La salle d’hopital comme résidence

Il y a longtemps, j’ai entendu un vieux colonial, exploitant forestier au Gabon, qui avait connu Albert Schweitzer et avait été soigné dans son hopital de Lambaréné. « Un de mes hommes a eu un accident. Je l’ai amené à l’hôpital de Libreville. Tu aurais vu, une toute petite tête noire dans un grand lit blanc. Il est mort de peur. A Lambaréné, sa femme aurait dormi sous le lit et lui aurait tenu la main. »

L’hopital de l’université médicale de Tianjin n’est pas en Afrique, mais applique le même principe. Si on y meurt, ce n’est pas de solitude. On se retrouve dans un quartier, avec des voisins et des familles qui se connaissent. Le corps médical s’occupe de son art, et laisse la vie quotidienne aux gens compétents, ceux qui entourent le malade.

Grande salle

Voici la grande salle de 20 lits, où j’étais juste avant et après l’opération. On voit à peine les malades, tous allongés. Ceux qui connaissent peuvent repérer des bouteilles thermos de couleur, des porte-manger et d’autres accessoires familiaux. C’est la fin de l’après-midi et les amis qui travaillent sont venus relayer les familles. Quand la nuit tombera, il restera quelqu’un auprès de chaque malade, une épouse ou une fille ou belle-fille en général. Elles dormiront dans les lits libres, à deux s’il n’y a pas beaucoup de place, et se passeront les responsabilités pour qu’il y ait toujours quelqu’un qui veille.Les infirmières tiennent la garde à leur bureau de l’autre côté du couloir, prêtes à intervenir si on leur demande. C’est comme cela que j’ai eu droit à un supplément d’antidouleur en pleine nuit. Une dame que je ne connais pas a réveillé mon épouse, qui m’a vu et a alerté l’infirmière.

Barbu

Le monsieur barbu qui m’aide à boire un berlingot de préparation traditionnelle chinoise (gout infect, mais le liquide passe, alors que je ne peux rien avaler, même de l’eau) est le mari de ma voisine de droite. Mon épouse a pris la photo puis est allée s’occuper de ma voisine.

Petite salle

J’ai été transféré dans une salle plus petite, à sept lits. C’est le matin; l’infirmière avec sa table roulante est en train de distribuer les perfusions du jour. Mon voisin d’en face attend que son épouse, de l’autre côté du lit, lui prépare son thé (pas beaucoup; il est nourri par perfusion). Elle a apporté les journaux. Chaque soir, je verrai arriver ses deux filles, lycéennes, qui enlèvent leurs magnifiques casquettes américaines en entrant dans la salle. Elles viennent tenir compagnie à leur papa, et leur maman peut rentrer à la maison. Celui qui est assis sur son lit est un malade de jour, venu se faire perfuser ses médicaments et examiner. Son lit sert à quelqu’un la nuit.

Agent de sécurité

Le monsieur qui me regarde n’est pas un infirmier, c’est l’agent de sécurité du service, comme l’indique son beau brassard rouge tenu par une épingle nourrice. Il appartient à une société extérieure, la même qui emploie la responsable des draps et des pyjamas propres. Il passe son temps à aller d’une salle et d’un lit à l’autre, pour prendre des nouvelles et plaisanter. En Chine tout rassemblement humain doit avoir quelqu’un qui surveille. Une fois par jour, trois collègues passent ensemble et il leur dit qu’il ne s’est rien passé.

cantinière

La présence de cette jeune fille à côté de mon lit est un bon signe: c’est une des cantinières de l’hopital. Elle tient d’une main les fiches de ses clients, où est indiqué ce qu’ils ne doivent pas manger, et de l’autre le terminal de paiement. On lui présente une carte préchargée, comme dans l’autobus. Les malades et les familles peuvent commander leurs repas, qui arriveront à l’heure de midi, exactement comme dans un bureau ou un atelier en ville. Beaucoup préfèrent apporter la nourriture de la maison. Les placards à gauche correspondent aux lits, il y a assez de place pour y ranger tout ce qui est nécessaire.

Repas

Voici mon premier repas normal depuis dix jours, apporté dans des petites boîtes blanches à usage unique, exactement les mêmes que celles qu’on voit près des tiroirs-caisses ou sur le bureau des bureaucrates en ville. De gauche à droite: soupe de semoule, livrée dans un des godets d’une gamelle à superposition et transvasée dans une barquette apportée par mon épouse; poulet aux légumes verts acheté en ville; riz très cuit, plat de poulet, pommes de terre en fines tranches et tomates. Pas de baguettes, je n’arriverais pas à les tenir de la main gauche; je vais manger avec une cuiller apportée de la maison. C’est très bon et digeste. La dame qui tourne le dos est en train de faire manger son mari, à la cuiller aussi.

Cousines

Voici les femmes qui s’occupent de moi. Mon épouse, assise, et une cousine qui vient la relayer l’après-midi. La cousine trouve la situation amusante. Je ne comprends rien à son chinois avec l’accent de Tianjin et elle parle bien trop vite. Mais elle est là et veille sur moi. Madame Sun, qui était venue me voir avec son patron et que j’ai tenue au courant de ma sortie, vient de m’envoyer un message « Ainsi, vous aurez pu apprécier les qualités de la femme chinoise ». En fait, avoir quelqu’un à l’hôpital, c’est une très grosse charge pour la famille. Même en s’organisant, c’est presque une occupation à temps plein. Exactment le contraire de ce qui se passe en France où on confie le malade au pouvoir médical qui vous permettra de lui rendre visite à des heures limitées. Il faut aussi accepter que tout le monde soit au courant de vos malheurs, comme dans la cour d’une résidence.

Malade baladeur

Un de mes voisins est sorti quelques minutes dans le calme, le couloir du service qui n’est pas spécialement accueillant mais où une pancarte dit « parlez bas, respectez le repos des malades ». Une occasion de bien voir les pyjamas du service, en coton très absorbant, larges et informes. Certaines jeunes filles s’en sont fait apporter de plus élégants par la famille. (à suivre)

Homme branché

Résumé de l’épisode précédent: ayant très mal au ventre, après une journée entière je suis conduit par mon épouse à l’hôpital; on me diagnostique une crise due à des calculs biliaires, on me garde le reste de la nuit avec un antidouleur et une perfusion pour réhydrater. Dans la matinée ça va beaucoup mieux et nous rentrons à la maison.

Dès l’après-midi, ça va mal de nouveau. Retour à l’hôpital, antidouleur et perfusion. Cette fois mon épouse discute d’une opération et me fait admettre dans le service compétent (sans me demander mon avis, j’aurais été incapable de décider quelque chose de sensé).

lit avec monitoring

Deux jours après, je suis comme ça, quelques heures après mon réveil: électrodes pour la surveillance du coeur, capteur de pulsations sur un doigt, manchon pour mesurer la pression sanguine, perfusion nutritive, pompe d’injection d’antidouleur, supplément d’oxygène dans le nez (partant du petit ballon bleu en haut), drain dans le péritoine (petit tuyau rouge en bas), sonde urinaire (non visible sur l’image). Le livre est là pour la frime, j’essaie mais je suis incapable de lire.

Pour les soins médicaux, je n’y connais pas grand-chose mais je suis sûr que je n’aurais pas eu mieux en France. La consultation pré-opératoire a été assez amusante, avec une anesthésiste qui parle anglais aussi bien que moi chinois. A la question « est-ce que vous buvez de l’alcool », j’ai répondu « de la bière et quelquefois du vin ». « Et depuis quand avez-vous arrêté de boire ? » Je finis par dire « Je n’ai jamais été alcoolique ». Pour le groupe sanguin, je préfère répondre par écrit, d’ailleurs mon épouse a apporté ma vieille carte française de donneur. Plus sérieux, on m’a fait une prise de sang, et toute une rangée de tests d’allergie par sous-cutanée sur un bras. Tout va bien. On me retire la vésicule biliaire le lendemain matin.

Infirmière et salle

L’infirmière vérifie quelque chose. Au premier plan, la main de mon épouse qui tient l’embout de la machine à brouillard pour humidifier la bouche. Elle est restée à l’hôpital avec moi depuis que j’y suis, et a dormi dans un des lits non équipés de la salle. On voit un bout de la salle, il y a 20 lits à peu près, dont une dizaine avec équipement. Chaque malade a au moins une personne de sa famille pour lui tenir compagnie. La veille, j’ai vu arriver ma voisine de la salle d’opération, sur une civière à roulettes, escortée par quatre personnes en plus de l’infirmière. C’est la famille qui a transféré la patiente dans son lit, sous la direction de l’infirmière. Bie sûr, il y a pas mal de bruit et d’animation, mais c’est rassurant. Je me suis réveillé de l’anesthésie à la musique de sonnerie du téléphone portable de la fille de ma voisine. J’en reparlerai, c’est là que l’hôpital chinois n’a rien à voir avec l’équivalent français.

Mr Lassalle et Mme Sun

Sur l’image, prise par ma chère épouse comme les précédentes, madame Sun, secrétaire du Bureau de Tianjin de la Chambre de Commerce et d’Industrie Française en Chine, et monsieur Lassalle, son président. Nous aurions dû être ensemble le samedi suivant à l’excursion dans le Tianjin historique et mon épouse a prévenu que nous ne serions pas là. Monsieur Lassalle, qui a déja été malade à Tianjin, a la plus grande estime pour les médecins chinois. Ca me rassurerait un peu plus si j’avais été en état de m’inquiéter. Les antidouleurs plongent le consommateur dans une espèce de béatitude, et l’impression de ne rien pouvoir faire pour soi-même y ajoute. L’ennui, c’est que l’effet ne dure pas plus longtemps que le produit.  (à suivre, le conteur se fatigue).

Première admission

Dossier

Comme je n’ai rien d’autre à faire, et d’ailleurs je ne peux pas faire grand-chose d’autre, je me rappelle ma première arrivée dans un hopital chinois. J’avais déja vu l’intérieur d’un hôpital de Tianjin il y a deux ans, avec une amie qui venait visiter une de ses soeurs après une grosse opération de la mâchoire. J’avais été frappé par l’allure moderne du matériel, le peu de confort des chambres, et le nombre de visiteurs. J’avais croisé une infirmière qui avait travaillé en France.

Cette fois c’est de moi qu’il s’agit et j’ai pu observer d’un oeil plus intéressé. Donc lundi matin il y aura bientôt trois semaines, j’ai eu mal au ventre après le petit déjeuner. Et puis ça s’est aggravé au point que j’ai commencé à déraisonner un peu. J’ai aussi vomi tout ce que je pouvais, impossible de boire. Ca m’est déja arrivé. Il suffit d’attendre une dizaine d’heures que le méchant microbe se calme, puis j’en ai pour quelques jours de grosse fièvre et de jeûne pour que ça passe. Le soir, mon épouse m’a trouvé dans cet état et a voulu m’emmener tout de suite à l’hôpital. J’ai d’abord résisté en parlant du lendemain matin, mais je commençais à me dessécher dans la chaleur et j’ai fini par avoir peur de ne plus être capable de me déplacer seul. A une heure du matin, elle a eu l’argument: en ce moment, il n’y a pas de clients, alors que demain matin il y aura plein de monde.

Un taxi nous dépose à l’hôpital de l’université médicale de Tianjin. Ce n’est pas loin, en centre ville. Nous allons à l’entrée des petites urgences. Au guichet, on nous remet un carnet personnel contre 7 yuans. Nous sommes reçus dans une petite salle par le médecin trieur. Il a un masque sur le nez et un chapeau de papier. Dans la pièce, il y a trois autres bureaux comme le sien, inoccupés. Sur une banquette, une vieille dame est endormie avec une grosse perfusion de sérum physiologique. Trois personnes  sur une autre banquette ne font rien. Le médecin pose des questions en chinois avec quelques mots d’anglais à mon intention. Il rédige quelques phrases dans le carnet, et un bon. Mon épouse me conduit à l’étape suivante. Je suis dans une toute petite salle d’examens équipée d’un appareil d’échographie qui m’a l’air très moderne. La spécialiste me fait m’allonger, lit le texte du médecin trieur, m’explore avec son appareil, discute avec mon épouse, et rajoute quelques phrases dans le carnet. Ca me semble très rapide. J’ai des « pierres », des calculs biliaires, dont un de taille remarquable, plus de 8 mm. J’ai toujours mal, mais l’explication soulage déja.

Nous nous installons dans le hall d’attente, meublé de sièges de station de métro. Il y a une certaine animation. Une vieille dame est entourée de sa famille. Elle aussi a une perfusion. Cinq ou six adolescentes font tenir tranquille une autre qui semble surexcitée. Mon épouse traduit. Elle venait de se suicider en se taillant le poignet, elle a un bandage, et elle reproche à ses copines de lui avoir fait rater son coup. Je vois arriver un jeune homme plié en deux, soutenu par un ami; il a reçu un coup de couteau à la taille, pas très grave si je peux en juger. Ce qui m’étonne le plus, c’est l’absence de personnel de l’hopital, juste des infirmières qui viennent chercher ou reconduisent quelqu’un. Tous les clients sont largement accompagnés.

Je suis reçu par le médecin prescripteur. Il est assis à un bureau équipé d’un ordinateur, et mon dossier est affiché (je suis connu sous mon premier prénom en caractères latins, avec un « L » à la place du « I »). Il lit ce que l’échographiste a écrit, discute avec mon épouse, prend ma tension. Comme il n’y a qu’un siège en face, il m’invite à m’asseoir sur celui du collègue absent du bureau d’à côté. Il y a trois bureaux côte à côte, le secret n’est pas un souci. Cette fois il fait imprimer une feuille en triple exemplaire autocopiant et la remet à mon épouse qui me dit de patienter; elle va chercher les médicaments à la pharmacie de l’hôpital.

J’attends donc. Le jeune homme au coup de couteau  repasse, dans un fauteuil roulant poussé par son ami, avec un pansement sommaire. Je suppose qu’ils vont vers le service où il sera recousu. Une infirmière me conduit à une banquette d’examen, où elle me fait allonger. Elle pose une aiguille à perfusion sur le dos d’une main et me fait une petite injection sous-cutanée sur le bras. Quelques minutes après, elle regarde le résultat. Pas de rouge. Mon épouse vient de revenir avec un grand sac plein. L’infirmière lui demande de me mettre dans la bonne position et me fait une grosse injection intra musculaire dans la fesse. Ca doit être un antidouleur efficace. Quelques minutes après je n’ai plus mal du tout. On installe les perfusions: un demi-litre de sérum physiologique (sodium chloride 0.9%), un demi-litre de sérum glucosé, de la vitamine C. De quoi requinquer quelqu’un qui n’a pas bu de la journée. Il y a aussi plusieurs petits flacons d’un médicament injectable; le premier est rajouté à la perfusion en cours. Je devrais rejoindre le hall d’attente, mais les affaires sont calmes et on me laisse sur la banquette. Je m’endors.

Tôt le matin, la dernière perfusion est en cours. L’activité reprend et je dois libérer la banquette. Mon épouse arrive avec un fauteuil roulant et une bonne volonté ramassée au passage. Je suis roulé jusqu’à une petite chambre à 4 lits où il y a déja un vieux monsieur, très grand et à moitié inconscient, dont un jeune couple s’occupe; c’est visiblement sa famille. Je m’allonge sur un lit presque aussi inconfortable qu’une couchette dure de train, mais beaucoup plus large. Je dis que j’ai de nouveau mal et une infirmière me fait une nouvelle intra-musculaire. Mon épouse s’installe à côté de moi; elle n’a pas dormi de la nuit. En fait c’est elle qui a actionné les médecins et les infirmières pour me soigner. Je n’ai pas encore compris comment ça fonctionne, mais ce n’est pas comme en France.

En fin de matinée, je me sens presque en forme et je veux rentrer à la maison. Mon épouse a discuté d’une opération avec les médecins qui m’ont vu. Apparemment l’urgence est passée. Nous rentrons. Mon épouse téléphone à son travail pour dire qu’elle reste à côté de moi. Je prends une douche et je dors. L’après-midi la douleur et tout le reste recommencent. Nous retournons à l’hôpital.

A suivre.

Retour à la maison

Merci à tous ceux qui m’ont écrit des souhaits de bonne santé. Je suis rentré hier à la maison et ce matin j’arrrive à tenir debout assez longtemps pour me servir de l’ordinateur. Mais la tête est encore très fatiguée. C’est un grand réconfort de lire vos messages.

Donc je viens de passer deux semaines dans un hôpital chinois. On est soigné sûrement aussi bien qu’en Occident, avec perfusions, échographie, pompe à injection d’antidouleur, visite préopératoire de de l’anesthésiste. D’ailleurs je peux apprécier le résultat. Mais la vie est tellement différente de ce que je connaissais en France qu’il y aura beaucoup à raconter. Mon épouse est restée tout le temps avec moi. En ce moment elle dort. Elle aussi est très fatiguée. J’en profite parce qu’elle considère que je devrais attendre pour écrire.

La suite demain et les autres jours. Je vais savoir bientôt de combien la CFE (la caisse des Français de l’étranger) va reboucher le trou dans les finances du ménage. L’hôpital présente la note de la veille tous les après-midi. Si j’ai bien compris, ma qualité d’étranger a été un élément de crédit, mais il faut quand même de l’argent comptant..

Bonjour à tous,

Ebolavir a du subir une petite opération chirurgicale, il est actuellement encore hospitalisé à TIANJIN mais devrait être bientôt sur pied !! Il demande à tous ses lecteurs de ne pas s’impatienter, il va revenir bientôt avec plein d’expériences nouvelles à leur raconter !!

Les tambours

Cet après-midi, je suis allé jusqu’à la gare, à pied, en suivant le bord de la rivière. C’est une jolie promenade, sur les quais tous neufs que la municipalité a presque terminés. Nous avons vu s’installer à la fois un grand jardin en longueur, plein d’escaliers, de balcons sur l’eau et de parcours compliqués, et des avenues qui écoulent les voitures le long du fleuve. Il faut franchir le flot des voitures pour arriver au jardin. Maintenant les citadins l’ont adopté, et on s’y installe pour profiter de l’air du temps, pêcher à la ligne, ou faire ensemble ce qui demande de l’espace.

Esplanade de la gare

Arrivé sur la nouvelle esplanade de la gare, j’espérais entendre le groupe de tambours qui s’installent de l’autre côté chaque  après-midi pour répéter. Voila comment je les avais vus à la fin de l’été dernier; il faisait le même temps qu’aujourd’hui.

Tambours ensemble

Ce sont des amateurs, qui jouent pour le plaisir, se produisent dans des fêtes, et ont trouvé une aide officielle pour leurs instruments et la camionnette qui les transporte (je ne suis pas sûr d’avoir bien compris). C’est du travail sérieux. Ils ont des partitions. Je n’ai pas réussi à discerner qui dirige, mais je n’y connais rien et je n’avais personne pour m’expliquer.

Lecture des partitions

On dirait que tout se met en place tout seul, et ils commencent à jouer.

Départ d'un morceau

La dame au centre porte un tee-shirt marqué du drapeau chinois et des caractèreshexie hepinghexie heping harmonie et paix. Harmonie, le mot est un  peu gâché par le double sens de l' »harmonisation » selon le gouvernement, Le dernier caractère ping évoque ce qui est horizontal et tranquille, comme un lac quand il n’y a pas de vent. Deng Xiaoping l’a dans son prénom.

De temp_20090603_tamtam

J’ai mis mon appareil photo sur « vidéo » et je les ai filmés, une minute et demie. Ca donne une petite idée. Note technique: comme Youtube et les autres serveurs de video auxquels je suis abonné sont inaccessibles pour l’instant, j’ai utilisé un bricolage avec Picasa. Quand vous aurez fini de regarder, demandez à votre afficheur web de revenir en arrière. Ce n’est pas très beau, mais il y a moyen de voir la video en haute qualité.

Mais aujourd’hui ils ne sont pas là. Ca fait trop longtemps que je n’étais pas venu. Ou plutôt, j’étais venu plus d’une fois prendre le train, mais sans faire attention à ce qui se passe de l’autre côté de l’eau. A la place du jardin au bord de la rivière, il y a ça:

Chantier au bord de la rivière

Les arbres déja grands qui étaient arrivés au printemps pour les Jeux Olympiques ont été déplantés, les dalles de granit du sol sont stockées ailleurs. Il reste un peu de place pour passer entre le chantier et la rivière, là où il y avait un beau plancher de bois exotique qui commençait à se patiner. Le décor du mur dit que les arbres reviendront.

Image des futures façades

Je retourne du dôté de la gare pour bien voir où en est le chantier. Ca va très vite.

Front du chantier

Jardin public

Char dans le jardin

Nous sommes dans le jardin public qui marque la limite de la concession italienne, tout près de la rivière. Le monument aux soldats de l’Armée Populaire est tout neuf, et aussi la fausse église de brique rose (en réalité, c’est un centre de collecte de récupération). Le char entouré de fleurs est vrai, ou plutôt il a été vrai, le canon à l’arrière-plan aussi. C’était il y a presque exactement un an, et si j’y étais allé aujourd’hui, j’aurais sûrement trouvé aussi des jeunes gens qui se photographient, comme nous sur la Grande Muraille dimanche dernier.

Garçon et fille devant le char

Si le vingtième anniversaire des évènements était commémoré officiellement, ils se photographieraient devant le même monument, mais pas pour la même raison. Pas de célébration. Ce qu’on commence à voir dans les journaux, c’est le soixantième anniversaire de la République populaire (c’est le 1e octobre 1949 que Mao Zedong a annoncé la fondation de la République populaire à Pékin du haut de la Porte de la paix céleste). Un livre de photos historiques vient d’être lancé . La vidéo de la cérémonie, avec commentaire en anglais, vaut la peine d’être regardée, avec le commentaire.

Fille devant le char

Ils étaient tout petits ou pas nés en 1989. Par contre, Deng Xiaoping, qui a décidé d’agir, avait 85 ans à ce moment là, il est de la génération des soldats qui sont représentés en bronze tout près, et aussi de l’autre côté de la rivière. Il avait déja 45 ans en 1949.

Soldats de bronze

L’image est connue, mais il est toujours permis de la refaire. Là où est le magasin Carrefour, jusqu’en 1900 c’était le mur est de l’enceinte de la ville, construite au temps des Ming et rasée par les Européens après la guerre des Boxers. (Carrefour a ouvert avant-hier son 136e magasin, à Pékin). Deng Xiaoping avait le projet de faire de la Chine un pays riche, et où tout le monde vivrait « dans la petite aisance « . En 1989 il a préféré ne pas prendre le risque qu’il se passe autre chose que ce qu’il avait voulu. Les tickets de rationnement ont disparu en 1992, et depuis, ceux qui sont assez vieux pour se souvenir vivent avec tout ça. Ce n’est pas si facile, lisez « le journal d’un Chinois « . Mais je ne suis pas dedans et je peux en parler légèrement.

En fait, ce dont on parle sans arrêt à la télévision, c’est de l’avion d’Air France disparu entre le Brésil et Paris. Il y avait neuf Chinois à bord, dont six travaillent pour une aciérie de Benxi pas loin dans le nord. Comme il n’y a pas grand-chose à montrer, nous voyons le film de présentation de l’Airbus 330 en vol, des schémas, des salles d’aéroport, des cartes, et les journalistes chinois en direct de Rio et de Paris en longues séquences dans la même mise en scène qu’au moment de l’affaire des deux têtes d’animaux. Ce soir on nous a montré les avions de reconnaissance maritime du Brésil et de la France. Les journaux aussi en font leur première page pour le deuxième jour. La préparation de l’anniversaire du débarquement en Normandie passe derrière.

Vu de l’avion

Ecran Air France

L’écran devant le passager en classe touriste d’Air France, rubrique « Votre vol » des divertissement. Le vol AF125 vient de quitter Paris (bali).

Ca fait dix jours que je suis rentré en Chine et je me remets tout juste du voyage en France et en Europe. Cette fois c’était bien un voyage. J’ai logé à l’hôtel ou chez les autres (frères et soeurs et amis, mais quand même) et je ne suis même pas allé saluer les livres et les vieux habits d’une vie antérieure qui m’attendent dans une pièce prêtée. Ma chère épouse m’a accueilli au retour comme si je revenais d’un voyage pour le travail (mais non, c’est fini). J’ai retrouvé les petites particularités de la vie ici, par exemple se connecter par internet à un site relais pour lire ce qui ne devrait pas être visible. Juste avant que je rentre, le site blogspot qui loge plusieurs amis à distance a été bloqué, pour cause d’anniversaire .  Du coup, Neige a déménagé sur internet. Sa nouvelle adresse est dans la marge gauche. (Elle a déménagé dans le monde réel aussi, pour une autre raison. Lisez son journal ). Blog.lemonde, qui abrite ce que vous lisez en ce moment, reste libre d’accès. Et pourtant j’ai laissé passer le temps sans en profiter. Petit voyage en avion.

Petits moines de Shaolin

Nous sommes dans le vieux terminal 2 de l’aéroport de Pékin, en attendant de monter dans l’avion d’Air France. Les jeunes gens sont des petits moines de Shaolin qui vont faire des démonstrations d’arts martiaux en Europe (c’est écrit sur le grand badge que chacun a autour du cou). Tout à l’heure, ils s’étaient assis en rond près du comptoir d’embarquement en attendant que les agents terminent les formalités avec leur accompagnateur et sa pile de vingt passeports; ils avaient sorti leurs boîtes-repas et s’étaient mis à manger comme s’ils étaient chez eux. Ils ne se sentiront nulle part dépaysés.

Couple de voisins

Mes voisins dans l’avion vont rendre visite à la famille en France, si j’ai bien compris. Avant le repas, on a distribué les cartes du menu en trois langues et la seule hôtesse qui parle chinois s’est empressée auprès d’eux. Après en avoir délibéré, ils ont choisi que monsieur mangera le plateau chinois et madame le plateau français, pour se faire une opinion juste de la compagnie étrangère. Mon épouse m’avait prescrit de rapporter le plus grand nombre possible de verres Air France (en verre, et d’une jolie forme, loin du médiocre gobelet de plastique d’Air China) et ils me feront cadeau des leurs; je devrai aussi accepter tous les petits sachets de sucre, sel, poivre, moutarde, beurre, lait pour le café, qu’ils n’ont pas utilisés; ici, rien ne se perd; mais ils mangeront tous les petits pains français fabriqués à Pékin sous la direction de mon ami Didier et en redemanderont. Pour le voyage, ils ont acheté des sacs à dos North Face équipés d’une poche pour Ipod avec sortie du fil à l’épreuve de la pluie.

File d'attente des avions

Je suis côté fenêtre, et je peux contempler la file d’attente des avions qui vont décoller avant nous. Le commandant de bord nous explique qu’un changement de sens de la piste explique ce long délai. Au retour, il y aura une autre explication. Mais c’est agréable d’entendre dans le haut-parleur du français ordinaire, puis de l’anglais hésitant. On a presque l’impression d’être déja arrivé (ensuite, c’est l’hôtesse chinoise qui prend la parole avec le ton d’autorité qui convient).

Roissy 2E

C’est déja le retour, dans la salle d’attente du terminal 2E de Roissy, qui donne presque l’impression d’être dans un futur avion géant du prochain siècle. Les agents de sécurité de Paris sont beaucoup moins sereins que ceux de Pékin. A Pékin ils sont sûrs que le passager accepte les formalités et essaient presque de lui faire oublier combien elles sont vexatoires. A Paris ils guettent la moindre manifestation de désaccord, passent aussi les chaussures sur le tapis à rayons X, confisquent une petite cuiller en inox qui pourrait servir d’arme. J’ai envie de me procurer un de ces somptueux coupe-papiers Kyocera en céramique (japonais, et très chers)  qui, parait-il, sont invisibles aux contrôleurs.

Aile d'avion

Cette fois encore, il s’est passé quelque chose. L’avion de Pékin a attendu un groupe de Nigérians en correspondance depuis Londres. Comme j’ai travaillé pour les planificateurs du trafic aérien dans une vie antérieure, je sais que l’avion a raté son « créneau » de décollage et doit maintenant attendre un trou dans le trafic de l’heure de pointe. Les avions qui vont se poser défilent au-dessus de l’aile du nôtre.

Ombre de l'avion

Paris est couvert de nuages bien formés, comme les jours où mon épouse me dit « Regarde le ciel, aujourd’hui il est comme en France ». J’en avais entendu parler, mais c’est la première fois que je vois l’ombre de l’avion sur les nuages.

Montagnes de Mongolie

Quelques heures après, le matin suivant vite arrivé à la rencontre du soleil, nous sommes au dessus des montagnes de Mongolie. Un des rares endroits où je ne vois pas de trace des hommes, mais c’est probablement parce que je ne sais pas voir. Il y en a partout.

Grande Muraille

La petite ligne claire qui court de bas en haut sur les sommets, c’est la Grande Muraille, vue de l’avion qui est déja descendu à moins de 100 kilomètres de Pékin. C’est la première fois que je suis sûr de la voir. Elle est bien moins visible que la voie de chemin de fer (en bas à gauche, qui disparait dans un tunnel). Autant pour la légende de la seule oeuvre humaine visible depuis la Lune.

Jeune multilingue

Le jeune homme installé derrière moi l’a vue aussi. Il voyage avec une dame très distinguée qui doit être sa maman. Elle lui parle en chinois, et il lui répond en français au mépris de tout ce que je viens de lire sur les enfants bilingues. A mon premier voyage en Chine, j’ai embarqué avec une famille chinoise, monsieur, madame et deux petites filles. Pendant le voyage, j’ai entendu deux petites voix qui se disputaient en français derrière moi. La maman les a sermonnées et elles ont commencé à s’accuser mutuellement en chinois devant elle. Il est trop tard pour que j’aie cette chance de parler correctement plus d’une langue.

Pont sur la Haihe

Fin du voyage et retour à la maison. Pendant que je n’étais pas là, l’été s’est installé et il fait chaud. Au coucher du soleil, je vais faire un tour au bord de la rivière. La vie et les chantiers continuent. Au moment où mon avion (Boeing 777) atterrissait à Pékin, le premier Airbus 320 assemblé en Chine volait pour la première fois au-dessus de Tianjin.

Place de la Porte de la paix céleste

Ca fait deux semaines que je suis en France. Devant l’ordinateur j’ai perdu l’habitude de me demander si je peux lire sur Internet quelque chose en direct ou s’il faut passer par le site relais. Je viens de passer quelques jours dans un coin d’Europe où on parle toutes les langues, allemand, anglais, italien, russe, japonais, thai, et croate, mais pas encore chinois. Mais comme j’étais avec mes frères et soeurs et leurs moitiés (mais pas la mienne, retenue au pays par son travail), j’aurais pu être ailleurs, dans n’importe quel pays où il faut faire effort pour comprendre ce que disent les gens qu’on ne connaît pas. Et maintenant le pays où je ne comprends personne du premier coup, sauf ma chère épouse, me manque. J’y retournerai dans une semaine. En attendant, un petit souvenir du président Mao.

Aile d'avion et ville ancienne

La vieille ville de Dubrovnik et l’aile droite de l’Airbus 319 d’Austrian Airlines. Sur l’aile, on peut lire « ne marchez pas au delà de cette ligne ». Le trait blanc sur la mer est un bateau de croisières. 

Comme tout le monde le sait, la place Tian An Men est au sud de la Porte de la paix célesteTian an menCiel paix porte, qui donne accès à la Cité interdite. L’axe de la ville de Pékin passe par l’arche centrale de la porte, qui ne s’ouvrait que pour le palanquin de l’empereur ou de son épouse, les simples concubines, ministres et visiteurs devant passer par les arches latérales. Aujourd’hui les influences bienfaisantes du sud ne parviennent plus à la porte, arrêtées sur leur chemin par la tombe du président Maomaozhuxi jiniantangmaozhuxi jiniantang, Mao président mémorial halle.

Vue aérienne de la place

Image Google Maps

Sur l’image aérienne, La Porte de la paix céleste est le rectangle orange en haut, le tombeau de Mao le carré gris en bas, entouré d’arbres, plus grand que le plus grand bâtiment de la Cité, plus grand que les tombeaux des grands empereurs Ming qui se sont fait construire leurs dernières demeures dans la campagne et non au centre de leur capitale. Il y a 20 ans ce mois-ci, les étudiants étaient rassemblés sur la place et Deng Xiaoping, successeur de Mao, devait recevoir Gorbatchev, successeur de Staline et de quelques autres.

Comme tout le monde sait (sauf les tout petits Chinois de ce temps là et ceux qui sont allés à l’école depuis), ça s’est très mal passé. Depuis, la place est l’endroit le plus propre et le plus ordonné de la ville de Pékin, où la foule est la mieux rangée et où il ne se passe jamais rien d’inattendu. Je l’ai traversée plusieurs fois du sud au nord en touriste; c’est là que j’ai eu à discuter pour la première fois avec des policiers pour les persuader que, non, je n’avais pas photographié le provincial qui avait sorti quelques secondes une pancarte de sa valise, mais la façade du musée derrière lui. Et je n’avais jamais vu personne autour du dernier palais du président Mao. J’avais seulement lu les panneaux qui me disaient que l’entrée est gratuite et que c’est un jour où ce n’est pas ouvert.

Et ce jour là, le 17 avril, jour de semaine, c’était ouvert.

Queue au sud

Nous sommes au coin sud-est du parc du président Mao. La porte Qianmen est à gauche (au sud de la place). La procession se replie au loin, au coin sud-ouest à plus de 200  mètres.

Coté ouest

Le défilé vient du nord et repart vers le nord. Le toit du mausolée dépasse le haut des arbres.

Vu du nord

Je remonte vers le nord jusqu’à l’endroit où les visiteurs tournent le coin nord-est du parc, guidés par des cordes oranges et le service d’ordre, qui n’est pas en uniforme mais en costume-cravate. Je calcule que les visiteurs proches du but ont fait un kilomètre au petit pas depuis qu’ils sont entrés dans la procession.

Coté nord

Le groupe à casquettes rouges va entrer dans le parc par la porte nord, entre les groupes héroïques sculptés dans le granite rose (contresens; en face, dans la Cité interdite, ceux à qui l’Empereur accordait une audience entraient dans le pavillon central par le sud, devant l’Empereur siégeant dos au nord).

Isolée avec drapeau rouge

J’ai un instant l’idée de me mettre moi aussi dans la file et de passer quelques secondes en présence du président Mao dans sa cage de verre avant de ressortir par la porte ouest. Mais comme bien d’autres je n’aurai pas le courage d’avancer pendant une heure.

Groupe du sud

Je me tourne donc vers la porte de la paix céleste. Un groupe de pèlerins d’une province du sud (c’est ma chère épouse qui me le dit) pose pour prouver qu’il était bien là ce jour là, sous la double inscription qui encadre le portrait du président Mao.

Wansui

Zhōnghuá Rénmín Gònghéguó wànsuì : Chine, peuple, république, dix mille ans.

shìjiè rénmín dàtuánjié wànsuì : Univers, peuple, grande union, dix mille ans.

Que la République populaire de Chine vive dix mille ans; que l’union des peuples de l’univers vive dix mille ans. Le dernier caractère, à droite d’un nombre, exprime l’age d’une personne. Pour l’instant, aucune dynastie n’a duré plus de 400 ans, mais la Chine dure depuis 5000 ans, chiffre officiel; ce n’est pas un souhait complètement vain.

Monument aux martyrs

Voici ce que le groupe regarde. Nous sommes presque sur l’axe impérial, encombré par le tombeau de Mao et le monument aux héros de la révolution. Petit soldatC’est autour de ce monument que se sont rassemblées les grandes manifestations non planifiées; la première avait eu lieu le jour de Qingming, à la mémoire de Zhou Enlai, le 4 avril 1976. Mao était encore en vie (son tour viendra le 9 septembre) et sa future veuve Jiang Qing (de la Bande des Quatre) n’avait pas aimé.

Un petit soldat passe. On en voit un peu partout, qui semblent complètement étrangers au spectacle autour d’eux, contrairement aux policiers en bleu marine qui se tiennent par deux et regardent de tous les côtés. Mais on les voit, c’est cela qui est important. Quelqu’un m’avait fait remarquer que les soldats sont généralement tout gringalets et ne remplissent pas leur uniforme, non seulement dans la réalité mais, ce qui est plus important, dans les feuilletons télévisés. La carrure et la prestance sont réservés aux officiers.

Policiers en bleu

Groupe du nord

Un autre groupe, de gens du nord (c’est moi qui l’affirme; je comprends un peu ce qu’ils disent).

Couple du nord

Ce couple fait partie du groupe. Je viens de poser plusieurs fois en qualité d’Occidental porte-bonheur en compagnie de gens qui voulaient eux aussi posséder leur image avec Mao en fond de décor; j’ai le droit de demander qu’on pose pour moi.

Mao et soldat

Et je fais, après beaucoup d’autres Occidentaux, le cliché obligé du militaire seul devant la Porte de la paix céleste. Les voitures sur l’avenue de la Paix Eternelle, et le parasol vert en avant-plan qui marque un emplacement réservé à un marchand de souvenirs déparent un peu l’image, mais je l’ai. Ca prouve que j’étais bien sur la place ce jour là.

Tianjin en France (suite)

Nous en étions restés aux avions Airbus qui s’envoleront bientôt de Tianjin pour la première fois. Depuis, j’ai pris l’avion d’Air France à Pékin (tout seul, ma chère épouse travaille et il n’y a pas assez de jours de congés autour du 1e mai pour venir avec moi). Je ne vais pas dire que c’est devenu la routine. hangkongLe voyage aérien c’est ‘Hang kong’, navigation, vide. Le deuxième caractère se retrouve dans taikongtaikongle grand vide, l’Espace des taikonautes. Chaque fois ça m’émerveille d’être transporté d’un bout du monde à l’autre à l’intérieur d’une petite machine fragile, avec l’espace d’air raréfié de l’autre côté de la vitre, et des quantités de gens invisibles qui veillent dessus depuis la terre. J’ai découvert le monde des gens de l’aviation quand j’ai travaillé pour le contrôle du trafic aérien (plus exactement les ordinateurs qui aident les contrôleurs dans leur travail). Pendant un an j’ai déjeuné avec ceux qui gèrent les plans de vol et distribuent les droits de passage dans le ciel, qui décident du moment où un avion aura le droit de décoller. Pour une fois qu’ils avaient sous la main quelqu’un à qui raconter leurs histoires  d’avions qu’ils connaissaient tous déja, ils ne s’en sont pas privés. Par exemple celle du Boeing 707 qui a volé tout seul pendant une heure sans personne aux commandes. La compagnie nationale d’un pays nouvellement enrichi venait de s’acheter cet avion, d’occasion mais refourbi aux dernières normes, notamment la porte du poste de pilotage qui ne s’ouvre que de l’intérieur. Ce jour là le commandant de bord, ayant supervisé le décollage, dormait dans un fauteuil libre en première classe. Le mécanicien était en train de demander à l’hôtesse d’apporter le thé. Le copilote pris d’un besoin pressant, après avoir vérifié que tout allait bien en pilotage automatique, est sorti pour aller aux toilettes. Quelques minutes après, les passagers horrifiés ont vu trois messieurs en uniforme essayer de défoncer la porte vers l’avant à coups de barre de fer. Ils ont fini par y arriver. L’histoire est connue parce que le pilote automatique est incapable d’entendre les instructions des contrôleurs; l’avion avait continué tout droit au lieu de manoeuvrer comme ils l’avaient demandé. Il a fallu que le commandant donne une explication.

ecole de l'aviation

Est-ce que quelqu’un racontera cette histoire aux élèves de la nouvelle école franco-chinoise d’aéronautique où nous avons déjeuné après la visite de l’usine Airbus? Le GEA, groupe des écoles d’aéronautique, a été fondé il y a deux ans par l’université de l’aéronautique de Tianjin, l’Enac de Toulouse, Sup-aéro, et  l’ENSMA de Poitiers.Pour ceux qui voudraient y enseigner, l’appel à candidature 2009 de l’agence pour l’enseignement du français à l’étranger est clos depuis fin mars; il explique très bien de quoi il s’agit, et il y en aura d’autres. Après le Gaokao, le baccalauréat chinois, une année de français (l’anglais est supposé acquis mais on l’enseignera aussi), deux ans de prépa scientifique, et trois ans d’école comme en France. La première promotion de 100 élèves a commencé à la rentrée 2007 et sortira en 2013. Sur l’image, le directeur Michel Martin en avant à droite encourage les visiteurs à se ranger sous la banderole pour la photo officielle, qu’on peut voir ici.

Elèves de 1e année

Des élèves de première année accueillent les visiteurs. Leur français n’est pas encore au point, leur anglais fonctionne un peu mieux. Tout va bien.

C'est la vie

C’est Boris, le patron de « C’est la vie » qui nourrit les visiteurs. Son boeuf en daube est fondant et son vin à la hauteur. M chère épouse accepte de boire, c’est bon signe. Le nombre des Français de Tianjin, ses clients potentiels, a doublé entre les gens d’Airbus, les professeurs de l’école, et d’autres.

Turbo-réacteur

Un turbo-réacteur d’ancienne génération, fabriqué à Shenyang. Il y a une somptueuse collection de moteurs dans ce hall du bâtiment des salles de cours; un réacteur d’Airbus A300 à côté d’un moteur 18 cylindres de l’époque précédente.

Bertiaux

Marc Bertiaux en train de persuader deux élèves de l’excellence de leur aventure. L’école a un conseil des enseignements où siègent les industriels du secteur. Ils ont leur logo sur la page d’accueil du site de l’école; site bilingue français-chinois, ou à peu près .

Drapeaux

30 kilomètres plus loin, nous sommes à Tanggu, tout près de la mer, mais on ne la verra pas. Nous sommes chez Schneider électricité, où on fabrique des disjoncteurs, exactement les mêmes qu’à Alès en France, pour le marché chinois.

Ligne de montage

Les disjoncteurs sont montés à la main, c’est moins automatisé qu’en France, mais la ligne de contrôle robotisée est exactement la même.

Ligne de contrôle

Disjoncteurs

Echangeur

Tableai de comptageCa fait trop longtemps que je ne suis pas rentré dans une usine en France pour savoir si l’ambiance est vraiment différente. Les Chinois ici se retrouvent comme les Français à l’époque où j’ai commencé à travailler, quand les Américains venaient installer leur organisation de production, qui n’est pas restée longtemps une nouveauté. Au bout de chaque ligne, un tableau affiche le comptage des unités produites.

Explications du directeur Damien Delerm: ici on travaille 8 heures, avec pause pour déjeuner à la cantine, 5 jours par semaine, pour 1700 yuans par mois, plus les bonus. La cantine (Sodhexo, gérée par un comité d’usagers) est gratuite, comme les autocars de ramassage; les travailleurs habitent à Tanggu ou à Tianjin, la zone industrielle est loin de tout.

Directeur et explications

Quelques kilomètres encore et nous sommes revenus dans la ville de Tianjin. Une autre ambiance, nous sommes chez TST, entrepise familiale chinoise, spécialiste mondial des machines industrielles pour la fabrication des pneus.

TST patron

Le fils ou le neveu du fondateur, je n’ai pas bien compris, nous expose la réussite de l’entreprise. Il nous parle de ses machines comme si la structure intérieure d’un pneu de voiture n’avait aucun secret pour nous, on a du mal à suivre mais il nous entraîne.

Trophées

Wenmin danwei

Le mur de droite de la salle de réunion est couvert de trophées, de diplômes gravés su cuivre et sur bronze, l’équivalent des coupes dans un club sportif. Cette plaque ‘wenming danwei’, civilisation, unité de travail, classement 2007-2008, décernée par l’association professionnelle de la construction mécanique (si j’ai bien traduit) est une haute distinction. La plaque gravée a une grande importance ici. Le diplôme de kinésithérapeute de mon ami Wang n’est pas un parchemin; c’est la plaque de cuivre qu’il a le droit d’apposer sur son lieu de travail.

Hall de l'usine

Nous sommes dans un des grands ateliers où on monte les machines à faire les pneus. Il n’y a plus de lumière et je rate les images d’échantillons de pneus géants de tracteur et de train d’atterrissage d’avion, que les machines produites ici permettent de fabriquer. Michelin fait partie des clients.

Hall des batis

A côté, on monte les bâtis qui tiennent les sous-ensembles des Airbus pendant leur transport en cargo de Hambourg à Tianjin, travail de précision, parfaitement indéformable, à l’épreuve de la corrosion. La qualité est au moins aussi bonne que ce qui aurait été fait en Europe.

Tableau d'honneur

En passant, nous saluons sur le tableau d’honneur de l’entreprise, les travailleurs les plus méritants.

Dragons

Dans la cour, une formidable fontaine représente deux dragons jouant avec une perle, une sculpture comme il n’y en a pas de plus grande dans la Cité Inerdite. Pas loin, un mur de marbre rouge reproduit une calligraphie du fondateur. En partant, nous saluons les trois éléphants, symboles de l’entreprise. Un autre monde que la multinationale du matériel électrique, ça marche aussi.