Tianjin Airport industrial park

La semaine dernière, nous avons été reçus par la direction du parc industriel de l’aéroport de Tianjin. Pas tous seuls bien sûr, avec le groupe de la Chambre de commerce française en Chine, des Français de Pékin et de Tianjin, et des Chinois qui travillent avec les Français. Ca me fait tout drôle de me retrouver au milieu de gens dont le temps vaut cher et qui sont prêts à dépenser pour l’économiser. J’en ai fait partie dans une vie antérieure.

ChaudronSalle de réunion

La salle de réunion ressemble à celles qu’on voit à la télévision, plus les tasses à thé. Le chaudron de bronze date du temps de Yu le Grand et son authenticité ne fait pas de doute puisqu’il a été coulé selon les anciennes rêgles. En Occident, pour montrer qu’on a les moyens, on montre un vase grec à figures de l’époque archaïque si on en possède un, sinon un pot de fleurs de Jean-Pierre Raynaud. Ici on ressuscite le passé. Et on peut visiter l’avenir dans la salle qui décrit le futur quartier de l’aéroport.

Futur

Dans la réalité, nous venons de traverser une étendue de terrains désolés où les chantiers démarrent, et le palais où nous sommes fait partie d’une île de bâtiments terminés.

Extérieur du bureau

Carte

Sur le plan, on devine les pistes de l’aéroport en oblique sur la gauche. L’enceinte de l’usine Airbus, en blanc, est à l’est. C’est Marc Bertiaux le patron de l’usine Airbus, qui explique. Airbus a une implantation technique en Chine depuis 2005 et des composants d’avion y sont déja fabriqués. L’accord entre Airbus, la compagnie chinoise Avic, et la municipalité de Tianjin a été signé en 2006 et l’usine d’assemblage des avions A320, copie de celle de Hambourg, a commencé aussitôt à pousser. C’est Bureau Véritas, entreprise française, qui a supervisé la construction pour le compte de la municipalité de Tianjin, comme nous l’explique Léon Li, son représentant (qui est Chinois). En même temps, Airbus a recruté 300 professionnels chinois de toutes les techniques nécessaires, mécanique, hydraulique, électricité, peinture et autres, et les a envoyés pour trois ou quatre trimestres à Toulouse et à Hambourg apprendre l’aéronautique et la langue anglaise. Les 180 professionnels d’Airbus, trois cinquièmes d’Allemands et deux cinquièmes de Français, ont commencé à s’installer à Tianjin avec leurs familles. La grande réception de ceux qui avaient commandé les premiers avions a eu lieu sur place en juin 2008. Les sous-ensembles des premiers avions sont arrivés en juillet 2008 dès que les bâtiments destinés à les abriter ont été prêts, et la production a commencé. Tout ça est expliqué avec simplicité, comme si c’était parfaitement naturel. Marc Bertiaux insiste même sur la réussite de l’assemblage des hommes et des procédés. A Hambourg on parle allemand, à Toulouse on parle français; à Tianjin on parle l’anglais, qui n’est la langue de personne et que tout le monde doit avoir appris. Plus tard, dans le hall d’assemblage, je verrai sur une table des bibles techniques ouvertes à des pages traduites en anglais par un Espagnol et révisées par un Allemand.

Palais du parc industriel

Pendant l’exposé, ma chère épouse qui ne voulait pas rester à une réunion tenue dans un mélange de français et d’anglais est allé saluer ses collègues fonctionnaires municipaux de l’autre côté du bâtiment. Elle me dira qu’ils sont vraiment bien installés mais que c’est un endroit absurde à des kilomètres de tout et où on ne peut rien faire d’autre que travailler. C’est exactement ça, une zone industrielle.

Entrée Airbus

L’autocar du bureau de développement du parc de l’aéroport nous transporte à l’usine Airbus. Pas de photos à l’intérieur du hall d’assemblage. Il y a déja six avions dans l’usine dont quatre sur leurs pas d’assemblage dans le grand hall: le sixième dont les sous-ensembles viennent d’arriver et où seul le fuselage est rassemblé, tenu par de grands échafaudages mobiles; le cinquième est assemblé; le quatrième a reçu ses ailes et ressemble à quelque chose. Le troisième a son train d’atterrissage et sa queue et semble prêt à partir dès que les échafaudages s’écarteront; sa queue est peinte aux couleurs de la compagnie qui l’a commandé; le reste est encore jaune brun comme les sous-ensembles. Le deuxième avion a roulé dehors vers l’atelier de peinture où il est enfermé, nous ne le verrons pas pour cause de danger chimique. Marc Bertiaux nous explique que chaque avion avance vers la porte de sortie en faisant un pas à chaque étape. Le premier avion assemblé a mis six mois; actuellement, les avions avancent au rythme d’un pas par mois; quand l’usine sera en pleine production avec quatre avion par mois, ils feront un pas par semaine. Le sixième avion porte le numéro 3870 dans la liste générale d’Airbus. Rien ne permettra de distinguer un A320 assemblé à Tianjin d’un autre assemblé à Hambourg ou Toulouse.

Hall de finition

Le premier avion est là, dans le hall de finition, peint aux couleurs de Sichuan Airlines, derrière les portes de 19 mètres de haut, dont chacune fait 300 mètres carrés. Nous avons le droit de l’apercevoir à travers les fenêtres, mais pas de photos non plus, l’agent chargé de veiller sur nous le rappelle par gestes. Le premier avion sera acheté par une banque qui le loue à la compagnie aérienne. La grande réunion des financiers avait eu lieu le 14 octobre 2008, au plus haut de la surprise de la crise, mais ils ont dit qu’ils continuaient. Le 19 juin, le premier avion fera son premier vol. Il sera livré à Airbus Industrie sur son centre de réception technique à côte de l’usine par la société industrielle Airbus-Tianjin, et les pilotes de la compagnie viendront le chercher, dès que la banque aura payé.

Port de Tianjin

Plus tard dans la journée, j’ai l’occasion de faire une photo autorisée, pas d’un avion mais de la grande image du débarquement de l’avant du premier avion No 3591 à Tianjin. Les sous-ensembles sont réunis à Hambourg comme s’ils allaient être assemblés là. Ils sont chargés sur un porte-conteneurs de Cosco, compagnie maritime qui a son siège à Tianjin, font le tour de l’Asie par le sud en passant par le canal de Suez et au large de la Somalie (mais les porte-conteneurs sont trop hauts et trop rapides pour les pirates; d’ailleurs la marine chinoise veille), débarqués au port de Tanggu, et ils font 30 kilomètres en camion jusqu’à Tianjin. L’alternative au transport maritime aurait été les avions-baleines Bélouga, mais ils auraient eu 8000 kilomètres à franchir par le chemin le plus court au lieu de quelques centaines en Europe; une semaine pour l’aller-retour avec les escales. C’est pour cela que Xi’an, à 1500 kilomètres de la mer, n’avait pas été choisi.

Bâti

Dernière question posée au responsable d’Airbus. Pourquoi monter des avions en Chine plutôt que de les livrer à Hambourg ou à Toulouse (en plus, les pilotes des compagnies asiatiques aiment bien ces petits séjours en Europe) ? En réalité, c’est plus cher à cause de l’éloignement et du reste, même si la compagnie cliente économise quelques frais de livraison; mais il y a de bonnes raisons: en 2004 les compagnies chinoises étaient équipées d’ Airbus à 18%, de Boeing à 82% (j’écris le nom de l’autre constructeur, mais on ne l’a pas entendu une seule fois); en 2008, Airbus est à 40% et a la grosse majorité des commandes. Boeing avait été contacté pour installer une chaîne d’assemblage et avait refusé. Le futur A350 sera chinois à 5%. Un bon nombre de fournisseurs d’Airbus se sont installés en Chine, comme le spécialiste toulousain de la peinture d’avions, qui compte bien que d’autres viendront se faire repeindre à Tianjin. Pour le discours officiel le plus récent, voir ici . Le bâti métallique pour le transport des morceaux d’avions, dont on voit les inscriptions en trois langues sur la photo, est construit à Tianjin, et nous visiterons l’entreprise plus tard dans la journée. En attendant, nous allons déjeuner à l’université de l’aéronautique, où les élèves-ingénieurs de la nouvelle grande école française nous attendent (à suivre).

Veillée pascale

L’année dernière , j’avais voulu participer à la veillée pascale avec les catholiques de Tianjin. Je ne comprends pas un mot de la liturgie en chinois. Tant pis, je la connais et je la suis quand même. J’étais arrivé en retard, alors que le cierge pascal était déja allumé et la messe commencée, et j’avais passé toute la soirée debout au fond de la cathérale. Cette fois je suis arrivé en avance, mais cela n’a rien changé à mon confort. La cathédrale était pleine, une demi-heure avant, et je suis resté debout, comme une bonne partie de l’assistance. Mais j’ai pu suivre toute la cérémonie.

Grotte de Lourdes

Le soir commence à tomber sur la grotte de Lourdes dans la cour au sud de la cathédrale. J’achète une bougie à l’étal devant la boutique d’objets pieux. Je viens de lire que certains catholiques viennent y prier mais s’abstiennent d’entrer dans la cathédrale desservie par un évêque et des prêtres qui ont accepté le contrôle du Parti. En fait peu de gens s’attardent, tout le monde semble pressé d’entrer et de trouver une place.

HaieAu fond de l’église, une haie d’enfants de choeur s’efforcent de maintenir un passage libre pour le célébrant qui va accomplir le rite du feu nouveau sous le porche, mais pas dehors. Ce sont toutes des filles d’un côté, et des garçons de l’autre. Il y a des filles dans le choeur le dimanche aussi. je vais pouvoir me permettre de prendre des photo sans avoir l’impression d’être indiscret; je ne serai pas le seul.

L’église est maintenant presque dans le noir. Aucune lumière ne s’est allumée. Le célébrant et son cortège ont descendu l’allée centrale pleine de fidèles debout, qui se sont écartés.

Cierge pascal

Le porteur du cierge pascal rentre dans la nef, seule lumière. Le petit soleil bleu au-dessus est un éclair de flash. Il y en a plusieurs, qui troublent à peine le recueillement.

Nef sombre

Au fond, dans le choeur, les petites flammes commencent à se multiplier autour du cierge pascal. Les taches de lumière dans la nef sont des écrans de téléphone portable, ou d’appareil photo numérique. Ce ne sont sûrement pas des touristes. Est-ce qu’on peut capter la grâce de Pâques dans son appareil comme on recevrait une bénédiction ?

Nef et bougies

Maintenant, la flamme est arrivée jusqu’au fond de l’église. Je n’avait pas participé à ça depuis des années. Là-bas la liturgie continue en latin. Ce n’est pas l’habitude, l’an dernier tout était en chinois. La communauté étrangère a peut-être grandi. Il y a maintenant une messe en anglais à 11h30 tous les dimanches. La langue universelle a du bon, de temps en temps.

Bas-côté

Vue de mon côté, pour montrer combien nous sommes nombreux.

Lecteur

Ce monsieur avait apporté un petit pliant. Il s’est installé et lit la Bible, dans une sérénité parfaite, au milieu d’une foule aussi tassée que celle d’une grande gare. Il continuera ainsi de suivre la liturgie sans la voir.

Porteur de bougies

Celui-ci est venu seul avec un tout petit bout de cierge, qu’il tient maintenant entre deux doigts. J’en profite pour lui faire cadeau du mien, dont je ne sais pas quoi faire quand je tient l’appareil photo. Il a l’allure de quelqu’un qui vient de la campagne.

Nef avec lumière

Choeur

La lumière revient d’un coup. Le choeur qui était nu et vide s’est garni de fleurs, banderoles, couronne lumineuse des grandes fêtes. La messe commence en latin. L’assemblée répond à pleine voix. Tout le monde connaît, apparemment. Puis les lectures continuent en chinois.

Offertoire

L’église a beau être remplie au point qu’on peut à peine bouger, les quêteurs ont quand même réussi à récolter la contribution de chacun. Ils remontent la nef avec leurs épuisettes en velours rouge.

Communion

De même, tout le monde arrive à s’approcher de la table de communion.

Le choeur

Enfants de choeur

Vu en attendant mon tour à la sainte table. Là aussi d’autres que moi veulent capter une image. La chaise de l’évêque est au premier plan à gauche.

Porte ouverte

J’ai profité de la circulation pour sortir dehors un instant. La grande porte est ouverte mais personne ne sort. Au contraire certains essaient de rentrer.

Bénédiction

La messe est finie, j’ai entendu « Ite missa est » en latin. Mais personne ne s’en va. Tout le monde brandit un sac, une bouteille, un paquet de biscuits, pour recueillir la bénédiction finale.

Sortie

Un petit aspect de la sortie. Les voitures qui encombrent le portail sont des taxis mais il y a dans la rue des quantités de grosses voitures de cadre avec macaron qui leur assure une place de parking dans la cour des administrations. Des gens importants sont venus à la messe de Pâques sans se cacher. Quand je serai rentré, mon épouse regardera les photos avec moi et me dira que quand elle était petite tout cela était interdit. Chez mon beau-père, j’ai trouvé un livre de prières imprimé à Tianjin en 1979, l’année où il est redevenu possible de pratiquer sans se cacher. Pape Pour l’instant, je n’ai trouvé personne pour m’expliquer ce qui se passe vraiment. Ca doit être trop compliqué pour être compris par un étranger. Une Française à qui j’avais écrit (en commentaire sur un forum) que j’allais à la messe en Chine m’avait répondu que ça n’a pas plus de valeur qu’une messe raëlienne (je cite) puisque ce n’est pas l’Eglise romaine ni le rite de Vatican II. Elle pourrait pourtant voir le portrait du Pape en page d’accueil du site internet du diocèse de Tianjin.

Tout à l’heure, en cherchant une bonne image de la cathédrale, j’en ai trouvé une collection . Les plus vieilles datent de 1920, quand la cathédrale était toute neuve, celle de l’inondation de 1939, l’intervention des gardes rouges de 1966, et les images en couleurs de l’année dernière. En haut à droite de la première photo prise de haut, on voit une mosquée toute neuve, construite depuis que je suis arrivé. Il se passe beaucoup de choses.

 

Visa un an

Hier je suis retourné au bureau de la sécurité publique, retirer mon passeport avec un nouveau visa. Cette fois j’ai un visa d’un an, avec le droit de rester, de sortir à l’étranger et de rentrer autant de fois qu’il me plait. C’est un grand soulagement. Depuis un an, j’étais redevenu un touriste qui doit demander à chaque fois la permission d’entrer et qui ne peut pas rester plus longtemps que le nombre de jours inscrit sur le visa. C’était la faute de la grande peur olympique, la même qui avait conduit à installer des appareils de radiographie des sacs à main dans les stations de métro. A partir de mars 2008, ceux qui demandaient un renouvellement sur place de leur visa n’obtenaient qu’une prolongation de trois ou six mois, qui ne permettait pas à celui qui quittait le pays d’y revenir, et pas de  prolongation du tout pour ceux qui n’avaient pas une bonne raison de rester. C’est arrivé si brusquement que même les consulats à l’étranger n’étaient que vaguement au courant de la nouvelle ligne concernant les résidents. C’est ainsi que je n’ai pas pu revenir chez moi à la fin du mois d’aout 2008. Je l’ai raconté en ce temps là.

Visa de décembre 2008

Donc depuis janvier 2009, j’étais en visite chez mon épouse, pour une durée maximum de 90 jours, à partir du 11 janvier, date de mon arrivée, grâce à un visa délivré àbaliBali, Paris. 90 jours, c’était déja un signe de retour à la normale. Au plus haut de la grande peur des Jeux Olympiques, les consulats n’avaient que 30 jours à accorder aux touristes.

Je suis donc allé le 1e avril au bureau de la sécurité publique, avec un formulaire de demande de visa et les documents nécessaires pour prouver les différents points:

* Je suis moi (mon passeport avec une photo qui me ressemble)

* je suis entré en Chine régulièrement (le visa et le tampon de l’aéroport sur le passeport)

* je réside en Chine conformément à la rêglementation (le certificat de déclaration du résidence délivré par le bureau de la sécurité publique de mon quartier)

* je suis marié à un citoyen de la République populaire de Chine (le livret de mariage et la carte d’identité du conjoint)

* mon conjoint est résident de la municipalité (le « hukou », livret de résidence où mon épouse est inscrite)

J’espérais seulement avoir une prolongation de six mois de mon visa. Mais il semble que mon mérite a augmenté au bureau de la sécurité publique. L’ordinateur me connait sous mon nom chinois, que je n’avais pas écrit sur le formulaire, et celle qui me recevait me l’a écrit pour me demander si c’était bien le même. Et elle m’a proposé de faire passer la durée du visa de six mois à un an, si j’étais d’accord. Et elle a coché la case « beaucoup » du nombre d’entrées, que j’avais laissée en blanc puisqu’on ne me donnait plus que des visas à zéro entrée. La rêglementation a changé. Ou bien c’est mon charme et mon dossier où rien ne manquait. Juste avant moi, elle avait reçu un couple d’Américains agés, accompagnés de leur interprète, et elle avait mis un quart d’heure à leur expliquer ce qu’ils devraient apporter la prochaine fois.

Certificat de déclaration

Pourtant mon dossier contient  des imperfections. Le certificat de déclaration de résidence, qu’on doit aller chercher dès le lendemain du jour où on s’installe ailleurs qu’à l’hôtel, date de 2007, et mon nom n’est pas écrit dessus, son collègue du bureau de quartier ayant reculé devant l’effort de taper les 25 caractères latins de mes nom et prénoms dans l’ordre du passeport (depuis, j’ai pu vérifier que d’autres ont renoncé aussi, et se sont sentis soulagés quand j’ai écrit les trois caractères chinois du nom que j’ai choisi); le numéro de passeport suffit apparemment. Et le hukou dit que mon épouse habite chez son père, et non là où nous sommes en réalité, heureusement dans le même quartier.

Visa 2010

QianzhenVoila le nouveau visa, avecduoduo, beaucoup d’entrées. Certes ce n’est qu’un visa, une autorisation de venir en visite et de rester le temps indiqué. J’aime beaucoup le premier caractère du mot « visa » (qianzhen). Mon dictionnaire dit qu’il désigne le bâtonnet de bambou sur lequel on écrivait les caractères sur une colonne, avant de relier les phrases dans le bon ordre avec un cordon. Un visa, ce n’est pas encore un permis de résidencewaiguoren juliu xukeétranger, résider, permission. Le mot « étranger » en trois caractères, signifie ‘extérieur pays homme’, waiguojen, ce que les petits enfants crient à leur maman pour attirer son attention quand je les regarde en passant. Les Chinois, comme chacun sait, sont les zhongguojenZhongguorenles gens qui habitent le pays qui est au centre, les autres pays étant sur les côtés. Si tout va bien, dans deux ans j’aurai droit au permis de résidence de cinq ans, réservé à ceux qui ont séjourné au moins 9 mois par an pendant suffisamment d’années consécutives.

Facture

En attendant j’ai payé mon visa 635 yuans, presque 2 yuans par jour, le prix d’un trajet en autobus. On peut se dire aussi que ce n’est pas très cher. J’ai passé deux fois un quart d’heure dans le bureau de la sécurité publique, et j’ai été très gentiment accueilli. Quand même, devoir aller régulièrement demander la permission de rester chez soi, même si c’est redevenu simple, ça pèse un peu. Mais c’est moins difficile que les dix ans de clandestinité qu’on demande à ceux qui veulent résider légalement en France sans avoir une bonne raison au départ. Quand je tends l’oreille au raffut que cela produit en Europe, je me demande où est la bonne solution.

La claire lumière

QingmingDans les pays chrétiens, c’était le dimanche des Rameaux. Ici c’était Qingming, la fête de la claire lumière (à gauche, limpide ou clair; à droite, soleil et lune, la lumière). C’est le hasard qui a fait se rencontrer les fêtes cette année. Qingming est dans le calendrier solaire. C’est le jour où les agriculteurs ressortent le matériel pour travailler en plein champ, parce que tout pousse de nouveau. C’est aussi le jour du « nettoyage des tombes ». En ville, où il n’y a pas de place pour enterrer les morts sous une petite butte de terre dans les champs, les familles vont au cimetière rendre visite à la génération passée. Depuis 2008, c’est un jour férié, et cette année, puisque la fête est samedi-dimanche, le lundi est férié aussi.

Portail

A Tianjin, c’est très loin au sud de la ville, dans un quartier qui devait être au bord de la campagne il n’y a pas longtemps.

Inscription 'jardin du repos'

Pas d’illusion, ce n’est pas un lieu ancestral. D’ailleurs l’inscription en caractères traditionnels Tianjin Qinyuan,  Tianjin, repos, jardin, est de gauche à droite. Mais la municipalité a fait ça dignement, et le lieu est capable de recevoir aujourd’hui les milliers de gens venus en autobus et en voiture.

Marchande de fleurs

Avant l’entrée, on peut acheter tout ce qu’il faut si on ne l’a pas apporté, les fleurs, les billets de la banque du ciel, les bâtons d’encens, les chapelets de pétards, et même des bouteilles pour les présenter à ceux qu’on vient visiter.

Argent des morts

Fleurs en papier

Ces fleurs-là sont en papier et en matière plastique. Elles ne dureront pas plus longtemps que la journée.

Dames chargées

Dans son filet, la dame de gauche transporte des cartons de gâteaux, celle du milieu des pommes. J’ai vu une famille arriver en portant à deux un bac comme s’ils revenaient des courses à l’hypermarché.

Service d'ordre

Comme toujours, il y a un service d’ordre, gentil mais très directif. Dehors, ses collègues utilisent des mégaphones pour guider les voitures vers le parking. Ici c’est plus paisible.

Grande allée

Nous sommes dans la grande allée centrale.

Bâtiment

Ici l’entrée d’un des enclos du lieu. Les luminaires portent des inscriptions parallèles moralisantes. 人与自然  和谐共存 Les hommes naturellement harmonieusement coexistent (si j’ai traduit correctement).

Columbarium

Gardien

Nous sommes dans un des enclos qui abritent les cendres. Le gardien transcrit sur son registre la carte d’identité de ceux qui sont venus chercher les coffrets. Nous sommes tout un groupe, quatre frères et soeurs et leurs conjoints. D’autres sont moins nombreux.

Porteurs

A l’intérieur, on se croirait presque dans une bibliothèque. Il n’y a pas de préposé, chacun vient prendre ce qu’il est venu chercher.

Intérieur

C’est ici que sont conservées les cendres de ma belle-mère, à qui nous rendons visite.

Enclos pour cérémonies

Pas de place pour les rites; il faut aller dans un autre enclos tout près.

Champ pour le rite

Chaque famille a pris possession d’un des bancs de marbre qui marquent l’espace qui lui est réservé le temps d’accomplir le rite. Le sol est couvert de débris du papier rouge des pétards. Une banderolle demande de ne pas en faire éclater, mais ce n’est pas interdit. Nous n’en avons pas apporté.

Rite

Monnaie de papierOn pose le coffret sur le banc avec les offrandes de nourriture, les bougies et les bâtonnets d’encens par terre, et on brûle la monnaie de papier (ce sont des sapèques découpées dans le papier, l’ancienne monnaie de bronze ronde avec un trou carré). Puis on s’incline trois fois. En partant, on laisse les fleurs et on emporte la nourriture. On ne reste pas très longtemps, une autre famille prendra bientôt la place. La petite tablette noire est en marbre et porte les mêmes inscriptions qu’une pierre tombale. Elle retournera dans la case avec le coffret des cendres.

Coffret

Rangement Le fils ainé reprend le coffret. On le remet à sa place comme un livre. Les morts dans une grande ville ne sont pas logés plus au large que les vivants. Ailleurs en Chine, il y a des cimetières qui ressemblent beaucoup à ceux de France. Quelques uns, montrés dans un journal, à voir ici. D’après ce qu’on m’a dit, le rite est le même, mais on a de la place et plus de temps. Ceux qui sont trop loin de chez eux se contentent de brûler un peu de papier sur le trottoir ou dans la cour de leur résidence, comme le montre Ji Le à Pékin.

Une lecture à faire, c’est un chapitre du mémoire sur Simone de Beauvoir écrit par Neige de Nanjing;  pourquoi avoir des enfants ? Citation « … des Confucianistes ne pensent pas que l’homme a un esprit immortel. La mort à leur yeux n’égale pas cependant le néant car les enfants qui gardent une partie de nous vivent. On ne meurt pas pourvu qu’on ait des enfants. »

Et pour avoir une idée de l’écart entre le rite familial et une cérémonie de souvenir officiel comme les autorités les aiment, il faut consulter le Quotidien du Peuple (autour d’un arbre millénaire dans le Shanxi), ou le ChinaDaily (la cérémonie de Qingming au tombeau de l’Empereur Jaune, avec un envoyé du Kuomintang de Taiwan). Là, je ne suis pas sûr que tous les participants y croient vraiment.

Pékin, rue de l’ancienne culture

C’est le printemps depuis une semaine, les agents municipaux ont démonté les grands cadres tendus de bâches vertes qui protégeaient du vent les haies le long des avenues,  les arbustes commencent à fleurir dans les rues, et quelques pousses vertes se montrent dans les pelouses brûlées par l’hiver. Et il n’y a plus de chauffage. L’administration commande aux éléments. Avant le 15 octobre il ne fait pas froid, après le 15 mars il fait beau. Cela a été vrai une semaine, puis le froid est revenu. Et j’ai attrapé un mauvais virus dans l’appartement pas chauffé. Quelques jours de tête vague et d’incapacité à faire quoi que ce soit de pensé, même écrire une page de ce journal. Mais ça va mieux, grâce à une bouteille de Dynasty, le vin rouge du pays de Tianjin élaboré avec l’aide d’experts français, c’est écrit sur l’étiquette.

Juste avant, ma chère épouse avait eu un jour de congé en semaine, récupération d’une permanence du dimanche. Elle qui n’aimait pas que je parte tout seul à Pékin, elle a décidé que nous irions y passer la journée à deux.

Qianmen waidajie

Où aller d’abord ? J’ai proposé de rejoindre la grande rue de Qianmen, qui conduit à la Porte de DevantQian menqian men, devant porte. Au temps de l’empereur et même de la république, on continuait vers le nord jusqu’à la Porte de la Paix célesteTian an mentian an men, ciel paix porte, qui marque l’entrée de la Cité Interdite. Depuis Mao, on bute sur son mausolée posé juste au sud de la place géante qu’il a taillée dans la ville. Comme pour réparer cela, ses successeurs ont continué le grand axe, au-delà de la Cité Interdite, de la colline du Charbon et de la Tour du tambour, jusqu’à la cité olympique. On voit tout ça (pas la cité olympique, qui n’était pas construite) sur la photo prise en direction du nord.

J’aime bien la grande rue de Qianmen. C’est là que j’ai dîné au restaurant en Chine pour la première fois de ma vie. La dame qui devait m’accueillir à l’aéroport quand je débarquerais était là, avec plusieurs amis, qui avaient prévu pour moi un après-midi digne d’un visiteur étranger de marque: déjeuner léger, puis visite de la Cité Interdite, et dîner de canard laquébeijing kaoyabeijing kaoya, Pékin rôti canard, dans le plus célèbre restaurant de Pékin, dont c’est la spécialité, situé tout près de Qianmen. Je garde un souvenir très désordonné de ce dîner, après une nuit dans l’avion et quelques heures de visite au pas de course des touristes chinois. Nous avons dîné dans un salon particulier plein de vieilles boiseries peintes en jaune; on m’a proposé de mettre un glaçon dans mon vin rouge, celui qui nous invitait a bu du coca-cola, et je ne savais pas rouler les petites crêpes avec un morceau de canard caramélisé, une pincée de verdure et la sauce. J’ai appris depuis.

Donc la première étape de cette journée à Pékin est une promenade dans le quartier de Qianmen, dont nous savons qu’il est en plein rajeunissement, et déjeuner de canard laqué dans ce restaurant (depuis le premier dîner, j’ai épousé la dame qui me recevait, c’est quand même un endroit qui mérite un souvenir).

Mur de l'est

En autobus depuis la gare sud, nous sommes arrivés. Ou presque, car ma chère épouse a tenu à écouter les propos d’un voisin secourable plutôt que de son mari qui a un plan de Pékin, donc nous sommes descendus un arrêt trop tôt. Sur tout le côté gauche de la rue, les maisons sont remplacées par un grand mur, signe de destruction et de reconstruction. Celui ci est vraiment très soigné, en bois, orné au sommet d’une frise qui s’inspire du rouleau « Kaifeng au moment de la fête de Qingming » (voir le vrai ici ). On aperçoit Qianmen un peu plus loin.

Qianmen

Nous sommes arrivés. La porte domine les arrêts d’autobus. Au moins cinquante lignes se croisent autour de la place, plus le métro.

Mur image

Mais quand on se retourne, toujours pas de maisons ni de magasins. Un grand mur de toile que le soleil traverse, qui représente une rue.

Vraie rue

Un peu plus tard, nous sommes dans la grande rue de Qianmen. Elle est comme sur l’image, ou presque. La rue de mon souvenir était pleine d’autobus et de vélos, avec des boutiques et des restaurants ouverts sur le trottoir. Ici j’ai l’impression d’être dans la rue de l’ancienne culture de Tianjin, construite à partir de rien dans le style de l’époque Ming par la municipalité. C’est normal à Tianjin, où il ne restait rien. Mais ici nous sommes dans une rue qui était déja l’axe de la ville au début du 15e siècle et n’a jamais cessé d’être habitée.

Rue et restaurant

Des rails de tramway sont insérés dans le dallage tout neuf. Nous l’avions vu stationné près de l’entrée. Il  l’air d’un jouet agrandi et la perche pour l’électricité est factice; il n’y a pas de fils au-dessus de la rue.

Tramway

Nous sommes dans un décor de rue pékinoise authentique de la fin du XIXe siècle. D’ailleurs c’est en chantier.  Des touristes posent devant une arcade qui est encore à l’état de toile décorée.

Vieux se photographiant

Fausses fleursUn étranger photographie un magnifique buisson de fleurs hors saison. Elles sont artificielles, en soie, très ressemblantes.

Là où aurait dû être le restaurant, nous voyons une  somptueuse façade toute neuve qui ne me rappelle rien. Elle aussi est très ressemblante au modèle idéal. Pourtant il faut une inscription lumineuse multilingue pour que les clients ne se trompent pas.

Fçade du restaurant de canard laqué

Pancarte C’est écrit en lettres d’or sur la façade et rappelé sur une pancarte, les caractères chinois écrits de droite à gauche comme c’est la règle pour les noms d’édifices qui abritent des institutions. Quan Ju De, tout rassembler vertus. C’est ici qu’on sert depuis près de 150 ans le meilleur canard laqué de Pékin. Mais on ne le prépare plus ici, apparemment. Le livreur est devant l’établissement, chargé de cartons de surgelés.

Les dames de la réception portent de somptueuses robes chinoises comme on les décrit dans les guides. Ca ne me rappelle rien non plus.

Réception

Deux canards Je vois un objet que je connais, le petit canard de faïence que j’avais trouvé à côte de mon assiette et qu’on a le droit d’emporter. Mais cette fois il est au comptoir des souvenirs, à côté du DVD qui montre comment on prépare et comment on mange le canard à la mode de Pékin, et d’un modèle réduit en porcelaine dans une assiette pour jouer à la dînette (je n’invente pas, l’image est sous les canards). C’est comme Starbuck et son « expérience du café »; on offre au client une expérience du canard rôti à la mode de Pékin. Nous repartons en ayant pris une réservation, mais je n’ai pas vraiment envie de revenir à midi.

Une fois dehors, je remarque le décor qui ferme un côté de la cour. Il représente une salle de restaurant toute illuminée.

Tenture

La porte qui mène au chantier est ouverte. Tout le quartier derrière les façades de la rue est en reconstruction, c’est ce que nous n’avions pas vu, caché par le grand mur. Un peu plus tard, nous sommes à l’étage dans un autre bâtiment. Il reste quelques morceaux des vieilles constructions.

Vieilles maisons

Comme elles ne sont pas parties dans les camions de déblais, c’est peut-être qu’elles seront conservées et restaurées. Quand l’heure de midi arrive, nous allons dans un autre restaurant à la réputation centenaire, Duyichu, « tout à une seule place », spécialiste des shaomai, les petites aumônières de pâte qui enferment des préparations raffinées. Mon épouse le connait de réputation.

Empereur en bronze

Pancarte Duyichu Là aussi tout est neuf, bien sûr. A côté de la porte, un groupe de bronze grandeur nature rappelle la légende du lieu. L’empereur Qianlong, contemporain de Louis XV et qui survivra à Louis XVI, se serait arrêté là un jour après une promenade, au lieu de rentrer chez lui à une demi-heure de marche de ses porteurs. La pancarte explique cela très clairement. Le sous-titre en anglais me fait penser qu’à quelques kilomètres au nord-ouest, des milliers d’étudiants apprennent les langues étrangères. Ils auront du travail.

Carte du restaurant

Une fois installés dans la salle à l’étage, on nous apporte une somptueuse carte. Un livre cousu comme les ouvrages anciens, le texte en colonnes de droite à gauche, mais illustré, pour parer l’illettrisme des touristes étrangers. En France, ça s’appellerait « spécialités à la vapeur ».

Spécialités à la vapeur

BaoziLà aussi, rien n’est épargné à l’hôte pour que l’expérience de l’authenticité pallie l’odeur de neuf. Les tamis pour cuire à la vapeur proclament qu’ils sont faits de bambou et cousus avec des vrais brins de roseau. Mais il ne faut pas que je boude mon plaisir, c’est très bon. Mon épouse a choisi un plat que je n’identifie pas. Je prends ça pour des morceaux de grands champignons en sauce. Elle me dit d’essayer. C’est un peu croquant, un peu gélatineux, et le goût ne me dit rien. Après quelques tentatives de traduction, je comprends que c’est de la méduse, quelque chose qu’on aurait du mal à préparer chez soi. J’ai du mal à finir mon morceau.

Convives

Nos voisins, un autre couple de touristes, tous les deux chinois cette fois, se sent parfaitement à l’aise dans ce restaurant multi-centenaire reconstitué. Si je réfléchis, ce n’est pas la première fois que je me retrouve en Chine dans un lieu historique tout neuf. Quelque part sur les Montagnes Jaunes, nous nous sommes reposés sous un kiosque de pierre. On voyait encore les traces de la scie circulaire du carrier sur certains blocs. Une inscription disait qu’une certaine princesse, fille de l’empereur, était venue en pêlerinage il y a mille ans et s’était reposée sous ce kiosque. Le même, l’ancien a fourni la description de celu d’aujourd’hui.

La photo aérienne provient du livre « Find the old Beijing », bilingue, ISBN:7-80069-667-7

Au nom de Bouddha

Cet après-midi, je suis allé me promener le long de la Hai He, la rivière de Tianjin, qui est un peu comme la Seine à Paris, en plus propre. Il y a des pêcheurs et on peut acheter le poisson sur les berges. La municipalité a fait construire des quais somptueux pour la promenade, dallés de granit, avec des îlots à bordures de marbre noir où sont plantés des arbustes, de grands escaliers, des bancs et des rambardes de grand style. Les pêcheurs ont repris leurs habitudes là où ils s’installaient avant, en s’accomodant des escaliers et des dallages. Ainsi, le marché quotidien des poissons frais pêchés se tient sur la rive est, sous le pont du village Liu, Liuzhangqiao, pas loin de la maison en aval du fleuve.

Etal des poissons

Voila le décor vu de l’entrée du pont. Au fond, la grande arche bleue porte un tuyau qui transporte l’eau du chauffage urbain, et un nouvel ensemble d’immeubles qui poussent. Il y en a partout. Il fait presque tiède, le printemps va arriver.

Etal de pres

De près, on voit des anguilles, des petits poissons que je ne connais pas, et des bigorneaux. Rien d’extraordinaire, sauf un groupe de gens qui chantent, debout sur le quai. Je retourne sur le pont.

Prière avant

amituofoEntre les deux rangs de fidèles, des bassines remplies de poissons comme si on allait les vendre. La plus proche contient des bigorneaux. La plus éloignée et la plus grande abrite un gros poisson qu’on voit s’agiter. Tout le monde chante comme au temple « Amituofo, Amituofo », toute ma confiance dans Bouddha. Fo, le quatrième caractère, est le Bouddha. C’est peut-être la seule syllabe du chinois que je connais, qui ait un seul sens et un seul caractère.

Decor haut

Ceux qui priaient se forment en procession sous la conduite d’une jeune femme. Ils tournent plusieurs fois sur le quai, autour de leurs bacs de poissons, entre le pont et un petit autel installé à droite.

procession

Celle qui mène le cortège a une clochette, celui qui la suit un petit tambour de bois. Il y a beaucoup de monde pour les regarder, et personne ne parle fort.

Meneuse

La maîtresse de cérémonie repasse devant l’autel. L’image au dessus de l’autel est celle qu’on distribue aux visiteurs du monastère de femmes qui est plus loin au bout de l’avenue. Je suis toujours aussi ignorant des incarnations du Bouddha, de ses noms et de ses qualités. Quand je demande une explication, soit je tombe sur un expert qui va tout de suite trop loin, soit c’est quelqu’un qui n’a pas envie d’en parler.

Prière après

Les gens qui faisaient la procession ont pris en passant de grandes feuilles blanches, et maintenant ils chantent un cantique sur un motif musical qui se répète indéfiniment.

Dévote

fangshengEnfin, quelqu’un me dit de quoi il s’agit: une cérémonie de fang sheng, libérer en vie, pour faire une bonne action et rendre grâce à celui qui permet que les poissons se laissent attrapper. D’un côté cela ressemble aux petits oiseaux qu’on peut acheter en cage autour des temples pour les laisser s’envoler. De l’autre ce n’est pas le Bouddha qu’on prie pour que les poissons viennent dans les filets, ce n’est pas sa compétence. Le caractère de droite, sheng, signifie vivant, ou cru, ou débutant (xuesheng, étudiant, s’écrit en deux caractères 学 xue étudier, et sheng).

Portage

On porte les bassines au bord de l’eau. Il y a un moment d’attroupement autour de la plus grande, celle qui abrite le gros poisson, trop lourde pour qu’on puisse la porter. Pendant ce temps, la maîtresse de cérémonie photographie le ciel.

Photo du ciel

Enfin tous les poissons sont embarqués sur un des bateaux de pêche qui attendaient.

Embarquement

La maîtresse de cérémonie photographie le gros poisson, qui n’a presque plus d’eau tellement on allége sa bassine.

Décollage

Sous les yeux de la foule, ceux qui vont procéder au rite de remise à l’eau s’éloignent, comme pour une bénédiction de la mer un peu austère. Pas de vêtements de cérémonie ni de décors. Ce ne sont sûrement pas les autorités officielles qui ont organisé, on serait couverts de drapeaux flottant au vent et de fleurs artificielles.

Pose du poisson

Avant que le bateau s’éloigne, la maîtresse de cérémonie lève le gros poisson pour que tout le monde le voie.

Poisson debout

Les petits poissons et les bigorneaux sont semés à pleine mains autour du bateau.

Bassines vides

Les bassines sont vides. Il ne reste plus que le gros poisson, et tout le monde attend de le voir retourner dans l’eau. Lui aussi doit trouver le temps long.

Poisson à l'eau

Il vient de tomber avec quelques éclaboussures, mais pas du côté de la foule. C’est fini, le patron de la barque descend l’hélice du moteur et retourne au port.

Retour

Il est cinq heures et demie, la circulation des voitures sur le pont augmente brusquement. Je rentre à la maison. De l’autre côté, vers l’amont, c’est le centre ville, au-delà du nouveau pont design que j’ai vu construire depuis que je suis là.

Centre ville

Il y avait des appareils photo dans le rite. Personne n’a réagi en voyant le mien. J’ai peut-être fait partie de la célébration moi aussi. Si le fait d’être vu ailleurs augmente le mérite de ceux qui ont participé à la bonne oeuvre, c’est très bien.

Fin de soirée. A la télévision centrale, le grand débat traite aujoud’hui du retour de la France dans l’OTAN. On voit le Premier Ministre arriver à l’Assemblée entouré de gardes républicains, je l’entends parler à la tribune en français sous-titré. Plusieurs plans sur notre président Sarkozy qui gesticule derrière un pupitre sans qu’on l’entende. Juste avant, on avait reparlé du lapin et du rat. Les experts ont l’air de considérer que la décision de la France est de la première importance et que ce n’est pas bon pour la paix dans le monde. Mon épouse me répète une fois de plus « ne dis plus que tu es Français ». Pourtant tout à l’heure on m’avait posé la question et ceux qui étaient autour m’ont considéré avec sympathie.

Samedi en ville

Ce samedi, il fait beau, l’air est presque tiède et le soleil brille à peine voilé dans le ciel blanc qui est l’ordinaire de Tianjin. Le ciel bleu est réservé aux jours où le grand vent a balayé la poussière et tout ce qui empêche l’air d’être transparent. Je vais au musée des beaux-arts.

Musée des Beaux-Arts

A l’extérieur, c’est un cauchemar d’architecture comme les municipalités chinoises aiment en construire. Il a ouvert en 2004. Devant sa face nord, une immense place pavée de granit gris forme des ronds compliqués. Vu d’avion c’est encore plus étonnant. Dedans, au dessus des salles de peinture, calligraphie, jades, bronzes antiques, on trouve tout un étage d’histoire patriotique et pédagogique qui raconte le siècle de malheurs de la Chine et le demi-siècle de redressement. C’est cela que j’étais allé voir mais j’étais à peine monté que tout le monde a été prié de descendre, le musée ferme à quatre heures et demie. C’est sur le site internet , j’aurais dû regarder. Je reviendrai, peut-être avec ma chère épouse qui m’avait emmené là quand nous nous sommes rencontrés, et m’avait fait visiter une exposition de pierres à encre de toutes les époques. Donc je suis sorti. Dehors, je suis resté à jouir du beau temps avec la foule de citadins qui profitent du grand espace pour le transformer en terrain de jeu.

Place avec la foule

Le vent d’ouest est juste assez fort pour faire voler les cerf-volants.  Mascottes olympiques

Celui-ci, avec les mascottes olympiques, date de la saison passée.

Grand aigle

Celui-là est beaucoup plus sérieux. Il ne faut pas se tromper, faire voler un cerf-volant c’est d’abord un jeu de grandes personnes.

Conducteur de l'aigle

Si on n’en possède pas, on peut en acheter ou en louer un sur place. Les spécialistes sont arrivés avec leurs boutiques sur un tricycle, et les affaires marchent bien en ce début de saison.

Loueur de cerf-volants

Loueur avec tricycle

L’inscription à l’arrière du tricycle électrique est le nom de la ville de Da’An, « la grande paix », pas très loin au nord, où il est fabriqué.

Tireurs de fils

fengzhenIl faut faire attention en se promenant, à ne pas interférer avec les tireurs de fils concentrés sur leur art deFang fengzhenfang fengzhen, « libérer le cerf-volant », le premier caractère qu’on retrouve dansjiefangjiefang, la libération. Il y a une avenue de la Libération dans toutes les villes. A Tianjin, elle traverse le quartier des concessions du nord au sud et s’appelait avenue Victoria avant 1950. Le premier caractère du cerf-volant, feng « le vent » représente un insecte sous un abri en forme non simplifiée. Alors que je longe une balustrade, un grand oiseau tombe à mes pieds; son conducteur très loin au bout du fil a fait une fausse manoeuvre. Je brandis l’oiseau au-dessus de la balustrade et le vent l’emporte à nouveau. Quelques voisins applaudissent; ils croient peut-être que j’y connais quelque chose.

Deux patineurs

On peut aussi louer des patins à roulettes. Ce n’est pas comme à la patinoire; les débutants peuvent commencer à s’y mettre sans risquer de croiser des virtuoses.

Patineuse en noir

Une patineuse aidée

D’ailleurs les sportifs vont probablement ailleurs; non que ça manque d’espace libre, mais il y a des concurrents.

Voiture gonflable

Voici des voitures électriques à carrosserie gonflable, en location aussi. Comme elles ne font pas de bruit, elles émettent une petite musique.

Voiture électrique à  deux

Là c’est le petit garçon qui conduit son papa. L’immeuble bizarre derrière eux est le siège du Quotidien de Tianjin, pas loin de chez nous.

Jeu de balles

Ici, c’est un jeu de lancer de balles pour gagner des peluches. Pas facile du tout. L’entonnoir à viser est en tissu élastique qui renvoie la balle dehors si elle ne va pas exactement dans le trou, et les balles en plastique sont traitreusement lestées d’un côté. J’ai tout raté.

Patates douces

Sans surprise, la marchande de patates douces, friandise d’hiver qu’on trouvera aussi en été. C’est très farineux et il y a de quoi sauter un repas.

Mangeuses

Derrière les mangeuses, l’extrémité de la galerie qui va du musée au milieu de la place. On peut acheter autre chose aussi, des jouets par exemple.

Grand-pèr et petit-fils

Voici un grand-père en négociation avec son petit-fils. Les tentations ne manquent pas dans cette foire aux loisirs installée pour la journée.

Marchande de ballons

PhotographeSujet photogénique: la marchande de ballons. Je ne suis pas seul sur l’affaire. En plus de ceux qui se photographient les uns les autres, je repère un amateur qui fait la même chose que moi, essayer de capter la fête. Il me repère aussi et fait plusieurs images du  promeneur occidental. Je tire aussi son portrait et il en est satisfait.  Un peu plus tard, je fais poser la marchande de ballons sur son vélo et j’arrive à peu près à ce que je voulais.

Marchande de ballons à vélo

Mais quand elle se voit en image, elle change d’avis et veut que je l’efface. Je fais semblant. C’est très mal mais j’aime bien et je la montre quand même.

Fin d'après-midi

En partant, je vois une petite fille qui replie son cerf-volant avant de monter dans l’auto de son papa. A part que tout le monde est encore bien couvert, on se serait cru à la plage en ville. Cet été, les grands bassins entre la place et le musée seront mis en eau. Il fera chaud. Il ne manquera plus rien.

Un autre jour, nous reparlerons du rat et du lapin. Allez lire les commentaires, qui sont plus intéressants que ce que j’avais écrit.

Encore eux

Nous avons revu le rat et le lapin à la télévision, et aussi le singe, la chèvre et quelques autres. On finirait par croire qu’il n’y a personne de plus important qu’eux.

Singe

LaoshuTuziTant que j’y pense, voici les caractères qui les représentent. Laoshu le rat. Le premier caractère signifie « vieux », le second est l’image du rat avec ses dents, ses pattes griffues et sa queue. Tuzi le lapin. Le second caractère signifie enfant, le premier est le lapin avec ses longues oreilles et ses grandes pattes. On trouve toujours une bonne explication à la forme d’un caractère.

Cai Mingchao

Photo empruntée au China Daily

Mais le vrai héros du jour, c’est celui qui les a achetés. Mr Cai Mingchao est un conseiller du « Fonds des trésors nationaux », une fondation officielle créée en 2002 auprès du ministère de la Culture pour racheter les oeuvres d’art chinoises à l’étranger et les rapatrier. Il était présent par téléphone aux enchères et il a monté jusqu’à 14 millions d’euros par tête, plus les frais. Derrière lui sur la photo, le panneau de l’opération « arrêtons le flot des trésors culturels (wen wu, les deux derniers caractères visibles à droite) qui disparaissent à l’étranger ».

Enchères au Grand Palais

La séquence des enchères est passée à la télévision jusqu’à ce qu’on la connaisse par coeur. Les Chinois doivent croire que ça se passe toujours dans le luxe en France. Photo de l’agence Xinhua.

Et maintenant il annonce qu’il ne paiera pas, qu’il n’est pas admissible que le peuple chinois paie pour quelque chose qui lui appartient. Bien sûr, Christies la société de vente aux enchères ne lui a pas encore remis les sculptures, et ne les lui donnera pas, mais monsieur Cai a gagné: la vente n’a pas eu lieu et ce sera bien compliqué d’en organiser une autre rien que pour les deux animaux. Si Pierre Bergé les reprend chez lui, on en reparlera chaque fois qu’il y aura un problème entre la France et la Chine. On finira par dire que c’est lui qui les avait volés en 1860, et qu’il est vraiment dépourvu de honte en parlant des droits de l’homme. Il ne reste plus qu’une ressource: envoyer notre Jacques Lang faire une visite officielle au ministre de la culture chinois et lui remettre le rat et le lapin que les contribuables auront achetés à leur gardien pour une somme raisonnable (50 centimes d’euro par Français). Je suis prêt à payer ma part.

Lever des couleurs

Quelque chose de complètement différent. Aujourd’hui comme tous les lundis, à huit heures juste, les élèves du collège sous nos fenêtres étaient au garde à vous pour entendre l’hymne national et regarder hisser le drapeau au mat de la cour de récréation. Ensuite la directrice leur a longuement parlé, et la voix d’un élève a récité le début du Classique des Trois Caractères, qui commence ainsi:

人 之 初 rén zhī chū L’homme est premier
性 本 善 xìng běn shàn Sa nature est bonne
性 相 近 xìng xiāng jìn Sa nature est une
习 相 远 xí xiāng yuǎn Ses mœurs sont variées

Il faudra que j’en reparle un de ces jours. C’est l’acte de foi confucéen, et bien d’autres choses. Si vous ne connaissiez pas, il y a un article dans Wikipedia . Je ne sais pas ce qu’ils pensent des trésors culturels de leur pays, mais on leur enseigne qu’ils sont importants.

Course

Les mêmes cet après-midi, à la fin du cours de gymnastique (ils portent leur survêtement aux couleurs du collège toute la journée, et dans la rue pour rentrer à la maison).

Et l’hymne national, celui que le haut-parleur de l’école nous fait entendre le lundi matin, le même qu’on a entendu à la télévision plus souvent que tous les autres pendant les Jeux olympiques. Ce qui me fait penser que je l’entends très souvent et rarement l’Internationale. La video a été créée et montée sur Youtube par un Chinois.

Bonzes représentnts

Membres de la Conférence Consultative du Peuple au titre des religions. Photo de l’agence Xinhua.

L’autre grand sujet du jour, à la télévision centrale (mais pas sur Phénix de Hong Kong qui n’en avait que pour le rat et le lapin, et qui diffuse un débat sur ce qui va arriver, entre Paris, Hong Kong et Shanghai, pendant que j’écris), c’est l’arrivée à la gare ou à l’aéroport des milliers de délégués de la conférence politique consultative du peuple qui se réunit demain à Pékin pour neuf jours comme tous les ans. On annonce que son plus jeune membre, le coureur de 110 mètres haies Liu Xiang, désigné au titre des sportifs de haut niveau, sera absent. Il soigne son pied blessé aux Etats-Unis.

Le rat et le lapin

Depuis quelques jours, on voit la France à la télévision à chaque journal. Il y a eu la manifestation à Paris pour les Guadeloupéens. Je ne suis pas sûr que les téléspectateurs chinois aient bien compris de quoi il s’agissait. Ceux qui connaissent le cours de l’euro ont vu sur les pancartes « 200 de plus tout de suite ». C’est ce qu’on gagne en un mois sur un chantier ou comme vendeur dans une boutique. Et ce n’est pas le commentaire qui les aura aidés; c’est « une manifestation », comme si c’était un des inconvénients de la démocratie que le gouvernement scientifique du Parti évite aux citoyens chinois.

Mais ce n’est pas cela qui est important. Ce sont le rat et le lapin du Palais d’Eté, volés en 1860 par le corps expéditionnaire franco-anglais à Pékin et mis en vente aux enchères à Paris avec la collection d’art d’Yves Saint-Laurent.

Rat et lapin

Ce matin cette photo était en une du Quotidien du Peuple. On a vu le porte-parole du ministre des Affaires Etrangères en parler à la conférence de presse. Avant-hier, on nous a montré Pierre Bergé avec chapeau et écharpe, en train de dire « S’il fallait rendre tout ce qui a été volé, les musées seraient vides. » Ce n’est pas très intelligent de dire une chose pareille à une Chinoise, qui pense justement que les musées devraient être vides. Quand nous avions visité la salle assyrienne du musée du Louvre, mon épouse m’avait fait remarquer qu’il n’y avait là que des choses volées, et qu’il n’y a rien de pareil dans les musées chinois. C’est vrai: il n’y a que de l’art asiatique dans les musées en Chine (ou du moins je n’ai rien vu d’autre) et le gouvernement achète dans le monde entier des oeuvres d’art chinoises pour les faire revenir à leur place, comme le mobilier de Versailles vendu en 1793.

Rat

Le rat, photo prêtée par l’agence Xinhua

En fait, depuis la France on n’a pas la moindre idée de ce que ça représente pour les Chinois. Les ruines du Yuan Ming Yuan (le jardin brillant et rond) dans le parc des Palais d’Eté au nord-ouest de Pékin sont envahies par les visiteurs dès qu’il fait beau.

Ruines du Yuanmingyuan

C’est justement là qu’était le bassin entouré des 12 animaux de bronze du zodiaque chinois. Les architectes de ce palais étaient Michel Benoit et Giuseppe Castiglione, pères jésuites, qui s’étaient inspirés de Versailles. On nous a montré à la télévision la gravure sur cuivre, une des premières réalisées en Chine, aussi par un père jésuite, qui représente la façade et le bassin. Des jets d’eau sortaient de la bouche des douze animaux pour marquer les heures.

Maquette du palais

Sur les lieux, une maquette sous verre permet de s’imaginer ce que c’était. Les cylindes qui inondent les escaliers sont des billets d’un yuan (vert clair) ou de 5 maos (mauves), que les visiteurs ont glissé par les ouvertures du couvercle, exactement comme dans les troncs transparents des temples.

Autre maquette

L’empereur Qianlon des Qing avait dans son parc deux palais européens, comme il avait des palais chinois, tibétains, mongols, turcs, pour posséder un modèle réduit du monde sous le ciel.

En 1760 les palais étaient terminés, et les jets d’eau, les premiers en Chine, animaient les jardins comme à Versailles. A peine un siècle après, les successeurs mal avisés de Qianlong se faisaient envahir par les armées de France et de Grande-Bretagne, venues ouvrir le pays au commerce. Je n’y étais pas, mais il me semble que c’était la faute de Qianlong qui avait déclaré à l’ambassadeur britannique Mac Cartney en 1793 « Nous avons tout, quel besoin avons-nous de commercer avec vous. » L’empereur du Japon, un peu plus de soixante ans ans plus tard, n’a pas fait la même erreur.

Pont détruit

fenEn se promenant dans le parc du Yuanmingyuan, on peut lire les plaques qui marquent l’emplacement des palais et des pavillons disparus dans l’incendie. On peut lire la date entre la deuxième et la troisième ligne, 1860, et reconnaître le caractère du feu sous le bois, l’incendie, et les caractèresyingfaying fa, Angleterre et France. Les palais chinois, en bois sur une plateforme de dalles, ont disparu, mais les palais des pères jésuites ont été transformés en matériaux de construction après l’abandon du parc (l’autre palais d’Eté, celui qu’on voit aujourd’hui, a été reconstruit), et ce sont les archéologues du temps de Mao qui ont redressé les grandes pièces qui restaient. Aujourd’hui, on parle de tout reconstruire.

Tout cela pour essayer d’expliquer pourquoi la vente aux enchères de Paris est le grand sujet de chaque journal télévisé et passe juste après la visite du chef d’Etat du jour au journal de la première chaîne nationale, avant la catastrophe dans une mine de charbon du Shanxi. Voila ce qu’on voyait hier soir et ce matin:

Avocat

Dans la salle des Pas Perdus du palais de justice de Paris, un avocat du côté Christie (si j’ai bien compris), à l’accent précieux encore plus accentué que celui de Pierre Bergé disant « Je suis absolument prêt à donner ces deux têtes de bronze à la Chine, tout ce que je demande à la Chine en contrepartie est de donner les droits de l’homme, la liberté au Tibet et d’accueillir le dalai lama » (je ne sait pas s’il imagine le tort qu’il fait à sa bonne cause auprès des Chinois en racontant un truc pareil; au printemps 2008, sur les forums internet on comparait les agités droit-de-l’homme-istes d’Occident à un nouveau corps expéditionnaire).

Avocate chinoise

Une avocate chinoise en robe d’avocat français.

Journaliste

La journaliste de Phénix TV (de Hong Kong, qu’on reçoit sur le cable) devant les grilles du Palais de Justice.

Grand palais

La même devant le Grand Palais où la collection est exposée.

Manifestant

Un manifestant à Hong Kong qui explique son indignation.

Formulaire

Et même, faute de bonne image, le formulaire de déclaration de la manifestation à Paris. Ca s’est limité à une distribution de tracts décorés des deux têtes d’animaux, avec la déclaration d’un passant au micro « Je sais que ce monsieur va ramasser beaucoup d’argent, il aurait pu faire un effort. »

Ce soir, après l’annonce de la décision du tribunal de Paris qui laisse la vente se dérouler, la chaîne internationale de la télévision centrale (CCTV4, qu’on reçoit à Paris sur le câble) a diffusé en direct un duplex entre les experts à Pékin et le journaliste à Paris, comme si c’était une crise mondiale.

Direct

L’expert est remplacé à l’image par les cinq têtes déja récupérées et retournées à Pékin.

Cinq têtes

La première chaîne centrale, celle dont le journal de 19 heures est diffusé par la première chaîne de toutes les provinces, a repris le sujet au milieu de le soirée. La traduction en français de l’article du Quotidien du Peuple était déja en ligne en début d’après-midi, ce qui n’arrive pas souvent, et celle de l’argumentaire un peu plus tard.

Je ne sais pas à quoi s’occupe notre Président de Funès (les Chinois l’aiment bien à cause de la ressemblance), mais j’ai l’impression qu’il est en train de louper une bonne occasion d’obliger le gouvernement chinois à faire remonter la cote officielle de la France. Forcer gentiment le propriétaire à faire un geste (en lui faisant murmurer à l’oreille « Vous préférez un contrôle fiscal ou un crédit de droits de succession? », par exemple) n’aurait coûté que quelques sous aux contribuables. Mais je n’y connais rien. Il a peut-être quelque chose sur le feu, de plus important que les relations avec la Chine. La nomination d’un page de sa Cour à la direction des caisses d’épargne, probablement.

Petit voyage dans le temps

Ca fait un peu plus d’un mois que la boulangerie est fermée. J’ai l’impression que ceux qui ont renoncé à continuer se sont décidés trop vite. J’ai rendu visite à quelqu’un qui a réussi dans le même genre d’affaires: des boutiques où on vend du pain et de la pâtisserie française de qualité, où le client peut s’asseoir dans un cadre agréable et manger ou boire quelque chose y compris ce qu’il vient d’acheter. Il a fallu un an pour que ça marche bien; la deuxième boutique n’était pas au bon endroit et a fermé au bout de six mois. Celles qui marchent sont à l’est de Pékin, là où il y a des étrangers qui ont de l’argent à dépenser. Il faudra que j’en reparle. Apparemment, là où nous étions, les étrangers sont moins nombreux et dépensent moins. Ou bien ils n’ont pas eu le temps de trouver où nous étions. Il y avait trois universités à 10 minutes à pied de la boutique, dont l’université des langues étrangères.Telephone

Je reçois encore des messages comme celui-ci, d’étudiantes qui étaient venues acheter des gâteaux ou manger une pizza, mais c’est fini. Le matériel est dans un entrepôt, à vendre. Si quelqu’un veut monter une boulangerie à Pékin il peut acheter d’occasion four, pétrin, chambre de pousse (c’est l’armoire climatisée où on fait lever la pâte), moules, comptoir réfrigéré, qu’il m’écrive (se dépêcher, il y a un acheteur sur le coup). Didier le maître boulanger est maintenant chef de la meilleure boulangerie industrielle française de Pékin. Si vous trouvez que le petit pain du plateau repas d’Air France est vraiment bon à manger, c’est grâce à lui (mais Air France n’a pas qu’un seul fournisseur).

Donc, je me retrouve en quelque sorte en chômage. Maintenant que tout est réglé, plus de déplacement à Pékin chaque semaine avec une demi-heure de train à grande vitesse puis une heure d’autobus (beaucoup moins pendant la semaine du Nouvel An quand il n’y avait personne à Pékin, et même après; tout le monde n’est pas revenu). J’ai de nouveau le temps de me promener dans Tianjin.

Calèche dans la rue

Dimanche, je suis allé revoir les rues qui traversent l’ancien quartier résidentiel de la concession britannique, là où des Chinois riches s’étaient fait construire des villas au début du 20e siècle. Ils préféraient l’administration anglaise à celle de la toute nouvelle République. Les villas logent maintenant des sièges d’entreprises d’Etat ou des administrations. Des plaques de marbre noir racontent qui ils étaient et ce qu’il faut regarder dans l’architecture. On peut se faire promener en calèche (ce qui est légèrement anachronique; quand les villas ont été construites à partir de 1924, il y avait des voitures; mais les calèches sont en plastique, tout à fait modernes).

Porche et sacs de sable

En passant devant le porche du petit palais qui abrita autrefois un oncle du dernier empereur, et qui loge maintenant le service des relations avec les pays étrangers de la municipalité, j’ai eu l’impression d’être emmené dans la Chine de Tintin, le lotus bleu, Shanghai en 1935. Pour une fois, le portail était ouvert. A l’intérieur, des gens s’affairaient aussi à donner un air guerrier aux galeries.

Galerie de la villa

On a mis des caisses de munitions pour cacher les climatiseurs qui ne sont pas d’époque (je sais que ce sont des munitions; ceux qui sont sur la photo ont commencé à y mettre des inscriptions au pochoir). Une occasion de constater combien on aime les colonnes grecques ici. Mais pas moyen de rester; plein de gens m’ont suivi en croyant qu’on peut visiter et les travailleurs m’ont demandé de ressortir.

Drapeau rouge

Dehors, on a hissé un drapeau rouge, bien plus grand que celui qui flotte d’habitude sur le bâtiment. Le lendemain matin, quand je suis retourné voir ce qui pouvait se passer dans cet endroit, le drapeau avait changé.

Drapeau du Guomingdang

C’est le drapeau de la République de Chine, celui qui flotte toujours sur Taiwan, avec l’étoile à 12 branches du Guomingdang. Deux soldats en tenue d’hiver matelassée attendent les évènements. Nous sommes bien revenus dans les années 1930.

Porche et cinéma

Bien sûr, nous sommes au cinéma. Le réverbère design blanc tout neuf a été repeint en noir pour l’harmonie, et la façade restaurée a été re-salie avec soin. On voit quelques uns des techniciens en train de tendre une grande toile argentée pour ramasser le soleil. La porte ouvre au nord, contrairement à tous les bons principes d’un lieu du pouvoir chinois, qui veulent que le souverain siège face au sud.

peintre

Un peu plus loin, un peintre est en train de chercher la bonne nuance de vert armée pour réajuster la décoration d’un camion d’époque.

Camion d'époque

Un autre camion arrive. L’ambiance ferait presque illusion. Il ne reste plus qu’à empêcher les voitures modernes de passer.

Marins

Les soldats et les marins sont en place, le tournage va commencer. Les assistants demandent aux badauds, dont moi, de laisser la place. Quelques dames à vélo veulent continuer leur chemin jusqu’à l’autre bout du théatre et les assistants les laissent prudemment passer.

Tournage

C’est commencé, avec la caméra sur sa grue. Les gardiens de la rue au premier plan cachent la foule de techniciens qui s’agite sur le trottoir. Au fond, ceux qui sont déja allés à Tianjin reconnaîtront « l’arc de triomphe », le siège du crédit agricole chinois, peut-être l’immeuble le plus prétentieux de la ville. La caméra a intérêt à ne pas se tourner dans cette direction là.

Il y a une douzaine de camions dans la rue voisine. Une maison en chantier a été transformée en cantine. Je prends des photos (sans intérêt).

Vigile

J’ai inquiété les gens du service d’ordre, qui n’avaient rien à faire puisque ceux qui regardent sont gentils et veillent même à ne pas parler fort. Le jeune homme qui arrive a l’intention de montrer qu’il est utile. Mais il ne sait pas trop comment faire pour m’interdire de photographier. Je lui demande en français ce qu’il veut. L’assistance rigole. En voila un qui ne sait pas s’y prendre avec un étranger. J’entends une voix féminine dire « Ta bu ting dong fayu » (il ne comprend pas le français), mais je n’ai pas le temps de repérer qui parle. Il fait mine d’appeler du renfort avec son talkie-walkie.

Je me rapproche de la voiture où un vieux policier fait la sieste. Il me dit  quelque chose comme « ne restez pas là, il a peur. » Ce policier applique les bons principes du fonctionnaire d’autorité en Chine. S’il y une bagarre et qu’il reste à l’abri, il sera mal noté. S’il intervient et réussit à séparer les combattants, il aura une note moyenne. La bonne note est réservée au cas où il ne s’est rien passé du tout, où il a empêché la bagarre par sa simple présence au bon moment au bon endroit. Je m’en vais donc. En partant, je demande à un jeune couple qui regarde le tournage depuis son balcon si je peux faire leur portrait.

jeune couple

Ajouté le 20 février: ça fait deux jours que j’ai écrit ce billet, et j’avais oublié de le mettre en ligne pour qu’on puisse lire. Ne pas avoir de soucis quotidiens ne me réussit vraiment pas.