Aujourd’hui 9 janvier, 15e jour du premier mois de l’année de la Vache, c’est la fin de la fête du printemps. On tire de nouveau des pétards dans la rue toute la journée. Ce soir nous allons dîner chez mon beau-père et il faudra manger les Yuanxiao
(ne me demandez pas de traduire) des boulettes de pâte de riz sucrées qui flottent dans une sauce également sucrée. Une amie à qui j’avais rendu service en rapportant de France un colis de son mari en a apporté des quantités dans un beau carton rouge et doré. L’école en face avait rouvert hier mais les élèves sont en vacances. Mon épouse est au travail.

L’arrêt d’autobus, en direction du temple, avec les lanternes de fête posées le long de l’avenue par la municipalité
Ce sera aussi le dernier jour pour aller faire ses dévotions de début d’année. Je suis allé la semaine dernière au grand temple bouddhiste du nord, Dabeiyuan, quelque chose comme « le palais des grandes tristesses » (le caractère du milieu, une barrière sur un coeur). Une autre année, nous étions allés ensemble en pleine nuit, à la première heure du premier jour. Il y avait tellement de fidèes qu’ils étaient priés d’entrer, s’incilner devant le sanctuaire et sortir par une porte qui donne sur une autre rue. Cette fois c’est l’après-midi et on a le droit de s’attarder.

Les préposées du temple sont là pour distribuer à chacun les trois bâtonnets d’encens qu’on doit tenir en s’inclinant devant le sanctuaire, puis piquer dans le grand bassin de bronze rempli de cendres en bas des marches. Cela évite aussi d’avoir à gérer les quantités de gros bâtons que certains ne manqueraient pas d’apporter.


Si on va directement au grand temple, on monte les marches avec le filet de pommes ou le pot de fleurs en soie qui seront présentées au Bouddha.

On ne rentre pas dans le temple, d’ailleurs les portes sont fermées à cette heure. On remet les pommes et les fleurs, qui vous sont rendues aussitôt. On peut aussi prendre un papier, écrire un voeu au dos, et mettre un billet dans le tronc. Les papiers seront brûlés et les voeux monteront au ciel.

J’arrive tard, mais il y a encore beaucoup de monde. On fait dignement la queue pour s’agenouiller une demi-minute, le temps de faire trois prosternations. On peut voir sur les images qu’il n’y a pas que les vieux qui viennent prier. La photo ne montre pas la foule;elle a été prise plus tard, quand il y a eu de la place pour le photographe, qui avait fait la queue pour arriver devant le sanctuaire mais avait été aussitôt entraîné par les gens qui repartaient.

Si on veut rester un peu plus longtemps, il faut aller devant l’autre face du temple.

Ou bien on s’adresse à une autre représentation de Bouddha (ou un autre Bouddha, je ne vais pas essayer d’expliquer; c’est Amitofo qui siège dans le grand sanctuaire). Tout est organisé, avec le coussin pour s’agenouiller et le tronc des offrandes. Le dieu de la richesse est là aussi, sur un côté de la cour. D’ailleurs le temple s’agrandit. Un nouvel enclos vient d’être terminé, avec des salles d’étude et un petit sanctuaire tout neuf dédié à un Bouddha au cent bras (Amitofo a un corps de personne normale, femme en haut et homme en bas). La statue en cuivre brillant est toute neuve.
Après avoir fait leurs dévotions, beaucoup de gens se dirigent vers un bâtiment qui ressemble à un bureau quelconque, pas du tout luxueux ni décoré. A l’intérieur, on se croirait dans un bureau de poste à l’heure de pointe, avec des gens qui font la queue et des monceaux de colis.

J’essaie de comprendre de quoi il s’agit. On passe d’abord devant une table et on donne un gros billet.

Le billet rouge est de 100 yuans, le billet vert à l’arrière-plan est de 50. Les caissières ont un détecteur de faux billets. En échange, on reçoit un ticket orné de l’inscription
« gongde wenshu », bonne oeuvre, document écrit (traduction non garantie; le second caractère ‘de’ seul signifie « vertu » ou « allemand »).
Muni de son ticket, on refait la queue pour arriver devant une table où quelqu’un vous écoute et écrit sur une grande feuille mauve déja imprimée en colonnes.

Celui ou celle qui vous a écouté vous donne la feuille mauve en échange du ticket, et vous allez la remettre aux dames du fond de la salle, qui la glissent dans un grand étui de papier jaune et ajoutent le tout à la grande pile derrière elles. Tout ça se passe dans le calme, mais vraiment sans rien qui ressemble à une dévotion.
Sur l’étui jaune sont imprimés cinq caractères en colonne
bing jiao sha men fei; maître enseignement poudre porte enveloppe. Mon épouse ne connaît pas la signification. Je n’ai pas pas osé poser la question aux gens qui attendaient ni voler une des grandes feuilles mauves. Tout ce que j’ai compris, cest que tous les étuis de papier jaune seront brûlés. J’ai retrouvé des quantités de textes sur Internet qui contiennent . Il semblerait que c’est l’équivalent des messes pour les défunts qu’on vient demander et payer à Sainte Anne d’Auray et ailleurs. Qu’est-ce que cela vient faire dans un temple bouddhiste où on enseigne la réincarnation ? Je suis vraiment ignorant.
Quand je sors, il est tard et le temple va fermer. Je suis accueilli sur la place par des vendeuses qui ont l’air d’attendre leur dernier client.

Elles vendent des oiseaux en cage à ceux qui veulent faire une bonne oeuvre en les libérant. Drôle d’idée, car si on ne pouvait pas vendre des oiseaux ainsi, personne ne les capturerait.

Mais je n’ai peut-être pas tout compris. Je crois me rappeler que j’ai vu les mêmes oiseaux picorer dans les cours du temple. Est-ce qu’ils seraient de service pour la fête eux aussi, en assurant une augmentation du capital de bonnes oeuvres des généreux acheteurs ?

Dehors, les arbres sont abrités du vent d’hiver par de grandes bâches, mais pas seulement vertes comme en ville, décorées de grandes affiches imprimées. La petite vache a pris la place de la partie gauche du caractère Fu, le bonheur, celui qu’on voit partout en ce moment.






Onze heures et demie. Avec mes beaux-frères, je descend dans la rue devant l’immeuble avec les pétards. Ce sont les grandes personnes qui s’occupent de cette affaire très sérieuse. Trois bandes de deux mille, qu’on déroule sur le trottoir. D’autres font la même chose un peu plus loin. Ca fait déja longtemps qu’on ne s’entend plus dehors. Et puis chacun rentre à la maison avant minuit. Il y a des rendez-vous dans les familles de l’autre côté, et mon beau-père est un peu fatigué. On ira au temple bouddhiste demain.









Dans la nuit du dimanche 25 au lundi 26 janvier, nous passerons de l’année du rat à l’année de la vache (ou du boeuf ou du taureau; en chinois c’est le même caractère, on devine ou on ajoute un autre caractère). Ce sera la fête du printemps
‘chun jie’, printemps fête. Il y aura des pétards et des fusées, les gens pieux iront au temple pour la première heure du premier jour. Tout le monde sera en vacances sauf ceux qui travaillent les jours de réjouissances, dans les restaurants par exemple.






















« nuit servir », service tard le soir; dans les restaurants chinois le coup de feu est à six heures et il n’y a plus d’autobus après dix heures. Tout le monde ne reste pas ouvert tard le soir.


Depuis que je m’occupe d’une boulangerie française, je me suis mis à fréquenter les Français.Pas les gens de Tianjin qui se réunissent pour parler de leurs problèmes d’étrangers qui vivent en Chine, mais des gens de Pékin qui ont transporté ici leurs affaires françaises (ce qui ne vaut pas dire qu’ils n’ont pas les mêmes problèmes pour vivre en Chine, mais ce n’était pas le sujet du jour). Donc ce jour là l’invité d’honneur était Christophe-André Frassa, sénateur représentant les Français établis hors de France, nouvellement élu en septembre dernier. C’était
Pour en savoir plus sur les représentants des Français de l’étranger (l’étranger est le 7e plus grand département français en nombre d’électeurs) voir le
ce qui se traduit à peu près « Loi, être bienfaisant »; le premier caractère comme la France ‘faguo’
, le second comme Lhassa ‘lasa’
. Au dîner, on a parlé de beaucoup de choses, par exemple de cuisine politique. Comment faire place aux futurs députés des Français de l’étranger en gardant le même nombre de députés (577) et sans priver des titulaires actuels de leur siège ? Et des avis sur le spectacle actuel: « Nous sommes dans une période Cassoulet, une petite saucisse et beaucoup de fayots ». Ce que nous mangions était la « cuisine fusion » de ce restaurant chinois tenu par une Française. Salade de frisée assaisonnée au vinaigre chinois, mais avec des petits dés de Beaufort. Soupes et veloutés servis dans de petits bols et non dans une soupière commune mais les plats affluent sur la table au lieu d’apparaître un à un. On nous a servi un apéritif avant de se mettre à table (du vin blanc de Nouvelle-Zélande).




Nous sommes jeudi. Le papier collant qui ferme les caisses dit « ne pas mettre en vente avant le 3e jeudi de novembre ». Chacun a payé à l’entrée une grosse somme, qui ressemble plus au tarif des cours de l’Alliance Française qu’au train de vie ordinaire: 50 yuans pour deux verres ou 100 yuans pour boire à volonté. Mais la sévérité des serveuses s’évaporera dans la soirée. J’avais pris le carton à 50 pour me limiter et j’en ai bu plus. Cette fois c’était facile de tenir tête à a conversation. Dans quelle région a-t-on fait ce vin. Est-ce une tradition française de se réunir ainsi pour boire du vin ce jour là? Les invitations de l’Alliance Française disent seulement « Beaujolais nouveau ». J’essaie d’expliquer ce que c’est que le vin nouveau. On m’objecte que le vin doit vieillir pour être bon; les étudiantes ont écouté le cours. Elles le trouvent quand même bon.








Une expression à se rappeler « Hong Poutao d’jiu », le vin rouge. On en fait aussi en Chine, et il peut être bon (par exemple le Dynasty du terroir de Tianjin, fait avec l’aide de Français). Un de ces jours on nos fera aussi goûter le vin nouveau de Chine. Mais le beaujolais a une vertu: ceux qui se réunissent pour le boire croient tenir un petit bout de civilisation française, et c’est très bien qu’ils le croient. D’ailleurs c’est vrai.



Et ils ne mangent pas non plus de poireaux. D’ailleurs j’ai tort de parler de poireaux. Ce sont des ‘cong’ (t’chong), de la même race que les oignons. On les mange coupés en petits tronçons obliques et fricassés avec un peu de viande, ou crus, finement émincés, à rouler dans une petite galette avec les morceaux de canard laqué.

A part ça, les tas de choux chinois (bai cai, blanc légume) devant le cybercafé
wangba (regardez la première photo, en haut sur fond rouge) me rappellent que ça fait juste deux ans que j’écris ce journal. Le compteur me dit aujourd’hui qu’il a été consulté 85 000 fois (pages vues). Le dernier commentaire a été écrit par Ping, Chinoise qui étudie à Lille (

Le joyeux petit groupe de filles à droite de l’entrée appartient au temple. Contrairement à ce qu’on m’avait appris, c’est la porte centrale (celle de l’empereur et des dieux) qui est ouverte, pas les portes latérales. Sur le panneau au-dessus, de droite à gauche ‘guan di miao’ , le temple du dieu de la Guerre (en caractères simplifiés à gauche; le caractère central ‘di’ signifie l’empereur).




Nous entrons dans le pavillon pour saluer le maître des lieux Guan Fuzi ou Guan Di, roi de la Guerre, vêtu en empereur avec sa coiffure qui supporte un écran de perles. Je me sens très ignorant, un peu comme un Chinois ordinaire face à Saint Christophe ou Saint Sébastien, bien incapable de les reconnaître faute d’avoir appris qui ils sont, les symboles qu’ils portent et le reste (je me suis peut-être trompé d’image; que celui qui connaît publie la rectification en commentaire). Je sais tout juste que les « dieux » taoïstes sont des personnages réels (celui-ci est un des généraux des guerres des Trois Royaumes, au temps du bas-Empire en Occident) qui ont continué leur carrière dans la hiérarchie de l’Empire du Ciel. Et aussi que tout ce que je vois est aussi loin des idéaux du Tao de Lao Tseu que le culte des saints chrétiens de la Rédemption.




« bonheur », et ‘zhongyi’
« loyauté », mais pas le Tao ‘dao’
« la voie », ce sur quoi on marche » (Zhuangzi) ou ce qu’on ne peut nommer (Laozi); c’est une autre question; d’ailleurs ‘dao’ signifie tout simplement la rue, comme ‘lu’
ou ‘jie’
.