Anniversaire

Jeudi 1e octobre, ce sera le soixantième anniversaire de la proclamation de la république populaire par Mao Zedong du haut de la Porte de la Paix céleste. La place Tian’an men n’existait pas encore. Le spectacle de célébration sera grandiose, et dépassera l’ouverture des jeux olympiques, le bicentenaire de la révolution française sous le règne de Mitterrand II (1989) et le 1e mai à Pyong Yang réunis. C’est ce qu’on peut conclure des rediffusions de la répétition générale qu’on nous passe à la télévision. Bien plus beau que le 50e anniversaire, ici en video:

Le vieux monsieur qui préside, c’est Jiang Zemin, alors premier secrétaire du Parti. Le portrait qu’on promène, c’est celui de Sun Zhongshan (Sun Yat-sen), celui qui a passé sa vie à essayer de persuader les Chinois qu’ils pouvaient vivre sans empereur, et a presque réussi à la fin de 1911, mais plutôt parce que les derniers empereurs mandchous existaient à peine; Dès qu’il a pu, le président de la première République Yuan Shikai a voulu devenir empereur et a présidé les dernières cérémonies impériales au Temple du Ciel de Pékin. Heureusement, il est mort quelques mois après. Les sculptures réalistes socialistes sont sur le monument aux martyrs de la Révolution qui enlaidit l’axe impérial de Pékin depuis les années 1950 (ensuite il y a eu le mausolée de Mao).

Mais dans la famille ça nous laisse indifférents. Ce soir nous prenons l’avion pour Guilin dans le sud, pour voir les cormorans se percher sur le radeau de bambou de leur maître pêcheur et plonger pour lui rapporter le poisson. Un départ juste avant le début de la semaine d’or de vacances de l’anniversaire de la république.

En ville, les unités de travail ont distribué des petits drapeaux aux travailleurs, les monuments sont cernés de fleurs en pot par milliers, et les élèves du collège à côté de la résidence ont répété hier leur parade avec éventails rouges. Le peuple semble un peu indifférent, mais je n’en sais rien. Le Jardin Public du Peuple, tout près de chez nous, fait sa part de la célébration.

drapeaux de couleur

Les allées sont bordées de grands pavillons tout neufs (tout est neuf dans le jardin, qui vient de rouvrir après tout une saison de rénovation).

Banderole

Les travailleurs du jardin finissent de tendre les banderoles avec le slogan de saison: « quanguo gezu datuanjie wansui »: toute la nation, chaque nationalité, le peuple, grande unité, mille années d’age. Que l’unité de toutes les nationalités du peuple dure mille ans. La volière n’a plus d’oiseaux pour le moment.

Caractères en charrette à bras

Deux des quatre caractères de la célébration arrivent en charrette à bras (sur la video de 1999, on voit les mêmes, tracés par des milliers de mains qui brandissent des éventails).

caractères en place

Les voici en place au milieu des pots de fleurs. huandu GuoqingHuandu guoqing; heureux degré, nation fête. Célébrons joyeusement la fête nationale. Derrière, le rocher pour être photographié devant, installé pour marquer le rajeunissement du jardin, affiche le nom du jardin, renmin gongyuan, peuple, public jardin; c’est une calligraphie de Mao Zedong, le seul nom de jardin public qu’il ait écrit, dit une autre inscription sur le côté du rocher.

proclamation de la république

Mao Zedong proclamant la république le 1e octobre 1949, photo empruntée au China Daily

On n’est plus en 1949. Les journaux publient des séries d’images historiques, pour essayer de rappeler l’enthousiasme de ce temps-là (cliquer sur la photo). Autour de moi, tout le monde parle des vacances.

dans le métro

Mais non, tout le monde ne pense pas aux vacances. J’ai pris le métro, et ça m’a rappelé que depuis trois semaines, dans le métro on se croit revenu au temps de la Grande Peur des jeux Olympiques: on a remis les portiques comme dans les aéroports. A Pékin on radiographie aussi les sacs à main, mais depuis plus d’un an c’est devenu la routine. Cette photo a été prise à la station qui dessert Binjiangdao, la rue des plaisirs où il y a beaucoup de monde, donc j’ai pris la photo sans me faire voir (mais les policiers auraient peut-être accepté). A la station qui dessert la résidence, j’ai vu un agent jouer avec le chien renifleur qui s’ennuyait trop. Il y a des gens haut placés qui ont peur, mais de quoi ?

Internet et la Grande Muraille

changchengJ’ai laissé passer le temps sans écrire ce journal. J’ai des excuses: d’abord la forme est revenue. Je peux marcher des heures sans être épuisé après ; je pèse moins lourd qu’avant (10% de réduction) ; il fait beau et pas trop chaud ; le ciel est bleu presque comme en France. Donc je fais de grandes promenades à pied à travers la ville. ça prend du temps. Et puis j’ai installé sur mon ordinateur un nouveau service qui me permet de consulter tous les sites internet qui me plaisent sans avoir à faire des acrobaties pour franchir la Grande Muraille (changcheng, long mur, à gauche) qui protège les internautes de Chine contre les dangers de l’étranger (ce n’est pas moi qui dis cela, c’est le directeur compétent du ministère de la sécurité de l’information sur Internet xinxiwangluoanquangonganbu« xinxi wangluo anquan gonganbu » information réseau sécurité ministère.

Mur de Hangyaguan

La Grande Muraille à Hangyaguan (la passe des falaises jaunes) à 100 km au nord de Tianjin. L’Empire est au sud à gauche et  le pays des Barbares du Nord à droite.

Tout le monde sait qu’Internet est censuré en Chine. On raconte même en Occident tellement de choses que les Chinois en rigolent. En 2007, l’auteur d’un des plus célèbres blogs non politiques mais … avait eu l’idée d’annoncer qu’il était obligé de s’arrêter, et avait eu le plaisir de lire des dépêches de presse et des articles qui analysaient ce signe d’un revirement vers la rigueur etc … avant d’en faire paraître le compte-rendu.

Pour comprendre quel est le problème, il faut se rappeler que pour les Chinois il y a l’Intérieur où vivent leszhongguorenzhongguoren (centrale nation gens) et l’Extérieur où vivent leswaiguorenwaiguoren (extérieures nations gens). L’Intérieur est le domaine où règne le Souverain (qui s’appelait Empereur il y a à peine cent ans, et Parti aujourd’hui), et à l’Extérieur c’est le désordre dont il faut protéger l’Intérieur. Internet n’échappe pas au raisonnement.

L’intérieur est organisé. On ne peut pas ouvrir un site internet sans le déclarer à l’office national. Ca se fait par Internet sur le site de l’administration (en traduction automatique), et tous les sites portent leur « numéro ICP » en bas de chaque page. Le diocèse de Tianjin porte le numéro 05002816 . Et, très officiellement, Internet est surveillé pour empêcher que quoi que ce soit d’illégal s’y passe. Lire l’article du Quotidien du Peuple . Les citoyens sont invités à signaler tout ce qui est illégal sur le site cyberpolice.cn (sur ce site, la traduction automatique ne marche pas). Selon le mode d’emploi, il faut d’abord s’enregistrer, on peut consulter ce qu’on a écrit et lire les informations complémentaires sur ce que l’administration en a fait. Le mode d’emploi contient aussi un guide de ce qui est interdit, pour éviter de signaler à tort. Voici un extrait (en traduction automatique donc un peu pénible à lire, mais on comprend; j’aurais mis trop de temps à traduire moi-même; l’original est ici ) :

(A) […] en utilisant l’Internet pour des activités illégales et criminelles et incidents significatifs de l’Internet un fonctionnement sûr des trois catégories, comme suit:

1/ en utilisant l’Internet pour les cas illégaux:

(1) l’utilisation de l’Internet pour inciter à la sécurité nationale;
(2) l’utilisation de l’Internet pour les activités de culte néfaste;
(3) l’utilisation d’Internet, la fabrication ou la distorsion des faits, des rumeurs se répandirent, perturbe l’ordre social;
(4) la création de sites pornographiques sur Internet, pages web, fournissant un lien vers des sites pornographiques, diffuser des informations à caractère pornographique, d’organiser spectacle obscène;
(5) l’utilisation des jeux sur Internet;
(6) l’utilisation de l’Internet pour vol, escroquerie et extorsion de fonds;
(7) utilisent l’Internet d’insulter ou d’autres calomnies, fabriquer des faits de calomnier les autres;
(8) utilisent l’Internet pour voler, modifier, enlever les autres, e-mail ou d’autres données, la violation des libertés civiles et la confidentialité de la correspondance de la communication;
(9) l’utilisation de l’Internet pour d’autres activités illégales et criminelles.

[…]

(B) l’information est contraire à la loi,
« La République populaire de Chine Constitution» et «la décision du Comité permanent de l’APN sur la sauvegarde de la sécurité sur Internet », « Internet Information Services de gestion » par l’interdiction stricte de l’information, et d’autres lois et les règlements interdisent expressément la diffusion de divers types de l’information.
Les neuf catégories d’information sont les suivantes:

(1) contre la Constitution a établi les principes de base;
(2) mettre en danger la sécurité nationale, divulgation de secrets d’Etat, renverse le gouvernement, de saper l’unité nationale;
(3) de nuire à l’honneur national et les intérêts;
(4) d’inciter à la haine ethnique ou à la discrimination ethnique, saper l’unité nationale;
(5) pour saper les politiques nationales et religieuses, favoriser les cultes et superstitions féodales;
(6) pour répandre des rumeurs, perturbe l’ordre social ou porte atteinte à la stabilité sociale;
(7) diffuser l’obscénité, la pornographie, le jeu, la violence, assassiner, le terrorisme ou d’encouragement à la perpétration de crimes;
Autres
(8) l’insulte ou la diffamation, atteinte aux droits et intérêts légitimes;
(9) contient les lois et règlements administratifs en vue d’interdire les autres contenus

Falaise à l'est de la passe

Quand on se tourne vers l’est, on voit la muraille buter sur la falaise de la passe. Elle continue plus loin, dès que la montagne laisse une possibilité de passer, mais on ne visite pas, c’est à peu près inaccessible. L’empire est à droite, le pays barbare à gauche.

jinjin En 2006, le ministère avait lancé une figurine de petit policier bienveillant du web. Les sites étaient encouragés à mettre un des petits dessins sur leurs pages, avec un lien vers cyberpolice.cn, mais c’est passé de mode.

Comme on ne pourrait pas compter uniquement sur les citoyens pour signaler ce qui est illégal, le ministère emploie des fonctionnaires, personne ne sait combien, pour surveiller. Et comme ils ne pourraient pas tout voir, leurs ordinateurs scrutent tout ce qui entre et leurs montrent les pages qui contiennent les mots intéressants. C’est un jeu de l’esprit pour ceux qui écrivent sur Internet de trouver des remplaçants aux mots interdits, et en chinois il y a des ressources: des caractères qui ont la même prononciation, ou un dessin très proche, ou une jolie métaphore. Pour avoir une idée des mots intéressants, ce document un peu ancien (2004) mais je n’ai pas mieux. C’était la liste de la messagerie instantanée QQ qui avait installé un filtre dans les ordinateurs des utilisateurs pour que ses ordinateurs centraux ne soient pas débordés.

L’information contraire à la loi doit être supprimée par celui qui l’héberge, dès que le ministère de la sécurité de l’information le demande. Les sites de blogs et de forums, en particulier, doivent être organisés pour réagir rapidement. Du coup ils ont eux-mêmes des systèmes de surveillance et des modérateurs qui effacent aussitôt ce qui ne convient pas et coupent la connexion de ceux qui insistent (je n’ai pas essayé, on m’a raconté). Il y a ce qui est interdit en permanence, et ce qui l’est selon les nécessités du moment, par exemple jialefu (Carrefour) au moment des craintes de manifestations anti-françaises autour du 1e mai 2008, ou bien yilishen quand la grande escroquerie à l’élevage de fourmis avait provoqué des manifestation dans les campagnes en décembre 2007. Contrairement à la légende, « Dalaï-lama » et « Rebiya Kadeer  » (militante Ouighoure) ne sont pas interdits, sinon comment en dire du mal; mais ils sont certainement dans les mots qui alertent,tout comme « gongchandang » (le Parti). Le moteur de recherche Baidu (l’équivalent de Google, mais qui n’indexe que ce qui contient des caractères chinois) reçoit des consignes pour refuser de répondre à certaines questions, là aussi selon les besoins du moment. En janvier il refusait de répondre pour « zhang xiaoyu  » (celle dont les images sont le plus recherchées sur Internet) et pour « rentiyishu » (« l’art du corps humain »; en français vulgaire: fille à poil), pour cause de campagne anti-pornographie. Depuis, toutes les filles à poil ayant été retirées des sites intérieurs,la question est autorisée . On peut noter que Google n’applique pas les consignes de filtrage, au moins pour mon ordinateur qui parle français (comparez avec le « zhang xiaoyu  » de Baidu) . Peut-être que les ordinateurs qui parlent chinois sont traités différemment.

En fait, ça ne marche pas complètement bien. Une information peut être indifférente quand on commence à en parler et quelques heures après il est interdit d’en dire autre chose que l’article de l’agence Xinhua . C’est souvent le cas pour des faits-divers et des manifestations. mais l’information est passée et continue de circuler.

Cela dit, je n’ai pas l’expérience personnelle d’avoir tapé quelque chose et de lire en réponse « vous n’avez pas le droit d’écrire ça ». Je pourrais essayer sans difficulté, même avec mon chinois élémentaire. Mais je n’ose pas; l’abonnement est au nom de mon épouse, et on ne sait pas si les problèmes sont gardés en mémoire ou pas. Beaucoup raisonnent comme moi. Parmi ceux qui osent le faire à répétition, certains sont devenus des célébrités et sont ainsi plus ou moins à l’abri.

Mur réduit

La grande muraille en briques où plusieurs chevaux peuvent circuler de front, c’est pour le terrain facile, là où l’ennemi peut s’approcher en nombre. Là où c’est vraiment très escarpé, le mur se réduit; même pas de rambarde côté empire, et des créneaux côté extérieur, où il n’y a pas de place au pied du mur, à supposer qu’on ait réussi à y arriver.

Pour ceux qui veulent écrire et mettre en ligne ce qu’ils veulent, il suffit de se brancher sur un service situé à l’extérieur. Blogspot ou over-blog n’obéissent pas au ministère de la sécurité de l’information chinois. Même chose pour visionner des filles à poil (ou lire d’autres informations que celles qui ont eu le droit de paraître). L’internet mondial n’est pas interdit aux Chinois. Un pays développé ne peut pas se couper de l’extérieur, et priver ses commerçants, ses industriels et ses scientifiques de leurs informations (j’ai travaillé il y a longtemps dans une entreprise dont le directeur, légèrement dérangé, qui citait le code pénal dans ses notes de service aux employés, avait décrété que l’accès à internet serait interdit, sauf quelques sites autorisés; ceci pour protéger la moralité des salariés; pour résoudre un problème technique, un grand expert à factures à trois zéros en euros est venu quelques jours en consultation; privé de l’accès à ses bases de données, il n’a pu rien faire et est parti en laissant sa facture comme seul résutat de son intervention).

La Chine a donc défini dans le réseau un « intérieur » et un « extérieur », comme un réseau d’entreprise à la taille d’un pays où il y a 350 millions d’abonnés. Les échanges avec l’extérieur passent par des machines spécialisées qui scrutent tout ce qui circule. Ces machines s’appellent des « firewall » (mur pare-feu) d’où le nom « the great firewall of China ». Leur existence est tout aussi officielle que la surveillance à l’intérieur, mais on n’explique pas comment elles fonctionnent. Ce que j’écris provient de mon expérience personnelle d’internaute de l’intérieur.

Les sites extérieurs appartiennent à trois classes:

. ceux qui sont interdits. Quand on essaie de se connecter, on voit s’afficher immédiatement un écran blanc. Et on est puni car pendant quelques dizaines de secondes on ne peut plus se connecter à rien. Par exemple, en ce moment, Blogspot (les blogs de Google) est interdit, et aussi Youtube, Dailymotion, Scribd (l’équivalent pour les textes de Flickr pour les photos), et pas mal d’autres sites où on peut mettre quelque chose à montrer aux autres. Il y a aussi des sites spécialement indésirables, dont je ne peux pas écrire le nom ici parce que leurs adresses sont peut-être des mots interdits. Exemple, ce site qui en apprend plus sur les Occidentaux bien-pensants que sur la Chine mais qui est censuré parce qu’il a une partie en chinois. Ou bien celui-ci , qui publie des nouvelles sur les actions collectives des travailleurs chinois; il n’y a rien de plus dangereux  (en chinois, avec une vitrine en anglais).

. ceux qui ne sont pas autorisés. Quand on se connecte, on attend indéfiniment jusqu’à ce que l’ordinateur renonce. Ce sont des  »hébergeurs » entiers qui sont ainsi non autorisés, avec tout ce qu’ils contiennent. Des sites de recettes de cuisine sont ainsi inaccessibles. Twitter n’est pas autorisé. WordPress et Typepad (blogs) ne sont  pas autorisés, ce qui embête Francis Nizet, qui représente les Français de Chine à l’assemblée des Français de l’étranger; son blog nizet-afe.typepad.fr  n’est pas accessible en Chine. Ca permet aussi à des naïfs d’annoncer sur leur blog ou sur leur site « Vous savez, moi je suis censuré en Chine … on me lit, on m’a jugé dangereux. »  Ils ont seulement un hébergeur non autorisé.

. ceux qui sont autorisés. blog.lemonde.fr est dans ce cas, et beaucoup d’autres. Il est probable que tout est autorisé, sauf ce qui est dans les deux catégories précédentes, mais on n’en sait rien.

La mécanique des interdictions est pleine de possibilités. Jusqu’en mai 2008, Wikipedia était non autorisé, sauf la partie en chinois qui était interdite. Depuis, tout est autorisé. Il y avait des cafouillages; par exemple Blogspot était non autorisé, mais Blogger , l’adresse pour gérer Blogspot, était autorisée, ce qui permettait à des Chinois d’écrire un blog qu’on ne pouvait pas lire en Chine. Depuis mai 2009, les deux sont devenus interdits, en même temps que Youtube, pour cause de 20e anniversaire en juin, en attendant le 60e anniversaire de la République le 1e octobre.

Mur de moellons

Le mur de pierre vu de près, à la fin du passage escarpé. La consigne de l’architecte en chef « Qu’on ne puisse nulle part enfoncer un outil » n’a pas été respectée, mais on est sur un petit palier au ras de la falaise. Il faudrait déja être monté jusque là.

Que le site soit interdit ou autorisé, un autre mécanisme vient tracasser l’internaute: les mots interdits. Je me suis demandé pourquoi l’article de Wikipedia « championnats du monde de biathlon  » provoquait la déconnexion, comme si le site était interdit. C’est que le nom d’une des villes, F_a_l_u_n en Suède, est interdit parce que c’est aussi celui d’une secte bouddhiste dont on n’a pas le droit de parler. Donc, quand un mot interdit figure sur une page, elle ne s’affiche pas. Les adresses des sites interdits sont souvent des mots interdits, ce qui rend éventuellement invisible un article de journal en français où on en cite une. (les mots interdits sont en chinois et en anglais; le reste serait trop compliqué).  Comme l’article parle généralement du sujet, certains croient que la censure va jusqu’au niveau le plus fin; c’est bien plus simple et ça n’oblige pas les censeurs à tout lire.

fanqianHeureusement, il y a des moyens de passer plus ou moins facilement sous la Grande Muraille d’Internet. Cet art porte un nom en chinois  » fanqiang » retourner mur. « fan » se trouve aussi dans fanyi, traduire. « qiang », le mur, est un mot moins noble que le « cheng » de « changcheng », la Grande Muraille.

L’idée du contournement, c’est de ne pas se connecter au site inaccessible, mais à un autre, à qui on demandera de transmettre les informations. Il y a les sites relais, les machines « proxy », et les services de « réseau privé virtuel ».

Le site relais est un ordinateur situé à l’extérieur, qui a une adresse. On se connecte, et on lui fournit l’adresse du site inaccessible. Ensuite, tout le dialogue est relayé par ce site. Ca marche à peu près bien, mais on ne peut pas tout faire. On peut consulter, mais très souvent les dialogues compliqués, comme ce qu’on déroule pour écrire une page de blog, ne passent pas. Et puis il faut subir l’affichage de publicités, ou payer un abonnement. Pour atteindre les sites interdits, il faut en utiliser un qui brouille l’adresse du site visé, sinon elle est reconnue par les machines de la Grande Muraille. Pour voir les pages avec mots interdits, il en faut un qui brouille le contenu, et ils sont généralement payants. Ce qui est étonnant, c’est que ces sites ne soient pas eux-mêmes interdits. Ca arrive; le site allemand anonymouse.org qui était très apprécié, est maintenant non autorisé. Par contre, le site fanqian.org  destiné aux Chinois, installé à Los Angeles, est autorisé. Mieux, j’ai vu sa page affichée avec une publicité pour les Instituts Confucius, payée par l’Etat chinois. L’avantage, c’est qu’on peut s’en servir sans rien changer à son ordinateur, et ailleurs que chez soi, au cybercafé par exemple. Pour chaque site, il faut se rappeler qu’il est autorisé ou non, et faire la manipulation adéquate. On peut installer sur sa machine des gadgets qui se rappellent le nom des sites et font l’aiguillage, comme Gladder sur Firefox.Une liste de sites relais sur proxy.org .

Les « proxy » sont aussi des machines intermédiaires, mais on « apprend » à son ordinateur à s’y connecter automatiquement, et tous les dialogues fonctionnent ou presque. Ca ne marche pas au cybercafé. Surprise: il y a en Chine des machines proxy, par exemple dans les universités, qui ont un accès non filtré vers l’extérieur, et que tout le monde peut utiliser à condition de connaître le truc. Quand j’étais à l’université, j’en profitais. Le site cnproxy  les répertorie. Le système TOR fonctionne de la même façon.

Donc on peut toujours ou presque atteindre les sites internet extérieurs. Ca demande un peu de compétence technique, ça ne fait pas tout (par exemple les vidéos passent très mal), et c’est un tracas permanent. Je suppose que le Parti chinois laisse les portes ouvertes volontairement, en faisant un rappel de temps en temps, pour que ceux qui utilisent les moyens de contournement aient l’impression qu’ils sont quand même surveillés.

Grande passe

Après avoir marché deux heures sur la muraille dans la montagne, on voit de haut la passe des Falaises Jaunes elle-même. La route franchit la porte dans la grande muraille. La route moderne contourne le bâtiment de la porte et l’ancienne caserne de la garnison qui y était installée. La muraille continue au-delà et remonte dans la montagne, jusqu’à ce qu’elle bute sur la falaise en face.

La solution confortable, c’est le « réseau privé » dont profitent, par exemple, les employés des entreprises étrangères. Leur réseau d’entreprise local est relié à un réseau d’entreprise mondial. La sortie vers Internet est quelque part dans le monde, et les échanges de données ne passent pas par les machines de la Grande Muraille, qui n’y trouveraient d’ailleurs rien puisque les données sont chiffrées et n’ont pas la forme de pages internet.

J’ai découvert il y a quelques temps qu’un simple particulier peut s’abonner à ce genre de service, qui s’appelle le VPN (virtual private network, réseau privé virtuel). Une fois connecté à son fournisseur d’accès internet habituel (pour moi, China Unicom , l’équivalent de France Telecom – Orange), l’ordinateur équipé d’un service VPN établit la liaison avec le fournisseur de VPN et fait alors partie de son réseau mondial. Mon fournisseur est installé aux Etats-Unis et c’est comme si mon ordinateur était relié à un modem installé dans une ville américaine par un câble qui traverse le Pacifique, au lieu de celui qui le relie au modem posé sur le coin du bureau. Je m’amuse à savoir où « je » suis en consultant un service de localisation , qui me situe par exemple à San Francisco ou dans la banlieue de Toronto au Canada. Quand je déconnecte mon ordinateur, une petite alerte s’affiche « Un câble réseau est débranché », comme quand j’éteins le modem. Donc tout fonctionne bien, et depuis deux semaines je ne me soucie plus de la Grande Muraille.Je peux même regarder les vidéos interdites, par exemple celle-ci:

Pourquoi ce genre de service est-il autorisé (ou plutôt pas interdit) ? Impossible de l’interdire en général; les professionnels en déplacement ont besoin de se connecter à leur entreprise sans laisser leurs données sur la voie publique. Pour les particuliers, il y a quelques obstacles à franchir avant d’en profiter. D’abord, c’est payant, 60 dollars par an pour mon service, qui n’est pas le plus cher, alors que l’abonnement à Internet coûte l’équivalent de 120 dollars par an. Ensuite il faut l’installer, et j’ai mis plusieurs heures à y arriver, en plaçant au bon endroit dans l’ordinateur les programmes et les paramêtres de mon abonnement. J’ai même dû demander conseil au fournisseur par email. Et chaque fois que je mets mon ordinateur en route, je dois démarrer le service correctement, sinon la connexion à Internet reste en Chine. Donc il faut avoir une carte bancaire internationale, parler anglais, et avoir quelques compétences en informatique. Le ministère de la sécurité des informations a probablement jugé que les gens qui ont tout ça sauraient aussi contourner l’interdiction. Aussi bien, je suis à l’abri des ennuis, étant un étranger inoffensif. Des Chinois qui essaieraient d’utiliser ce genre d’équipement pour, par exemple, entretenir un site internet à l’étranger, destiné aux Chinois, courent de grands risques, puisque n’importe quoi peut être une violation de la loi (voir plus haut). Le gouvernement a fait un exemple spectaculaire en 2005, en faisant condamner pour pornographie les promoteurs d’un site communautaire, pas politique du tout, qui avait trop de succès (lire la revue de presse). Or tout ce qui réunit les gens risque d’être dangereux.

Porte

Le bâtiment de la porte, l’ensemble qui l’accompagne, et le pont fortifié sur la rivière, qui ne conduit qu’à l’escalier que nous allons descendre, et la muraille au delà, sont l’oeuvre d’un Viollet-le-Duc du  règne de Deng Xiaoping (1980). Depuis longtemps, les briques de la muraille si facile à atteindre, et des bâtiments, avaient trouvé une autre utilisation. Mais ce n’en est pas moins authentique, comme le dit le musée où on peut voir les images de la reconstruction sur les fondations d’origine, et des briques portées à dos d’homme comme il y a 600 ans. 

Mao avec un touriste

Là où était la caserne de la garnison, on a construit un palais commémoratif pour accueillir les visiteurs. Nous sommes dans la cour à a gloire de Mao Zedong. Les galeries abritent ses calligraphies, gravées en grand sur des plaques de granit. Une autre cour est consacrée aux oeuvres de ses généraux, tous morts maintenant, mais on n’a pas osé graver la date de leur mort sur les stèles en marbre à leur gloire.

Et pour l’éducation des enfants, ce modèle réduit de la Muraille, dans le jardin à côté du magasin de souvenirs.

Mini-muraille

La visiteuse est à l’intérieur, du côté de l’empire; les créneaux sont sur l’autre face.

La santé, c’est payant

Fin des aventures d’un étranger à l’hôpital en Chine: la CFE (la caisse de sécurité sociale des Français de l’étranger) m’a remboursé les factures de l’hôpital. C’est qu’à l’hôpital en Chine on paie comptant comme à l’hôtel et au restaurant. Heureusement que mon épouse avait des fonds sur son compte d’épargne. Mon argent est en euros en France, et justement le dernier virement vers mon compte en Chine était resté bloqué dans les circuits. Ca devait me préoccuper, puisque je me rappelle avoir fait un rêve, probablement la première nuit après l’opération. J’étais mort, ce qui était plutôt agréable puisque je n’avais plus mal, mais je me préoccupais de faire savoir à mon épouse comment on demande le remboursement à la CFE, et d’abord le code pour télécharger le formulaire de remboursement. Quand je me suis réveillé, je lui en ai parlé et elle m’a dit d’attendre que nous soyons rentrés à la maison. L’hôpital ne prend pas les cartes bancaires internationales. Elle avait retiré un gros paquet de billets roses avec la tête de Mao pour faire face aux paiements quotidiens.

Décompte journalier

(pour voir en grand format, cliquer sur l’image)

Voici le décompte qui est présenté chaque après-midi avec les dépenses de la journée précédente. Le 18 juin, deux jours avant que je sorte et alors que les traitements lourds sont passés, j’ai dépensé 35 yuans d’occupation d’un lit, 89 yuans de soins infirmiers, et 1437 yuans de médicaments, plus des à-côtés, total 1612 yuans, environ 180 euros au cours actuel. Si l’avance déposée au moment de l’admission est épuisée, et si on ne paie pas, en principe il faut quitter l’hôpital. Les gens qui ont une assurance santé personnelle ou dont l’unité de travail couvre les frais (c’est le cas de mon épouse fonctionnaire de la municipalité, mais la garantie ne s’étend pas à moi) ont fait agréer leur contrat au guichet adéquat, le plus voyant au milieu du hall d’entrée. Les autres doivent payer en liquide. La journée la plus chère a été celle de l’opération, plus de 800 euros et un décompte sur deux pages entières, avec le détail des produits administrés pendant l’intervention, avant et après.

Au service des petites urgences, où j’étais d’abord allé, c’est une autre formule. Le médecin prescrit un traitement et rédige un bon-ordonnance. Le patient, ou celui qui l’accompagne s’il est hors d’état de s’occuper de lui-même, va à la caisse où on chiffre la prescription. Il paie et reçoit un bon pour aller retirer les produits à la pharmacie de l’établissement. De retour, il donne les produits à l’infirmière pour qu’elle vérifie et administre le traitement; son intervention est comprise dans le prix. C’est un peu comme acheter un pantalon avec retouche immédiate chez Carrefour. Ca marche très bien, le médecin, la caisse et la pharmacie sont branchés sur le même ordinateur.

facture perfusion

Voici la facture de la perfusion composée, 86,24 yuans, à peu près 9 euros. Il y a aussi quelques factures de 0,23 yuans, et je ne sais pas ce que c’est.

facture de 0.23 yuans

A la fin du séjour au service des petites urgences, nous sommes repartis avec une vingtaine de bouts de papier.

Avant que je sorte de l’hôpital pour rentrer à la maison, mon épouse est allé une dernière fois au bureau des rêglements, où on lui a remis la récapitulation de toutes les dépenses sur six pages de listing d’ordinateur, et un certificat de paiement délivré par l’agence municipale des établissements hospitaliers.

décompte de séjour

Total: 32944,34 yuans, un peu plus de 3400 euros. Pour avoir idée de ce à quoi ça correspond en pouvoir d’achat chinois, lire Neige , professeur débutant. Un serveur de restaurant, non logé, gagne 200 euros par mois, un travailleur des chantiers, logé et nourri, 150 euros.

Traduction des mots en face des cases avec un chiffre:

chuangweichuangwei; lit, place : hôtellerie 455 yuans, 35 par jour pendant 13 jours, c’est un hotel pas cher.

zhenchazhencha; examine, inspecter : examens médicaux 97,50 yuans (le deuxième caractère se retrouve aussi dans la police jingcha).

xiyaoxi yao; ouest, médicament : médicaments occidentaux 20638,69  yuans

zhongcaoyaozhong  caoyao; Centre, herbe, médicament : médicaments chinois 8,43 yuans. Il doit y avoir une erreur, ou bien on m’a fait cadeau d’une partie.

jianchajiancha; examiner, inspecter : examens médicaux 250,00 yuans (il doit y avoir une différence avec zhencha; examen, ou investigations avec des instruments ?)

zhiliaozhiliao; gouverner, soigner : soins médicaux  8891,72 yuans

shoushushoushu; main, art : chirurgie  1200,00 yuans

huayanhuayan;  transformer, essayer : examens de laboratoire  1177,00 yuans (le premier caractère est le symbole de la chimie, qui transforme)

shuyangshuyang; transporter, oxygène : 200,00 yuans

Et encore 26 yuans qui ont quelque chose à voir avec l’atmosphère  kongqikongqi; vide, gaz. Peut-être l’aspiration ?

Ce qui coûte cher, ce sont les médicaments. L’hôpital prescrit et fournit. Ca ne date pas d’hier. le Révérend Père Huc raconte comment, étant tombé malade, il a vu arriver le médecin qui ai rédigé une grande ordonnance et a ensuite envoyé chercher les éléments de la préparation dans sa propre boutique; ça se passait en 1840 (à lire « L’empire chinois » , chapitre 11, sur le site de l’université du Québec à Chicoutimi). Aujourd’hui, si j’en crois la presse officielle (China Daily du 2 septembre , après celui du 19 aout ) , les hôpitaux rentabilisent leurs patients grâce aux médicaments, et les médecins ont un intéressement aux prescriptions.; les cadres de l’hôpital reçoivent des ristournes des industriels. Il faut dire que les médecins eux-mêmes auraient du mal à payer la note de leur propre hôpital, un chef de service gagne moins de 1000 euros par mois. Il suffit de voir le tarif de la chirurgie comparée au reste.

J’ai eu les moyens de payer comptant, et j’ai été remboursé de presque tout (la CFE a retenu seulement le forfait hospitalier). Tous les Chinois qui le peuvent mettent de l’argent à la banque pour pouvoir payer, et une partie seulement ont une assurance santé. L’article du 2 septembe contient un joli schéma:

situation santé

Comme souvent, le mieux est annoncé à l’avance. Donc en 2003, 78 % des Chinois n’avaient aucune couverture, sauf s’ils payaient eux-mêmes une assurance (aussi cher que le salaire d’un ouvrier de chantier) et en 2008 ils ne sont plus que 13 %, mais le régime pour les campagnes (orange) est en cours de mise en place (presque 1 milliard d’intéressés). L’illustration caricaturale du problème, c’est, sur le trottoir devant la grille de l’hôpital, un homme sur un matelas avec sa famille autour de lui et une inscription « Je n’ai pas l’argent pour me faire soigner ». Celui-là est un mendiant professionnel, mais c’est vrai pour beaucoup de gens, qui ne se montrent pas. La première chose que les parents des bébés victimes du lait à la mélanine ont réclamé, c’est la prise en charge des frais médicaux. Et le médecin du consulat de France, dans son cours élémentaire pour les nouveaux arrivants, explique: « Votre trousse médicale d’expatrié, c’est un petit stock de vos médicaments habituels, une ordonnance avec les noms internationaux, et une carte bancaire valable localement, avec 2000 ou 3000 euros dessus. »

Pour moi qui suis assuré à la CFE, inconnue localement, la carte approvisionnée est indispensable. J’ai été remboursé un mois après avoir envoyé le dossier: le listing de 6 pages, l’original du certificat de paiement, un formulaire téléchargé, où j’avais rempli le volet « je certifie sur l’honneur que j’ai payé cette somme et que je n’ai pas bénéficié d’un remboursement local », faute d’avoir pu faire remplir le volet « certificat de paiement de l’établissement »; et aussi une lettre pour résumer le cas et expliquer comment lire les papiers en chinois. Comme la cotisation santé coûte 399 euros par trimestre, à peu près 1600 euros par an, et que je suis assuré depuis 3 ans, j’ai cotisé un peu plus que je n’ai été remboursé (le reste, c’est 400 euros d’examens quand j’ai eu une alerte de santé alors que j’étais en France). Pourvu que ça dure (que j’aie le moins possible l’occasion de bénéficier de remboursements).

A part tout ça, la vie quotidienne continue. L’actualité à la télévision est la répétition du 60e anniversaire de la fondation de la République à Pékin (elle date de 1912, mais c’est Mao qui l’a refondée le 1e octobre 1949 du haut de la porte Tian an men). Le premier filage sur les lieux s’est passé le 29 aout et depuis on nous montre des images; ça promet d’être un mélange de Corée du Nord soviétique et de défilé du 2e centenaire de la Révolution en 1989. Hélas, je ne fais pas partie des invités qui le verront en vrai sur la place.

Le lundi 31 aout, c’était la rentrée dans le collège sous nos fenêtres et l’école primaire un peu plus loin dans la même rue.

cour d'école

A huit heures, les élèves en survêtement d’uniforme sont en rangs dans la cour pour entendre l’hymne national et le discours de leur directrice, pendant que les écolières en blanc avec le petit foulard rouge sont conduites vers l’école par leur institutrice. Et désormais tous les midis et tous les soirs vers 5 heures la rue est embouteillée par les grands-parents et les parents, ou même un pilote de triporteur de confiance, qui viennent attendre la sortie de l’école

Porche du batiment d'école

Une image pour faire rêver les pauvres enseignants français: les élèves du collège entrent dans le bâtiment des classes, en uniforme et en rangs, ayant éteint leurs téléphones portables.

enfans en triporteur

Et quand je parlais du triporteur de confiance … Celui-ci est le moins cher. Il y a aussi des triporteurs électriques avec une petite guérite où les passagers sont assis à l’abri et dos à la route. Mais le triporteur à tout faire transporte tout. En revenant à l’hôpital une semaine après ma sortie pour une consultation de contrôle, j’ai vu sortir de l’ascenseur un monsieur avec la jambe dans le plâtre, installé sur coussin dans la benne d’un triporteur; le conducteur l’a voituré dans le couloir jusqu’à l’entrée du service et l’a aidé à s’asseoir sur un fauteuil roulant avant de le remettre aux infirmières.

Des gens sur la montagne

J’ai essayé de faire un article sur le taoïsme, illustré par des photos prises sur le Mont Tranquille, Taishan, où j’étais avec mes amis il y a deux semaines. Mais mon savoir part de trop bas. Je suis comme quelqu’un qui n’aurait aucune idée de l’histoire que racontent les Evangiles et à qui je prétendrais expliquer le sens des gestes de la messe catholique.Je vais donc présenter un morceau de la Chine éternelle telle qu’un touriste la recherche (là-dessus, vous pouvez lire un article très décourageant: « La Chine (postmoderne) créée par le tourisme », à consulter ici pour ceux que le style universitaire n’effraie pas). En matière de religion chinoise, je reste un touriste, même si j’ai trop bu de la façon la plus traditionnelle la veille dans la famille de mon ami Martial (qui avait un nom chinois il n’y a pas longtemps, mais maintenant qu’il est Français il n’est plus Chinois, et il a demandé au consulat de Chine à Paris un visa, avec une lettre d’invitation de son père, pour pouvoir entrer dans son pays natal). Il est taoïste, c’est l’avis de son épouse. Mais il n’a jamais envie d’en parler. Ca ne s’explique pas, on regarde le maître et on pratique, comme la lutte chinoise qu’il enseigne. Et ce n’est pas mon épouse qui m’aidera. Elle fait ses dévotion a Bouddha, l’Empereur Jaune, le saint patron de la Richesse, ou le Dieu des Chrétiens, quand elle leur rend visite chez eux. J’ai convoyé un fagot de bâtons d’encens achetés en bas de la montagne (on en trouve en haut, mais en bas ils sont moins chers). Donc, puisque nous sommes arrivés en haut de la montagne, continuons.

Escalier de la porte

Le dernier escalier mène à wang tian men, la Porte du Ciel de la Lune. On ne montera pas plus haut. A l’étage inférieur où nous sommes, on trouve des boutiques et des restaurants, des temples aussi. En haut, on ne vend que des articles religieux. D’ailleurs nous y sommes.

Boutique pieuse

La plaque de cuivre officelle dit « fa wu liu dao shu » loi choses (articles religieux), circulation, voie, endroit », endroit où on vend des articles religieux du Tao. L’inscription du côté droit est encore plus claire ‘ »ici il y a les choses qui ouvrent à l’illumination de l’enseignement de la Voie », sauf que le petit panonceau officiel bleu précise « ceci est une boutique » pour le cas où on prendrait le vendeur pour un officiant (avec sa barette et sa soutane noire, il en a l’air, mais il n’a pas voulu se laisser photographier).

Vendeur d'objets pieux

Son confrère à l’entrée d’un des temples a moins de prétention. Ce qu’il tient dans la main n’est pas une médaille pieuse, c’est son téléphone portable.

Un peu avant, nous sommes passés près d’un escalier qui descend vers un bâtiment qui fume de partout. Une maman est en train de faire poser son fils, c’est donc un lieu important.

Gamin devant le foyer

Bâtiment pour brûler

Il y a des gens qui tiennent des bâtons d’encens, et quelqu’un qui se prosterne.

Foyer

Les pêlerins se succèdent devant la porte du foyer. On y allume les bâtons d’encens, on se retourne vers le nord pour prier (si on veut) et on remet les bâtons dans le foyer pour qu’ils se consument.

Vieille dame et foyer

Cette vieille dame entourée de ses filles ou belle-filles a apporté de grandes liasses de papier et de l’encens en quantité. Rien n’est écrit sur les papiers.

Pêlerin

Je sais maintenant où va le monsieur que j’ai remarqué tout à l’heure et pourquoi il portait ce paquet. Il vient sûrement de la campagne pour s’être mis en costume. Les gens de la ville s’habillent en touristes.

Encens en haut

Devant le temple de l’empereur de Jade, tout en haut, on a une autre occasion de brûler de l’encens.

Foyer d l'empereur de jade

Un autre rite: accrocher devant le temple du sommet, ou un autre, un ruban rouge et un cadenas gravé d’une formule favorable.

Cadenas

Sur trois colonnes, de droite à gauche: ba ping an « protéger la paix » (le même ‘an’ que gong’an, la sécurité publique), quian jia fu « toute la famille, bonheur », deng taishan, « escalader la Paisible Montagne ».

Gravure du cadenas

Le cadenas est vendu sans inscriptions, et il faut le faire graver. Je n’en ai trouvé aucun avec une autre inscription que les neuf caractères cités, et pas de noms; mais je n’ai pas tout vu.

Devins qui attendent

Que font ces messieurs en costume noir dans cette cour au calme: ils attendent les pêlerins qui sont venus les consulter sur leur sort. Le métier de devin est millénaire, et leur intervention a assuré les mariages bien assortis, les bonnes décisions en affaires et la paix des familles.

Devins et clients

Pour connaître votre sort, vous devez agiter ce pot qui contient soixante-quatre fiches marquées des hexagrammes du Yi-Jing (le Livre des Mutations, chez votre libraire).

Tirage du sort

La fiche qui tombe sur la table est la bonne. Ayant noté le signe qu’elle porte, on se rend au lieu des consultations.

Devin et bouteille thermos

Le devin consultant remet à chacun la feuille de papier où est écrit le sort, puis se prépare un thé.

Dévote avec fiche

Le sort est un carton format carte postale, préimprimé. Pourtant chacun y lira sa destinée. Aussi bien, ce n’est qu’un support; celui qui interroge le sort possède déja la réponse, le rite l’aide seulement à la faire émerger.

Prière au temple

C’est dimanche, en été; il y a beaucoup de monde mais on peut trouver des endroits pour se recueillir.

D’autres gens croisés là-haut, qui sont venus pour quantité de raisons.

Deux campeuses

Ces deux jeunes filles de la ville sont des pêlerins sérieux. Elles ont passé la nuit à la belle étoile au sommet, pour voir se lever le soleil. Il paraît qu’elles ont été récompensées: le soleil est apparu et les nuages ne sont revenus que plus tard, ce qui est une chance en été.

Sportifs

Ces deux sportifs viennent de monter les six mille marches en courant, et se détendent avant de redescendre sans attrapper froid.

grande fille

Cette grande fille accompagne son papa, qui la photographie devant un des grands murs de calligraphies gravées dans le rocher.

Fille au portable

Celle-ci est venue avec son copain. Mais elle ne compte que sur elle-même pour la photo qui prouvera qu’elle y est bien  allée.

Jeune homme en bleu

Le jeune homme en bleu envoie des SMS. J’avais cru d’abord qu’il écrivait son journal, mais c’était seulement qu’il écrivait des caractères sur l’écran avec son stylet. Il faudra que je m’achète le même pour m’entrainer à l’écriture.

Chaise à porteurs

Et cette vieille dame fait le pêlerinage comme l’empereur, portée par quatre hommes. Je n’ai pas pu savoir si elle a gravi ainsi les escaliers, ou si elle a pu monter dans la cabine du téléphérique, aidée de son fils ainé qui veille sur elle derrière.

Foule dans les nuages

En començant à descendre, nous croisons le nuage qui nous avait suivis à l’aller. On ne voit plus grand-chose mais tout le monde connaît le chemin

Retour en bas

Retour à la ville au pied de la montagne. La municipalité de Tai’an, qui ne peut pas faire concurrence à l’architecture millénaire là-haut, a essayé d’ennoblir l’endroit d’où partent ses autobus qui aident à grimper la montagne, à quelques kilomètres à l’ouest du « vrai » début de la montée, là où Confucius et les empereurs ont commencé leur ascension. Ca fournit un cadre aux photos de groupe.

J’ai réussi à faire le pêlerinage moi aussi, avec l’aide des autobus en question, à l’aller et au retour. Depuis, j’ai résisté à trois jours de tourisme à Pékin avec mes amis français (qui vivent entre Paris et Tianjin depuis des années, mais n’avaient jamais vu en vrai le Temple du Ciel ni la Cité Interdite). La forme physique est revenue. Pour le reste, je laisse tout traîner, y compris la rédaction de ce journal. Ca reviendra.

Ajouté le 31 aout : Et maintenant, je viens de trouver le livre que j’aurais dû lire avant de monter, que je ne connaissais pas alors qu’il est sur Internet dans la mirifique collection « Chine ancienne » de l’université du Québec. C’est  »Le T’ai Chan » , écrit par Edouard Chavannes en 1910. Edouard Chavannes est un de ces savants décourageants qui savent tout sur un monde ancien comme s’ils y avaient vécu pendant des générations. En lisant sa traduction des Mémoires Historiques de  Se-ma Ts’ien , le grand historien du 1e siècle, à l’époque des empereurs Han, on a l’impression qu’il est son contemporain. Je vais refaire l’ascension, dans son livre.

A mi-chemin du Ciel

L’Empereur Jaune se rendit un jour au nord de la Rivière Rouge, escalada le mont K’oun-loun et du regard embrassa le sud. De retour chez lui, il s’aperçut qu’il avait perdu sa perle obscure. Il chargea Connaissance d’aller la retrouver, mais ce fut en vain. Il envoya Vue Perçante, mais elle revint bredouille. Il envoya Dispute, qui ne la trouva pas non plus. Il envoya finalement Sans-Rien, qui la retrouva. « Etrange, se dit-il, que ce soit Sans-Rien qui l’ait retrouvée. » L’histoire a été écrite par Zhuangzi, philosophe taoïste (du moins son livre était classé avec Lao Tseu dans le rayon daodao« La Voie » de la bibliothèque impériale; et j’habite jinhua daojinhua daorue de la fleur d’or) qui vivait 300 ans avan Jésus-Christ et 200 ans après Confucius. Ailleurs dans le livre, il explique qu’un homme ivre tombera d’un char lancé à pleine vitesse sans se tuer, parce qu’il n’a aucune frayeur et se portera tout entier dans la bonne direction. A lire dans le livre de Jean-François Billeter « Leçons sur Tchouang-Tseu« , éditions Allia. La montagne de Taishan est faite pour mettre en scène l’histoire de l’Empereur Jaune. Depuis la ville on monte tout droit vers le nord jusqu’au sommet, et là on s’asseoit face au sud comme l’empereur, pour contempler le monde.

Carte de la montagne

Nous sommes partis ensemble, nos amis Chinois de Paris, mon épouse et son grand fils, et moi avec. Je ne suis pas du tout en forme et je me laisse porter. Voici Taishan, la Paisible Montagne, vue vers le nord depuis le bord de la ville de Taishan (la vraie montagne est dans les nuages, comme toujours l’été, donc on se contentera de son image).

Entrée du temple des Esprits

daimiaoPour faire l’ascension selon les rites, on doit commencer le chemin au temple de la montagne sainte, daimiao, entouré de murs et presque aussi grand que la Cité Interdite. On le traverse du sud au nord, puis une avenue droite mène jusqu’au début des escaliers de la montagne.

Cour et cyprès

En passant dans le jardin du temple, on salue des cyprès qui ont vu passer les empereurs Han deux mille ans avant nous.

Montée des marches

Et on suit l’escalier jusqu’au sommet, 1400 mètres à monter en un peu plus de six mille marches, dans l’ombre des arbres de la vallée puis à découvert quand on s’approche du sommet.

zhongtianmen

C’est ce qu’on fait quand on est un pêlerin sérieux. Mais nous sommes reçus par la famille de mes amis Chinois, hier soir nous étions au restaurant et les hommes ont bu beaucoup de bon alcool, impossible à refuser dans une telle occasion. Les empereurs montaient en cahise à porteurs. Nous nous sommes assis dans les minibus qui conduisent à la Porte à mi-chemin du Ciel, zhong tian men, milieu ciel porte. Et de là nous sommes montés dans les cabines du téléphérique., suivies par les nuages.

Telephérique

Si bien que nous sommes arrivés à la porte du Ciel du Sud, nantian men (de droite à gauche), par un chemin plat et pas en haut de l’escalier.

nan tian men

D’autres ont fait le chemin comme il faut le faire.

Grimpeuse en haut de l'escalier

Et d’autres ont fait l’ascension le soir pour voir se lever le soleil, ont dormi dans les grands manteaux que les hôtels et les temples du sommet louent, et maintenant ils se reposent.

Dormeurs

Ils sont sur les marches d’un des temples du haut de la montagne, un peu plus bas que celui du sommet, où les empereurs priaient et offraient un sacrifice pour la prospérité de leur règne.

Image du sommet

Aujourd’hui on accroche aux autres un cadenas acheté sur place. Ceux qui se font photographier ne sont pas des étrangers. Nous sommes arrivés. Je montrerai la suite un peu plus tard. En attendant, une image de quelqu’un qui n’oublie pas que c’est aussi un lieu saint, même si la Voie n’est pas Dieu.

En prière

Et une famille qui se repose de l’ascension.

Famille

Un site touristique

TaishanDemain matin, nous partons dans le Shandong avec nos amis Chinois venus de France, pour escalader le Taishan, la Paisible Montagne, lieu saint que les pêlerins parcourent d’un temple à l’autre sur des escaliers taillés il y a des siècles. Il y a deux mois, nous avions fait notre première excursion touristique de l’année, dans les montagnes plus modestes qui séparent la plaine de Tianjin de la Mandchourie. C’est là qu’est construite la Grande Muraille, et nous avons visité une des passes. Mais nous avons aussi suivi les conseils de l’agence de voyage qui nous a indiqué des lieux touristiques. Dans la Chine moderne, le lieu touristique est une institution. Que ce soit une montagne sainte, un village typique, l’allée des tombes d’une dynastie passée, l’administration a édifié un mur autour, une route pour y aller, un portail dans le mur pour y entrer et un guichet qui vend des billets. Si vous êtes une municipalité qui dispose d’une vallée grandiose ou d’une passe de la grande muraille, vous installerez votre lieu touristique que tout le monde connaît déja. Mais si vous êtes un district rural au pied de la montagne, avec une belle campagne où poussent les légumes et les arbres fruitiers, et où les agriculteurs commencent à construire des gîtes ruraux pour les familles de la grande ville voisine, vous avez besoin de votre lieu touristique, avec un nom répertorié pour qu’on vous situe sur la carte. Mais vous n’avez rien de célèbre sur votre territoire, tout juste une belle falaise de grès et une vallée où coule un torrent, mais sans chemin qui d’ailleurs ne mènerait nulle part.

Falaise

Avec quelques travaux, vous allez en faire un lieu touristique, et le peuple de la ville viendra; il a envie de s’aérer mais pas de s’égarer dans l’inconnu.

Guichet

Descendu de la voiture ou de l’autobus, on achète son ticket (40 yuans est un tarif raisonnable) et on entre dans l’enceinte du lieu tout neuf. Là des petits cars vous attendent pour vous véhiculer un ou deux kilomètres plus loin.

Pierre souvenir

Indispensable: la pierre ornée du nom du lieu, pour se faire photographier. Souvent c’est un rocher; cette fois c’est une plaque. Je ne vais pas me risquer à traduire. On  y parle d’esprit favorable et de l’éclat des mille automnes. La petite inscription en bas indique (de droite à gauche) 1e jour du 10e mois de l’année 2004 de l’ère commune.

Descente de cars

C’est là qu’on descend des petits cars pour passer devant les boutiques où on trouvera tout pour l’excursion, nourritire, bâtons de randonneur, appareils photo, ruban adhésif et et piles életriques (sur le panneau à droite).

Souk

On y trouve aussi des imperméables à usage unique; aujourd’hui il pleut mais ça ne gâche pas le plaisir. Quand on est venu, on fait ce qui est prévu.

Parapluies

Le chemin dallé est tout neuf, et les pavés n’ont pas été pris sur place. C’est un investissement sérieux.

Pont en chantier

Tout n’est pas encore terminé. Ce pont sera en bois quand il sera fini, comme ses rambardes qui feraient déja presque illusion. En plein été, l’eau devrait couler sur le chemin et le pont sera nécessaire.

Pont suspendu

Celui-ci est déja en service; un vrai pont suspendu avec de vraies chaînes, qui donne des sensations.

Cesuo

Les toilettes aussi sont à la hauteur. Remarquez les somptueuses marches d’escalier, et les caractères gravés qui dureront des siècles. D’autres inscriptions de même qualité disent aux visiteurs ce qu’l faut regarder sur leur chemin.

Arche

Cette arche marque une étape de l’excursion. Comme le rocher est trop friable pour se prêter à ce genre de construction, c’est du béton revêtu d’un enduit au grès qui lui donne la bonne couleur.

Ferme

Juste après, on arrive à la ferme de montagne. Les arbres fruitiers ont été plantés ce printemps, et les carrés de légumes défrichés cette année. Avant, il n’y avait rien; maintenant le visiteur trouve ce à quoi il s’attend, y compris ce puits ancestral, et son treuil qui vient d’ailleurs.

puits

Cadre

En redescendant, nous saluons cette dame en costume de cadre, le même que porte mon épouse quand elle fait des inspections à l’extérieur. Depuis la terrasse des bureaux tout neufs, construits dans le style du lieu, elle regarde passer les gens pour qui on a construit tout ça.

Esalier

Cette photo vient d’un autre lieu touristique avec un bel escalier tout neuf aussi. Mais il est trop tard pour y aller aujourd’hui. Demain matin nous partons pour Taishan, où les escaliers sont bien plus anciens, et les visiteurs aussi prêts à tout. Neige de Nanjing, qui enseigne maintenant le français à Jinan, tout près, était à Taishan il y a trois semaines. Premier jour . Second matinDescendre la montagne . La jolie fille en rose, c’est elle. Elle écrit tous les jours.

Temps d’été

Depuis quelques jours il pleut. Jusque là il avait fait tellement chaud que j’évitais de sortir le jour quand la météo annonçait 38 degrés, et 25 la nuit. L’averse d’hier a eu lieu à l’heure de midi, avec orage et éclairs. Comme la ville est plate, l’eau monte doucement et on a l’impression d’être inondé, mais deux heures après tout a disparu.

Inondation du haut de l'appartement

Le carrefour et l’avenue vus des fenêtres de l’appartement. Il n’y a plus personne à faire la queue devant la façade du pâtissier-traiteur musulman en face.

Carrefour vu d'en bas

Vu d’en bas, c’est aussi impressionnant, mais les Chinois n’aiment pas que les incidents perturbent la vie et tout continue normalement.

Robes rouges

S’il pleuvait encore, il n’y aurait personne, mais dès que la pluie s’arrête, tout le monde repart à ses affaires.

Cyclistes en jaune

J’avais envie de montrer des images de cyclistes, mais c’est difficile de se mettre au milieu de la piste cyclable pour photographier les gens. Sauf aujourd’hui, moment exceptionnel, que je ne suis pas le seul à photographier.

Tricycles

Le monsieur au premier plan est probablement un retraité, sur le tricycle familial. Il a une bouteille thermos fixée au cadre. On aperçoit le dossier du siège arrière, où son épouse ou son petit-fils s’asseoit. Il transporte les courses et des fleurs en pot.

Cycliste avec passager

Les vélos chinois, même les moins chers, ont un porte-bagages capable de recevoir une charge de 100 kilos. On peut donc transporter son copain (ou sa copine; je n’ai jamais vu une fille qui véhicule un garçon).

Petite fille

La cour de la résidence n’a pas été inondée, à quelques centimètres près. Vu de l’entrée, ça impressionne quand même.

Ange banque de Chine

Pour le plaisir, cette publicité de la banque de Chine, vue dans le métro, avec un slogan en forme de maximes parallèles comme on en voit sur papier rouge de chaque côté des portes des appartements au moment des fêtes.

yongxin xianzai fangxin weilai

Yongxin xianzai, fangxin weilai ;  attentif aujourd’hui, confiant à l’avenir. Aujourd’hui se dit « apparaître,ici », « avenir » pas encore, arriver. Le coeur (2e et 6e caractère) est associé à « utile » pour le présent, et « tranquille » pour l’avenir. C’est la publicité pour un nouveau compte d’épargne familial dont le nom est en plus petit. Le nom commence parai« aimer ». La banque de Chine est bien comme les banques de partout.

Fin de semaine en siège dur

J’arrête de parler de l’hôpital pour l’instant. Je viens de me battre avec les factures que je vais envoyer à la Caisse des Français de l’étranger (la sécurité sociale pour les expatriés qui comptent encore sur la mère patrie) pour les faire rembourser. Et aussi, je viens de découvrir pourquoi les statistiques de fréquentation ont fait un bond depuis deux jours. C’est que Google affiche en ce moment sur la première page des réponses à la question « Zhang Xiaoyu  » une jolie photo qui branche sur la page consacrée au 17e congrès du Parti en octobre 2007. Et il y a au moins trois Zhang Xiaoyu, l’auteur de mangas, la lanceuse de poids, et l’étudiante du Heilongjiang. A quoi tiennent les chiffres…

YingzuoDonc je vais écrire pour le plaisir ce que j’étais en train de préparer quand je me suis mis à avoir mal au ventre. Cette fin de semaine là, mon épouse récupérait le vendredi sa permanence du dimanche précédent, et nous sommes partis en week-end dans les petites montagnes qui prolongent au nord de Tianjin les Collines Parfumées de Pékin. C’est nettement plus loin, à peu près cent kilomètres au nord, et on prend le train pour JixianJixian; le premier caractère est le chardon et le deuxième signifie « canton ». Et les grands caractères à gauche sont peints en bas des wagons: ying zuo; dur, assis, avec le symbole de la pierre du côté gauche du premier caractère. C’est ainsi qu’on appelle les places assises en deuxième classe.

Sièges dur, vide

On n’y est pas si mal que ça, les sièges sont rembourrés. Et le train ordinaire n’est pas cher, 8 yuans l’aller simple, pour 113 kilomètres, plus 5 yuans de frais de réservation si on veut acheter le retour à la gare aller.  On met deux heures et demie pour faire le trajet , en s’arrêtant 8 fois en route. Sur la photo, le wagon est presque vide, mais il ne va pas le rester longtemps.

Gare de Tianjin

Sur le quai de la nouvelle gare de Tianjin, le convoi pour Jixian va partir dans un quart d’heure, avec ses wagons du XXe siècle, et ses convoyeuses qui vont accueillir les voyageurs à la porte de chaque wagon. Une planchette recouverte d’un tapis rouge évite de trébucher entre le quai et la porte, et une cordelière jaune dans l’espace entre deux wagons empêche de tomber sur la voie. Il faut beaucoup de monde pour assurer un tel service, au moins vingt agents qui voyagent avec les deux mille et quelques passagers .

La plaque du trajet

Les wagons ressemblent à ceux qui sont encore chauffés au charbon et ressuscitent l’odeur des vieilles locomotives (même l’été car il faut assurer le service de l’eau chaude). Avis aux amateurs, un des derniers convois de cette époque relie Jilin à Ningbo en 36 heures, en passant par Tianjin et Shanghai, sièges durs et couchettes dures et molles. Tout le monde se presse sur l’escalator qui descend de la salle d’embarquement.  Sur le quai à droite, le TGV de Pékin va s’arrêter dans quelques minutes, 58 yuans en siège dur pour 120 km en une demi-heure.

Wagon plein

Maintenant que tout le monde est monté, le wagon est plein. Ceux qui n’ont pas acheté leur billet à l’avance voyageront debout en payant le même prix. Au moins 150 personnes pour 120 places, et il y a 18 wagons. La plupart sont des étudiants ou de jeunes travailleurs qui rentrent dans leurs familles à la campagne.

Voyaeuses

Comme tout le monde est habitué, ça se passe plutôt joyeusement. Au premier plan, les cheveux de ma voisine privilégiée, qui dort déja la tête sur la tablette.

La pancarte dit « s’il vous plait, ne jetez pas par la fenêtre dehors des détritus » et « s’il vous plait, dans la voiture à l’intérieur ne fumez pas ». Nuance:qingwuqingwu « veuillez ne pas … » est plus gentil quejinzhijizhi « il est interdit absolument … ».

Cadre de la fenêtre Un des avantages d’un vieux wagon, c’est que les fenêtres s’ouvrent. L’inconvénient, c’est qu’elles ne ferment pas non plus. Celui-ci a des double-fenêtres pour affronter l’hiver, qu’on doit relever séparément. On peut prendre des photos du paysage qui défile à petite vitesse.

A quelques kilomètres au nord de Tianjin, on passe sous le viaduc de la ligne TGV qui part vers l’ouest en direction de Pékin. La plus grande partie des 120 kilomètres survole ainsi la campagne, en ne redescendant au sol que dans les gares. Ca évite de couper en deux le paysage et ça prend moins de place. On a commencé à planter des arbustes sous le viaduc.

Viaduc du TGV

Tombes

Ces petites buttes de terre avec une plaque côté sud sont des tombes. A la campagne, chaque famille logeait ainsi ses morts sur ses terres. La collectivisation avait essayé de faire disparaître tout ça, mais la tradition vit de nouveau, avec des accommodements: on regroupe les tombes pour ne pas prendre la place des cultures, par exemple le long du chemin de fer. A la fête de Qingming, en avril, on se réunit pour les désherber. Au premier plan, les jeunes arbres que l’administration des chemins de fer plante sur ses terres, pour améliorer le paysage et pour éviter de voir les cultures déborder au-delà des bornes. Toute la terre doit servir, ici.

Gare de campagne

Nous sommes à l’arrêt dans une gare de campagne. Le quai n’est pas assez long pour le train et on descend de haut.

Gare de campagne 2

Au passage, notons qu’il n’y a pas de voitures ici. Les taxis sont des tricycles aménagés. On voit les mêmes avec une benne ou une plateforme dans les champs. Ils roulent à 30 km/heure avec un moteur diesel capable de brûler n’importe quelle huile.

Attelage

Pour ceux qui aiment les trains, voici ce qui remplace les tampons et les crochets d’attelage européens, un attelage automatique avec amortisseur. Les wagons s’accrochent tous seuls et il reste à brancher l’air comprimé. A gauche une locomotive, à droite un wagon tombereau de charbon. J’ai pris la photo pendant un arrêt pour laisser passer un train en sens inverse sur la voie unique.

Salle d'attente de Jixian

C’est déja le retour, après deux jours de promenade touristique et une petite escalade de la grande Muraille. Je racontrai ça dans quelques jours pour me consoler de ne pas encore pouvoir me promener. Nous sommes dans la salle d’attente de la gare de Jixian une heure avant le départ du train vers Tianjin, un seul train par jour, deux en été. La verdure qu’on voit par les fenêtres, ce n’est pas la place de la gare, ce sont les quais.

Contrôleuses

Les contrôleuses de la gare contemplent ceux qui achètent les derniers billets et voyageront debout. Comme on est dimanche après-midi, il n’est pas possible de refuser l’embarquement à ceux qui rentrent travailler à Tianjin. Le train sera encore plus plein qu’à l’aller et continuera de se remplir aux arrêts intermédiaires. Le bizarre meuble à droite est l’appareil de radiographie des bagages.

Scanner

La gare de Jixian, deux ou trois trains par jour, est équipée du même signe extérieur de vigilance officielle que Pékin ou Tianjin. Aussi bien, une bonne partie des voyageurs sont entrés dans la salle d’attente avant que l’appareil soit mis en route, et il n’y a personne pour regarder l’écran où les images s’affichent (dans la guérite à droite). Tout le monde prend quand même ça au sérieux.

Randonneurs

Ceux-ci (pas la demoiselle avec une valise rose) sont des randonneurs qui ont campé dans la montagne. A quelques kilomètres commence un sentier de randonnée, le terrain escarpé le plus proche de la grande ville.

Image de mode

Image de mode:que préférez-vous, la culotte à la française portée sans bas sur des chaussures de jogging, ou le jean avec des escarpins ?

Quai de la gare

La convoyeuse est de nouveau à la porte de son wagon. Cette fois elle aidera les gens chargés à hisser leurs bagages sur les marchepieds. Le quai est bordé d’une double allée de cyprès. Dans moins de trois heures, nous serons dans la nouvelle gare de Tianjin.

Quelque chose de complètement différent:

Comme je passe pas mal d’heures à la maison, coincé entre ma mauvaise forme et la chaleur à tomber qui règne dehors (pas aujourd’hui, enfin il pleut), j’ai suivi les évènements d’Urumqi (Ulumuqi en chinois) à la télévision. Une nouvelle fois, il faut saluer l’art de la propagande qui s’aiguise à chaque occasion. D’un jour à l’autre, nous avons vu une reprise des émeutes du Tibet (voitures qui brûlent dans les rues, blessés à l’hôpital, interview de commerçants devant les décombres de leur boutique pillée; puis la reconstruction: les magasins rouvrent, les enfants sont à l’école) ; une reprise du tremblement de terre du Sichuan (les officiels tiennent conseil, les sinistrés sauvés expriment leur reconnaissance, les engins du génie militaire dégagent les décombres) ; et le combat contre le grand gel du Sud (le ministre vient saluer les soldats dont le dévouement a permis de reconquérir une situation normale; le ministre en visite dans la campagne, les représentants de la nationalité minoritaire _ici turban et grande barbe_ expriment combien ils sont heureux d’avoir retrouvé la paix). Pas grand-chose sur le fond du sujet, à part des documentaires sur la prospérité et l’harmonie qui règnent dans la région, et la pratique paisible de la religion musulmane. Mais c’est ce que le peuple demande. Lisez ce que Neige , professeur de français (et Chinoise) à Jinan, écrit au sujet de ses étudiants.

Des images non officielles et qui ne sortent pas non plus de la propagande d’en face: http://chine.blog.lemonde.fr/2009/07/15/haines/

Encore l’hôpital

Je suis en retard pour écrire ce billet. Depuis quelques jours, j’étais tellement content de sentir que mon corps s’était remis à fonctionner normalement que j’ai eu envie d’oublier. Pensez: hier j’ai réussi à marcher une heure. Remerciements à tous ceux qui m’ont souhaité de bien me porter. Ca m’a aidé aussi. Ma chère épouse me sert de la bonne nourriture et m’interdit de me fatiguer. Je la soupçonnerais presque de m’avoir trouvé plus conforme à ses rêves quand je dépendais complêtement d’elle. Mais ça ne fait que passer. Dans quelques semaines nous partirons faire les petits voyages qui étaient prévus en juin et elle voudra que je sois en forme.

Batiment de l'hopital

Voici la façade du « vieux » bâtiment de l’hôpital (années 1990) vu à travers la façade du nouveau (l y a 3 ou 4 ans) où nous sommes. Le bâtiment est en forme de demi-cylindre, 16 étages, deux services en forme de quart de cercle à chaque étage, et les chambres ouvrent sur des balcons, vers un espace que la façade courbe en verre sépare du dehors. Un étage sur trois a droit à son plancher « extérieur ».  Pas mal de place perdue, mais de la lumière, de l’air et pas de bruit.

Mo sur le balcon de la chambreIci, je suis sur le balcon de la chambre, avec au premier plan un panier de fleurs apporté par les collègues d’un autre malade. Un des secrets de l’agrément de cet endroit où pourtant les chambres contiennent trop de monde, c’est qu’on a la place de sortir; c’est un peu comme les appartements trop petits mais vivables parce qu’on peut toujours descendre dans la cour ou sur le trottoir. De l’autre côté, les chambres ouvrent sur un grand espace triangulaire où la permanence des infirmières est installée. Les salles de pansement et les toilettes sont de l’autre côté, là où la façade est plate avec quelques fenêtres.

Encore moi,devant le comptoir des infirmières. Derrière ma tête, la pancarte dit « Lieu où se tiennent les infirmières » hushi zhan.

Comptoir des infirmières

HushiLes deux caractères « hu shi » qui signifient « infirmière » sont très honorables. Le premier signifie « veiller sur », avec la clé de la main à gauche, le second désigne le lettré, ou l’officier qui commande ses hommes.

Le bâtiment a 16 étages. En bas, le hall d’accueil à grand volume et sol de marbre, avec les guichets administratifs (celui des assurances santé est le plus important) et l’accès aux deux étages d’examens, échographie, endoscopie, scanner, prélèvements. Les urgences sont de l’autre côté de la rue; ici on arrive en sachant où aller. Puis l’étage des salles d’opération, et les services: chirirgie thoracique, gastro-entérologie, maternité, cancer du poumon, autres cancers, J’en oublie. J’ai été accueilli au 15e, « service de chirurgie de la division de médecine occidentale et chinoise combinées ».

Etage des salles d'opération

L’étage des salles d’opération; j’étais attendu dans la sixième, et j’ai patienté quelques minutes devant la porte ouverte le temps que l’opération précédente se termine; pas de temps perdu. Sur la photo prise par mon épouse qui avait réussi à me retrouver avant la fin de l’opération, pas de brancardier; ce sont les infirmières qui font rouler le patient de sa chambre au troisième étage et retour. Pas de problème pour se croiser dans les couloirs.

Sur le panneau qui énumère les étages et les services, cinq étages sont désignés en anglais comme « official ward ». Le nom chinois est plus explicite:Ganbu bingfang« ganbu bingfang »; cadre, chambre de malade. Ces cinq étages sont réservés aux membres du Parti, d’un rang suffisant (ganbu). J’avais déja vu, en passant dans un autre hopital, une pancarte de direction « to VIP lobby ». En Chine les privilèges sont affichés avec la plus grande candeur. Un des plus grands jardins publics de Tianjin, au sud du centre, s’appelle sur les plans « Jardin pour le divertissement des cadres » (je crois qu’il est ouvert à tout le monde, mais le nom est resté). Histoire de s’instruire: le troisième caractère « bing » signifie « malade ». Le caractère « shou »shou, maigre, lui ressemble, il a la même clé de la maladie à gauche et au-dessus. « Pang »pangqui signifie « gros et gras » porte le symbole de la viande à gauche, beaucoup plus favorable.

Toilettes

Qu’est-ce que les chambres pour cadres du Parti ont de plus que celles des simples citoyens ? Pas les soins, ça doit être aussi bon qu’ici. Peut-être les toilettes. Sur l’image, je suis devant les lavabos collectifs, dignes d’un palais des congrès de rang moyen, vrai marbre et grands miroirs. Mais il n’y a que de l’eau froide, pas de distributeur de savon et pas de sèche-mains. Derrière moi l’entrée des toilettes pour homme (petit pictogramme) avec des urinoirs et des toilettes à la chinoise sans siège; c’est propre, l’eau coule automatiquement, rien à dire. Sauf que pour les gens qui n’ont pas la force de prendre l’attitude adéquate, il n’y a qu’une seule toilette à siège (pictogramme de la chaise roulante), côté hommes seulement, une seule pour une cinquantaine de lits (heureusement, les occupants des deux chambres individuelles équipées de toilettes privées laissent les autres s’en servir). Pas de douchette, le lavabo avec distributeur de désinfectant installé à côté est hors service. Pas de papier non plus, il faut apporter le sien. Et le sol est nettoyé distraitement, pas souvent; d’ailleurs on peut voir le balai à longs poils typiquement asiatique dans un coin. Je sais bien qu’en Chine le raisonnement du technicien de surface est un peu différent: par terre c’est sale, donc on n’y pose rien et on y jette les saletés, qui seront enlevées de temps en temps.

Il y a un trou dans le raisonnement de ceux qui ont conçu ce service (et les autres aussi probablement). Juste à côté, dans la salle de pansement, les médecins utilisent des kits stériles (gaze, pincettes, ciseaux stérilisés), et ici tout est prêt pour de belles infections avec des microbes fécaux ordinaires. C’est d’autant plus étonnant que la place est plutôt généreuse et qu’il y a de quoi aménager quatre ou cinq petites salles de bain à la chinoise avec douche, siège de toilette, et lavabo.  Ca améliorerait aussi la vie de ceux qui s’occupent des malades (et des malades eux-mêmes; le soir avant l’opération on m’avait demandé de prendre une douche; les seules accessibles étaient en bas, là où on décrasse les nouveaux admis; j’ai donc pris l’ascenseur, accompagné). Les Chinois ont des pratiques très hygiéniques qui permettent d’échapper à la contamination quel que soit l’aspect du décor, mais ici on peut supposer que des gens qui portent des aiguilles de perfusion et des drains risquent d’être un peu perturbés. A savoir pour la prochaine fois: du savon liquide, du papier, et des serviettes à usage unique imprégnées.

(à suivre; dernier épisode:c’est payant).

Médecins, infirmières, étudiants

J’ai été soigné dans l’hôpital de l’université de Tianjin. J’avais une unique expérience de l’hopital universitaire, quand j’avais passé trois jours à l’hôpital Saint-Antoine à Paris pour des examens. Souvenir marquant: la visite du grand patron dans ma chambre. La porte s’était ouverte pour laisser entrer un tout petit monsieur important en blouse blanche, entouré d’autres blouses blanches qui serraient des dossiers contre leur coeur. Le petit monsieur avait commencé « Voici un cas typique de [terme technique inconnu]. Machin, vous avez le dossier. » Machin avait pris la parole dans une langue que je ne comprenais pas, passé une photo à la ronde (peut-être celle de l’endoscopie de la veille). Puis les blouses blanches étaient ressorties et la porte s’était refermée. La veille, j’avais été secoué en pleine nuit par une infirmière antillaise rigolarde. « Réveille toi, je suis la Mort. » Comme je protestais, elle m’avait expliqué: « Non, pas encore. C’est juste pour te faire prendre la médicament qui évite la mort subite pendant l’endoscopie. »

Comme j’ai déja expliqué, l’ambiance dans mon hôpital chinois n’est pas exactement la même. Je m’attendais un peu à des expériences équivalentes, avec des gens dont j’ai beaucoup de mal à comprendre la langue. J’étais installé dans mon lit depuis quelques heures, les idées rendues vagues par les antidouleurs, quand j’ai vu arriver en cortège et se ranger autour de mon lit sept ou huit jeunes Noirs en blouse blanche parfaitement repassée, l’air solennel comme savent prendre les Africains dans un rôle important. J’ai cru un instant voir des pasteurs évangélistes, puis je me suis dit que c’était invraisemblable. Il y avait avec eux une Africaine qui m’a parlé en français. Elle est Camerounaise; eux sont des étudiants zambiens, et leur professeur me demandait la permission de leur parler de mon cas. J’ai cru comprendre qu’il expliquait les symptomes, le diagnostic très probable qui serait confirmé par l’opération à faire en urgence. Il a fait une démonstration de palpation du ventre. J’ai demandé en quelle année ils étaient; troisième année. Puis tout le monde m’a salué et est parti.

Médecin enseignant

Voici le médecin – enseignant. Ceux qui l’écoutent ne sont pas les Zambiens, mais d’autres étudiants étrangers, arrivés quelques heures après. Mon cas est-il si intéressant, ou bien est-il bon de démontrer que les Occidentaux aussi se font soigner dans cet excellent hôpital.

Etudiants sri-lankais

Je demande en anglais s’ils sont Pakistanais. Raté, ce sont des Sri-Lankais. Je ne sais pas si l’étudiante au centre est musulmane; le voile lui va très bien.

Puisque nous en sommes au costume, remarquez que le médecin a quatre stylos dans la poche de sa blouse (blouse courte à col droit, sur un pantalon noir). Les femmes médecins n’ont rien sur la tête, à la différence des infirmières qui ont une mignonne mini-cornette, à ne pas confondre avec le chapeau de papier enfermant les cheveux que portait le médecin trieur que j’ai rencontré en premier. Celle de l’infirmière-chef a une rayure bleue.

Infirmière et machines

L’infirmière en exercice a un masque vert plissé sur la figure, et une blouse à col Mao (qui ne s’appelle pas comme ça en Chine). L’élève infirmière n’a pas de masque sur la figure, et une blouse à col Claudine. Le devant de sa blouse n’est pas plein des petites taches beiges d’alcool iodé comme celui de l’infirmière confirmée.

Elèves infirmières

Voici les élèves infirmières entrant en groupe dans une chambre pour voir comment il faut travailler.

Perfusions

Voici un exemple. Les perfusions vienent d’être distribuées aux lits des malades (pour moi antibiotique, dextran, quatre médicaments pré-injectés dans de petites poches de 50 cm3, et du sérum physiologique bizarrement coloré en jaune pour commencer; le grand sac de liquide nutritif viendra après) avec de belles étiquettes imprimées par ordinateur. L’infirmière a vérifié au passage que le petit tuyau et l’aiguille plantée dans une veine du dos de la main sont en bonne condition.

Perfusion par l'élève infirmière

L’élève infirmière essaie de se débrouiller avec le tuyau du goutte à goutte. Elle le laisse rempli de bulles d’air et je m’inquiète: est-ce que je ne vais pas devenir légume avec une embolie gazeuse après tant de bons soins ? (en fait, un expert m’a dit depuis qu’il en faudrait bien plus que ça pour courir un vrai risque).

Perfusion et infirmière

L’infirmière en charge vient rétablir la situation. C’est juste une question de tour de main. Pour les manipulations non critiques, elle fait confiance à ceux qu’elle a vu opérer correctement. Ainsi mon épouse a eu la permission de passer le tuyau d’un flacon à l’autre, en faisont le bon geste et en passant le coton-tige de désinfectant au bon endroit.

Médecin faisant un pansement Là c’est un médecin qui renouvelle le pansement deux jours après l’opération. Il contrôle en même temps que les drains vont toujours bien. C’est fait avec une légèreté de main et une attention qui me rassurent (en fait, c’est la première fois que ça m’arrive; je suppose qu’en France c’est aussi bien fait). Je n’ai pas d’image de mon « médecin traitant », celui que je vois tous les jours et que je verrai en consutation externe pour la consultation de contrôle. Lui aussi a une dextérité impressionnante. Je m’étais demandé s’il était bien médecin, il n’avait qu’un seul stylo dans la poche de sa blouse, et je ne connais pas du tout la répartition des rôles dans ce genre de travail. Mais à la consultation externe il avait bien remis les 4 stylos dans un porte-stylo à la place qu’il faut pour se faire reconnaître.

(à suivre; dans le monde réel je suis en train de me reposer à la maison, 40 degrés dehors mais le climatiseur fonctionne; il y a encore des choses à raconter)