L’année du tigre qui s’ennuie

(Dans la nuit du dimanche 14 au lundi 15), …. Mais non, j’ai écrit une sottise, et ma chère épouse me fait rectifier: dans la nuit de samedi 13 à dimanche 14, nouvelle lune, ce sera guonianguo nian, passer, l’année. On passera de l’année du buffle à l’année du tigre. La semaine qui suit, c’est exactement comme entre Noël et le Nouvel An, on ne travaille plus, la famille se réunit, on fait la fête avec les amis. Et on décore la maison avec les génies de l’année nouvelle.

Deux tigres

le petit tigre tient le bonheurfu, la petite tigresse le printempschun.

Cette année, mon épouse n’a pas acheté de papiers rouges découpés. Il n’y a plus de vendeurs de décorations dans les rues du quartier. Une voisine du rez-de-chaussée a essayé d’ouvrir sa boutique, mais depuis que la municipalité a fait harmoniser la façade sur l’avenue, avec de belles grilles (et des mini-balcons en fer pour cacher les climatiseurs), on ne peut plus entrer en passant par la fenêtre. Il faudrait faire le tour du bâtiment et ça ne marche pas. Je en sais pas si j’ai raison ou si c’est mon humeur personnelle, mais j’ai l’impression que c’est moins joyeux que l’année dernière. Le journal rappelle qu’il vaut mieux ne pas se marier dans l’année du tigre, l’époux mourra jeune, et que les enfants nés l’année du tigre auront toujours faim. Et puis il fait froid, la mer a gelé au sud de Tianjin.

Dieu de la richesse

Le dieu de la Richesse, qui préside aux fêtes, n’a plus son public (dans la nouvelle galerie sous terre, genre mini-trou-des-halles, à la station de métro Xiaobailou, Petite Maison Blanche).

Mais ça n’empêche pas le monde de tourner. A la gare, le grand flot de ceux qui rentrent dans leur famille au village est déja calmé, mais il reste pas mal de voyageurs à la sortie de la salle des billets.

Sortie de la salle des billets

Queue à la gare

Et c’est la queue des jours de pointe à la grande porte de la gare. Pourquoi la queue ? Chaque bagage est radiographié comme dans un aéroport, mais plus vite heureusement. On s’y est habitué et on attend « de manière civilisée » comme disent les affiches de propagande.Aujourd’hui il y a trois queues.

Ma hua

En plus des bagages, tout le monde charrie des sacs de cadeaux. Celui-ci porte un stock de boîtes deshiba jie mahuashiba jie mahua, les mahua de la dix-huitième rue, les gâteaux secs torsadés de Tianjin qui ont une réputation nationale. Il doit avoir beaucoup de gens à visiter.

A l’approche de son année, le tigre est embauché pour faire de la publicité :

Métro et tigre

Sur les portes de quai du métro, avec le logo  »Tianjin Metro » sur le front de sa monture-tigre.

Arret d'autobus

Sur un arrêt d’autobus, pour une marque de lait en briques.

Carte bancaire

Sur une carte de crédit nationale, avec un numéro favorable à l’argent.

Carrefour

A Carrefour, le tigre est dans le caddy. Le père des deux jeunes gens m’a parlé en français. Je n’ai pas réussi à comprendre s’il est déja allé en France ou s’il a le projet d’y aller.

Rayon saisonnier

Voici le rayon de la saison du tigre. Et un présentoir de décorations pour la maison.

Présentoir

Précision pour ceux qui n’auraient pas suivi : Winnie l’ourson n’est pas un animal du zodiaque chinois. Enfin, pas encore.

Emballage cadeau

En emballage cadeau pour les fêtes, des bouteilles de vin (Great Wall, région de Pékin, le vin est fait avec l’aide d’oenologues français). D’ailleurs on trouve tout en coffret cadeau garni de satin, même des pots de Nescafé avec deux tasses. Quand même, les vieux symboles sont toujours là, par exemple le caractère porte-bonheur sur les grands papiers découpés.

Caractère porte-bonheur

Ce super-caractère qui n’est pas dans le dictionnaire se prononce zhāo cái jìn bǎozhaocaijinbaoarriver, richesses, venir, trésors. Le quatrième caractère est lui-même fait de quatre autres: roi, moi, argent, le tout sous un toit. Ce papier découpé est en concurrence avec celui qui porte le caractère du bonheur (en plus petit au centre).

Pour voir d’autres images du passage de l’année, voir Google  et Baidu . Avec aussi des images de feux d’artifices.

Quelque chose de complètement différent: Le journal La Croix du 12 février rappelle que c’est cette année le quatre centième anniversaire de la mort de Matthieu Ricci , le père Jésuite qui devint grand lettré chinois, le premier de ceux qui se sont mis au service de l’empereur pour avoir le droit de rester en Chine, et ont révélé aux lettrés d’Occident qu’il existait un autre monde civilisé que le leur. La tombe de Matthieu Ricci est à Pékin, à l’ouest de la Cité Interdite, dans le jardin de l’école des cadres du Parti; pas si étonnant, les Jésuites ont été (et sont toujours) pour l’Eglise catholique ce que le Parti prétend être pour l’empire chinois : les meilleurs, ceux qui ont travaillé pour être les plus compétents, dévoués à une grande cause; du moins c’est ce qui est expliqué aux étudiants à qui on propose d’y entrer. Aussi dans « Jésuites », volume 1 Les conquérants, de Jean Lacouture, éditions du Seuil 1991.

Guilin en octobre

Dehors en ce moment le temps est désolant. Il a un peu neigé hier; aujourd’hui la neige a fondu donc il ne fait pas si froid, mais tout est dans la brume et on se sent comme en hiver en France. Le beau temps d’hiver ici, c’est l’air glacé, sec et transparent. Je préfère retourner dans le sud, là où nous sommes allés en famille autour du 1e octobre en profitant de la semaine d’or de la fête nationale . Je n’avais rien écrit parce que ça avait mal commencé. Dès la première étape, le minibus avait roulé trop vite sur une route en réfection. J’avais été projeté hors de mon siège et j’étais mal retombé, avec une vilaine douleur dans le dos. Je promène avec moi le médicament pour ça, qui relâche les muscles contractés et soulage le nerf coincé. L’ennui, c’est que ça relâche aussi le cerveau, et j’avais passé les quatre jours dans une espèce de béatitude inquiète. Maintenant que c’est oublié, je peux revoir le voyage et en parler.

Ticket radeau

Voici  l’image du bonheur dans la province de Guanxi, sur le ticket de la  compagnie de navigation sur la Rivière du Dragon en amont de Yangshuo.

Yangshuo Yangshuo, au confluent de la rivière du Dragon et de la rivière Lilijiang(pas de traduction), en aval de Guilinguilin la forêt d’osmanthes. Le Yang de Yangshuo est celui du yin et du yang, le côté ensoleillé. Le Gui de Guilin désigne l’arbre qui donne la fleur parfumée dont on fait le thé à l’osmanthe, et le fruit à noyau symbole de la vie dans les bois. On fait le vin d’osmanthe, spécialité de Guilin, avec l’un ou l’autre, on ne m’a pas donné l’explication. La rivière Li est si célèbre qu’elle est a dos du billet de 20 yuans.

Rivière Li

Sur l’image, comme le veulent les règles du paysage chinois, un tout petit homme donne son sens à ce qu’on regarde. Il est debout sur son radeau fait de cinq tiges de bambou, le symbole de la rivière Li.

Radeau 5 tiges

En voici un au sec sur un embarcadère en granite tout neuf. A l’arrière, l’axe en fer pour recevoir la moto-godille; au milieu, le panier où on met les choses au sec. Tout le monde en possède un le long de la rivière Li, comme on a une plate sur le golfe de Morbihan.

Pêcheur à la ligne

J’ai vu aussi un homme d’affaires en déplacement, assis sur une chaise de bureau, le manche de la motogodille dans la main gauche, le téléphone portable dans la main droite, l’attaché-case posé debout devant lui. Dommage, la photo est ratée.

Radeau et cormorans

Et c’est sur ces radeaux que les pêcheurs aux cormorans travaillent (l’activité est protégée par l’Etat, pour maintenir cette image que tous ceux qui ont feuilleté un livre de photos sur la Chine ont vue; en général avec plus de soleil, mais en voyage organisé on ne choisit pas le temps ni le moment). Il y a un détail qui n’est pas sur l’image: pour tenir en équilibre là-dessus, il faut un rien d’habitude, comme dans un canoé. Aussi les modèles pour touristes ont beaucoup plus de cinq bambous.

Radeaux pour touristes

Dans un endroit calme de la rivière du Dragon, voici une école pour les débutants. Les filles en robe à fleurs sont Américaines. Leur radeau est tout neuf. Pour courber les tiges du retroussis à l’avant et à l’arrière, le chantier les chauffe au feu de bois.

Radeau touristique

Voici un grand modèle sur la rivière Li, pour famille ou groupe d’amis. La présence du pilote est obligatoire, non pas que la rivière soit dangereuse, mais on risque de se faire écraser par les grands bateaux qui ne varient pas de leur route en basses eaux dans le chenal.

Cinq bateaux

Sur l’image, on peut compter cinq bateaux. Le voyage organisé comprend obligatoirement la descente de la rivière Li, du port en aval de Guilin jusqu’à Yangshuo, dans le paysage du billet de 20 yuans, qui est aussi beau en réalité. A suivre.

Prospectus

En attendant, voici la carte de la rivière Li sur le prospectus de l’office de tourisme (cliquer pour afficher le site web, très raffiné), et la carte de situation, document Wikipedia.

Carte de situation

France, aller-retour

Ca y est, je suis rentré en Chine et j’ai épongé les effets du décalage horaire (huit heures au soleil, mais six ou sept heures seulement à l’horloge depuis que notre Ex-président Giscard a mis midi à quatorze heures).

Cuirassé Tirpitz

Voici le sac du voyageur quelques jours avant le départ. Les derniers cadeaux à distribuer sont encore dedans (les connaisseurs très pointus reconnaîtront une boîte de mahua, la friandise bourrative que tous ceux qui partent de Tianjin emportent pour offrir ou en souvenir). Il faut commencer à étudier le moyen d’emporter tous les articles de France que les amis ont commandé. Celui qui rève d’un grand bateau de guerre pose plus de problèmes que celle qui a demandé des colliers et de la crème pour le teint. Les livres pèsent lourd, les bouteilles plus encore. J’ai fini par y arriver.

C’est très déroutant de voyager. Le pays de destination vient à votre rencontre dès l’aéroport. A la boutique de journaux par exemple.

Jean Sarkozy en couverture

MonsieurUne occasion de lire la transcription du nom de notre actuel président (les caractères 2, 3 et 4, en bas, sakeqi, « entité bienveillante », « lever l’impôt », « être ensemble »). En chinois, « Jean » se traduit apparemment par « petit monsieur » (caractères 1, 5 et 6). Le jeune homme de la photo n’est pas un inconnu pour les Chinois. Chaque samedi, la première chaîne de la télévision centrale diffuse une émission d’information « Les horreurs de la démocratie que notre gouvernement scientifique harmonieux nous épargnent », je ne me rappelle pas le titre exact. On y voit des grèves, des émeutes, et d’autres désordres inconnus ici. Un exemple inventé:

parachutiste et burka

« Les Français réagissent violemment aux particularismes affichés de certaines minorités religieuses … Dans ce centre commercial, un militaire en armes est prêt à rétablir l’ordre. »  Ca se passe à Roissy, le militaire des forces françaises de l’ONU vient de passer au comptoir d’enregistrement et va prendre un Airbus civil de la République Française vers le Liban avec 200 camarades qui sont un peu plus loin. Il a pour arme son béret bleu (dans sa poche de droite avec sa carte d’embarquement). La dame en noir va aussi au Liban, dans un autre avion.

Or donc, dans ce même registre imaginaire et malveillant, la télévision centrale nous a fait part de l’indignation des Français qui ont vu leur président introniser son fils patron d’un vaste domaine en région parisienne, avec revue des premières pages de journaux ornées du portrait du jeune prince, traduction de l’éditorial en grosses lettres de Libération, et interviews sous-titrées de citoyens de mauvaise humeur sur la dalle de la Défense. J’avais pris des photos de l’écran; malchance, je les ai effacées trop tôt.

Aussi bien, dans un aéroport, une fois qu’on a passé la porte de la zone internationale, on ne sait plus du tout où on est. Consolation: c’est parce que les marques françaises sont dans le monde entier.

Boutiques de parfum

Il y a quand même de la couleur locale. Cette publicité ne passerait pas ailleurs.

Publicité HSBC

« Mon succès, c’est de le mettre dans la meilleure école du monde » (publicité pour la banque HSBC). Tout le monde sait qu’être riche, c’est pouvoir se payer ce que les autres n’ont pas. Mais il n’y a qu’en Chine qu’on explique avec autant de candeur que l’argent fait tout. Une autre consolation: le paysage du succès est certainement occidental.

Caisse d'épargne

Un autre élément du paysage occidental (Rue des Hallebardes, Strasbourg): rassurons nous, ce monsieur bien équipé a au moins le RMI, peut-être une pension d’invalidité, et quand il va à l’hôpital on le soigne pendant que l’administration trouve quelle branche d’elle-même va payer. Son confrère chinois (je ne peux pas en montrer, mon épouse m’a interdit de publier des photos de ce qui ne devrait pas exister; elle est d’accord là-dessus avec le ministère de la sécurité de l’information) n’a rien de tout ça, et l’accueil à l’hôpital non plus. C’est mieux en Occident. Je rentre quand même en Chine où je vais continuer de vivre à côté de mon pot d’or qui se remplit tout seul chaque mois (c’est comme ça qu’un jeune expatrié qui essaie de faire grandir son revenu chinois décrit la retraite). J’ai une bonne raison, vivre à côté de quelqu’un qui s’inquiète tous les jours de savoir si je suis heureux avec elle (pas de reconnaissance, c’est le devoir d’une épouse chinoise, et sa maman le lui a enseigné).

A part ça, quand je suis en France je n’arrive pas à écrire sur quoi que ce soit. Je vais recommencer. Remerciements à ceux (celles) qui m’ont écrit des commentaires gentils pendant ce temps-là.

Petit retour en France

Il y a une semaine, j’ai reçu une lettre du consulat qui m’invitait à me faire vacciner contre la grippe. La lettre disait que la ministre de la santé avait envoyé des quantités de vaccins à l’ambassade et que pour lui faire honneur les Français étaient invités deux samedis et dimanches de suite à venir au lycée français se les faire administrer. Ce n’était pas exactement ce que disait la lettre mais on peut l’interpréter ainsi. J’aime passer devant le lycée français, qui est tout près de l’ambassade et au coin d’une avenue qui donne dans la partie calme de Sanlitun lu, la rue des restaurants exotiques où les Chinois viennent boire et manger allemand, français, américain ou italien. Quand on passe devant, on a le temps de cent mètres de trottoir l’impression d’être en France.

Vu de la rue de Sanlitun

Quand on arrive de la rue de Sanlitun, on pourrait être n’importe où, pas spécialement en Chine même si les vélos rangés dehors laissent un doute.

Devant la grille

Devant la grille aussi, on pourrait être aussi bien devant un collège moderne dans une petite ville du Sud.

Belle brune

Et la belle brune qui lit quelque chose sur le tableau d’affichage en attendant la sortie des classes (il est presque midi) est Française, croyez moi qui n’en vois pas tous les jours.

Menu de la semaine

La cantine a même la bonne idée d’organiser des journées exotiques pour ouvrir l’esprit et le goût des élèves. Ce mercredi, déjeuner chinois, mais sans renoncer au fromage et au fruits.

Sortie des classes

Beaucoup de petites têtes asiatiques dans la cour; les élèves viennent de sortir. Je dois être devant le collège de l’avenue d’Ivry, Paris XIIIe.

Car de ramassage

Eh bien non, je ne suis pas à Paris, je suis dans une petite ville, puisque voici les cars scolaires.

Ligne de cars 2 Quelle petite ville ? Le côté est de Pékin, le quartier de Chaoyang où habitent les expatriés. Il y a six lignes de car scolaire, avec des noms de résidences et de places: Jianguomen, Kempinski, Richmond, River Garden, Leman Lake, Chunxiulu. Nous sommes jeudi, pas de cours l’après-midi dans les petites classes. Les autres jours, les cars partent à 16h.

Ca, c’était il y a deux semaines, quand j’étais allé le matin au consulat chercher un dossier de demande de certificat de capacité à mariage, pas pour moi puisque c’est déja fait,  pour un ami qui travaille et aurait dû prendre un jour de congé pour ça (encore un qui va découvrir que quand on épouse une Chinoise on devient une province de son empire de maîtresse de maison, et supposé incapable de se gouverner seul). Ce matin, j’ai le droit d’entrer dans le lycée français, où il n’y a pas d’élèves puisque c’est samedi, et de voir les salles de classe où on m’attend pour la vaccination.

L’ambassade a mobilisé tout son monde pour accueillir, faire attendre, appeler, guider les futurs vaccinés. Nous avons deux papiers à remplir, un questionnaire médical, et une feuille où on doit affirmer, en cochant des cases et en signant, qu’on désire être vacciné, qu’on est conscient de courir de graves dangers en le faisant y compris le décès, et qu’on renonce à se plaindre d’avoir été mal traité par les médecins et infirmiers chinois mobilisés (l’explication était dans la lettre d’invitation: le vaccin français n’est pas agréé en Chine.) Ca se passe de façon plutôt détendue; pas de longue attente puisqu’on s’est fait attribuer une heure. »Mon » médecin chinois me parle en anglais et me demande de traduire « allergie à la poussière de maison » que j’ai inscrit diligemment dans la case du questionnaire. Echec; nous tombons d’accord sur le fait que ce n’est pas un médicament, donc pas de contre-indication.

Je n’avais jamais rencontré autant de Français de Pékin à la fois. En fait un bon nombre sont Chinois, et pas seulement des conjoints (dans un des couples que je connais, elle est Norvégienne, lui est Chinois, ils se sont mariés en France et il a été envoyé en Chine comme expatrié par son entreprise; elle enseigne le français). A la station de métro, un monsieur aux yeux bleus accompagné d’une dame asiatique et de deux petits enfants m’avait demandé avec un accent britannique distingué « Where is the french international school ? ». J’avais répondu « I am going to there, follow me. » en me disant que peut-être les Anglais avaient organisé la vaccination en commun avec la France. Mais il a eu un doute « Are you french ? ». « Yes ». « Alors nous pouvons nous parler en français » C’est une famille franco-chinoise qui a pris une année sabbatique pour que les enfants connaissent la Chine et rencontrent leur grandmère à Xi’an. Ils ont fait 12 heures de train pour se faire vacciner et passer le week-end à Pékin. Xi’an l’hiver n’est pas un séjour charmant.

Salle de classe

Nous avons droit à une salle de classe pour nous reposer après l’injection. C’est l’occasion de vérifier que le dépaysement en France fonctionne.

Traité de Verdun

Ce n’est pas le texte du traité de Verdun en latin, c’est le Serment de Strasbourg en langue romane (j’ai vérifié ). Moi aussi j’ai appris ça dans les petites classes.

Reglement intérieur

Et le texte du rêglement intérieur est dans un français moderne qui ne dépayse pas, ou qui transporte de l’autre côté du monde, ça dépend du point de vue.

Frise dans la cour

Une partie de la frise qui décore la cour côté est, là où sont les paniers de basket.

Entête du lycée

L’entête du lycée, reprise sur un panneau indicateur de car scolaire. Le nom du lycée en chinois: beijing faguo guoji xuexiaobeijing faguo guoji xuexiao; Pékin français international école. Le lycée a un site internet , qui a en ce moment une rubrique « grippe H1N1. Ca me fait penser que je vais voir des quantités de gens avec un masque sur le nez, à l’aéroport de Pékin demain matin.

En finir avec Noël

Je ne serai pas en Chine à Noël. La dernière fois que j’y étais, c’était avant de me marier. Si j’étais resté au moment de la fête du printemps (le nouvel an chinois, en février; en 2010 ce sera le 14), ma chère épouse aurait été obligée de me laisser tout seul pour les réunions familiales; j’étais donc en France en février et en Chine à Noël. Cette année je serai dans ma famille à Noël et chez mon beau-père le 14 février.

Hypermarché

deux pères noelDans la résidence, personne ne fête Noël. Il faut aller à l’hypermarché au bout de la rue. Là on trouve le sapin en plastique à monter soi-même, la couronne en branches de pin (en plastique aussi, mais il faut regarder de près), et surtout des Père Noël qui sortent des mêmes machines que le dieu de la Richesse ou le petit cochon de l’année (en 2010 ce sera le tigre). D’ailleurs c’est le même rayon. Or ce n’est pas un quartier particulièrement peuplé d’étrangers, donc les familles aussi achètent. L’explication, ce serait qu’ici on profite de n’importe quelle occasion pour célébrer quelque chose, et que la fête de Noël, apportée par les étrangers, en vaut une autre.

Rayon noel

Par contre, pas de Petit Jésus dans le commerce. Ce sont les chrétiens qui s’en occupent. La crèche est déja construite dans le bas-côté droit de la cathédrale, mais encore vide et pas éclairée. Mais beaucoup de gens connaissent son existence, apparemment. Le 25 décembre, les bancs de la nef seront disposés pour guider les milliers de personnes qui viendront défiler devant la crèche (la cathédrale est au bout de Binjiang dao, la rue piétonne des petits plaisirs, la plus fréquentée de la ville).

Petite tournée des sapins et des décors de Noël dans les rues :

New world

Ici on est dans un quartier résidentiel de Pékin, très loin du centre, du côté est où habitent les étrangers. Xin shijie bai  huo, nouveau monde des cent produits.

Centre commercial

Là, c’est l’entrée d’une galerie marchande à Tianjin. Les feuillages rouges sont en plastique.

Age de glace

Nous sommes devant l’Exchange, rue de Nanjing, exactement à l’endroit où on mettra le dieu de la Richesse et ses arbres en fleurs roses pour la fête du printemps. J’avais ouvert l’enclos en ruban bleu qui empêchait les enfants d’approcher. Ils sont tout de suite arrivés. L’agent de sécurité s’en est aperçu mais m’a laissé prendre quelques photos, puis il a fait signe aux pères de famille que c’était fini et, pour marquer le point, il a refermé l’enclos avant que j’aie le temps de le faire.

Rue 1902

L’entrée de la « rue 1902 », une rue piétonne où on a reconstitué l’atmosphère du Tianjin européen du début du 20e siècle, avec quelques immeubles d’époque échappés à la rénovation par le sol. Ca manque encore de vie mais c’était un chantier il y a à peine six mois. Les pères noël sont mécaniques et à musique.

Centre renaissance

Tout près, deux autres pères noel qui bougent tous seuls pour se faire photographier (petite vexation; dans les lieux où les gens se pressent avec des appareils photo, on m’invite souvent à poser avec une ou plusieurs jolies filles comme Occidental typique; cette fois il n’y en a que pour eux.)

deux pères noel

Au fond de l’image, le squelette d’immeuble n’est pas un chantier, c’est une grande épave de 25 étages qui empêche le quartier d’avoir enfin l’air fini. Pendant les Jeux Olympiques il avait été revêtu d’une housse.

Père noel et jolie fille

Ceux qui ont inventé les décors de Noël ne se sont pas vraiment fatigués, mais ici tout marche. Comme je disais au début, on ne laisse pas échapper une occasion de se réjouir.

Père noel en soie

Pour le plaisir: un dernier père noel, celui-ci habillé de brocard de soie, à l’entrée d’un restaurant. Il doit être trop chinois; il a moins de succès que ses confrères en feutrine rouge. L’image chinoise de Noël est occidentale. On peut le vérifier en posant la questionshengdanjieshengdan jie, saint anniversaire fête, aux machines à chercher les images, google et baidu . Et les journaux titrent sur « les étrangers , obligés de se serrer la ceinture, feront-ils la fête ? ». L’an dernier le Quotidien du Peuple en français disait que oui.

La rencontre des oiseaux

Propriétaires d'oiseaux

Nous sommes au Jardin du Peuple, le jardin public qui est tout près de chez nous, un jour de brouillard comme il y en a souvent. Au second plan, on voit le nouveau bâtiment de (faux) style chinois, une salle de réunions construite au début de l’année et qui ouvrira un jour. Que font les messieurs qui ont l’air de regarder là où il n’y a rien ? Ils écoutent chanter leurs oiseaux. Ils ont posé les cages dans l’allée et se sont reculés pour laisser les oiseaux échanger leurs chants, sans les troubler. On peut repérer les cages sur l’image; les petites taches bleues sont les housses qui recouvrent les cages pendant les déplacements.

Vieux qui écoute

Le vieux monsieur sous la galerie n’est pas propriétaire d’oiseaux. Il est venu écouter, come moi. En ce moment, tous les après-midi ou presque (je ne vais pas au jardin tous les jours, mais chaque fois que j’y vais ils y sont), une douzaine d’oiseaux sont réunis. Pas trop près les uns des autres, ils se disputeraient au lieu de chanter. L’un commence, les autres lui répondent. Certains s’agitent dans leur cage sans chanter, puis se posent et commencent une phrase. De temps en temps, tout le monde se tait.

Oiseau qui écoute

Celui-ci écoute. Je n’ai pas réussi à le photographier quand il fait le tour de sa cage; il va trop vite.

Oiseau qui chante

Maintenant il chante, en direction de son voisin de gauche qui vient de lui adresser une grande phrase. Je ne sais pas si j’ai bien vu; les oiseaux se tournent d’un côté ou de l’autre pour chanter. Les cages sont trop loin pour qu’ils se voient bien.

Maître et oiseau

Je n’avait jamais vu un maître sortir ainsi son oiseau de la cage. Ou bien l’oiseau est relié à son perchoir par une petite laisse.

Approche d'un autre oiseau

Maintenant le maître se rapproche d’un autre oiseau avec qui le sien semble vouloir chanter. Mais ça ne durera pas. Ils se taisent tous les deux et le maître remet son oiseau en cage.

J’ai réussi à enregistrer les chants pour la première fois. Quand il fait beau, on entend aussi les musiciens sous la galerie pas loin, la moto-pompe des jardiniers, et les promeneurs n’arrêtent pas de passer entre ma camera et les oiseaux (il ne faut pas s’approcher; ça intimide les oiseaux de voir un inconnu, et les maîtres n’aiment pas). Cette fois-ci le brouillard glacé est mauvais pour la lumière mais bon pour la tranquillité.

Une minute, avec le bruit des pas d’une vieille dame en anorak bleu qui fait le tour du parterre en petite foulée pour sa santé.

Deux minutes, le même oiseau et la même dame. A la deuxième minute, j’ai l’impression qu’il tient une vraie conversation.

45 secondes, la tentative d’approche d’un oiseau porté par son maître vers un autre. Mais cette fois-ci ils ne s’accordent pas.

J’ai demandé à quelqu’un comment s’appellent ces oiseaux: « Hua mei niao« . Comme je ne suis pas sûr d’avoir bien entendu, je lui demande de l’écrire: huamei niao (prune). Niao, à droite, c’est l’oiseau; Huamei, c’est la prunelle, la prune aigre; pourquoi pas. Mais Internet ne confirme pas; trop peu de réponses. Mon dictionnaire Wenlin finit par me donner la solution: huamei niao (sourcils)Huamei niao, l’oiseau aux sourcils peints (les caractères de droite à gauche). Le caractère du milieu représente un oeilmuet les sourcils au-dessus. L’oiseau, caractère de droite, est plus joli dans la forme traditionnelleniaoavec l’aigrette, les plumes et la queue (mais on en discute; d’autres disent que la forme simplifiée, avec son oeil, est plus évocatrice). Prononcé ‘biao‘, c’est le petit oiseau des garçons.

Avec Internet, on n’a pas besoin de venir en Chine pour mesurer l’intérêt qu’on porte aux oiseaux chanteurs. Essayons huameiniao en caractères (et il y a d’autres espèces). Il y a des quantités de vidéos aussi (mais sur les sites chinois; Youtube est au-delà de la Grande Muraille). Pour ceux que ça passionne vraiment, celle-ci , un récital de 19 minutes. Je n’ai pas vu de femmes autour des oiseaux, pas plus sur les images que dans le monde réel. Les oiseaux sont l’affaire des hommes. J’en avais déja parlé il y a longtemps, ici et . Ils sont aussi passionnés que les éleveurs de canaris en France et n’ont pas envie d’en discuter avec des ignares comme moi.

Tursidé

Quant à savoir comment il s’appelle en français, ou dans le langage scientifique, je n’ai pas trouvé. Je sais juste qu’il fait partie de la famille des Turdidae , comme le rossignol et la grive (si un naturaliste passe, il corrigera ou précisera).  Photo empruntée au site Toumai .

Pour le plaisir, deux images plus ensoleillées, cet été au bord du lac du jardin (qui a gelé le 1e novembre, et dégelé cette semaine, mais ce n’est pas pour longtemps).

Jardin public en été

Jardin public en été

C’est aussi un endroit favorable aux rencontres d’oiseaux, mais trop venté en hiver.

Tianjin plage

haiheLa Hai He, (mer, fleuve) que les Européens qui l’ont remontée en canonnière appelaient le Peï-Ho, c’est la rivière de Tianjin. Un peu moins large et moins profonde que la Seine à Paris, mais la marée s’y fait encore sentir. Depuis quelques années, la municipalité a reconstruit les berges, où il y avait n’importe quoi, aussi bien les dépendances des usines d’à côté que les ruines des quais de l’ancien port et des promenades ombragées. Maintenant ce sont des quais d’agrément, tout en granite gris, avec éclairage au sol et arbres en pot. Derrière, il y a une voie sur berges, toute neuve aussi, malheureusement. Mais d’en bas on ne la voit pas et on l’entend moins.

Bord du fleuve et pêcheurs

Voici le quai ouest, rive droite, au coucher du soleil. Les pêcheurs à la ligne des jours de semaine (le dimanche ils sont bien plus nombreux) vont penser à rentrer, sauf les acharnés qui continueront à la lumière des lampes de poche.

Bateau de pêche

Il y a du poisson dans la Hai He, et il est bon à manger; il y a des pêcheurs professionnels (notez l’annexe à gauche, qui est une coque de pédalo de jardin public). Sur chaque pont ou presque, il y a quelqu’un qui pêche au carrelet.

Pêche au carrelet

On est tout près du centre de la ville; il faudrait imaginer la même chose sur le pont Mirabeau à Paris. J’étais en train de penser à ça tout en regardant les oiseaux pêcheurs qui plongent comme des cormorans, quand j’ai vu quelqu’un d’autre qui se déplaçait à la surface avec énergie.

Baigneur

L’été, des gens se baignent, et même traversent le fleuve à la nage. Mais cette nuit il a gelé, et le beau rayon de soleil d’hiver signifie qu’il fait vraiment froid. Je continue d’avancer, et j’arrive à une des descentes de marches au bord de l’eau.

Plage et baigneurs

Plage 2

SandalesA la fin du mois de novembre, il y a toujours des Tianjin ren qui vont à la plage et se baignent. Quand même, celui qui est dans l’eau est le dernier, d’après les sandales sur la rive. Une occasion d’admirer les marches en granit toutes neuves, et l’éclairage au sol qu’on a oublié de finir. Les autres sont en train de remettre leurs vestes matelassées avant de rentrer (à vélo pour presque tout le monde).

Je prends une photo du glorieux baigneur, pour bien montrer qu’il n’avait pas de combinaison ou autre artifice, juste une peau bien nourrie et un tempérament à l’épreuve de tout. Je n’arriverais sûrement pas à faire ça pour le plaisir.

Montée de la plage

On peut voir plus loin sur l’image un autre sportif qui continue ses exercices.Quelqu’un qui les regarde avec moi me demande si les waiguoren se baignent aussi dans les fleuves en Europe.

Jardin public

Le lendemain après-midi, je vais au Jardin du Peuple pour prendre l’air et savoir s’il fait vraiment aussi froid que j’ai l’impression. Il fait vraiment froid.

Blogueur Et tant que j’y pense: quelque chose de complètement différent. GBF, étudiant de Sciences Po, est en train d’apprendre le chinois à l’Université des langues et des cultures de Pékin (BLCU ), et écrit son blog , ce qui est une très bonne idée. Il découvre et tout l’intéresse: « Ainsi donc les Chinois du nord sont réputés plus grands et plus costauds (Climats plus froids? Culture du blé?) tandis que les Chinois du sud sont plus petits mais ont des jolies filles (Climats plus humides? Culture du riz?). Et dans les faits c’est bien ce que j’ai observé (y compris pour les jolies filles mais c’est un autre sujet). » Moi aussi j’aurais dû aller étudier à Pékin plus tôt, mais je manquais d’idées à l’époque.

Au fait, Tianjin est dans le nord. Et l’Université des langues est au nord de Pékin. 

Troisièmes choux d’hiver

dongtianDong tian, l’hiver. Nous sommes officiellement en hiver, selon le calendrier chinois, depuis le 15 novembre. Et cela fait trois ans que j’écris ce journal. Ca fait trois semaines que je n’avais pas écrit quelque chose. Ca ne m’était pas arrivé depuis mon dernier voyage en France. Je dois être très fatigué, ou bien l’avis donné par mon frère cadet qui est médecin est exact: après une anesthésie générale, il faut des mois au cerveau pour s’en remettre, même si on a l’impression que la santé est revenue. J’avais préparé un beau sujet sur le voyage à Guilin pendant la semaine d’or de la fête nationale, et même quelques autres, mais je n’arrive pas à rédiger.

Choux sur un vélo

Donc, puisque c’est le premier billet de la quatrième année (comme sur les nécrologies: « Claude Lévi-Strauss, de l’Académie française, dans sa cent unième année … » Ce grand homme faisait remarquer il n’y a pas longtemps qu’il était né dans un monde peuplé d’un milliard et demie d’habitants, et maintenant il y en a presque autant dans un seul pays; pour lui, la densité humaine la plus souhaitable est celle de la grande forêt du Brésil où vivaient ses chers Nambikwara; on comprend qu’il ait préféré partir, après avoir longuement hésité), voici le dernier chou chinois que j’ai croisé, dans la rue de Shenyang qui traverse le quartier des antiquités.

Triporteur

Au même moment, un artisan plombier passait sur son triporteur, avec son matériel et son apprenti dans la benne. J’en avais déja vu avec l’apprenti qui pédale et le patron assis sur le chargement, mais ce triporteur est électrique. Il ne fait vraiment pas chaud.

Tuyaux d'eau chaude

Il a fait tellement froid depuis la chute de neige sur Pékin le 1e novembre (le bureau du climat voulait faire pleuvoir, mais n’avait pas vu à temps le front froid qui arrivait, donc il a neigé) que le chauffage urbain a été mis en route avec dix jours d’avance sur la date officielle du 15 novembre. D’habitude, le climat obéit aux règles administratives et les citoyens sont priés de ne pas s’apercevoir qu’il fait froid chez eux. L’eau chaude s’est mise à circuler dans les gros tuyaux qui parcourent les rue, et on entend son bruit doux quand on tend l’oreille tout près d’eux. La photo a été prise dans un quartier éloigné du centre. En l’honneur des Jeux olympiques (ou bien parce que c’était prévu) les mêmes tuyaux ont été mis sous terre dans notre quartier. J’aimais bien que les machines qui nous donnent le confort soient visibles, mais ce n’est pas l’avis officiel. On a aussi enterré les lignes électriques et les câbles du téléphone. En France, il parait que le Conseil général de Loire-inférieure a payé un artiste pour installer un tuyau rouge sur la rive de l’estuaire, pour faire joli .

Neige et cages

Photo souvenir de la première neige de l’année, au Jardin du Peuple près de chez nous. Les arbustes sont des pins d’une espèce rare, plantés il y a moins d’un an. Ils auront droit à une protection contre le vent d’hiver, et le cadre de bambou est déja en place.

http://ebolavir.blog.lemonde.fr/files/baches vertes

Deux semaines après, les jardiniers de la ville s’affairent partout à coudre les bâches vertes qui abriteront les haies le long des avenues et tous les arbres fragiles. Quand je suis arrivé, les bâches étaient rayées bleu et rose, comme celles des chantiers. Je n’en ai pas revu cette année. Le paysage urbain sera bientôt couvert de cubes et de murets verts.

grand arbre

Ce grand sapin a droit aussi à son abri, ouvert au sud. Lui aussi a été planté cette année, pour servir de fond au rocher gravé d’une calligraphie de Mao Zedong (au premier plan).

Masques anti-froid

Est-ce nouveau cette année, ou bien est-ce que je ne l’avais jamais remarqué: les masques anti-froid sont devenus des accessoires de mode. Fini le blanc, place au pied-de-poule, aux petits carreaux, au semis de fleurs. J’ai même vu un masque Vuitton dans le métro.

Joueurs de dominos

Les grands-pères qui accompagnent leur petit-fils se sont raréfiés ces temps-ci, mais le froid n’a pas découragé les joueurs qui se réunissent toute l’année au même endroit sous les galeries du jardin. TabouretsDans sa veste matelassée, un retraité peut résister à tout et continuer de rencontrer ses copain, même si c’est moins facile de tenir les dominos, ou les cartes, ou les pions d’échecs avec des gants (ici, ils jouent aux dominos ).  Les pliants remisés sous les bancs n’attendront pas le printemps.

Le char de la ville de Tianjin

Un jour de la semaine dernière, j’ai reçu un SMS de mon amie Petite Feuille. Elle m’invitait à la rejoindre aurenmindalitangrenmin da litang; peuple, grand, palais des assemblées, pour voir l’exposition. C’est un des lieux les plus désolés de la ville, dans le style du Palais du Peuple du côté ouest de la place de la porte de la paix céleste à Pékin; il donne sur une grande esplanade fermée et toujours déserte; l’occasion de savoir ce qu’il y a dedans.

En arrivant, j’ai vu ça:

Char de la ville

Je me suis souvenu d’avoir vu quelque chose qui ressemble à la télévision régionale hier soir. On annonçait que le char de la province-municipalité, qui avait défilé à Pékin pour le 60e anniversaire, était exposé quelque part, et on montrait des quantités de gens enthousiastes qui se pressaient pour le voir.

Ecole mixte

Un jour de semaine, il y avait moins de monde, mais pas mal d’enfants des écoles et de retraités comme moi. Petite Feuille m’avait donné rendez-vous au stand de la Poste.

Postière

Non, ce n’est pas elle; c’est une de ses collègues, dans le très sérieux uniforme à tons verts de la Poste chinoise. Les postiers proposent des cartes postales souvenir du 60e anniversaire.

Photos par La Poste

Char de la poste en carte postaleLe postier photographe vous fait poser devant le char; le postier informaticien mouline les images et la carte postale sort de l’imprimante, avec même le timbre déja imprimé. Je pose moi aussi, et voila le résultat. Mon amie, qui était à l’ordinateur, passe le relai et nous allons ensemble faire le tour de la chose exposée.

A  première vue, on n’y comprend rien. Et puis je reconnais quelques objets familiers.

Char et soldat

En blanc au-dessus de la tête du petit soldat, c’est le nouveau pont de Dagu sur la rivière, pas loin de la gare. Au premier plan en rouge, les portiques à conteneur du port de Tanggu. En blanc à l’arrière, une fusée Longue marche, et la tour au milieu est ornée de maquettes des futurs gratte-ciel du quartier français en face de la gare. Tout en haut, sous les caractères géantstianjindu nom de la ville, une gravure de bébé porte-bonheur, spécialité traditionelle de Tianjin. Il y a aussi un hélicoptère (dont les pales tournent), une éolienne (dont les pales tournent aussi; on en fabrique ici), une colonne de raffinerie de pétrole, et un petit train qui roule.

Train sur le pont

Sur l’autre face, le voila qui passe sur le pont de la Libération, contruit par les Français au début du 20e siècle; dans la réalité le pont est beige et non bleu et les trains n’y sont jamais passés, sûrement pas une rame du TGV Tianjin-Pékin. Derrière lui, les immeubles néo-italiens qui viennent d’être inaugurés au bord du fleuve, et au fond les gratte-ciel en projet qui étaient de l’autre côté il y a une minute; car la tour qui les porte tourne aussi.

Petite Feuille est très contente que ça m’intéresse autant. J’ai un petit rien de vertige esthétique, certes. On dirait que la municipalité a demandé le concept de son char au Facteur Cheval et a confié la réalisation à Playmobil. L’écran vidéo géant, qui tourne aussi sur une des trois faces de la tour centrale, est probablement destiné à la vue des dieux, comme les spectacles d’opéra traditionnel autrefois. Personne n’a pu voir ce qu’il montre pendant le défilé, et maintenant que le char ne bouge plus, il faudrait courir autour pour suivre. D’ailleurs à Pékin la passerelle qui fait le tour du bateau (si on examine bien, c’est un bateau à roulettes) était remplie de travailleurs en bleu et de chercheurs en blanc qui agitaient des bouquets de fleurs, cachant le décor aux spectateurs.

Astronautique

Encore un coup d’oeil à la proue, qui brandit la capsule des taikonautes devant le blason national aux cinq étoiles, l’emblème de la République Populaire, sur la banderolle rouge « renmin gong he » peuple, commun, harmonie. Ce blason me ravit. Il représente l’entrée de la Cité impériale; un peu comme si l’emblèle de la République française était la façade de Versailles.

troisième age

Mais je suis mauvais public. Les gens de Tianjin sont contents de voir en vrai ce qu’ils ont entrevu à la télévision, et voila.

Défilé école maternelle

Une école maternelle, arrivée en autocar. Les animatrices vont faire poser tout le monde pour montrer aux parents.

Ecole de filles

Ecole de garçons

J’en profite pour prendre moi aussi mes photos. Il y a peu de chance qu’une école maternelle pose pour moi, et dans la foule de photographes personne ne fait attention.

Animatrice

Je lis sur le dos de l’animatrice « Cathay future preschool », une des écoles maternelles de pointe de la ville. Au printemps 2009 il avaient une animatrice danoise . Il y a beaucoup de choses à Tianjin.

Nous retournons auprès des tentes de la Poste, qui essaie de faire concurrence à l’attraction principale, et y arrive presque.

Stand de la poste

J’achète quelques enveloppes pré-affranchies à l’effigie du héros du jour. D’autres repartent avec une quantité d’enveloppes couvertes des tampons de l’évènement

Enveloppe

Album de collectionEt un des collègues de Petite Feuille nous montre les albums de collections qu’il vend, très cher. Il en a toute une série, pour les timbres, pour les étiquettes, pour les billets de banque, dans des reliures cousues de gros fil comme les livres imprimés du temps de l’Empire. Celui-ci vaut 3800 yuans (en ce moment, enlevez un zéro pour avoir des euros) et contient des échantillons authentiques de toutes les émissions de billets de la République Populaire. Cent yuans des années 1940, en caractères traditionnels écrits de droite à gauche comme on faisant en ce temps là. Cinq yuans à la gloire du travailleur de la métallurgie. En 1949, à la première fête du 1e octobre, des unité d’artillerie tractées par des chevaux avaient défilé devant la Porte de la Paix céleste.

Cent yuans

Cinq yuans

Un aagent commercial de la Poste me propose des exemples d’enveloppes du Nouvel An qu’il est temps de commander, dessin traditionnel plus le logo de mon entreprise, ou entièrement personnalisée, avec dans tous les cas le timbre préimprimé. Le 14 février, c’est le début de l’année du Tigre

laohu tigreTimbre tigre

La fête des 60 ans à la télévision

Couverture du DVD

Couverture du DVD pirate. Gongheguo huihuang 60 nian da yuebing ; République, fastueux, 60 ans, grande revue. Le porte-drapeau a un micro sans fil de spectacle; il est encadré par deux femmes.

Il est un peu tard pour parler du 60e anniversaire de la République Populaire; c’était le 1e octobre. Le DVD pirate du grand défilé, copie d’une rediffusion de la télévision, était en vente sur les trottoirs dès la fin de la semaine. Le DVD officiel édité par CCTV, la télévision centrale, est arrivé sur les rayons quelques jours après et, pour faire patienter les clients, la grande librairie près de chez nous avait une table pour présenter les défilés des décades passées, y compris le premier défilé en noir et blanc de 1949, avec l’image de Mao sur la galerie de la Porte de la paix céleste, et les unités d’artillerie défilant avec leurs chevaux (très cher; les suivants moins cher). Il faut croire que le spectacle (un tous les 10 ans) plait.

Le 1e octobre, nous étions à Guilin dans le sud, en voyage touristique (la semaine de vacances de la fête nationale). J’ai vu des bribes du direct du matin sur le téléviseur d’une boutique de souvenirs, le spectacle du soir et la rediffusion le lendemain matin à la même heure à l’hotel, et une autre rediffusion à la maison. Donc voila le défilé vu à la télévision.

Chang an

Chang An, l’avenue de la Paix Eternelle, qui passe d’est en ouest devant la Porte de la Paix Céleste.

Dans la rue à Guilin, j’ai croisé deux vieilles dames françaises qui m’ont dit: « quel dommage; on aurait bien aimé être à Pékin pour voir le défilé. » Elles confondaient avec le 14 juillet sur les Champs Elysées. Il n’y avait personne sur le parcours, sauf les participants et quelques milliers d’invités dans les tribunes des deux côtés de la porte. Dès la veille, les stations de métro du centre ville étaien fermées et l’avenue interdite à la circulation. Les grands hôtels avaient vidé toutes les chambres avec vue sur le parcours. En somme, l’équivalent du cortège du mariage de l’empereur en 1872, que personne n’a eu le droit de regarder, même pas les soldats qui gardaient les rues en tournant le dos au palanquin de la mariée (Raconté par William Simpson, à lire dans Le voyage en Chine, collection Bouquins Robert Laffont). Rien que pour la télévision.

filles en rouge

Première page du quotidien de Guilin le 2 octobre: l’unité d’infanterie féminine, que tout le monde a admirée. Le journal a mis la photo en long sur toute la page. Pour voir l’image animée, cliquer sur la photo.

Papamobile

En page intérieure, le président Hu Jintao dans sa papamobile immatriculée 2009. Le toit ouvrant est trop étroit. Il y a 10 ans, Jiang Zemin dans la même circonstance avait sorti un peigne et s’était recoiffé. Pour voir l’image animée, cliquer sur la photo.

Le début du défilé ressemble au 14 juillet, avec les mêmes épisodes: d’abord le Président passe en revue les troupes alignées le long de l’avenue, en compagnie du plus haut militaire disponible. Mais pas ensemble dans une voiture d’état-major. La limousine noire sort de la Porte de la Paix Céleste et va à la rencontre de la limousine exactement semblable du militaire, puis les deux voitures roulent l’une derrière l’autre, avec le buste du VIP qui émerge du toit comme la tête de dragon d’un bateau de promenade (mais tout en noir). 4 micros alignés recueillent les « Salut camarades » du président à l’intention des soldats. S’il avait le même équipement, notre prince-président français ne pourrait pas descendre de voiture pour serrer des main.

Filles et Jiang Zemin

Jiang Zemin et les filles

Les troupes à pied défilent avant les véhicules. En contre-champ sur la tribune, on nous montre le vieux Jiang Zemin, qui présidait en 1999, et qui est cette fois l’invité de son successeur, histoire de montrer que l’harmonie règne dans la dynastie.

 

tribune de Tian an men

Quelque chose qui n’a pas cours le 14 juillet, ce sont les vues sur la tribune présidentielle; aussi bien l’estrade au pied de l’Obélisque manquerait de prestige, tandis qu’ici les ministres sont sur la galerie d’où on a présenté les édits impériaux de deux dynasties pendant 400 ans.

Numéro 2numéro 3numéro 5Numéro 5Numéro 6Numéro 7Numéro 8Numéro 1

De temps en temps, la caméra fait un plan fixe de 5 secondes sur chacun des 7 hauts personnages dans le bon ordre, et le commentateur énumère leurs noms (je devrais connaître leurs noms et leurs titres par coeur depuis le temps que je vois cette séquence à chaque circonstance officielle).

Hu Jintao, qui prononce son discours, est le seul en costume Zhongshan à quatre poches, nettement mieux coupé que ceux de Mao, et dans un meilleur tissu; les autres portent l’uniforme de cadre, costume occidental bleu marine et cravate rouge l’hiver (une marge de fantasie est laissée pour la cravate), chemise blanche à manches longues l’été. Notez les cinq micros; le maître de cérémonie, qui apparaît de temps en temps à l’écran, n’en a que deux. J’ai un petit regret, c’est de ne pas avoir saisi les images de la galerie vue de haut, qui montrent les tables devant les dignitaires: pour les aider à supporter la longue cérémonie, ils ont à manger et à boire. Mais une table chinoise devient rapidement non montrable avec les plats à moitié vides et les épluchures autour des bols. Les images ont été retirées des rediffusions.

 

Jiang Zemin et les avions

Les avions et les hélicoptères ferment le défilé militaire. Jiang Zemin a l’air ravi et on nous le montre plusieurs fois les yeux au ciel.

 

Camion de Mao

La revue militaire est terminée, mais la fête n’est pas finie. La suite est difficile à expliquer. Il faudrait imaginer un carnaval de Nice qui se prendrait au sérieux. Le premier char laisse espérer quelque chose d’un peu délirant. C’est un agrandissement du camion qui a transporté Mao Zedong le jour du premier défilé, entouré de centaines de participants qui agitent de grandes houpettes rouges.

 

Char de la science

Mais voici le char du ministère des sciences, équerre et compas, microscope et hélice de l’ADN. La passerelle est garnie de scientifiques décorés qui tiennent des bouquets de fleurs. Le char des transports présente une rame de TGV grandeur nature, survolé par une maquette géante du nouvel avion de ligne chinois; pour les relier, un échangeur routier où passent de petites autos.

 

Défilé de chars

Vu de haut, chaque char environné de son carré d’accompagnateurs qui change de couleur à chaque minute fait quand même grand effet.

Mais ce n’est pas fini (je me trompe peut-être dans l’ordre des évènements; je pourrais vérifier sur le DVD). Les quatre règnes de la dynastie défilent en personne.

Mao tableauDeng Xiaoping tableauJiang zemin tableauHu Jintao tableau

Derrière chacun d’eux marche une phrase historique en lettres géantes. On aperçoit à droite du Hu Jintao en cravate le caractère maimaivendre, qui fait partie du mot maimaimaimai(acheter-vendre; les affaires). Dans l’ordre: Mao Zedong, Deng Xiaoping, Jiang Zemin, Hu Jintao. Les années autour de la mort de Mao sont effacées et tout montre que le mandat du Ciel se transmet harmonieusement.

Presse papier

Les mêmes au même endroit, en presse-papier sur mon bureau

 

Chars des provinces

Le défilé n’est pas fini. Il reste les chars des provinces. Je ne me rapelle pas ce que représente celui de Tianjin. Le dernier, après Hong-Kong et Macao, est celui de Taiwan, avec la tour Taipei 101 (500 mètres de haut), les montagnes, et un arc-en-ciel entouré de petits avions tournoyants.

Char de Taiwan

Tout le monde sait que Taiwan est une des provinces de la Chine, y compris la majorité des Taiwanais (mais pas l’unanimité) et c’est dans la ligne du quotidien de la télévision, où on a la météo de Taiwan, des films et des feuilletons taiwanais en quantité, et le duplex avec studio de la télévision centrale à Taipei. La question qui reste est de savoir qui réunifiera l’autre.

 

Drapeau rouge

Le défilé est fini. On a vu quelques jolies images. Les choeurs d’enfants qui se tenaient face à la porte de l’autre côté de l’avenue courent spontanément vers leurs dirigeants (comme en 1999, vu sur le DVD).

 

Course des enfants

Ils ont pris leur rôle très au sérieux.  Pour savoir à quel point, il faut regarder une très jolie vidéo d’Aujourd’hui la Chine . Un jeune homme qui se prépare au défilé explique « Il est interdit de se tromper, le monde entier nous regarde ». Les grands, ceux qui sont militaires, ont aussi assuré le spectacle avec leurs grands jouets. Les plus belles photos sur « The big picture « . Des vidéos toutes fraîches sur Youtube . C’est curieux : ça fait nettement moins militaire que le 14 juillet. Ca ressemblerait plutôt à un opéra chinois, avec des légions de figurants et des accessoires grandeur nature (dans le vrai opéra chinois, l’armée partant en campagne serait représentée sur scène par un général avec un char d’assaut sous le bras; sur la scène gigantesque de l’avenue de la Paix Eternelle, même des dizaines de milliers d’acteurs en uniforme ne remplissent pas l’espace), tout le monde très sérieux dans son rôle, mais justement c’est un rôle, alors que les soldats des Champs-Elysées ont l’air de professionnels.

Loin de Pékin, les villes sont un peu décorées en l’honneur des 60 ans.

Jardin public

Dans le jardin public de l’Eléphant qui boit, à Guilin, le film de l’Histoire. On reconnaît le retour de Hong Kong à la Chine sur la gauche.

Publicité pour les 60 ans

Une belle affiche et quelques centaines de pots de fleurs, et pas le moindre symbole martial. On croirait presque à une publicité pour le nouveau son-et-lumière de la Cité Interdite.

Mariage

Enfin, quelque chose qui ressemble à un rassemblement en l’honneur de la fête. Mais non, c’est un mariage et la mariée en blanc qui accueille ses invités. La banderole fait partie du décor de l’hôtel.

Défilé dans le métro

La publicité du métro de Tianjin fait de mauvaises affaires en ce moment. D’habitude, pour remplir les écrans, on met des dessins animés et des défilés de mode. En ce moment, ce sont des passages de la revue. La prochaine rame est dans 3 minutes.