nous la Cigale et la Fourmi. C’est pour cela que le calligraphe l’a choisi; il est sûr que beaucoup de gens le reconnaîtront, et suivront sa main en attendant le prochain caractère. Vous avez sûrement remarqué qu’il écrit les caractères à l’envers, et en commençant par le dernier du poème. J’ai vu un autre calligraphe écrire deux phrases parallèles, avec un pinceau dans chaque main qui écrivaient ensemble deux caractères différents. Les lieux publics qui disposent de grandes surfaces unies les voient arriver dès que le temps s’y prête, avec des pinceaux et des bouteilles d’eau. Leurs oeuvres dureront le temps de les regarder. Celui qui écrit des deux mains dans la longue galerie du temple du Ciel à Pékin est un professionnel et il distribue ses cartes de visite, mais la plupart font cela pour le plaisir et le prestige. On trouve partout les pinceaux, l’encre, le papier et le tapis pour poser le papier. Toutes les librairies ont un rayon « modèles d’écriture ».

Transcription phonétique et mot-à-mot du poème:

chuang qian ming yue guang / yi shi di shang shuang /

lit devant briller lune lumière / doute ceci terre dessus givre

ju tou wang ming yue / di tou si gu xiang /

lever tête voir briller lune / baisser tête penser origine village

Traduction:

Le clair de lune devant mon lit / Ressemble à la gelée blanche sur terre.

Tête levée, je contemple la lune, / Tête baissée, je pense à mon pays natal.

Trois cents Poèmes des Tang, traduits par Hu Pinqing, Presses de l’université de Pékin 2006, ISBN 7-301-10303-4.

Livre PimpaneauDes traductions anciennes et nouvelles de ce poème et vingt autres dans le livre de Jacques Pimpaneau “lettre à une jeune fille qui voudrait partir en Chine” (Picquier, 1997, ISBN 2-87730-036-6) où il lui dit de faire comme Arthur Waley, le grand traducteur, qui n’alla jamais en Chine de peur de détruire l’image qu’il avait et de ne plus pouvoir travailler.

Les trois cent poèmes Tang sur le site de l’AFPC (association française des professeurs de chinois).

La biographie de Li Bai sur le site du Quotidien du Peuple .

La photo est de Stephen Chow www.stefenchow.com .

Si belle en ce miroir

Hier soir, je suis allé à l’hypermarché du quartier acheter des choses oubliées. Tout est ouvert tous les jours, et tard. Une amie chinoise de retour de France m’a dit « Difficile de s’habituer là-bas, il y a si peu d’heures pour faire ses courses. » Dans la galerie marchande, j’ai vu un comptoir que je ne connaissais pas, à l’enseigne car jingxiangsheyingjingxiang sheying, un nom difficile à comprendre, quelque chose comme miroir, image, absorber, ombre. (Ne croyez pas que je connais tous ces caractères; je connaissais le deuxième et le quatrième, j’ai cherché les autres dans le dictionnaire).

Le dernier, ying car ying est relié à la photo et au cinéma, par exemple car dianyingyuan dianying yuan, théâtre d’ombres électriques, comme « movie picture theater », théatre d’images mouvantes, en anglais. Voila pourquoi les Anglais apprennent le chinois si facilement; en français, on est allé chercher le grec pour inventer le cinématographe, l’écriture du mouvement.

comptoir

La jeune fille qui tient le comptoir était en train de bavarder avec sa collègue d’en face. Je lui demande la permission de photographier sa boutique, elle accepte mais ne veut pas être sur l’image; dommage, elle est très jolie. Cela fait plusieurs fois qu’on me donne la même réponse: très honoré que ma boutique vous intéresse mais ne me montrez pas.

Couverture de revue

Sur le comptoir, cela ressemble à des livres d’art ou des magazines. La fille en bikini est en couverture de car xuanse « Montrer son charme ».

La jolie vendeuse m’explique que son commerce s’adresse aux jeunes filles qui veulent se faire un album de photos. On choisit le thème, on passe au studio, et quelques heures après on a un livre semblable à ceux qu’elle me montre, à la gloire de la cliente. Je me rappelle avoir vu une de ces revues personnelles en France, dans les mains d’une Chinoise arrivée depuis trois ans, qui espérait faire venir sa fille qu’elle avait laissée à la garde de la grand-mère. Pour sa maman, la grande fille s’était fait représenter en top-model. Les nouveaux mariés se font faire aussi des albums, mais ce ne sont pas les mêmes boutiques, il y a des spécialités (j’en ai déja parlé ici )

Livre ouvert avec regard

Le studio possède tous les costumes, les accessoires et le maquillage. On me montre le tarif , qui va de 55 euros pour un « magazine » de 20 pages jusqu’à 224 euros pour un livre d’art joliment relié, avec 50 images. C’est très cher, si on pense qu’une jeune fille venue de la campagne gagne au mieux 100 euros par mois plus une place dans un dortoir, et un salarié installé 300 ou 400. En supplément, on peut se faire faire un petit carnet, un dépliant.

Portrait avec grande coiffure

Surprise, la couverture avec la fille en bikini « perfect skin » cache un album de rock-star japonaise, nue à presque toutes les pages. Et moi qui avais tellement entendu parler de la pudibonderie chinoise et cherché vainement un sein ou une fesse dans les publicités les plus sexy. J’en oublie de faire attention aux redoutables reflets sur le papier glacé (sur la figure; le soleil blanc fait partie de la mise en page). Mais je ne vais pas retourner voir la charmante vendeuse en lui demandant de refaire la photo, qu’est-ce qu’elle penserait de moi.

Magazine de nu