Deuil national

YushuAvant-hier, le 21 avril, c’était le jour de deuil national pour le tremblement de terre de Yushu au sud de la province de Qinghai, tout près de la frontière nord du Tibet. Le tremblement de terre a eu lieu le 13 avril. Comme pour celui du Sichuan le 21 mai 2008, nous avons vu tout de suite des images de ministres sur les lieux, en même temps que les images des sauveteurs et des victimes. Je crois savoir que les mêmes images ont été diffusées en France (avec moins de ministres, probablement). Bien sûr, je suis mauvais public, mais à chaque catastrophe je suis émerveillé par l’orchestration de l’unanimité nationale. C’est le premier ministre Wen Jiabao qui a été montré en premier, puis le président Hu Jintao, tout chiffoné de son décalage horaire (la veille, il était au Brésil).


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Pour voir la carte en grand format .

Yushu, l’arbre de jade, est en pleine montagne, à 4000 m d’altitude. L’article de l’encyclopédie Wikipedia est très précis (en anglais; l’article en français est inepte au moment où j’écris, et je ne me risquerai pas à l’améliorer). Il n’y a pas beaucoup de routes pour y aller.C’est vraiment difficile de faire arriver les secours, et pourtant la télévision nous a montré très vite des villages de toile installés, des camions qu’on décharge, un avion à passagers avec un carton de nourriture sur chaque siège … Comme il fallait aussi faire passer le quart d’heure du président au Brésil, le grand journal de 19 heures a été rallongé d’un quart d’heure. Et donc, mardi soir et mercredi, le deuil national.

Baidu en deuil

Les sites internet ont mis leur page d’accueil en noir et blanc.

Google en deuil

Google replié à Hong-Kong s’est aussi mis en deuil.

Dons en pulic

Des cérémonies de dons en public ont été organisées partout (image de Xinhuanet), et la soirée de mardi sur la première chaîne nationale a été consacrée à un énorme téléthon, avec spectacle, défilé des donateurs et promesses de dons.

Ecoliers

Deux écoliers de Yushu sur le plateau, dans l’uniforme de leur établissement, ce qui montre que les petits Tibétains du Qinghai sont comme les autres petits Chinois.

Scène du telethon

Le défilé des dons sur scène.

Double écran

Un double écran montre en direct les donateurs dans plusieurs endroits, déposant leurs grandes enveloppes.

Animateur célèbre

Un des plus célèbres animateurs, celui qui présente la soirée du Nouvel An sur la première chaîne (je ne retrouve pas son nom, mais quelqu’un qui suit CCTV4 nous le dira), à son poste du banc téléphonique des promesses de dons installé dans la salle à la place du choeur.

Chiffres de dons

Dans la salle, les représentants des entreprises et des institutions annoncent leurs dons (mon épouse, comme tous les fonctionnaires de son unité, a été taxée de quelques centaines de yuans, chacun selon son rang).

Grandes mains

Un autre plateau de solidarité, au journal du soir.

En direct de Yushu

Mercredi à 10 heures, l’émission commence en direct de Yushu, au milieu des sauveteurs.

Coeur en personnes

Dans une grande ville que je n’ai pas eu le temps de noter, le personnel d’un hôpital a formé les deux caractères de Yushu.

Tian an men

Le drapeau en berne devant la porte de la Paix Céleste, après la cérémonie de lever des couleurs. Nous avons vu le même drapeau, dans la même mise en scène, devant le palais de Potala à Lhassa (on a dégagé aussi une grande place au sud du palais).

Paysan

Un paysan exprime son chagrin pour les autres et sa reconnaissance personnelle d’avoir été si bien secouru.

Moulin à prières

Une Bouddhiste tenant son moulin à prières.

Moines

Des Lamas en robe rouge venus du Sichuan (si j’ai bien compris) travaillent avec les sauveteurs. Sous-titré « C’est nous de l’église de Bouddha qui parlons… »

manque d'oxygène

Un sauveteur terrassé par l’altitude respire de l’oxygène (le grand coussin bleu). On aura eu aussi quantité de témoignages de sauveteurs en plein travail, et la rediffusion de plusieurs scènes de rescapés sortis des décombres soulevés avec précaution. Une d’elles au moins montre des Taïwanais avec leurs insignes.

Conseil des ministres

Un ministre

La minute de silence du conseil des ministres. L’image du haut est la fin du travelling arrière parti du gros plan du président au centre. Comme les règles sont toujours valables, la séquence a commencé par des images de chacun des huit dans le bon ordre, pendant que le speaker énumère leurs noms. Cravate noire, et non la rouge des jours ordinaires.

Présentatrice

La présentatrice de l’émission spéciale qui conclut la journée et récapitule les images. Derrière elle « Deuil national ».

Club franco-chinois

Et c’est là que j’ai moi aussi apporté mon don, à l’entrée d’un nouveau club privé qui invoque la rencontre des cultures française et chinoise. Difficile de faire autrement. C’était la journée où tout le monde doit faire un geste, pour souligner l’harmonie qui règne dans le pays, quoi qu’il puisse arriver.

Honnête et droit

Bureau de la sécurite publiqueIl y a deux semaines , j’avais parlé du bureau de la sécurité publique où on avait pris la peine de me retrouver pour me rendre mon porte-cartes. Au mur, il y avait une bannière en velours brodé, bien plus riche que le mobilier du lieu.

J’ai montré la photo à Alain, l’étudiant en master de français à l’institut des langues étrangères qui m’aide à comprendre un peu moins mal le chinois (en échange, nous parlons français et nous discutons de littérature française). Il a reconnu deux maximes d’honnêteté  que tout le monde connaît et qui sont même dans les dictionnaires.

Bannière au mur du commissariat

Il y a une date en bas à gauche, qui se lit à la verticale: 2009 année, 12 mois, 29 jour. C’est ce jour là que les agents du bureau ont été honorés par la remise de la bannière.

L’inscription se lit de haut en bas et de droite à gauche, ce qui devient de gauche à droite et de haut en bas si on change l’orientation.

vertical_____horizontal

shi jing bu mei  : ramasser par terre, l’argent, ne pas, cacher.

da gong wu si : grand, le public, aucun,  personnel.

Ensuite, Alain m’a fait étudier un poème classique de l’époque des empereurs Tang (contemporains de Charlemagne), que les enfants connaissent par coeur; là aussi très peu de caractères, la traduction prend  plus de place.

Ne pas garder l’argent trouvé; pas d’égoïsme, le service public. Ce sont des évidences pour le fonctionnaire conscient de son devoir; mais les romans anciens sont pleins d’histoires d’agents de l’ordre public qui l’avaient oublié. C’est peut-être comme l’inscription dans les tribunaux en Italie : « La loi est égale pour tous ». Je peux témoigner que les agents du bureau de l’hôpital universitaire ont fait comme il est écrit sur leur bannière. Ils ont retrouvé le propriétaire du porte-carte perdu, et ils m’ont demandé s’il y avait de l’argent dedans quand je l’ai perdu (il n’y en avait pas).

Il n’y a pas que les bureaux de la sécurité publique. On trouve des tableaux d’honneur un peu partout. En février, celui-ci était affiché dans toutes les stations de métro, pour faire honneur aux jeunes employées les plus méritantes.

Tableau d'honneur du métro

Tian anVoici le portrait de la deuxième dans l’ordre de mérite : mademoiselle (ou madame) Tian Ai (son prénom Ai siginfie « fille qui fait honneur à ses parents »), . Sous son nom, son avis sur le service: « montrer mon sourire, soutenir votre joie »; il manque la deuxième ligne. Ceux qui veulent déchiffrer les dix témoignages peuvent faire afficher le tableau en grand.

Le bureau de poste pas loin de l’appartement affiche aussi un tableau d’honneur des postiers et des postières. J’ai du mal à imaginer la même chose en France. Comment le mérite est-il mesuré ?

Cela me rappelle que je dois réparer le tort que j’ai peut-être fait aux informaticiens de lemonde.fr qui s’occupent de faire fonctionner ce blog. Il avait disparu parce que l’ordinateur croyait que je ne voulais plus payer. Ensuite, ayant eu l’explication de sa disparition, j’ai payé et il est réapparu. Mais à cause d’un petit mystère technique (le cache: les experts traduiront), la plus grande partie des pages restait invisible; celui qui voulait en consulter une recevait le message fatal « This blog is suspended or archived« . J’ai envoyé un message aux informaticiens ainsi que c’est prévu. Huit jours après, personne n’avait répondu, pas même pour dire que mon message avait été lu. Je me suis rappelé l’époque très lointaine où je travaillais pour un service minitel (consulter l’état des comptes en banque à la maison). J’en avais un chez moi pour vérifier la nuit que tout fonctionnait bien. Et il est tombé en panne. Je suis allé au bureau des PTT (ça s’appelle France Telecom maintenant, et ça a bien changé); là on m’a dit « Il n’y en a plus, allez vous en. »  Très fâché, j’ai écrit au directeur départemental des PTT en disant que le minitel était indispensable à mon travail et que ses agents méprisaient leur service. Deux jours après, la chef de bureau me téléphonait pour me dire qu’un minitel neuf m’attendait. Elle me l’a remis elle-même et m’a demandé d’écrire au directeur que je l’avais bien reçu. J’ai donc voulu utiliser la magie des directeurs et j’ai écrit au directeur général de Le Monde Interactif, en me disant qu’une enveloppe qui vient de Chine ferait impression. La magie a fonctionné: hier matin, en revenant de la poste où j’avais porté la lettre, j’ai regardé une fois de plus si quelqu’un s’était occupé du problème; oui, disait un message, il venait d’être réglé. Il faut croire à la transmission de pensée. La lettre est maintenant en chemin et arrivera dans quelques jours, et le directeur exprimera peut-être son mécontentement.

Courbe de fréquentation

L’ennui est vraiment réparé, et les lecteurs peuvent de nouveau tout lire; la courbe des pages consultées le montre ce matin.

Une autre histoire de service, pour faire rêver les utilisateurs d’Internet en France: un jour, j’ai voulu déplacer l’ordinateur dans l’appartement. J’ai débranché la ligne et je l’ai rebranchée de travers. Ca ne marchait plus. Mon épouse, qui compte plus sur l’expert que sur son époux, a téléphoné au service compétent. Le jour même quelqu’un est venu, a rebranché correctement les prises en vérifiant que j’avais bien compris, et a dit que c’était gratuit.

Visite à la résidence des morts

Cette année, Qingming, le jour où chaque Chinois va rendre visite à ses parents dans leur dernière demeure, est tombée le 5 avril, le lundi après Pâques. L’année dernière , c’était le jour des Rameaux. Je vivrais à la campagne, nous nous serions réunis dans un champ, autour de la petite butte de terre qui marque la tombe familiale, avec une grande pierre gravée debout du côté sud. Des deux côtés, la famille de mon épouse a ses tombes dans le Shandong, la province au bord de la mer, au sud-est de Tianjin. Mais nous sommes en ville, où il n’y a pas de place, et les morts font comme les vivants qui invitent la famille au restaurant parce que l’appartement est trop petit: ils sortent de leur demeure pour les réunir.

Allée centrale

Nous sommes à l’entrée du cimetière municipal, très loin au sud du centre de la ville. De chaque côté de l’allée centrale, des portiques marquent l’entrée des cours.

Immeuble des cendres

Voila la cour où habite celle qui aurait été ma belle-mère (elle est morte en 2003); un pavillon central et deux ailes qui forment un carré.

Pavillon de gauche

Dans la cour, à chaque porte, les gardiens attendent les visiteurs. Pour le jour de grande affluence, la municipalité leur a envoyé des renforts. Ici ce sont des apprentis pompiers qui donnent un petit air d’insouciance, un peu comme les moinillons dans la cour des couvents bouddhistes.

Porteurs de cendres

Ceux-ci sortent du pavillon central en portant les coffrets des cendres de leurs père et mère; je ne leur ai pas demandé mais j’en serai certain dans quelques instants.

Entrée et gardien

J’ai manqué de discrétion avec mon appareil photo, et je suis seul pendant que mon épouse et mes beaux-frères sont partis vers le pavillon de droite. Le gardien me voit et me dit d’entrer. L’étranger a le droit de visiter, puisqu’il a pris la peine de venir jusqu’ici.

Bureau et préposés

Un collègue et son aide tiennent le registre des visiteurs et rangent les cartes que ceux qui sont venus prendre les coffres leur laissent. L’endroit est calme mais pas spécialement recueilli. Je pourrais être dans une bibliothèque.

Travée de rangement

Façade

Voici une travée de logements pour couples. La municipalité a fourni les petits rideaux blancs, la taille des coffres est imposée.

Case au ras du sol

Seulement des fleurs et une photo où ils sont jeunes; c’est peut-être celle de leur livret de mariage.

Etage

Pas de photo, mais une tablette de jade, deux lampes, des lingots d’or, deux lions, tout ce qu’on mettrait sur une tombe à l’air libre, en miniature.

Rangement des coffresCe ne sont pas les gardiens qui vont chercher les coffres, mais les familles. Il y a aussi des escabeaux à roulettes pour les cases situées en haut.

Ceux qui sont allés chercher les coffres rejoignent les autres et tout le monde se dirige vers les grandes cours où on accomplira le rite. Comme je l’ai déja raconté l’an dernier, l’espace commun où chaque famille trouve sa place est limité, le temps aussi. Chacun respecte la place des autres.

Rite familial

La municipalité fournit le banc de pierre qui deviendra l’autel familial, et un bac pour y brûler les offrandes aux morts: des chapelets de petits lingots en papier doré, et de l’argent de papier aussi.

Célébration

L’argent des morts, ce sont les pièces de monnaie en papier, rondes avec un trou carré, que les Européens appellent des sapèques. On en apporte des milliers, trente cinq par feuille, et des centaines de feuilles de papier léger, comme celui des vieux livres imprimés.

Sapèques

 

 

Cette autre famille a apporté de grosses liasses de billets de la banque du ciel, en plus d’un très gros chapelet de lingots.

Billets de banque

La grande photo indique peut-être un deuil récent. Certains qui sont dans la tenue des enterrements, turbans et ceintures de tissu écru. Ce que je retiens, c’est qu’il n’y a rien de collectif, pas de célébrant, pas de maître de cérémonie. La collectivité fournit l’endroit, et chaque famille conduit sa célébration.

Billet de logement

Voici le billet de logement de ma belle-mère. Elle va retourner dans son petit logement après sa réunion avec ses fils, sa fille et leurs conjoints.

Restaurant

A midi, toute la famille se retrouve au restaurant, qui affiche complet, c’est un jour de fête. Au premier plan, mon beau-père au bras de son troisième fils. Les jours ordinaires, il se promène avec ses vieux copains sans que personne le soutienne, mais il apprécie les attentions quand ses fils veillent sur lui.

C’était dimanche. Le jour exact de la fête était lundi, jour férié depuis deux ans. En regardant la télévision le matin, nous avons droit à la cérémonie du culte national, au tombeau de l’Empereur Jaune à Yangling (au nord de Xi’an, la capitale des premiers empereurs).

Cadres avec écharpe

Des centaines de cadres en complet veston, portant l’écharpe jaune du rituel réinventé (les mêmes au magasin de souvenir du tombeau de l’empereur, pour 10 yuans), assistent au spectacle avec danseuses et prêtres en longues robes (la video de 2009 est ici ). Ce n’est pas demain que cela fera concurrence au rite familial. Les journaux parlent des deux, mais surtout des familles.

La nuit dans la cathédrale

Dimanche, dans le calendrier des chrétiens, c’était Pâques, le jour de la résurrection. Lundi, dans le calendrier des Chinois, c’était Qingming, le jour où on rend visite aux morts. Samedi soir, j’étais à la cathédrale de Tianjin, et dimanche matin avec la famille de mon épouse. J’en reparlerai.

Devant la cathédrale

J’avais envie de ne pas rester debout dans la cathédrale pendant toute la messe (je vieillis probablement) et je suis allé samedi après-midi me renseigner sur l’heure. Beaucoup de gens déja dans la nef, certains venus pour prier, d’autres pour voir, et les deux comme dans les temples bouddhistes.

Parvis

D’ailleurs le parvis, avec ses banderolles et sa petite foule de visiteurs, ressemble à la cour d’un temple, en plus petit.

Intérieur de la cathédrale

La différence, c’est qu’une église a un intérieur, où on peut entrer et rester, pas seulement saluer devant les statues et partir.

Bancs et coussinsTant que j’y pense, voici quelque chose que j’avais envie de montrer depuis longtemps. Les choses empilées à droite, ce sont des coussins carrés, à l’usage de ceux qui sont arrivés trop tard pour trouver une place sur les bancs. Ainsi on se met à genoux dans le confort (je ne crois pas que se faire mal pour se sanctifier soit considéré comme un mérite ici; on trouve aussi de très jolis coussins dans les boutiques qui vendent les baguettes d’encens et les images pieuses).Je peux témoigner que les coussins servent tous les dimanches matin.

Donc je suis arrivé le soir un peu en avance. En vain; on ne pouvait déja plus rentrer dans la cathédrale. J’ai donc vu le cierge pascal s’allumer dans l’ombre et les petites flammes se multiplier, depuis les marches du parvis, au milieu de ceux qui avaient fait comme moi.

Vu de l'extérieur

Quand la nef s’est illuminée, l’assistance s’était un peu plus tassée, et j’avais avancé de plusieurs mètres.

Intérieur éclairé

Intérieur rempli

Et juste avant la consécration, j’étais arrivé à l’intérieur. J’ai déja montré cette image de la cathédrale parfaitement pleine; ça m’impressionne toujours.

Retour de la communion

Petit miracle chinois d’organisation des grands rassemblements: tout le monde a pu circuler pour aller communier et revenir à sa place. Je me suis mis à l’ombre du photographe officiel pour prendre cette photo dans la discrétion; pas la peine, j’en ai vu qui ont communié, puis pris leur téléphone portable pour garder une image de l’assemblée. On aperçoit le choeur sur la tribune.

La messe est finie. Le célébrant chante « Ite, missa est », en latin alors que toute la liturgie est en chinois. j’ai le plaisir de reconnaître une phrase sans faire d’effort.

Bénédiction

Mon voisin de devant brandit son porte-carte, ma voisine de droite son chapelet, quelqu’un plus loin une bouteille thermos verte. C’est la bénédiction de Pâques, déja vue chaque année. (la même chose doit exister en Occident, mais je je connais pas).

Sacs de la bénédiction

Un cabas orange de l’hypermarché Vanguard, une Bible, le sac au premier plan doit peser lourd: il contient trois grandes bouteilles thermos. A la sortie, je regarde ce que certains sortent de leurs sacs et distribuent: des oeufs décorés.

Sortie

Des autos encombrent un peu la sortie. Je vois quelques grosses voitures noires avec chauffeur. Ce n’est pas vraiment l’Eglise clandestine.

Sur le sujet de l’Eglise chinoise officielle ou clandestine, j’ai du mal à avoir un avis, et je n’ose pas poser des questiosn. Vu d’Occident, c’est quelquefois n’importe quoi; j’ai reçu un jour un message de remontrance qui me disait que la célébration dont je parlais n’avaient pas plus de valeur que celles de l’église raélienne.  je viens de lire la biographie de Jin Luxian, évêque de Shanghai dans l’église officielle, écrite par le journaliste de La Croix qui s’occupe de la Chine.

Jin Luxian

 

Jin Luxian, père jésuite, est retourné volontairement en Chine en 1951 après ses études à Rome pour diriger le séminaire de Shanghai, a été arrêté en 1955, est devenu après des années de prison traducteur en résidence surveillée. En 1980, le Parti a eu besoin de lui pour devenir évêque de Shanghai dans l’Eglise nationale séparée de Rome et il a accepté. Le livre explique comment, aujourd’hui, l’Eglise nationale s’est discrètement remise en union avec le Pape (il faut lire le livre; pour voir le texte au dos de la couverture, cliquer sur l’image).

Et pour avoir une idée de ce qu’était la chrétienté chinoise il y a un siècle et demi, lire le texte du RP Gabet (celui qui essaya de fonder une mission à Lhassa en 1846, en compagnie du RP Huc; ils furent reconduits chez eux au bout de deux mois, à la demande de l’ambassadeur de l’empereur de Chine). Coup d’oeil sur l’état des missions de Chine , 1848. Il s’est passé beaucoup de choses depuis.

Bons papiers

J’ai eu affaire deux fois cette semaine avec la sécurité publiquegong angong an , commun paix (une femme sous un toit, pour le plaisir de tous ceux qui soutiennent que les caractères représentent des idées).

D’abord un coup de téléphone des agents du bureau installé dans l’hôpital universitaire (là où j’avais été soigné en juin 2009). Quelqu’un leur avait apporté mon porte-carte, qui avait quitté ma poche deux jours avant dans l’autobus 50 qui passe devant chez eux (petit voleur déçu de ne pas trouver d’argent, probablement). Ils avaient trouvé dedans des tickets de métro parisien, une carte bancaire (carte de retrait, qui ne sert à rien sans le code), ma carte au consulat de France à Pékin (mais il faut connaître le français pour le savoir), et une carte de réduction de la grande librairie de Tianjin (Tushu Dasha pour ceux qui connaissent). C’est avec ça qu’ils m’ont retrouvé, en téléphonant à la librairie.

carte consulaire

Histoire de dire du mal de gens que j’aime bien, mais le verso de la carte consulaire n’a pas été très utile aux agents de la sécurité publique. Même le numéro de téléphone n’a pas le préfixe de Pékin (010). Un oeil exercé peut distinguer de petits caractères chinois en bleu clair au-dessus de la phrase « Le titulaire de cette carte … », qui signifient la même chose. J’aime penser que le mot « France » a suffi pour qu’ils prennent le propriétaire du porte-carte pour quelqu’un d’important; mais je crois plutôt qu’ils font la même chose pour tout le monde.

Bureau de police

On est sûrement en Chine. Il y a une devise morale sur un tableau au mur (je donnerai la traduction après avoir pris l’avis de quelqu’un de compétent), et des bouteilles thermos d’eau chaude derrière le comptoir.

Je suis aussi allé hier retirer mon passeport, avec un nouveau visa délivré par le bureau des entrées et sorties de la sécurité publique pour la municipalité de Tianjin (son principal fonds de commerce, ce sont les citoyens chinois qui viennent déclarer leur arrivée ou leur départ; il s’occupe aussi des étrangers). J’ai donc le droit d’être en visite familiale chez mon épouse pour une durée d’un an, avec la permission de sortir de Chine et d’y retourner plusieurs fois. Un an parce que je suis un bon client qui ne s’est jamais mis en infraction par sa propre faute. Il n’y a pas de problème, ça ne prend pas beaucoup de temps (quand même, cette fois j’ai fait la queue, il y a au moins deux fois plus d’étrangers qu’il y a 3 ou 4 ans), mais ça finit par me peser.

Permis de séjour

En France, un Chinois qui a réussi à entrer régulièrement n’aura pas de difficulté pour avoir sa carte de résident qui dure dix ans, et même devenir Français au bout de trois ou quatre ans s’il en a envie. Ici, pour entrer il suffit de le demander (avec une réservation d’hôtel ou une invitation d’ami, et quelque chose qui ressemble à un billet d’avion aller-retour), mais on reste éternellement dans la précarité; éventuellement, comme au printemps 2008 (jeux olympiques) les visas ne sont plus renouvelés. Mon sort n’est pas pire que celui d’une amie chinoise dont la fille de 10 ans est née en France, donc Française; depuis qu’elle est retournée en Chine, elle va régulièrement au même bureau, pour renouveler le permis de résidence de sa fille. Le regroupement familial n’existe pas ici. Je ne pourrai jamais devenir Chinois; comme je resterais Français et qu’il est interdit d’avoir plusieurs allégeances, c’est impossible (si la Chine naturalisait au rythme de la France, 100 000 par an, il y aurait 2 millions de nouveaux Chinois chaque année). Au mieux j’aurai peut-être droit à la carte de résident de cinq ans, récemment créée. Les noms des premiers bénéficiaires ont paru dans les journaux. Parmi eux, Lisa Carducci, Canadienne, mariée depuis 20 ans à un Chinois et journaliste dans des journaux chinois; j’ai peut-être une chance.

Kiosque librairie

Mais ce n’est pas de ça que je voulais parler aujourd’hui. Je suis allé voir la nouvelle librairie de littérature occidentale qui vient de s’ouvrir. Le bâtiment est au bord du Jardin du Peuple, le parc public à côté de chez nous. Il est tout neuf, construit en 2009  (un modèle réduit de la Tour du Tambour d’époque Ming au centre de la vieille ville de Tianjin, qui n’est d’ailleurs pas beaucoup plus ancienne). C’est la succursale d’une librairie de Shanghai.

Table à l'entrée

Sur la table la plus proche de l’entrée, une analyse de l’oeuvre de Ge da er, cinéaste occidental bien connu, et une étude sur le cinéma français classique, avec des images des Enfants du paradis et de la Bête humaine.

Vue du côté nord

Je passerais bien ma vie dans une librairie, c’est un paradis, même si j’ai le plus grand mal à comprendre de quoi les livrent parlent.

Marguerite Duras

De gauche à droite: Marguerite Duras, Dan Brown, et George Orwellyijiubasi1984.

Rayon économie

Au rayon économie, la biographie de Keynes par Alain Minc (mais je n’ai pas vu Jacques Attali; une anomalie à corriger) , Bert Bernanke sur la crise financière; au milieu, vu par la tranche,Zhongguo de feizhouzhongguo de feizhou, Chine Afrique.

Harry Potter

Et bien sûr, inévitable,  hali botehali bote,roman de J.K. luolin, dans une édition officielle (on en trouve d’autres sur les trottoirs).

Rayon et escalier

Si on veut s’attarder dans cet endroit, on peut monter l’escalier jusqu’au salon de lecture, lui aussi de style Ming avec des fauteuils indiscutablement authentiques (et qui obligent à se tenir dignement, comme les mandarins contemporains de Louis XIII; rien à voir avec les canapés de leurs successeurs contemporains).

Chaises Ming

Couple à la tableHeureusement, il  a aussi des sièges plus détendants. On peut s’installer et lire gratuitement les livres qui sont sur les tables et dans les rayons, à condition de se faire servir un café (15 yuans, de tendance américaine; on peut lire ce qui est écrit au fond de la tasse) ou un verre de thé (10 yuans).En regardant les feuilles de thé se déplier dans l’eau bouillante, un connaisseur dira que ce n’est sûrement pas la plus haute qualité. Mais comme je n’y connais pas grand-chose, je le trouve très approprié à la circonstance.

Verre de thé

Quand les feuilles ont fini de descendre au fond, le thé est prêt. L’hôtesse passe de temps en temps pour remettre de l’eau chaude, et insiste après une heure pour apporter un nouveau verre. Je reviendrai, avec un dictionnaire pour travailler, ou un livre en français.

Reconstruction

Le précédent billet devait être prémonitoire. Quelques heures après (exactement le 23 mars à 7h55 du matin heure de Pékin, pendant que je regardais les statistiques du blog), plus rien. L’ordinateur du Monde arrête le service parce que je n’ai pas payé mon abonnement. Un autre ordinateur s’était embrouillé au moment de le renouveler automatiquement, et avait cru que mon compte en banque n’existait plus, ni ma carte bancaire.

chai

Depuis, j’ai envoyé des messages, j’ai téléphoné, et j’ai eu l’explication. J’ai payé un nouvel abonnement et tout fonctionne de nouveau. Pendant ce temps-là, des amis se sont inquiétés. Un d’eux m’a demandé si c’était lié au problème de Google avec la Chine (non, tout se passe quelque part en France, et ça fonctionne de loin, jusqu’à ce que le gouvernement chinois décide d’interdire les blogs du Monde, comme il fait avec blogspot  entre autres).

Sur les statistiques, ça se voit.

 

Courbe d'audience

Je regarde  souvent, parce que ça me fait plaisir de voir que des gens plus nombreux que ceux que je connais regardent. Il y a une colonne très intéressante « Sites référants », les adresses des sites et des blogs où figure un lien que quelqu’un a utilisé. Et celui qui envoie plusieurs visiteurs tous les jours, c’est Une bulle en ville , à la page qui donne la recette du chou chinois braisé. Il y a aussi Simaosavait , écrit par celui qui fait la promotion du beaujolais à Pékin, Ahnsurf à Concarneau, le sage Guillaume à Belfast  (qui était à Shanghai l’an dernier), Olivier à Suzhou, Xiaobob je ne sais pas où (et d’autres à qui je pense ; je cite juste ceux des 7 derniers jours que je connais).

J’ai eu aussi des visiteurs attirés par mon commentaire sur le communiqué de Wikimedia a sujet de Gallimard , l’éditeur qui croit que seuls les Français lisent du français, et qui affirme que permettre au monde entier de lire gratuitement sur Internet des textes en français d’auteurs morts depuis 90 ans mais qui lui appartiennent encore est illégal dans le monde entier (en France, effectivement, c’est illégal). Faute de mieux, vous pouvez écrire à drhgroupe@gallimard.fr pour vous inquiéter de la santé du directeur qui a inventé ça. En attendant, j’ai appris que Wikisource n’a retiré les textes que pour deux semaines, pour obéir à la loi américaine qui demande qu’on commence par supprimer le « contenu » disputé, pour le remettre en place après, si les arguments ne sont pas sérieux.

Démolitions

 Rue et chantier de démolition

Hier, en passant dans une rue sur le chemin de la banque, je n’ai pas retrouvé un des immeubles quelconques, des années 1930, qui la bordent. On est dans le secteur des rénovations d’époque, qui vont redonner au centre ville son aspect de 1925, en mieux. D’ailleurs c’est en route, il faudra que je montre des images. chaiBien sûr, on commence par démolir. Le caractère chai fait partie du décor quotidien du passant. Pour ceux qui habitent un pâté de maisons à rénover, c’est le signe que l’affaire n’est plus à discuter. Normalement, ils ont été indemnisés et sont déja partis ailleurs.

chai , sur un  mur

Je suis resté regarder le travail. Ca va vraiment très vite. J’ai compté 11 engins sur le chantier, dont 6 ou 7 en activité.

Machines

Et au milieu de l’agitation, il y a des gens qui s’activent à la main: les récupérateurs.

Récupérateurs

Tout le béton est cassé en petits morceaux pour en tirer la ferraille qui vaut très cher.

Casseur de béton

Le camion derrière le casseur de béton est chargé d’un mélange de cadres de portes, bardages, et fer à béton. Ceux qui sont contiennent seulement du fer à béton ont l’air d’être remplis de fagots de petit bois. Chaque bout de ferraille a été retordu sur place pour le chargement.

Ramasseuse

Ramasseuse à queue de cheval

Ceux-là travaillent en grand, au milieu du chantier. D’autres sur le bord emportent le plastique et  l’aluminium.

triporteur

Les engins de démolition s’arrêteront à la nuit, et les pelleteuses chargeront le béton nettoyé dans les grands camions qui évitent de circuler le jour. Une jolie image dans le soleil couchant.

Soleil couchant

Le lendemain à la même heure, la place est presque nette.

Chantier nettoyé

Les palissades sont déja posées autour du terrain et on commence à installer les machines de forage des fondations. Les toits de style 3e République à l’arrière-plan à droite datent de 2009.

Machine à démolir

Une des machines au repos, et un tas de de fer récupéré.

Glaneuse de fer

Sur un autre chantier, j’avais vu une glaneuse essayer de sortir encore un peu de ferraille d’une petite montagne de béton déja mâché.

Une minute de travail d’une machine à démolir (ailleurs et avant; il y a encore des feuilles aux arbres).

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And now something completely different.  Les gens comme moi, qui aiment lire en français et qui habitent un endroit où il n’y a pas de livres français dans les librairies, et les étudiants qui apprennent le français et n’ont pas grand chose d’autre que des manuels à la bibliothèque, trouvent de quoi se faire plaisir, ou travailler, sur Internet. Par exemple Wikisource. Mais ça ne plait pas toujours à ceux qui gagnent de l’argent en vendant des livres de voir que d’autres offrent gratuitement le texte, pas seulement à ceux qui ne pourraient pas acheter leurs livres en papier. Donc les textes de Charles Péguy, Guillaume Apollinaire, Victor Segalen, André Gide et d’autres morts illustres viennent de disparaître de Wikisource. La cause :

The Wikimedia Foundation received a request from Editions Gallimard (a French société anonyme with its head office at 5 rue Sébastien Bottin — 75007 Paris) to takedown content from the French Wikisource. This request is based on Editions Gallimard’s claim that Wikisource content in the French language targets the French public, and therefore, under French conflict of laws principles, the copyright law of France applies to this content.

Traduction et interprétation:  « Wikimedia (la fondation américaine qui héberge Wikipédia et d’autres sites dans ses ordinateurs en Floride, USA) a reçu une sommation des éditions Gallimard de retirer certains contenus du site Wikisource en français. Cette sommation est fondée sur l’affirmation que le contenu de Wikisource en langue française est destiné au public français et que donc, selon les principes du conflit de législation en France, la loi du droit d’auteur de la France s’applique à ce contenu ». (fin de citation) Par exemple, le contenu (des romans et des poèmes) écrit par Guillaume Apollinaire, mort pour la France en 1918, appartient à son éditeur Gallimard jusqu’en 2033 (70 ans comme tout le monde selon la loi de 1997, plus 30 ans parce qu’il est mort pour la France, plus 14 ans ajoutés par la loi parce que les guerres 14-18 et 39-45 ont porté tort à la vente des oeuvres parues avant).  Ensuite il sera dans le domaine public et tout le monde pourra imprimer ses oeuvres ou les mettre sur Internet sans demander la permission et sans rien payer à personne pour le texte.

L’ennui, c’est que selon la loi canadienne (le français est langue officielle au Canada, le saviez-vous ? ), par exemple, Guillaume Apollinaire est dans le domaine public depuis 1968, 50 ans après sa mort, et André Gide depuis 2001 (il est mort en 1951). Aux Etats-Unis, où le serveur de Wikisource est installé, la loi est plus compliquée mais on arrive au même résultat. Ceux qui gèrent Wikisource ont choisi d’appliquer la loi américaine, en signalant au lecteur que l’oeuvre n’est pas dans le domaine public en France. Comme il ne s’agit pas de vendre en France, c’est parfaitement légal.

La raison de Gallimard « le contenu de Wikisource en langue française est destiné au public français » rend particulièrement furieux les Québécois (à lire ici et ). D’autant plus qu’il y a chez eux « Classiques des sciences sociales » avec par exemple sa collection sur la Chine que ceux qui lisent ce journal connaissent déja, qui applique la règle des 50 ans en prévenant le lecteur. Cette règle des 50 ans permet de lire depuis la Chine Le Petit Prince, alors qu’en France il appartient à Gallimard jusqu’en 2045 (Saint-Exupéry est mort pour la France en 1945). Gallimard se garderait bien de prétendre à quelque chose au Canada. D’autres éditeurs français ont déja essayé, en vain.

Si la fondation Wikimedia, pour éviter un procès (qu’elle gagnerait), continue d’obéir à la société Gallimard, et si Gallimard ne se retire pas sur les conseils d’auteurs et d’éditeurs qui sont d’un autre avis, il ne restera plus qu’à aller, par exemple, lire Victor Segalen sur l’ordinateur de la Wesleyan University , Middletown Connecticut USA. Et penser que les éditeurs français croient que le seul pays francophone est la France, et que découvrir un texte sur Internet dissuade d’acheter le livre plus tard, n’est pas encourageant.

Aussi bien, quand je vais à la grande librairie de Tianjin, je trouve des montagnes de livres en anglais, des Mémoires de Bill Clinton à Shakespeare, y compris Alexandre Dumas et Montaigne en traduction, à prix chinois (4 euros Les Essais dans une belle édition reliée) ou des CD de compilation de textes du domaine public en anglais (3000 textes classiques, y compris ceux que je viens de citer, sur deux CD bien pleins, pour 15 yuans, moins de 2 euros). En français, rien du tout ou presque (juste les éditions bilingues des Editions en langues étrangères, et ça date du temps de Mao). Il faut aller à Pékin à la librairie du centre culturel, où les livres sont encore plus chers qu’en France.

Guilin, lieu touristique

Samedi, il neigeait encore, mais ce matin le soleil brille et les bassins du Jardin du Peuple ne sont plus gelés; les oies du jardin, qui n’aiment pas marcher, peuvent de nouveau se promener sur l’eau. Cette semaine, l’hiver sera adminsitrativement terminé et le chauffage s’arrêtera. Pourvu que le temps reste beau. Et si ce n’est pas le cas, je me transporterai en souvenirs dans le sud, à Guilin par exemple, où nous étions pendant les vacances d’octobre. J’ai envie d’en reparler.

Donc la région de Guilin est pleine de lieux touristiques. Pas de lieux historiques, séjours d’empereurs et de princesses; au temps des empereurs, c’est dans cette région qu’on nommait les fonctionnaires qui avaient déplu. Le poète Li Bai avait été envoyé à Yelang dans la province voisine du Guizhou par l’empereur Tang Xuanzong, et pendant le voyage il eut le temps de composer des poèmes sur l’exil. jingquAvant d’arriver, il fut rattrappé par un nouvel ordre de l’empereur, et mourut sur le chemin du retour avant qu’on ait eu le temps de lui remettre le décret qui le nommait à un haut poste dans la capitale. Aujourd’hui les fonctionnaires et tous les gens qui ont des vacances vont de leur propre volonté voir les lieux touristiques. En anglo-chinois, la traduction est « scenic area ». Le mieux est de consulter les images . Le premier caractère ressemble au second de « dianying »dianying, électriques ombres, le cinéma.

Je me contenterais d’une promenade dans la campagne, et peut-être de faire l’ascension d’une des montagnes en forme de dent qui mangent l’horizon (s’il y a un escalier; le calcaire ici n’est pas aussi stable qu’un mur d’escalade, à supposer que je sois capable de faire plus de quelques mêtres).

Campagne de Guilin

(photo Wikimedia)

Mais chaque montagne renferme une caverne, et entre les montagnes coulent des rivières. Tout cela a été aménagé pour remplir la journée du touriste.

prospectus grotte

Ce matin, nous partons à la découverte. Un petit chemin de fer nous conduit jusque sous terre en survolant les champs.

Chemin de fer

Le photographe était au point de départ pour enregistrer le souvenir.

Nacelle de petit train

Maman chinoise veillant sur son jeune fils lancé dans l’aventure

L’intérieur est exactement comme le décrit le dépliant. Et un autre petit train nous attend.

Caverne en couleur

Bien sûr il n’est pas possible de se promener seul, ni de s’attarder. C’est quand même une jolie expérience. Là où il faut marcher on en a plein la vue, mais le train nous emmène dans la demi-obscurité de grandes salles à peine éclairées et tout le monde se tait. A l’étape suivante,  nous montons dans des bateaux électriques et nous sommes dans le noir, chacun ayant droit à une petite lampe pour éclairer ce qu’il veut voir. Et quand nous sortons, c’est au bord de la rivière Li où un autre bateau nous attend pour la suite de l’expérience.

Embarcadère à la sortie

Escale à l’embouchure d’un petit affluent de la rivière, aménagé pour l’exploration humide.

Cascade et escalier

Bien sûr, il y a un peu trop de monde, et pas tout à fait assez d’eau, mais le parcours est tout à fait joyeux. Les chaussures ont pris un autre chemin et on les retrouve en haut.

Un autre arrêt, au pied d’une montagne qui contient une autre grotte. J’ai mal au dos et je laisse la compagnie disparaître sous terre.  Je reste dans le jardin avec vue sur la campagne, la proie des jeunes filles en costume des minorités qui se préparent à poser pour les photographes dès qu’ils seront sortis.

Jeunes filles en costume

Et voila le résultat. J’ai l’impression qu’elles sont autant membres des Minorités du sud qu’une Polonaise venue faire la saison dans un restaurant typique de Quimper est Bigoudène. Tout le monde s’est bien amusé. Je remets à la chef les dix yuans affichés pour se faire prendre en photo, mais elles n’avaient rien demandé. Le banc pour se faire photographier est à droite; fleurs en plastique, très réussies, et un vrai paon.

Paon amarré

Ce n’est pas lui, mais un de ses confrères. Leur infinie patience s’explique, regardez la petite note rouge sur l’image.

Une autre escale indispensable, au pied du mont de la Demi-Lune,  et son arche en parfait demi-cercle. La municipalité, ou l’union des commerçants, on ne sait pas, entretient des escaliers fleuris pour prendre la pose avec la lune dans ses mains. La place où doit se tenir le photographe est marquée.

Demi-lune

Et si on n’est pas équipé, le professionnel est là aussi. Avec des costumes si on en a envie.

Demi-lune et photographe

J’aime les lieux touristiques, les endroits où on va pour le plaisir d’y aller et de raconter qu’on y est allé. Comme dit le message affiché à l’avant de la cabine du bateau:

Lets hearts

rang xinling yu shansui tong mei.  Mot à mot: Laissez votre coeur être du paysage le compagnon de beauté.

Manger en français

C’était la pleine lune hier soir. La fête des lanternes, qui marque la fin des réjouissances du Nouvel An, est passée. Ce matin nous avons entendu l’hymne national monter de la cour de récréation de l’école en face, pendant le lever des couleurs (pas de rassemblement de tous les élèves, la cour était encore couverte de neige et les élèves de corvée n’avaient pas eu le temps de la balayer). Les universités ont retrouvé leurs étudiants hier soir. Ils vont pouvoir se remettre des fêtes et du retour à la ville dans des trains parfaitement pleins.

Le Nouvel An est aussi l’occasion de manger au restaurant avec la famille ou les amis, et on dépense beaucoup quitte à ne plus rien dépenser pendant le mois qui suit. Et j’ai été invité à manger exotique (occidental donc).

La première a été mon amie Petite Feuille. Je devais lui apporter au travail (son unité de travail est le grand bureau de poste de la gare centrale) le livre venu de France. Elle m’a dit: « Viens à l’heure de midi, nous irons déjeuner ensemble au libre-service. » Petite Feuille a étudié un an en France . En 2008 son directeur l’avait chargée de traduire en français les textes explicatifs destinés aux usagers étrangers, et c’est moi qui avais révisé sa traduction. Il y avait eu des nuances à apporter. Cette fois-ci je me réjouissais d’avoir l’occasion de déjeuner à la cantine des postiers, mais il y avait aussi une nuance de vocabulaire.

Façade du Holiday Inn

Voici la façade du restaurant « libre service ». En fait, c’est le nouvel hôtel Holiday Inn qui vient d’ouvrir. Une fois installé au restaurant dans la mezzanine du hall d’entrée, on voit le personnel s’activer.

Lobby

Voila: le mot correct n’est pas « libre service » mais « buffet ». Aussi bien le self avec plateau n’est pas l’habitude en Chine. On s’asseoit dans la salle et on est servi, ou bien on prend sa petite boîte – plat unique et on mange assis sur ses talons au bord de la rue.

Buffet

Ici on a une moquette profonde qui ne sent pas le neuf, des chaises design comme les assiettes carrées et les couteau et fourchette, et des serviettes empesées qui ne tiennent pas sur les genoux.

A table

Potages, plats allemands et moyen-occidentaux (Liban et autres lieux; parfois de petites pancartes indiquent « ce plat n’est pas halal »), plats chinois aussi, tartes aux fruits et flans dans des petits pots, vrai pain si on le choisit; il ne manque que le fromage. Petite Feuille insiste pour que je mange de tout puisque c’est « libre service » à prix fixe. Au comptoir des plats chinois, on trouve les baguettes qui ne sont pas sur les tables. D’ailleurs, tout est soigneusement coupé à la manière chinoise, mais discrètement, et on n’a jamais besoin du couteau. Je m’offre le plaisir de manger la choucroute et les saucisses de Strasbourg avec des baguettes. Petite Feuille, sur la photo, porte le veston du complet d’uniforme que l’administration postale attribue à ses agents, et la chemise blanche qui va avec, mais elle a retiré la cravate verte. Le diable étranger à cheveux rouges debout derrière elle est le maître d’hôtel. Il est Hollandais et parle français parce qu’il a longtemps passé ses vacances au Croisic (ce n’est pas pour me faire plaisir; il en a parlé avant que je lui dise que j’avais vécu longtemps à Nantes; le monde est petit).

Photo souvenir avec la roue

Photo souvenir devant l’hôtel; derrière, on voit la grande roue toute neuve dont la municipalité veut faire le symbole de la ville (c’est ma petite contribution à l’effort officiel). J’oubliais: le livre que j’avais apporté a pour titre « L’Histoire de France pour les Nuls », dans la belle édition illustrée. Petite Feuille ne m’a pas demandé ce que signifiait l’expression. Aussi bien c’est un très bon livre, qui contient tout ce qu’il faut savoir (le vase de Soissons, Jeanne d’Arc, Louis XIV, Louis XVI, Napoléon et le général de Gaulle) en bon français facile à lire.

Quelques jours après, nous étions à table au restaurant Kiessling, invités par la vieille amie de mon épouse et par son partenaire en affaires (il a une bureau d’études en informatique, elle est juriste). Kiessling, restaurant allemand fondé en 1901, est une institution locale. J’y avais déja dîné, aux frais des contribuables français (dont tout le monde autour de la table faisait partie, ainsi va la redistribution dans un pays démocratique). Il y a une pâtisserie en bas. En montant, on trouve un étage russe, un étage allemand, et un étage français. Nous sommes à l’étage français, le plus distingué et luxueux.

Restaurant iessling et petite fille

Déja quelque chose de chinois: des petits enfants à table avec leurs parents. Ils peuvent se lever et jouer, ça ne tracasse pas le service. A la table voisine, une jeune femme est venue déjeuner avec son grand fils d’au moins 6 ans. Je suis supposé être compétent pour dire ce qu’il faut manger. La carte est en chinois, avec des sous-titres en anglais. Heureusement, la maison propose un menu dégustation, avec quantité de plats. Pas de bouteille de vin; les dames ne veulent pas boire, et un des messieurs doit conduire sa voiture pour rentrer. Donc un verre pour moi, un vin de cépage du Sud-Ouest (français, quand même). Au cours du repas, les dames se laisseront tenter et on leur apportera des verres vides pour partager le mien; il contenait pas loin d’une demi-bouteille.

Premier service

deuxième service

Service à la chinoise: la table se couvre de plats, qui arrivent dans le bon ordre, mais bien plus vite qu’on ne pourrait les manger. Les serveurs gèrent la surface limitée. Au deuxième service, on peut identifier sur une petite assiette le reste du plat de foie gras d’oie qui prenait toute la place au premier. Il y a quand même un problème technique: rien de plus facile que de saisir avec les baguettes les morceaux déja coupés dans le plat. Mais un filet de boeuf ? C’est plus facile avec le petit pot-au-feu (dans sa cocotte avec un couvercle de feuilleté, au premier plan à gauche). Et puis, piquer avec sa fourchette, le geste est moins gracieux. Tout est très bon et très fin, avec quelque chose d’un peu exotique pour moi, moins salé, pas relevé de la même façon. Le patron Jean-Charles est assez gentil pour venir m’expliquer, entre deux arrivées de clients (c’est jour de fête, la salle sera pleine), comment lui et son épouse aux fourneaux ont repris les grandes recettes de la maison pour les ajuster au goût de leurs clients, tous chinois sauf rareté (je suis le seul Occidental dans la salle). Par exemple, le pain que je trouvais sans goût est fait sur place, non pas acide comme le pain français mais un tout petit rien sucré; il me fait goûter les « mantou français », les petits pains au lait dorés que j’avais évité de prendre, parce qu’on ne mange pas ça au repas de midi; c’est ce qui plait. Il attribue mon échec dans la boulangerie (il est au courant, comme tout le monde apparemment) à une erreur de raisonnement dans ce domaine.

boîtes blanches

Seuls des gens qui ont déjeuné au restaurant en Chine reconnaîtrons la chose qui est maintenant sur la table. En Chine, au restaurant il y a toujours trop à manger, et à la fin du repas la serveuse vient avec ses petites boîtes blanches et ses baguettes pour y ranger ce qui reste dans les plats. Cuisine des jours ordinaires ou grande cuisine, et ce n’est pas pour le chien. Comme si en France on faisait emballer le reste de filet de sole à la vapeur du Grand Véfour.

Vitrine d'alcools

Une station devant le meuble à miroirs des alcools précieux, pour quelques photos souvenir. Voici celle où les convives ne figurent pas.

Tableau

Un coup d’oeil sur les images encadrées des hôtes de marque. Je ne suis pas sûr de l’identité du haut cadre au centre, quelqu’un de la municipalité (une municipalité plus peuplée que la Belgique, quand même), mais je reconnais le patron et la patronne de la maison. Il faudra que j’en reparle.

façade de Kiessling

Voici la façade de Kiessling, dans son immeuble qui date de 1940, construit par des optimistes qui pensaient que les Concessions occidentales dureraient encore longtemps. Il trouve sa place dans l’architecture plus jeune du quartier.

Xiao bailou

Panthéon salle de musiqueL’immeuble de gauche est l’hôtel Renaissance, celui du centre le siège d’une banque, et s’intitule lui-même « Arc de Triomphe ». Quand on se retourne, on fait face à un modèle réduit du Panthéon de Paris, terminé en juillet 2008, juste à temps pour faire beau dans la ville pour les Jeux olympiques. Quand l’intérieur sera terminé, ce sera une salle de concerts. Sous les pieds des figurants, la station de métro Xiao Bailou (Petite maison blanche). Tout près, c’est la « rue 1908 » qui veut reconstituer l’ambiance du temps où Kiessling venait d’ouvrir (pas très loin, dans un immeuble démoli il n’y a pas longtemps). Il faudra que je montre les miracles récents de l’architecture de Tianjin.

Heureusement, il n’y a pas que les tables un rien intimidantes les jours de fête. Nous sommes allés saluer chez eux les parents de Martial (c’est son nom depuis qu’il est Français, donc plus Chinois), notre intermédiaire de mariage. Le prétexte était d’apporter au petit-fils le cadeau de Nouvel An de son oncle de France. Ils nous ont retenu à déjeuner et sont passés chez le traiteur de la résidence pour que nous ayons à manger.

Table servie

Emincé de porc, ragoût d’aubergine, salade de racines de lotus et d’algues, porc aux champignons noirs. Le coup d’oeil n’y est pas, mais c’est très bon. Les petits verres sont là pour le baijiu des messieurs (alcool blanc de grains, 50 degrés, il vaut mieux ne boire qu’en mangeant, et un seul petit verre; j’ai fini par apprécier), et le vin rouge des dames. Les bols arriveront avec la soupe de semoule de maïs. Le jeune homme à droite mangera à table avec les grandes personnes puis boira son biberon.

Pantalon sans fond

Pendant que j’y pense: quelqu’un m’a demandé ce que c’était que le pantalon sans fond. Il a l’explication. C’est très pratique pour celui ou celle qui le porte. Et pas de couche jetable deuxième age. Bien sûr, même si l’intéressé sait s’exprimer au bon moment, en ville il vaut mieux avoir du carrelage par terre.

Maitresse de maison

La maîtresse de maison vient de raccompagner ses invités. On voit le décor du Nouvel An autour des portes des appartements. Les numéros peints sont de la publicité; de temps en temps la copropriété fait passer une couche de badigeon blanc, puis ça recommence.

Dix mille pétards

La semaine d’or va se terminer. Mon épouse est déja retourné au travail deux demi-journées (son administration ne ferme jamais, sauf la nuit). Encore un jour et nous ne serons plus réveillés par les feux d’atifice tirés avant le lever du soleil après nous être endormis au son de ceux qui sont tirés jusqu’à minuit. A Tianjin les pétards sont autorisés toute l’année, à Pékin la nuit du passage de l’année seulement. Et je prends le temps d’écrire, après les jours de fête passés à rencontrer les amis, porter et recevoir des cadeaux bons à manger ou à boire, et aller là où tout le monde va.

paohuaLa fusée de feu d’artifice s’appelle pao hua. Le caractère de droite, c’est la fleur. Le caractère de gauche qui réunit le feuhuoet le geste d’envelopperbaoest le canon, celui qui tire et celui du jeu d’échecs. Donc nous avons vécu une semaine au son du canon.

Ca commence quelques jours avant le Nouvel An. De nouvelles boutiques en plein vent apparaissent à tous les coins de rue, avec des montagnes de produits.

Nan Lou boutique de pétards

Celle-ci est devant le bureau de poste pas loin de chez nous.

Boutique de pétards

Au premier plan, les pots à feu qui crachent des jets d’étincelles. Empilées plus loin, les boîtes carrées prêtes à lancer 25, ou 49, ou 81, ou 100 fusées rangées dans leurs tubes de carton.

chapelets de pétards

Au milieu, les pétards en chapelet; pliés dans leur paquet de mille ou deux mille, et à gauche roulés par cinq ou dix mille, dix mètres à dérouler sur le trottoir. En temps ordinaire ils accueillent la mariée sur le seuil des grandes maisons. Mais ces jours-ci, ils vont servir aux rites de la fête. Tout le monde doit faire éclater des pétards et lancer des fusées. Personne ne prend la peine de m’expliquer pourquoi. Et même quelqu’un a voulu me persuader qu’il faut que je participe.

Chinois avec pétard

Donc, m’ayant vu regarder l’étalage, cet homme m’a tendu ce que j’ai pris pour un très gros pétard. Il m’a aussi offert une cigarette. Je ne fume pas mais je prends quand même les cigarettes des gens que je ne connais pas. Refuser serait aussi incompréhensible qu’en France quand j’étais petit et que les maîtresses d’école faisaient faire des cendriers pour la fête des Pères (la morale laïque a évolué depuis). Comme j’avais l’air de ne pas comprendre, il m’a fait la démonstration.

Lancer de pétard

On allume la mêche, et on tient le tube bien vertical au bout du bras tendu. La fusée part à grand bruit et la bombe éclate à quinze mètres de haut avec un éclair, et un son qui déclenche les alarmes des voitures garées à côté. Le tube vide reste entre les doigts du lanceur. Il vient d’en acheter un paquet de dix et me met les neuf qui restent dans les mains. J’essaie de me dégager poliment. Je n’ai pas l’intention d’essayer sur place et de faire des blessés ou un éborgné en ratant la manipulation. J’essaie d’expliquer que les Occidentaux ne connaissent pas et ne savent pas faire. Je crois que j’ai déçu le public assemblé.

Neuf pétards

Les voici sur mon bureau, et je les confierai au grand fils de mon épouse pour qu’il les tire.

A la fin de l’après-midi avant le passage de l’année, nous allons faire un tour sur Binjiang dao, la rue des plaisirs innocents. Ce n’est pas encore l’heure, mais certains s’exercent déja au milieu de la foule.

binjiang dao

Vers le nord, avec au fond la nouvelle tour qui pousse sur la rive du fleuve, tout près de la gare.

Cathédrale et fusée

Vers le sud, on aperçoit la façade de la cathédrale. Au premier plan, un des chars électriques qui font la navette entre les deux bouts de la rue. La décoration officielle se contente cette année de rangées de drapeaux aux cinq étoiles d’or, à la place des publicités des jours ordinaires. L’an dernier, la rue était bordée de deux rangées de lanternes rondes. Mais ce sera peut-être pour la Fête des Lanternes, le quinzième jour de l’année.

Nous sommes allés tout droit chez mon beau-père, où la famille se réunit. Normalement, c’est dans la famille du mari, mais j’en suis démuni ici. On dîne, on prépare les jiaozi (raviolis) qu’on mangera ensemble à dix heures du soir, et on regarde le spectacle du nouvel an à la télévision. Le même tous les ans , avec les mêmes animateurs, les danses et les chants sur fond de décors virtuels époustouflants, et la séquence militariste. Cette fois nous avons eu droit à des aviatrices qui avaient des visions patriotiques. Mon beau-père a fini par passer à une autre chaîne pour regarder un opéra chinois.

Pas de visite au temple bouddhiste à la première heure du premier jour de la nouvelle année. A minuit nous rentrons chez nous. Et comme je n’ai pas envie de dormir (aussi bien, les explosions en continu nous maintiennent éveillés), je redescends prendre l’air du quartier.

Voisin et pétards

Un voisin qui vient de dérouler ses cinq mille pétards dans la cour de sa résidence m’invite à faire la mise à feu.

Je remonte l’avenue en direction de la grande librairie. Il n’y a personne ou presque, tout le monde est en famille, mais le paysage s’illumine brusquement.

fusée dans la rue

La tache noire au milieu du nuage de feu, c’est la caméra de videosurveillance du carrefour. La façade de la grande librairie est à gauche.

Façade de banque 1

Les fusées partent sans arrêt, on ne voit plus rien à travers la fumée. Et je ne vois personne. J’ai l’impression d’être seul à regarder.

Façade de banque 2

Ca se calme, et le décor réapparait. Nous sommes devant la succursale de la Banque de la construction, avec son péristyle à colonnes et sa tour de cuivre brillant (plus brillant que la compétence de ses employés; j’y suis entré une fois dans ma vie, pour changer les travellers de mon premier séjour en Chine; on m’a dit qu’il y avait trois semaines de délai et 5% de frais pour un chèque sur l’étranger; je suis allé ailleurs).

Cartons de fusées

Cette fois ça s’est calmé. Il ne reste plus que les cartons des boîtes de fusées, et toujours personne.

Equipe de tireurs

Mais non, j’avais tort. Toute une équipe sort de derrière les colonnes pour pousser les cartons et les réunir au bord du trottoir, et mettre les débris en tas avec des pelles à neige. Le travail terminé, ils posent pour moi; parmi eux, un agent de sécurité dans son bel uniforme. Si j’ai bien compté, quand je suis arrivé devant la banque ils devaient en être à leur troisième tir de cinq ou six cartons de 81 fusées (9 fois 9, le chiffre impérial) à la fois. Plusieurs mètres cubes et plusieurs centaines de kilos. Il aura fallu une camionnette pour les apporter et ce n’est certainement pas eux qui les ont achetés. Pourtant ils n’attendaient aucun public. Rien à voir avec la réunion de voisins pour tirer ensemble un beau feu d’artifice au carrefour, que j’avais rejointe trop tard l’année dernière. Est-ce la banque qui a payé ce spectacle destiné aux dieux ?

Avenue et cartons

La mission est finie. Le dernier fait le tour du tas avec son extincteur pour vérifier que tout est bien éteint.

Boutique de pétards la nuit

Une heure du matin: un combattant est venu à vélo renouveler ses munitions à la boutique. Les stocks sont inépuisables. Je ne sais toujours pas pourquoi le feu continue. Au moins ceux de Binjiang dao s’amusaient et intéressaient les autres en lançant leurs fusées au milieu de la foule. En ce moment il n’y a presque personne dehors.

En rentrant, je passe devant un des restaurants de l’avenue. Un couple vient d’arriver. Ce doit être les patrons. Il ouvre la porte et allume la lumière de la salle, puis ressort avec un chapelet de pétards et un pot à feu. Ils les tirent devant la façade de leur commerce.

façade de restaurant

Tirer des pétards dans le nuit, ce serait un geste nécessaire à la prospérité du commerce ? Il y a longtemps, j’avais fait du tourisme en Inde. Dans l’autocar en direction de Puri, lieu de pêlerinage, j’étais assis à côté d’un homme bien habillé, avec un attaché-case. Après échange des banalités d’usage (de quel pays ètes-vous ? ètes-vous marié ? quel est votre rapport avec Dieu ? ), il m’avait expliqué qu’il ouvrait une nouvelle succursale et se rendait comme moi à Puri pour prier Krishna et Lakshmi (sainte cent-mille), afin que l’affaire réussisse.

Boutique Balala

Tout près de chez nous, la boutique du traiteur hallal Balala est éclairée mais fermée (il y a un restaurant musulman ou un traiteur hallal à chaque carrefour de l’avenue, au coin nord-ouest). Quelqu’un veille à l’intérieur et tous les extincteurs ont été posés près de la porte. Il y a donc aussi des commerçant inquiets. Je rentre à la maison, tout s’est bien passé. Je téléphone à des amis de Paris pour qui c’est l’après-midi. J’ouvre un instant la fenêtre pour qu’ils entendent le bruit dehors, puis je la referme pour pouvoir leur parler. A deux heures c’est fini et nous pouvons dormir.

Balayeurs

Le lendemain matin, quand j’arrive près de la cathédrale, les agents municipaux finissent de balayer les restes des feux d’artifice de la nuit. Je suis encore en retard à la messe mais pour la première fois je peux m’asseoir. Les chrétiens aussi ont fêté le nouvel an et se reposent.

commerçants

Un autre couple de commerçants vérifie que les pétards sont disposés harmonieusement devant leur devanture avant de les mettre à feu. Leur belle voiture noire encombre la voie réservée aux vélos (pas sur la photo, je n’ai plus la main).

père de famille

Ce père de famille se livre à une manipulation dangereuse: il essaie de réparer un chapelet de pétards qui a cassé et s’est éteint avant de craquer entièrement. A noter que ces pétards-là sont blancs, faits de papier journal roulé; récupération écolo ? Le papier des pétards est rouge, ordinairement (et ils ne sont pas moins écolo; tout le papier chinois est fait avec le papier de récupération américain transporté en fret de retour dans les containers maritimes qui, sinon, reviendraient vides). Il était en train de les faire éclater devant le portail de sa résidence.

Chaise roulante

Une de ses voisines profite de l’accalmie pour faire rentrer dans la cour son vieux père (ou beau-père).

Résidence

A midi, nous allons déjeuner chez la plus vieile amie de mon épouse (coeur à prendre, situation stable, un grand fils en 2e année d’économie à l’université Nankai, elle rêve d’un conjoint occidental depuis qu’elle a vu que sa vielle amie semble contente du sien). Dans la cour de sa résidence, un peu de la neige de la semaine dernière a survécu sur la pelouse, et l’allée porte la trace des explosions de la nuit. Il fait beau.

Pour voir d’autres images du Nouvel An, regarder ici .  Et aussi ce qu’a vu une famille américaine qui habite Pékin, quartier de Chaoyang, http://www.tonychor.com/ , la même chose que moi. Comme ils disent:  » I don’t think you’d ever see this in the US. »