La semaine dernière, nous avons été reçus par la direction du parc industriel de l’aéroport de Tianjin. Pas tous seuls bien sûr, avec le groupe de la Chambre de commerce française en Chine, des Français de Pékin et de Tianjin, et des Chinois qui travillent avec les Français. Ca me fait tout drôle de me retrouver au milieu de gens dont le temps vaut cher et qui sont prêts à dépenser pour l’économiser. J’en ai fait partie dans une vie antérieure.


La salle de réunion ressemble à celles qu’on voit à la télévision, plus les tasses à thé. Le chaudron de bronze date du temps de Yu le Grand et son authenticité ne fait pas de doute puisqu’il a été coulé selon les anciennes rêgles. En Occident, pour montrer qu’on a les moyens, on montre un vase grec à figures de l’époque archaïque si on en possède un, sinon un pot de fleurs de Jean-Pierre Raynaud. Ici on ressuscite le passé. Et on peut visiter l’avenir dans la salle qui décrit le futur quartier de l’aéroport.

Dans la réalité, nous venons de traverser une étendue de terrains désolés où les chantiers démarrent, et le palais où nous sommes fait partie d’une île de bâtiments terminés.

Sur le plan, on devine les pistes de l’aéroport en oblique sur la gauche. L’enceinte de l’usine Airbus, en blanc, est à l’est. C’est Marc Bertiaux le patron de l’usine Airbus, qui explique. Airbus a une implantation technique en Chine depuis 2005 et des composants d’avion y sont déja fabriqués. L’accord entre Airbus, la compagnie chinoise Avic, et la municipalité de Tianjin a été signé en 2006 et l’usine d’assemblage des avions A320, copie de celle de Hambourg, a commencé aussitôt à pousser. C’est Bureau Véritas, entreprise française, qui a supervisé la construction pour le compte de la municipalité de Tianjin, comme nous l’explique Léon Li, son représentant (qui est Chinois). En même temps, Airbus a recruté 300 professionnels chinois de toutes les techniques nécessaires, mécanique, hydraulique, électricité, peinture et autres, et les a envoyés pour trois ou quatre trimestres à Toulouse et à Hambourg apprendre l’aéronautique et la langue anglaise. Les 180 professionnels d’Airbus, trois cinquièmes d’Allemands et deux cinquièmes de Français, ont commencé à s’installer à Tianjin avec leurs familles. La grande réception de ceux qui avaient commandé les premiers avions a eu lieu sur place en juin 2008. Les sous-ensembles des premiers avions sont arrivés en juillet 2008 dès que les bâtiments destinés à les abriter ont été prêts, et la production a commencé. Tout ça est expliqué avec simplicité, comme si c’était parfaitement naturel. Marc Bertiaux insiste même sur la réussite de l’assemblage des hommes et des procédés. A Hambourg on parle allemand, à Toulouse on parle français; à Tianjin on parle l’anglais, qui n’est la langue de personne et que tout le monde doit avoir appris. Plus tard, dans le hall d’assemblage, je verrai sur une table des bibles techniques ouvertes à des pages traduites en anglais par un Espagnol et révisées par un Allemand.

Pendant l’exposé, ma chère épouse qui ne voulait pas rester à une réunion tenue dans un mélange de français et d’anglais est allé saluer ses collègues fonctionnaires municipaux de l’autre côté du bâtiment. Elle me dira qu’ils sont vraiment bien installés mais que c’est un endroit absurde à des kilomètres de tout et où on ne peut rien faire d’autre que travailler. C’est exactement ça, une zone industrielle.

L’autocar du bureau de développement du parc de l’aéroport nous transporte à l’usine Airbus. Pas de photos à l’intérieur du hall d’assemblage. Il y a déja six avions dans l’usine dont quatre sur leurs pas d’assemblage dans le grand hall: le sixième dont les sous-ensembles viennent d’arriver et où seul le fuselage est rassemblé, tenu par de grands échafaudages mobiles; le cinquième est assemblé; le quatrième a reçu ses ailes et ressemble à quelque chose. Le troisième a son train d’atterrissage et sa queue et semble prêt à partir dès que les échafaudages s’écarteront; sa queue est peinte aux couleurs de la compagnie qui l’a commandé; le reste est encore jaune brun comme les sous-ensembles. Le deuxième avion a roulé dehors vers l’atelier de peinture où il est enfermé, nous ne le verrons pas pour cause de danger chimique. Marc Bertiaux nous explique que chaque avion avance vers la porte de sortie en faisant un pas à chaque étape. Le premier avion assemblé a mis six mois; actuellement, les avions avancent au rythme d’un pas par mois; quand l’usine sera en pleine production avec quatre avion par mois, ils feront un pas par semaine. Le sixième avion porte le numéro 3870 dans la liste générale d’Airbus. Rien ne permettra de distinguer un A320 assemblé à Tianjin d’un autre assemblé à Hambourg ou Toulouse.

Le premier avion est là, dans le hall de finition, peint aux couleurs de Sichuan Airlines, derrière les portes de 19 mètres de haut, dont chacune fait 300 mètres carrés. Nous avons le droit de l’apercevoir à travers les fenêtres, mais pas de photos non plus, l’agent chargé de veiller sur nous le rappelle par gestes. Le premier avion sera acheté par une banque qui le loue à la compagnie aérienne. La grande réunion des financiers avait eu lieu le 14 octobre 2008, au plus haut de la surprise de la crise, mais ils ont dit qu’ils continuaient. Le 19 juin, le premier avion fera son premier vol. Il sera livré à Airbus Industrie sur son centre de réception technique à côte de l’usine par la société industrielle Airbus-Tianjin, et les pilotes de la compagnie viendront le chercher, dès que la banque aura payé.

Plus tard dans la journée, j’ai l’occasion de faire une photo autorisée, pas d’un avion mais de la grande image du débarquement de l’avant du premier avion No 3591 à Tianjin. Les sous-ensembles sont réunis à Hambourg comme s’ils allaient être assemblés là. Ils sont chargés sur un porte-conteneurs de Cosco, compagnie maritime qui a son siège à Tianjin, font le tour de l’Asie par le sud en passant par le canal de Suez et au large de la Somalie (mais les porte-conteneurs sont trop hauts et trop rapides pour les pirates; d’ailleurs la marine chinoise veille), débarqués au port de Tanggu, et ils font 30 kilomètres en camion jusqu’à Tianjin. L’alternative au transport maritime aurait été les avions-baleines Bélouga, mais ils auraient eu 8000 kilomètres à franchir par le chemin le plus court au lieu de quelques centaines en Europe; une semaine pour l’aller-retour avec les escales. C’est pour cela que Xi’an, à 1500 kilomètres de la mer, n’avait pas été choisi.

Dernière question posée au responsable d’Airbus. Pourquoi monter des avions en Chine plutôt que de les livrer à Hambourg ou à Toulouse (en plus, les pilotes des compagnies asiatiques aiment bien ces petits séjours en Europe) ? En réalité, c’est plus cher à cause de l’éloignement et du reste, même si la compagnie cliente économise quelques frais de livraison; mais il y a de bonnes raisons: en 2004 les compagnies chinoises étaient équipées d’ Airbus à 18%, de Boeing à 82% (j’écris le nom de l’autre constructeur, mais on ne l’a pas entendu une seule fois); en 2008, Airbus est à 40% et a la grosse majorité des commandes. Boeing avait été contacté pour installer une chaîne d’assemblage et avait refusé. Le futur A350 sera chinois à 5%. Un bon nombre de fournisseurs d’Airbus se sont installés en Chine, comme le spécialiste toulousain de la peinture d’avions, qui compte bien que d’autres viendront se faire repeindre à Tianjin. Pour le discours officiel le plus récent, voir ici . Le bâti métallique pour le transport des morceaux d’avions, dont on voit les inscriptions en trois langues sur la photo, est construit à Tianjin, et nous visiterons l’entreprise plus tard dans la journée. En attendant, nous allons déjeuner à l’université de l’aéronautique, où les élèves-ingénieurs de la nouvelle grande école française nous attendent (à suivre).


Au fond de l’église, une haie d’enfants de choeur s’efforcent de maintenir un passage libre pour le célébrant qui va accomplir le rite du feu nouveau sous le porche, mais pas dehors. Ce sont toutes des filles d’un côté, et des garçons de l’autre. Il y a des filles dans le choeur le dimanche aussi. je vais pouvoir me permettre de prendre des photo sans avoir l’impression d’être indiscret; je ne serai pas le seul.
















Bali, Paris. 90 jours, c’était déja un signe de retour à la normale. Au plus haut de la grande peur des Jeux Olympiques, les consulats n’avaient que 30 jours à accorder aux touristes.

Voila le nouveau visa, avec
duo, beaucoup d’entrées. Certes ce n’est qu’un visa, une autorisation de venir en visite et de rester le temps indiqué. J’aime beaucoup le premier caractère du mot « visa » (qianzhen). Mon dictionnaire dit qu’il désigne le bâtonnet de bambou sur lequel on écrivait les caractères sur une colonne, avant de relier les phrases dans le bon ordre avec un cordon. Un visa, ce n’est pas encore un permis de résidence
étranger, résider, permission. Le mot « étranger » en trois caractères, signifie ‘extérieur pays homme’, waiguojen, ce que les petits enfants crient à leur maman pour attirer son attention quand je les regarde en passant. Les Chinois, comme chacun sait, sont les zhongguojen
les gens qui habitent le pays qui est au centre, les autres pays étant sur les côtés. Si tout va bien, dans deux ans j’aurai droit au permis de résidence de cinq ans, réservé à ceux qui ont séjourné au moins 9 mois par an pendant suffisamment d’années consécutives.
Dans les pays chrétiens, c’était le dimanche des Rameaux. Ici c’était Qingming, la fête de la claire lumière (à gauche, limpide ou clair; à droite, soleil et lune, la lumière). C’est le hasard qui a fait se rencontrer les fêtes cette année. Qingming est dans le calendrier solaire. C’est le jour où les agriculteurs ressortent le matériel pour travailler en plein champ, parce que tout pousse de nouveau. C’est aussi le jour du « nettoyage des tombes ». En ville, où il n’y a pas de place pour enterrer les morts sous une petite butte de terre dans les champs, les familles vont au cimetière rendre visite à la génération passée. Depuis 2008, c’est un jour férié, et cette année, puisque la fête est samedi-dimanche, le lundi est férié aussi.













On pose le coffret sur le banc avec les offrandes de nourriture, les bougies et les bâtonnets d’encens par terre, et on brûle la monnaie de papier (ce sont des sapèques découpées dans le papier, l’ancienne monnaie de bronze ronde avec un trou carré). Puis on s’incline trois fois. En partant, on laisse les fleurs et on emporte la nourriture. On ne reste pas très longtemps, une autre famille prendra bientôt la place. La petite tablette noire est en marbre et porte les mêmes inscriptions qu’une pierre tombale. Elle retournera dans la case avec le coffret des cendres.
Le fils ainé reprend le coffret. On le remet à sa place comme un livre. Les morts dans une grande ville ne sont pas logés plus au large que les vivants. Ailleurs en Chine, il y a des cimetières qui ressemblent beaucoup à ceux de France. Quelques uns, montrés dans un journal, à voir 
qian men, devant porte. Au temps de l’empereur et même de la république, on continuait vers le nord jusqu’à la Porte de la Paix céleste
tian an men, ciel paix porte, qui marque l’entrée de la Cité Interdite. Depuis Mao, on bute sur son mausolée posé juste au sud de la place géante qu’il a taillée dans la ville. Comme pour réparer cela, ses successeurs ont continué le grand axe, au-delà de la Cité Interdite, de la colline du Charbon et de la Tour du tambour, jusqu’à la cité olympique. On voit tout ça (pas la cité olympique, qui n’était pas construite) sur la photo prise en direction du nord.
beijing kaoya, Pékin rôti canard, dans le plus célèbre restaurant de Pékin, dont c’est la spécialité, situé tout près de Qianmen. Je garde un souvenir très désordonné de ce dîner, après une nuit dans l’avion et quelques heures de visite au pas de course des touristes chinois. Nous avons dîné dans un salon particulier plein de vieilles boiseries peintes en jaune; on m’a proposé de mettre un glaçon dans mon vin rouge, celui qui nous invitait a bu du coca-cola, et je ne savais pas rouler les petites crêpes avec un morceau de canard caramélisé, une pincée de verdure et la sauce. J’ai appris depuis.






Un étranger photographie un magnifique buisson de fleurs hors saison. Elles sont artificielles, en soie, très ressemblantes.









Là aussi, rien n’est épargné à l’hôte pour que l’expérience de l’authenticité pallie l’odeur de neuf. Les tamis pour cuire à la vapeur proclament qu’ils sont faits de bambou et cousus avec des vrais brins de roseau. Mais il ne faut pas que je boude mon plaisir, c’est très bon. Mon épouse a choisi un plat que je n’identifie pas. Je prends ça pour des morceaux de grands champignons en sauce. Elle me dit d’essayer. C’est un peu croquant, un peu gélatineux, et le goût ne me dit rien. Après quelques tentatives de traduction, je comprends que c’est de la méduse, quelque chose qu’on aurait du mal à préparer chez soi. J’ai du mal à finir mon morceau.



Entre les deux rangs de fidèles, des bassines remplies de poissons comme si on allait les vendre. La plus proche contient des bigorneaux. La plus éloignée et la plus grande abrite un gros poisson qu’on voit s’agiter. Tout le monde chante comme au temple « Amituofo, Amituofo », toute ma confiance dans Bouddha. Fo, le quatrième caractère, est le Bouddha. C’est peut-être la seule syllabe du chinois que je connais, qui ait un seul sens et un seul caractère.




Enfin, quelqu’un me dit de quoi il s’agit: une cérémonie de fang sheng, libérer en vie, pour faire une bonne action et rendre grâce à celui qui permet que les poissons se laissent attrapper. D’un côté cela ressemble aux petits oiseaux qu’on peut acheter en cage autour des temples pour les laisser s’envoler. De l’autre ce n’est pas le Bouddha qu’on prie pour que les poissons viennent dans les filets, ce n’est pas sa compétence. Le caractère de droite, sheng, signifie vivant, ou cru, ou débutant (xuesheng, étudiant, s’écrit en deux caractères 学 xue étudier, et sheng).

















Il faut faire attention en se promenant, à ne pas interférer avec les tireurs de fils concentrés sur leur art de
fang fengzhen, « libérer le cerf-volant », le premier caractère qu’on retrouve dans
jiefang, la libération. Il y a une avenue de la Libération dans toutes les villes. A Tianjin, elle traverse le quartier des concessions du nord au sud et s’appelait avenue Victoria avant 1950. Le premier caractère du cerf-volant, feng « le vent » représente un insecte sous un abri en forme non simplifiée. Alors que je longe une balustrade, un grand oiseau tombe à mes pieds; son conducteur très loin au bout du fil a fait une fausse manoeuvre. Je brandis l’oiseau au-dessus de la balustrade et le vent l’emporte à nouveau. Quelques voisins applaudissent; ils croient peut-être que j’y connais quelque chose.









Sujet photogénique: la marchande de ballons. Je ne suis pas seul sur l’affaire. En plus de ceux qui se photographient les uns les autres, je repère un amateur qui fait la même chose que moi, essayer de capter la fête. Il me repère aussi et fait plusieurs images du promeneur occidental. Je tire aussi son portrait et il en est satisfait. Un peu plus tard, je fais poser la marchande de ballons sur son vélo et j’arrive à peu près à ce que je voulais.



Tant que j’y pense, voici les caractères qui les représentent. Laoshu le rat. Le premier caractère signifie « vieux », le second est l’image du rat avec ses dents, ses pattes griffues et sa queue. Tuzi le lapin. Le second caractère signifie enfant, le premier est le lapin avec ses longues oreilles et ses grandes pattes. On trouve toujours une bonne explication à la forme d’un caractère.










En se promenant dans le parc du Yuanmingyuan, on peut lire les plaques qui marquent l’emplacement des palais et des pavillons disparus dans l’incendie. On peut lire la date entre la deuxième et la troisième ligne, 1860, et reconnaître le caractère du feu sous le bois, l’incendie, et les caractères
ying fa, Angleterre et France. Les palais chinois, en bois sur une plateforme de dalles, ont disparu, mais les palais des pères jésuites ont été transformés en matériaux de construction après l’abandon du parc (l’autre palais d’Eté, celui qu’on voit aujourd’hui, a été reconstruit), et ce sont les archéologues du temps de Mao qui ont redressé les grandes pièces qui restaient. Aujourd’hui, on parle de tout reconstruire.


















