Fin de la fête

Aujourd’hui 9 janvier, 15e jour du premier mois de l’année de la Vache, c’est la fin de la fête du printemps. On tire de nouveau des pétards dans la rue toute la journée. Ce soir nous allons dîner chez mon beau-père et il faudra manger les Yuanxiaoyuanxiao(ne me demandez pas de traduire) des boulettes de pâte de riz sucrées qui flottent dans une sauce également sucrée. Une amie à qui j’avais rendu service en rapportant de France un colis de son mari en a apporté des quantités dans un beau carton rouge et doré. L’école en face avait rouvert hier mais les élèves sont en vacances. Mon épouse est au travail.

Arret d'autobus

L’arrêt d’autobus, en direction du temple, avec les lanternes de fête posées le long de l’avenue par la municipalité

dabeiyuanCe sera aussi le dernier jour pour aller faire ses dévotions de début d’année. Je suis allé la semaine dernière au grand temple bouddhiste du nord, Dabeiyuan, quelque chose comme « le palais des grandes tristesses » (le caractère du milieu, une barrière sur un coeur). Une autre année, nous étions allés ensemble en pleine nuit, à la première heure du premier jour. Il y avait tellement de fidèes qu’ils étaient priés d’entrer, s’incilner devant le sanctuaire et sortir par une porte qui donne sur une autre rue. Cette fois c’est l’après-midi et on a le droit de s’attarder.

Centre de la cour

Les préposées du temple sont là pour distribuer à chacun les trois bâtonnets d’encens qu’on doit tenir en s’inclinant devant le sanctuaire, puis piquer dans le grand bassin de bronze rempli de cendres en bas des marches. Cela évite aussi d’avoir à gérer les quantités de gros bâtons que certains ne manqueraient pas d’apporter.

Trosi encens

Sanctuaire

Si on va directement au grand temple, on monte les marches avec le filet de pommes ou le pot de fleurs en soie qui seront présentées au Bouddha.

Préposés devant le sanctuaire

On ne rentre pas dans le temple, d’ailleurs les portes sont fermées à cette heure. On remet les pommes et les fleurs, qui vous sont rendues aussitôt. On peut aussi prendre un papier, écrire un voeu au dos, et mettre un billet dans le tronc. Les papiers seront brûlés et les voeux monteront au ciel.

Devant le grand temple

J’arrive tard, mais il y a encore beaucoup de monde. On fait dignement la queue pour s’agenouiller une demi-minute, le temps de faire trois prosternations. On peut voir sur les images qu’il n’y a pas que les vieux qui viennent prier. La photo ne montre pas la foule;elle a été prise plus tard, quand il y a eu de la place pour le photographe, qui avait fait la queue pour arriver devant le sanctuaire mais avait été aussitôt entraîné par les gens qui repartaient.

Une fille a genoux

Si on veut rester un peu plus longtemps, il faut aller devant l’autre face du temple.

Queue devant un autre bouddha

Bouddha aux cent brasOu bien on s’adresse à une autre représentation de Bouddha (ou un autre Bouddha, je ne vais pas essayer d’expliquer; c’est Amitofo qui siège dans le grand sanctuaire). Tout est organisé, avec le coussin pour s’agenouiller et le tronc des offrandes. Le dieu de la richesse est là aussi, sur un côté de la cour. D’ailleurs le temple s’agrandit. Un nouvel enclos vient d’être terminé, avec des salles d’étude et un petit sanctuaire tout neuf dédié à un Bouddha au cent bras (Amitofo a un corps de personne normale, femme en haut et homme en bas). La statue en cuivre brillant est toute neuve.

Après avoir fait leurs dévotions, beaucoup de gens se dirigent vers un bâtiment qui ressemble à un bureau quelconque, pas du tout luxueux ni décoré. A l’intérieur, on se croirait dans un bureau de poste à l’heure de pointe, avec des gens qui font la queue et des monceaux de colis.

Salle des ames

J’essaie de comprendre de quoi il s’agit. On passe d’abord devant une table et on donne un gros billet.

Caisse

ticketLe billet rouge est de 100 yuans, le billet vert à l’arrière-plan est de 50. Les caissières ont un détecteur de faux billets. En échange, on reçoit un ticket orné de l’inscriptiongongde wenshu« gongde wenshu », bonne  oeuvre, document écrit (traduction non garantie; le second caractère ‘de’ seul signifie « vertu » ou « allemand »).

Muni de son ticket, on refait la queue pour arriver devant une table où quelqu’un vous écoute et écrit sur une grande feuille mauve déja imprimée en colonnes.

Table des inscriptions

EmballageCelui ou celle qui vous a écouté vous donne la feuille mauve en échange du ticket, et vous allez la remettre aux dames du fond de la salle, qui la glissent dans un grand étui de papier jaune et ajoutent le tout à la grande pile derrière elles. Tout ça se passe dans le calme, mais vraiment sans rien qui ressemble à une dévotion.

Sur l’étui jaune sont imprimés cinq caractères en colonnebingjiaoshamenfeibing jiao sha men fei; maître enseignement poudre porte enveloppe. Mon épouse ne connaît pas la signification. Je n’ai pas pas osé poser la question aux gens qui attendaient ni voler une des grandes feuilles mauves. Tout ce que j’ai compris, cest que tous les étuis de papier jaune seront brûlés. J’ai retrouvé des quantités de textes sur Internet qui contiennent . Il semblerait que c’est l’équivalent des messes pour les défunts qu’on vient demander et payer à Sainte Anne d’Auray et ailleurs. Qu’est-ce que cela vient faire dans un temple bouddhiste où on enseigne la réincarnation ? Je suis vraiment ignorant.

Quand je sors, il est tard et le temple va fermer. Je suis accueilli sur la place par des vendeuses qui ont l’air d’attendre leur dernier client.

Vendeuses d'oiseaux

Elles vendent des oiseaux en cage à ceux qui veulent faire une bonne oeuvre en les libérant. Drôle d’idée, car si on ne pouvait pas vendre des oiseaux ainsi, personne ne les capturerait.

Oiseaux

Mais je n’ai peut-être pas tout compris. Je crois me rappeler que j’ai vu les mêmes oiseaux picorer dans les cours du temple. Est-ce qu’ils seraient de service pour la fête eux aussi, en assurant une augmentation du capital de bonnes oeuvres des généreux acheteurs ?

Vache

fuDehors, les arbres sont abrités du vent d’hiver par de grandes bâches, mais pas seulement vertes comme en ville, décorées de grandes affiches imprimées. La petite vache a pris la place de la partie gauche du caractère Fu, le bonheur, celui qu’on voit partout en ce moment.

Vacances du Nouvel An

Ca y est, le Nouvel An est passé. L’année de la Vache est commencée, la deuxième de mon deuxième cycle de vie. Les experts en ont tout de suite déduit mon age et mon signe. Les autres devront lire ce qu’il faut savoir sur le calendrier et les douze animaux .

Je suis en retard pour écrire, c’est à cause de l’air de la fête. En Chine rien ne s’arrête jamais. Les banques et les administrations sont ouvertes le dimanche (d’ailleurs le dimanche est une importation occidentale), les hypermarchés reçoivent leurs clients 7 jours par semaine de 8 heures du matin à 10 heures du soir. Sauf pour le Nouvel An. Tous ceux dont le travail n’est pas indispensable aux autres rentrent dans leur famille. Vendredi j’étais à Pékin. Avant de rentrer à la maison, j’ai voulu saluer quelqu’un que je connais. Il est patron de restaurant français et m’avait dit que ces jours-ci il tenait la boutique lui-même avec ses associés. Tous ses employés chinois étaient partis chez eux à la campagne pour les fêtes. J’y suis donc allé après le service de midi et avant celui du soir. C’était ouvert, je suis entré et il n’y avait que moi. J’étais tout seul dans la salle, avec les bonnes bouteilles françaises et les alcools étrangers. Le patron avait dû oublier que cette fois il ne laissait personne derrière lui. Problême difficile: Beaucoup de gens sont passés devant la porte avant moi. mais si quelqu’un me voit sortir, il croira que la boutique est ouverte et entrera peut-être. Heureusement, j’ai pu avoir le patron au téléphone et il m’a expliqué où était le gros antivol qui sert quand le verrou de la porte ne marche pas. Je suis parti en laissant le signe évident que la porte est fermée.

Donc, le soir du 25 janvier, nous étions chez mon beau-père, avec ses trois fils et leurs épouses, son petit-fils, ses trois petites-filles dont une avec son mari, et son arrière-petit-fils. On a préparé les jiaoziJiaoziraviolis du nouvel an.

jiaozi

tout en regardant le spectacle sur la première chaîne de la télévision centrale (CCTV1). C’est la troisième fois que je le vois depuis que je suis en Chine (la première année c’étaient les vacances de l’université, j’étais rentré en France) et j’ai l’impression que c’est toujours la même.

Présentateurs

Les mêmes présentateurs qui disent la même chose en changeant le nom de l’animal.

Plateau de chansons

Les mêmes plateaux de chanteurs.

Salle

Les mêmes cadres qu’on nous montre aux premiers rangs du public.

Plateau militaire

Plateau militaires

Cette année nous avons eu droit à un direct depuis un navire de guerre au large, au milieu d’une séquence militariste un peu trop longue.

backpacker

Et un petit rappel des jeux olympiques. Ici une mère de famille qui s’était portée volontaire pour accueillir les étrangers s’aperçoit que son anglais ne fonctionne pas. Très gentil.

Et puis plus personne n’a regardé. Mon beau-père discutait avec son frère cadet qui vit à Houston, Texas, grâce à l’ordinateur du petit-fils qui a établi la liaison avec QQ, la messagerie instantanée.

Dialogue par QQ

Mon beau-père est né en 1930. Il se rappelle l’arrivée des Japonais à Tianjin. Les concessions étrangères existaient encore quand il a commencé à travailler (il a même fait partie d’une chorale occidentale et il nous a chanté un jour « Jésus que ma joie demeure » avec la partition qu’il a conservée). Il était père de famille au moment du Grand bond en avant. C’était la Révolution culturelle quand sa fille dernière-née est entrée à la petite école. Ses enfants étaient tous mariés quand le rationnement du riz et de la farine a disparu. Ca ne l’impressionne pas du tout d’être ainsi avec son frère qu’il n’avait pas vu depuis des années. Il trouve dommage qu’on ne lui ait pas montré plus tôt comment ça marche.

Allumage pétards

Pétards fusantsOnze heures et demie. Avec mes beaux-frères, je descend dans la rue devant l’immeuble avec les pétards. Ce sont les grandes personnes qui s’occupent de cette affaire très sérieuse. Trois bandes de deux mille, qu’on déroule sur le trottoir. D’autres font la même chose un peu plus loin. Ca fait déja longtemps qu’on ne s’entend plus dehors. Et puis chacun rentre à la maison avant minuit. Il y a des rendez-vous dans les familles de l’autre côté, et mon beau-père est un peu fatigué. On ira au temple bouddhiste demain.

Mon épouse reste à la maison, elle en a trop entendu en revenant. Je ressors; je veux voir les grands feux d’artifice et je me dirige vers le pont tout neuf qui est près de chez nous. Mais c’est une erreur. Il n’y a personne au bord de la rivière. La nuit du Nouvel An, on tire les feux d’artifice chez soi, dans la cour de l’immeuble ou au coin de rue le plus proche.

La ville vue du nouveau pont, 直沽桥 Zhigu qiao

Voila quand même ce que ça donne. Tout est loin mais il y en a partout. En retournant à la maison, je passe là où les gens du voisinage ont tiré leurs fusées.

Fusees brulees

C’est ce que j’avais vu dans l’enfilade du pont. Il ne reste plus que les carcasses, et le dernier faisceau va partir.

Il est encore temps de téléphoner aux amis à Paris, pour leur faire écouter le bruit du nouvel an, et refermer la fenêtre pour pouvoir leur parler. A une heure et deme du matin, le bruit se calme et nous pouvons dormir.

(2 février – Je viens de recevoir l’adresse d’une page de feux d’artifices à Pékin , vus de haut. A Pékin les pétards ne sont autorisés que pour la nouvelle année, et là les Pékinois mettent les moyens. Photos de Charles Carrard, photographe et auteur du blog Si Mao savait )

Le lendemain tout le monde sort se promener. Il y a du soleil et l’air s’est radouci.

Promenade rivière

Nous sommes au bord de la rivière, là où elle a pu geler. Plus en aval la grande centrale de chauffage et d’électricité oblige à attendre qu’il fasse vraiment très froid, pas encore cette année.

Foule sur la glace

Un loueur de patinettes s’est installé au bord de l’eau, de l’autre côté. Le grand bâtiment moderne est le revers de la « rue de l’ancienne culture », où tout est fait pour donner l’impression qu’on est au temps des Ming.

Guwen dajie place

Nous sommes de l’autre côté, sur la place où la municipalité a installé un dieu de la richesse plus joyeux que celui d’un centre commercial.

Rue de Guwendajie

Et bien sûr il y a du monde dans la rue de l’ancienne culture. Il y en a aussi dans Binjiang dao, la rue des plaisirs innocents, cinéma et achats. On peut aussi y faire les gestes qui portent chance. Par exemple marcher sur le motif de pièces de monnaie géantes que la municipalité a mis au carrefour avec Heping lu (la rue de l’horizontalité harmonieuse).

Heping lu

Ou bien se faire photographier en robe rouge devant l’animal de l’année.

 

Robe rouge

C’est pour les enfants aussi. La grande vache en soie tendue sur une armature est éclairée et animée la nuit. Elle restera jusquà la fête des Lanternes, dans une semaine.

Enfants et vache

Voila une vache porte-bonheur sur la porte en verre d’une boutique. Je veux bien que ce soit l’année du Buffle, mais ici on n’aime pas les symboles trop virils.

 

Petite vache

Aujourd’hui dimanche, septième jour de l’année, la fête est finie. J’attends le retour de mon épouse partie travailler. Il faut bien rattraper une partie du temps passé à se réjouir.

 

Fin de l’année du rat

shuniuDans la nuit du dimanche 25 au lundi 26 janvier, nous passerons de l’année du rat à l’année de la vache (ou du boeuf ou du taureau; en chinois c’est le même caractère, on devine ou on ajoute un autre caractère). Ce sera la fête du printempschunjie‘chun jie’, printemps fête. Il y aura des pétards et des fusées, les gens pieux iront au temple pour la première heure du premier jour. Tout le monde sera en vacances sauf ceux qui travaillent les jours de réjouissances, dans les restaurants par exemple.

Justement nous avions discuté à la boulangerie pour savoir si nous allions fermer pendant la semaine du nouvel an (ce quartier de Pékin est peuplé de gens qui rentrent dans leurs familles ailleurs ou qui partent en vacances; les étudiants des universités sont déja dans leurs familles), et laisser les serveuses et les mitrons rentrer eux aussi dans leur famille à la campagne; ou bien rester ouvert en espérant que les étudiants étrangers oisifs et esseulés se précipiteront chez nous. Et puis la question ne se pose pas: on ferme la boulangerie, faute d’argent. Il y avait des clients pour acheter les gâteaux, des clients pour venir manger des pizza à midi, boire du café et du thé l’après-midi, et encore boire des alcools le soir, des amoureux qui viennent se cacher derrière les grandes banquettes, de plus en plus, mais pas encore assez pour payer à la fois les salaires et le loyer. Tous les trois mois, il a fallu remettre de l’argent. L’investisseur français (celui qui habite en France, je veux dire) a décidé d’arrêter, et l’investisseur chinois (celui qui habite en Chine) n’a pas voulu suivre seul. Le maître boulanger et moi n’avions plus de quoi suivre.

Paris-baguette

Paris-Baguette, dans un des centres commerciaux de Binjiang dao à Tianjin 

Pourtant, le genre d’affaires que nous avions lancé marche ailleurs: pain et gâteaux à l’occidentale, à emporter et à manger sur place. Nos produits étaient vraiment français et tous les clients disaient qu’on ne trouve pas la même chose ailleurs. Notre salle était bien plus chic et confortable qu’un carré dans un centre commercial. Il fallait le temps que suffisamment de clients trouvent le chemin de la boutique, et que les milliers de gens qui passent devant tous les jours se décident à entrer. Nous allons régler l’arrêt de l’affaire entre associés. Heureusement, l’entreprise n’a pas de dettes. Le maître boulanger a trouvé un nouveau travail chez le grand homme du gâteau français à Pékin (quelqu’un qui a commencé à gagner de l’argent la troisième année de son installation, mais il avait gardé les ressources pour attendre). Il prendra son service après le Nouvel An. Mon épouse est très contente: je n’irai plus à Pékin. Je reparlerai de l’affaire. En attendant, on prépare la fin de la vieille année.

Dans la rue, j’ai l’impression que les préparatifs manquent d’entrain. Je n’ai pas encore trouvé où sont les vendeurs de papier découpé dans le quartier. L’année dernière ils étaient partout. Mercredi sur Binjiang dao, la rue des plaisirs innocents, pas d’étals de sous-vêtements rouges et de jouets du Nouvel An, juste une vendeuse de petites vaches.

Vaches rouges

Pour la décoration, les galeries commerciales sont au service minimum, au moins le jour. La nuit ça devrait briller un peu plus. Le saint patron de la Richesse est là rue de Nanjing, un peu seul avec ses vaches, et l’arbre fleuri aux petites enveloppes rouges est moins grand que l’an dernier.

Dieu de la richesse

Mais je ne vois pas tout. La Fête du Printemps se passe dans les familles.

Dons du danwei

Mon épouse est en train de trier les cadeaux de son unité de travail: de la chair à saucisses, des cacahuètes fraîches, des champignons, une pièce de viande de porc, du poisson surgelé, des légumes verts, du gingembre frais. Et encore ce n’est que le deuxième lot. Pour le premier lot, elle avait dû prendre un taxi pour rentrer à la maison avec presque aussi lourd qu’elle de cartons.

Cartons du danwei

Un carton de légumes, un de radis noirs, un de graines assorties qu’on ne mange pas souvent le reste de l’année, des mandarines, des pommes, et des petits pains à la vapeur surgelés de dix sortes, (en haut à droite, il reste dedans ce qu’on n’a pas encore réussi à mettre dans le congélateur). L’unité de travail s’occupe du bonheur de ses travailleurs. Au temps des restrictions (ce n’est pas si vieux, les derniers carnets de rationnement ont fini en 1992 ) elle leur permettait d’emporter à la maison plus que les rations, et des choses difficiles à trouver quand on n’a pas le temps, pour les repas de la fête. Aujourd’hui la plupart des salariés en ville ne sont plus dans une unité de travail mais dans une entreprise privée, et les provisions pour la fête ne sont pas la seule chose qu’ils n’aient plus, mais ils ont de l’argent et il y a tout ce qu’on veut à acheter. Quand même, j’ai croisé pas mal de gens avec ce genre de cartons sur leur vélo. La tradition continue, comme la cantine presque gratuite où on commence la journée par le petit déjeuner avec les collègues. Dans de plus hautes sphères, il y a un réseau d’approvisionnement des cadres du Parti en produits d’une qualité plus contrôlée que ce qu’on trouve partout; le responsable de l’affaire dans une province avait été assez inepte pour organiser une cérémonie de signature de contrat avec des grossistes en alimentation, estrade fleurie, banderolle officielle, et photos qui ont fait un petit scandale sur Internet (je les retrouverai).

Boucherie

Pour la fête du printemps, on mange de la viande, beaucoup, et avec du monde autour de la table. Le monsieur à gauche achète 5 kilos de porc. Le comptoir de cette boucherie donne sur la rue et le client est debout sur le trottoir. Les emballages en plastique ne sont pas là pour l’hygiène, mais pour éviter que les morceaux collent avec le gel (il doit faire -8°); en été la viande en tas est beaucoup plus appétissante (mais oui, d’ailleurs elle ne s’attarde pas).

Hachette travers

C’est dehors aussi qu’on prépare la marchandise. L’homme à la hachette débite des travers de porc.

Guillotine

La drôle de machine ressemble à un massicot. La grosse lame monte et descend à un rythme soutenu, et le boucher présente les pièces de viande à débiter, une main de chaque côté. Je fais attention pour ne pas le distraire.

Pieds de porc

Celui-ci prépare des pieds de porc pour un client. Il a brandi sa hachette plus haut que sa tête mais je n’ai pas réussi à arrêter le geste. La poussière blanche autour de lui, c’est de la glace. Je suis toujours étonné de l’indifférence au froid de ces gens bien couverts. Les retraités s’installent dans la rue pour jouer aux cartes ou aux échecs, assis sur leurs petits tabourets, maintenant comme en été. Il n’y aurait que la pluie pour les faire fuir.

Un peu plus loin, au carrefour, je tombe sur d’autres gens qui savent résister au froid. Eux, ils vendent les feux d’artifice du Nouvel An.

Comptoir des pétards

Sur le comptoir, le produit de base, le chapelet de cinq cent pétards à dérouler sur le sol. Les galettes en contiennent quelques milliers. Derrière eux, quelques mètres cubes de marchandise qu’ils laisseront sur place le soir sous une bâche. A côté, des tours construites avec les faisceaux de fusées dans leurs tubes.

Tour de fusées

On me fait la démonstration d’un fusil-mitrailleur en carton qui n’explose pas, pour les petits enfants.

 

fusil

Le petit nuage blanc qui sort de la bouche du démonstrateur montre que je n’exagère pas au sujet du froid et du vent. Je commence à avoir du mal à tenir l’appareil photo, et je n’ai pas de gants.

Vendeur et fusée à la vache

Je montre la photo au sujet, qui est très content de se voir. Derrière lui, une batterie de fusées « l’esprit de la vaches’élance vers le ciel » ou quelque chose comme ça. Son grand manteau est un produit de l’armée. Tous ceux qui passent leur journée entière cehors pour le travail en ont un.

Boutique de pétards

Un autre comptoir, avec sa banderole officielle où on peut lire ‘2009 tianjin yan hua bao shu ling shou dian’, Tianjin, municipalité, fumée, fleur, exploser, bambou, zéro, vendre, point’, « point de vente au détail de feux d’artifice et de pétards de la ville de Tianjin pour 2009 ». Tous en ont une, et je n’ai pas vu d’autres vendeurs. Les pétards avaient été interdits à une époque, puis autorisés de nouveau pour protéger la loi contre le ridicule. Mais c’est administré.

Le vendeur que j’ai photographié traverse la rue à ma poursuite, une bande de pétards à la main. Je crois qu’il veut me vendre quelque chose. Ce serait équitable puisque j’ai eu la permission de prendre son image. Mais il ne veut pas de mon argent. Il déroule la bande devant moi et met le feu avant que j’aie le temps de me reculer. Ca l’amuse beaucoup. On fait ça pour chasser la mauvaise chance. Ca va peut-être marcher.

 

 

En voyage

Demain, je rentre en Chine, avec mon billet de retour. Ma chère épouse devrait être avec moi, mais le 31 décembre nous avons été réveillés à 4 heures du matin (11 heures du matin heure de Chine) par un coup de téléphone de son directeur. On a besoin d’elle au travail. Le temps de négocier avec Air China un changement de date du retour, et le 4 janvier elle est partie. Ce que c’est d’être quelqu’un dont on a besoin.

Du coup, je m’aperçoit que je n’avais pas mis en ligne la petite histoire du voyage aller. Donc je la réécris juste à temps pour qu’elle parte de France. C’est la première fois que nous quittons la Chine ensemble. Jusqu’ici j’étais toujours parti le premier et j’étais venu la chercher à l’arrivée. Donc j’ai profité à plein du guanxi des billets d’avion. J’étais prêt à acheter les billets sur Internet, payer par carte, imprimer le message des billets électroniques, et ce serait terminé. Mais on ne peut pas faire injure à l’amie qui vous a recommandés auprès d’un ami directeur d’agence de voyage qui peut obtenir des billets moins chers. Donc nous sommes allés à l’agence de voyage, qui a enregistré la commande mais n’a pas pu nous donner les billets: elle ne peut pas accepter les paiements par carte bancaire. Nous sommes donc allés le lendemain dans les bureaux de la compagnie, mais il y a une limite au paiement par une carte émise à l’étranger (la mienne). Nous avons donc payé avec la carte de mon épouse, émise en Chine, le prix du billet et une commission de paiement par carte. Et comme cette carte n’offre pas d’assurance accident-rapatriement, j’en ai souscrit une par internet. Nous avons ainsi payé des billets Air China (30 kilos de bagages) bien moins cher que le tarif affiché sur internet, et au même prix que les billets Air France (20 kilos de bagages) que j’avais failli acheter en un quart d’heure sans sortir de l’appartement. J’avais commencé par manifester un rien de mauvaise humeur en voyant s’additionner le temps et les frais, mais j’ai tort. Nous avons ce que nous voulions. Plusieurs personnes ont eu le plaisir de nous aider et de nous servir. Le guanxi, c’est ça.

Salle d'attente

Nous sommes dans une salle d’embarquement du terminal 3 de l’aéroport de Pékin. La jeune fille au cheval bleu est la fille d’un couple ami qui va en France avec nous. Elle est Française comme son père. Elle vit en Chine avec ses parents, avec un visa accordé par le consulat de Chine à Paris, au titre de membre de la famille d’un citoyen chinois, que sa mère doit faire renouveler tous les six mois au bureau de la sécurité publique de Pékin. Le petit garçon derrière elle est Chinois, et va avec ses parents en France, où il sera admis au vu d’un visa accordé par le consulat de France à Pékin en qualité de membre de la famille d’un Français, son père, visa accordé pour un an et pour des séjours de 90 jours au plus. J’entrerai en France en présentant ma carte d’identité française, et mon épouse en présentant son passeport chinois muni du même visa de membre de la famille d’un Français. En arrivant à Paris, la première chose que je ferai sera de déposer au consulat de Chine une demande de visa de visiteur, avec une lettre d’invitation écrite par mon épouse, afin de pouvoir retourner en Chine. Tout cela se passe harmonieusement. Les gens dont je viens de parler ont déja sur leurs passeports les traces de voyages précédents, ce qui garantit que les visas leur seront accordés sans surprise. Grosse dépense d’énergie, quand même. Et pour ceux qui font le parcours pour la première fois, grande tension.

Coursive de l'aéoport

En attendant l’avion, admirons le terminal 3 de l’aéroport de Pékin. Du comptoir d’enregistrement à la salle d’embarquement, il y a pas tout à fait quatre kilomètres, dont trois par la ligne de métro intérieure qui mène au hall international, et le reste à pied jusqu’à la salle 36 où nous sommes, la plus éloignée. Le bâtiment est d’une rationalité sans faille. Au retour, nous ferons le même chemin en sens inverse, mais à l’étage supérieur qu’on devine en haut de l’image.

Couloir de l'avion

Ca y est, nous sommes dans l’avion, assis à nos places. A côté de nous, une mère de famille voyage sans son époux, qui est resté travailler et la rejoindra plus tard, mais avec une fille de six ans et un garçon de deux ans qui sait très bien marcher tout seul. Air China s’est arrangée pour libérer un siège à côté de sa maman, alors qu’en principe il voyage sur ses genoux (il y sera au moment du décollage et de l’atterrissage, arrimé au corps de sa mère par une ceinture adéquate).

Repas

Comme je le disais, c’est la première fois depuis longtemps que je voyage en famille. J’ai un instant l’impression que nous avons emménagé dans un minuscule appartement, avec table et téléviseur, situation normale dans ce monde surpeuplé. Je suis à la trace le petit garçon qui veut aller dire bonjour aux voisins. Il finit par arriver à la boutique au fond de l’avion (la cuisine) où la vendeuse (l’hôtesse de permanence) joue avec lui avant de me le confier pour que je le reconduise à sa maman.

PlateeMême le plateau repas me rappelle une table chinoise servie, avec tous les plats posés en même temps (mais non, il n’y a pas de baguettes, juste des couverts en plastique). Le mets principal, riz, viande et légumes, est à peu près aussi savoureux que la gamelle du plat du jour de la cantine du danwei de ma chère épouse, qu’elle rapporte à la maison à midi quand elle sait que je suis là; c’est tout fait et pas cher, et pas très bon; ça simplifie la vie. Quand même, ne nous trompons pas; ce qu’on voit par la fenêtre n’est pas la rue. Mais ça ne ressemble pas non plus à un paysage.

Mongolie montagne

C’est la Mongolie sous la neige. En regardant bien, on voit que c’est tout à fait civilisé, avec des routes et des champs (pour voir une grande image, cliquer sur la petite).

Mongolie sous la neige

Et puis l’avion monte vers le Nord, au bord de la nuit polaire. Les nuages recouvrent le continent, et nous serons dans un coucher de soleil qui dure tout un jour, jusqu’à l’arrivée.

Aile rose

Il reste l’écran du téléviseur qui dit où nous sommes. A droite, la télécommande rangée dans son logement.

Ecran dossier du siège

Ba li (Paris), Mi lan (riz, orchidée: Milan), Luo ma (filet, cheval: Roma). Mystères des transcriptions phonétiques.

Et comme on finit par arriver, une fois passés les contrôles, un dans le couloir de débarquement, où les fonctionnaires essaient de deviner dans la mauvaise lumière si les papiers sont vrais ou faux; un deuxième au guichet de l’immigration avec files d’attente « Union Européenne », « Tous et autres »; je prends la même file que mon épouse, pour le cas où il y aurait quand même un problème. Le temps de remettre la main sur les bagages, d’atteindre la gare de Roissy par le petit métro intérieur (le même qu’à Pékin) et voila une machine que je reconnais: un composteur de la SNCF, en panne. On est arrivés.

Composteur

Départ

Queue au départ

Pas d’article aujoud’hui. Demain matin nous serons dans le taxi qui nous conduira à la gare routière de Tianjin, d’où un autobus nous conduira à l’aéroport, d’où un avion nous conduira à un aéroport de l’autre côté du continent Eurasie, d’où un métro nous conduira dans le 13 e arrondissement de Paris où nous retrouverons d’autres gens de Tianjin. Le monde est tout petit et il suffit d’une vingtaine d’heures pour faire tout ce trajet, et même attendre aux étapes.Sur la photo, le contrôle à l’embarquement du terminal 3 de l’aéroport de Pékin.

Chantier

En attendant, nous finissons de faire les bagages. Ca ressemble un peu à ça (le quartier des matériaux de construction d’un des grands chantiers de la ville; il n’existe déja plus et un des derniers immeubles a poussé à sa place).Des amis d’amis nous ont apporté des quantités de choses à transporter. On devrait y arriver.

A table

La boulangerie que nous essayons de faire prospérer élargit son offre. Jusqu’ici les clients pouvaient acheter du pain et des gâteaux et partir avec. Ils pouvaient aussi faire quelques pas et s’asseoir devant une table pour les manger (en commandant aussi quelque chose à boire, mais ce n’est même pas obligatoire). Ils pouvaient aussi se faire apporter un sandwich fait avec le pain de la maison, ou une pizza cuite dans le four à pain. Maintenant, ils peuvent commander une soupe (à l’oignon, à la tomate, aux cinq légumes, aux champignons, et même une soupe chinoise aux nouilles et à l’oeuf).

Cliente qui a acheté

Il s’est passé quelque chose de bizarre. Nous avions fait goûter les premiers essais à deux ou trois clients. Et voila que la veille du jour où on allait imprimer la nouvelle carte, des gens sont arrivés et ont demandé une soupe, alors qu’il n’y avait rien à leur servir. Finalement ils ont mangé une pizza.

Pizza

Voici à quoi ressemble une table servie dans la salle de la boulangerie. Il y a surabondance de pizzas puisque celles qui mangent sont là pour les goûter, et la pizza au premier plan vient de la concurrence industrielle (la pâte est deux fois plus épaisse; c’est le moins cher dans le produit). Couteaux et fourchettes, belles assiettes et nappe en tissu. Nous sommes en Occident. Et comme je n’ai pas de choses sensationnelles à raconter ce soir, voici quelques autres tables; certaines datent de l’été.

Kro nest

Une autre pizza, servie à une table d’étudiants de Beida (l’université de Pékin). Nous sommes dans un établissement installé dans un coin désert, au bord d’une avenue qui longe un parc, à dix minutes à pied de l’entrée de l’université. C’est le Nid du Corbeau (Kro’s Nest), ambiance américaine, et il y a de vrais Américains le soir.

kros nest table chinois

Ceux-là sont des Chinois qui prennent une petite bouffée d’exotisme, couteaux et fouchettes aussi, et le flacon de Tabasco, pour pas vraiment cher; ils ont fait l’effort de quitter les cantines du campus pour cela.Pas d’angoisse de l’hyperchoix, il n’y a que des pizza, plus ou moins grandes, plus ou moins richement garnies.

Comptoir des plats

Ici nous sommes dans l’entrée d’un bon restaurant du quartier, à Tianjin. Sous les bulles plastiques, toute la carte, peut-être cent plats différents, et on peut aussi choisir un poisson ou une tortue dans les aquariums.

Salle du restaurant

Voici la salle, vue à travers la vitrine sur l’avenue. Il y a une nappe sur la table, mais aussi une plaque de verre. La soupe de canard que mangent les gens le plus près de nous contient de petits morceaux tranchés, viande et os; on pose poliment les os sur la table autour de la petite assiette. Sur la vitrine, les caractères ‘yexiao’yexiao« nuit servir », service tard le soir; dans les restaurants chinois le coup de feu est à six heures et il n’y a plus d’autobus après dix heures. Tout le monde ne reste pas ouvert tard le soir.

Restau familial

Ici nous sommes à midi, dans un restaurant qui n’ouvre pas tard le soir. La table est recouverte d’un plastique transparent un peu collant qui sera remplacé après nous. Sur le plateau tournant, la soupe, la théière,  et ce qui reste des plats précédents. Les Occidentaux de la table n’ont pas apprécié comme ils auraient dû le plat de fruits de mer résistants sous la dent, pourtant d’un goût très fin, mais je n’arrive pas à m’habituer à la consistance.

Autre restau

Un autre restaurant familial du quartier. Il n’y avait plus de tables rondes et la compagnie s’est tassée autour d’une des petites tables restantes. Heureusement, le service de chacun ne prend pas trop de place: un bol, une tasse, une soucoupe. Et un verre pour ceux qui prennent de la bière ou de l’alcool (la bouteille plate devant la bouteille verte, c’est du baijiu, de l’alcool de grains limpide, à 52 degrés; certains boivent ça en mangeant, pas moi).

Taiwannais

Une autre table servie, cette fois pour un banquet officiel (d’un faste modéré; c’est l’ouverture d’une rencontre sportive ). Bien rangés devant chaque convive, la petite assiette et les baguettes, une serviette chaude, un verre où un peu de vin rouge a déja été versé, et, à sa droite, le tout petit verre qui servira à porter les toasts à l’alcool de grains (la bouteille est dans son carton rouge au centre de la table; plus distingué que celui de la table précédente, mais je suis incapable de faire la différence). Autour de la table, l’équipe de Shuaijiao (judo chinois) qui représente Taiwan, sous le nom de « Chinese Taipei » sur le continent.

Repas dans la rue

Quelque chose de complètement différent: dîner dans la rue, en été. Le restaurant a tout sorti dehors. Il y a un petit bac de charbon rouge sur la table en tôle pour tenir chaudes les brochettes. Et la soupe a été puisée dans une grande marmite arrivée en triporteur.

Repas dans la rue

Toute la rue est transformée en salle à manger. Le triporteur de la soupe est au premier plan. En face, le restaurant – maison de thé cuisine et sert en plein air. C’est ce genre de choses que la municipalité de Pékin avait exorcisé du centre ville pour recevoir les participants aux jeux olympiques. Il y a de tout en Chine, pays où on mange pas toujours en grande cérémonie, mais c’est toujours bon.

Diner français

Sénateur FrassaDepuis que je m’occupe d’une boulangerie française, je me suis mis à fréquenter les Français.Pas les gens de Tianjin qui se réunissent pour parler de leurs problèmes d’étrangers qui vivent en Chine, mais des gens de Pékin qui ont transporté ici leurs affaires françaises (ce qui ne vaut pas dire qu’ils n’ont pas les mêmes problèmes pour vivre en Chine, mais ce n’était pas le sujet du jour). Donc ce jour là l’invité d’honneur était Christophe-André Frassa, sénateur représentant les Français établis hors de France, nouvellement élu en septembre dernier. C’était Francis Nizet , membre de l’assemblée des français de l’étranger, qui recevait au nom de la francophonie (représentée par le secrétaire de l’ambassade du Gabon) et du parti majoritaire. Il est un de ses grands-électeurs (et il a voté pour lui, je le sais malgré le secret du vote, ils sont du même bord), en qualité d’élu de l’assemblée des Français de l’étranger. Vin blanc de l'apéritifPour en savoir plus sur les représentants des Français de l’étranger (l’étranger est le 7e plus grand département français en nombre d’électeurs) voir le site du Sénat. Si j’ai bien compris, notre sénateur était invité par le gouvernement chinois. On lui a fait la faveur d’une trancription favorable de son nom: ‘fasa’fasace qui se traduit à peu près « Loi, être bienfaisant »; le premier caractère comme la France ‘faguo’faguo, le second comme Lhassa ‘lasa’Lasa. Au dîner, on a parlé de beaucoup de choses, par exemple de cuisine politique. Comment faire place aux futurs députés des Français de l’étranger en gardant le même nombre de députés (577) et sans priver des titulaires actuels de leur siège ? Et des avis sur le spectacle actuel: « Nous sommes dans une période Cassoulet, une petite saucisse et beaucoup de fayots ». Ce que nous mangions était la « cuisine fusion » de ce restaurant chinois tenu par une Française. Salade de frisée assaisonnée au vinaigre chinois, mais avec des petits dés de Beaufort. Soupes et veloutés servis dans de petits bols et non dans une soupière commune mais les plats affluent sur la table au lieu d’apparaître un à un. On nous a servi un apéritif avant de se mettre à table (du vin blanc de Nouvelle-Zélande).

Table servie

Quand même, on se sert et on mange avec des baguettes. Mais il faut avoir le bras long, le plateau tournant est bien loin du bord de la table (pas d’images des gens à table, ils n’ont peut-être pas envie de figurer ici). Ca se passe au « Landmark center », métro ‘Liangmaqiao’ (transcription phonétique là aussi ? La station de métro est toute récente, ligne 10, mais l’échangeur de ce nom existait avant).

Hard Rock cafe

J’ai vraiment une impression de dépaysement le soir dans cet endroit. On n’est plus en Chine et c’est voulu. Ou plutôt c’est la Chine que le pouvoir chinois a voulu montrer pendant les Jeux Olympiques. Pas de triporteurs, pas de petit coin de rue occupé par un mini-marché aux fruits. L’immeuble d’appartements avec services du Landmark est fait pour les étrangers, et le mini-supermarché en bas vend l’Express et Time magazine. L’ensemble est fait pour les mondialisés, Chinois et autres.

Marchand de fruits

(cette image vient du centre de Tianjin, dans une rue transversale)

Pour ça, le quartier où est installée la boulangerie est suffisamment éloigné. La vie « normale » a le droit de se déployer. A l’heure de midi, on voit arriver les livreurs de repas en petites boîtes de plastique blanc pour les gens qui travaillent dans les bureaux. Il fait trop froid pour voir des bureaucrates assis sur les marches leurs baguettes à la main (j’imagine; en réalité ça ne se fait pas dans notre résidence, mais pas loin de l’autre côté de l’avenue c’est le cas).

Livreurs de repas

Une boîte, riz, légumes et un peu de viande, vaut moins de 10 yuans. La boulangerie sert à la même heure (et à toute heure) une pizza abondante, de quoi nourrir deux personnes, pour 35 yuans. Et pour ce prix là on est confortablement assis. C’est quand même plus cher. Et encore, on est dans le secteur moderne. L’unité de travail de mon épouse sert à ses ressortissants des repas à 1 yuan. Je sais de quoi il s’agit parce qu’elle rentre parfois à midi avec le plat du jour qaund elle sait que je suis à la maison. Ce n’est pas très bon, moins bon que les boîtes-repas, et tiède aussi, mais que demander de plus ? On est nourri. En comparaison, ce que nous avons payé pour le repas dont je parlais, pas cher au prix européen, est fastueux. Les bureaucrates pas trop mal payés et les petits patrons de la résidence dépenseraient leur mois rien qu’en mangeant ainsi tous les soirs. La boulangerie leur propose de quoi s’offrir une tranche de confort mondialisé sans se ruiner. Et les Européens du quartier peuvent y soigner leur nostalgie, sans avoir à traverser la ville jusqu’aux endroits dont je parlais tout à l’heure.

Quand je fais la navette Tianjin-Pékin, je navigue aussi entre le monde « mondialisé » et le monde « normal ». Le billet vaut 58 yuans pour les 130 km entre les gares en une demi-heure, en survolant la campagne sur son viaduc. On n’attend jamais le prochain train plus d’une demi-heure. Le train le moins cher (et il n’y en a que trois ou quatre par jour) vaut  5 fois moins (11 yans), met 4 fois plus de temps, et roule au sol entre les trains de charbon (sinon, il irait plus vite). Pour rejoindre la gare sud de Pékin, si éloignée, j’ai le choix entre une heure d’autobus (2 yuans) ou trois quarts d’heure de taxi (25 fois plus cher), et la gare sud est organisée pour le voyageur qui se fait déposer en voiture; l’architecte a laissé les autobus en dehors de son dessin. J’exagère, il y aura un jour le métro, lui aussi à 2 yuans, mais il sera dehors. J’attends le moment où cette gare faite pour la vie mondialisée se fera reconquérir.

Encore une petite histoire pour ma cause. J’ai raccompagné le sénateur à son hôtel, qui se trouve être dans le même quartier que la boulangerie, juste deux kilomètres au-delà. Une fois sortis du boulevard périphérique et des grandes avenues, dans ce quartier résidentiel moderne et banal, nous avons croisé un petit attroupement près d’un carrefour: trois ou quatre vendeurs de nourriture chaude avec leurs triporteurs, des clients autour, et un petit nuage de vapeur illuminée dans le froid de la nuit. Après trois jours entre l’aéroport, son hôtel, et les palais officiels, il m’a demandé ce que c’était. Des gens normaux en Chine.

Troisième jeudi de novembre

Depuis que je m’occupe d’une affaire de pain français à Pékin, j’ai commencé à fréquenter le Centre Culturel Français. Pas pour me cultiver, mais pour rencontrer des gens qui s’intéressent à la France et qui pourraient venir manger français dans mon quartier. C’est exactement de l’autre côté de la ville. Sur la carte, Chaoyang où sont l’ambassade, le centre culturel, et les étrangers, est en bas à droite, à l’est, alors que Haidian où est la boulangerie est à l’ouest en haut à gauche. Très loin, mais cela n’effraie pas un Pékinois. La preuve: les universités sont à l’ouest de la ville, et les étudiants viennent quand même au centre culturel écouter ce qui les intéresse.

Affiche Simone de Beauvoir

Mardi soir, Danielle Sallenave, qui a écrit la biographie de Simone de Beauvoir (elle aurait cent ans, elle est née en 1908) venait présenter son livre et l’émission de télévision qui va avec. Le mardi précédent, l’auditorium était plein, mais c’était une écrivaine africaine (Bessora, Gabonaise) qui était là. Il y avait des ambassadeurs et leur personnel, et des écriteaux « VIP » sur une partie des sièges. Ce mardi j’avais tort de ne pas m’inquiéter. Quand je suis arrivé pour écouter parler de Simone de Beauvoir, la salle était exactement pleine, les sièges, l’allée, les marches, et le couloir remplis d’étudiantes chinoises, peut-être deux cent personnes dans une salle qui en reçoit cent vingt. Je regrette un peu de ne pas avoir pu y être. J’aurais écouté la traductrice du français au chinois restituer le discours et les questions. Il faudra que je demande comment elle s’appelle, c’est du grand art. Je me suis un peu consolé en discutant avec Raphaël, le maître de maison, celui qui s’occupe de servir à manger et à boire dans l’espace d’accueil du Centre; il avait préparé le buffet des auditeurs de la conférence, bon vin du Sud-Ouest et chips (pour les chips, on pourra faire mieux). Et j’ai appris qu’il organisait jeudi, pour l’Alliance Française qui loge à l’étage, la soirée du beaujolais nouveau (il m’en a fait goûter en avance, à titre professionnel, c’était plaisant mais je n’y connais rien donc pas d’avis).

Quand les auditeurs sont sortis, très en retard, j’ai été questionné par quelques jeunes Chinoises qui m’ont demandé si Simone de Beauvoir était toujours quelqu’un d’important en France. Elle avait soixante ans quand j’en avais vingt. J’ai été élevé dans une région de matriarcat où les femmes se sont toujours demandé à quel besoin répond le féminisme. Difficile d’expliquer ça, j’ai dit des généralités. Simone de Beauvoir est bien plus actuelle pour elles que pour moi, dans ce pays où il faut se marier d’abord pour habiter ensemble (et où les étudiants habitent en chambrée, quatre ou huit dans la même pièce; pour avoir une idée de ce que ça donne, lisez Neige de Nanjing ). Discussion en français ou en anglais, mon chinois est vraiment trop pauvre.

Carton de BeaujolaisNous sommes jeudi. Le papier collant qui ferme les caisses dit « ne pas mettre en vente avant le 3e jeudi de novembre ». Chacun a payé à l’entrée une grosse somme, qui ressemble plus au tarif des cours de l’Alliance Française qu’au train de vie ordinaire: 50 yuans pour deux verres ou 100 yuans pour boire à volonté. Mais la sévérité des serveuses s’évaporera dans la soirée. J’avais pris le carton à 50 pour me limiter et j’en ai bu plus. Cette fois c’était facile de tenir tête à a conversation. Dans quelle région a-t-on fait ce vin. Est-ce une tradition française de se réunir ainsi pour boire du vin ce jour là? Les invitations de l’Alliance Française disent seulement « Beaujolais nouveau ». J’essaie d’expliquer ce que c’est que le vin nouveau. On m’objecte que le vin doit vieillir pour être bon; les étudiantes ont écouté le cours. Elles le trouvent quand même bon.

Trois filles

C’est le début de la soirée. Bientôt il n’y aura plus beaucoup de place. L’organisateur de la soirée n’a pas mis d’assiettes, mais les boîtes rectangulaires des déjeuners chinois, ganies de petites tomates et de verdure. On ajoute le saucisson et la viande fumée qui attendent sur les tables, et le pain pour ceux qui aiment.

Buffet

Maintenant que j’y connais quelque chose, je reconnais le pain « pré-cuit » qui a passé au four juste les quelques minutes indispensables, après avoir attendu des jours ou des semaines congelé dans sa caisse. Il est bon quand même. Je sais à qui expliquer qu’on peut faire pour le même prix du pain tout frais sorti du four.

Photographe

C’est l’avis de cette étudiante en photographie qui est venue faire des travaux pratiques. Pain et saucisson, ce n’est pas une façon chinoise de manger, mais quand on apprend une langue nouvelle il faut aussi apprendre la civilisation. C’est un étudiant très docte qui m’explique cela. Il connaît maintenant à fond la civilisation française; il n’est pas encore allé en France; j’essaie d’imaginer ce qu’il pensera en voyant la réalité de là-bas. Pourvu qu’il n’explique pas alors que ce qu’il voit n’est pas correct.

Deux étudiantes

Curieux, côté chinois il y a beaucoup plus de femmes, côté occidental plus d’hommes. Le biais est encore accentué par l’épouse chinoise de plus d’un Occidental.

Plaid

Elles savent tenir un verre.

Jupe écossaise

Je regarde celle qui est au milieu. Elle a une jupe écossaise et des bottes, exactement comme mes soeurs et leurs amies au même age. Et elle n’est pas la seule qui me rappelle le temps passé.

Chanteuse et ochestre

« Mademoiselle et le no-name quartet » assurent l’ambiance, avec des chansons françaises qui datent aussi de mes vingt ans, Brassens et Piaf. Nous ne sommes pas assez nombreux pour les capter, au milieu de ceux et celles à qui elles ne disent pas grand-chose; ou pas encore en état de nous laisser entrainer. Mademoiselle, la chanteuse, est de Rimouski. Je croise d’autres Québécois. On en vient à discuter des jeunes Chinois qui apprennent le français pour passer l’examen au consulat du Canada et partir au Québec. Tout est bon pour fortifier la langue française. Pour un peu, on me dirait que la France n’en fait pas assez.

Etudiante

J’ai su le lendemain comment la soirée a fini; les jeunes Chinoises sont rentrées tôt. J’ai retrouvé dans le métro un étudiant de l’Université du Peuple (le dernier métro à 22h, après il n’y a plus que les taxis). Quelques Occidentaux ont continué très tard au restaurant. Tout le monde était content, et moi aussi

carton_entree

Souvenir: le carton d’entrée auquel il manque deux coins pour deux verres. On peut lire dessus en chinois « faguo xin boruolai hong putao jiu » et la suite. France, nouveau, beaujolais (en phonétique), rouge, raisin, alcool .

HongputaojiuUne expression à se rappeler « Hong Poutao d’jiu », le vin rouge. On en fait aussi en Chine, et il peut être bon (par exemple le Dynasty du terroir de Tianjin, fait avec l’aide de Français). Un de ces jours on nos fera aussi goûter le vin nouveau de Chine. Mais le beaujolais a une vertu: ceux qui se réunissent pour le boire croient tenir un petit bout de civilisation française, et c’est très bien qu’ils le croient. D’ailleurs c’est vrai.

Deux ans de choux

Avant-hier après-midi, je rentrais de Pékin à Tianjin. Le trajet commence par trois quarts d’heure de métro, pour aller du nord-ouest de la ville au sud où est la gare, très loin. Comme j’avais le temps, je suis sorti à l’air libre à mi-chemin, à la station Beixinqiao « le nouveau pont du nord », tout près de l’entrée du temple des Lamas. C’est le quartier au nord de la Cité Interdite, où il reste encore quelque chose du vieux Pékin au ras du sol que racontent les voyageurs. Poireaux dans la rue

Et j’ai vu les grands tas de poireaux et de choux, les légumes de l’hiver. Les familles vont les empiler sur les balcons et sur les paliers (pour ceux qui habitent des résidences) et sous les auvents de la cour (pour ceux qui habitent encore les vieilles maisons autour d’une cour carrée; une bonne partie du quartier est encore comme cela et devrait le rester, maintenant que les gens bien veulent habiter dans les Hutongs). Dans le froid de l’hiver, les légumes se dessècheront un peu en surface et resteront frais à l’intérieur.

Choux

mur de choux

Ici on ne vient pas avec un sac à provisions. On achète en quantité et le vendeur pèse à la bascule. Un yuan les trois livres si j’ai bien compris. Avec un euro, on en emporterait donc 12 kilos au cours du jour (mais je ne suis pas sûr d’avoir bien compris, et puis ça amusait beaucoup de voir un Occidental s’inquiéter de choses pareilles; les Américains ne mangent pas de chou, c’est bien connu).

vendeur

congEt ils ne mangent pas non plus de poireaux. D’ailleurs j’ai tort de parler de poireaux. Ce sont des ‘cong’ (t’chong), de la même race que les oignons. On les mange coupés en petits tronçons obliques et fricassés avec un peu de viande, ou crus, finement émincés, à rouler dans une petite galette avec les morceaux de canard laqué.

poireaux

Et voila, une maîtresse de maison part avec sa réserve de légumes. Ou bien c’est une coursière à qui elle a confié son achat.

Triporteur

baicaiA part ça, les tas de choux chinois (bai cai, blanc légume) devant le cybercaféwangbawangba (regardez la première  photo, en haut sur fond rouge) me rappellent que ça fait juste deux ans que j’écris ce journal. Le compteur me dit aujourd’hui qu’il a été consulté 85 000 fois (pages vues). Le dernier commentaire a été écrit par Ping, Chinoise qui étudie à Lille (La vie est ailleurs). Ca me fait grand plaisir de savoir que des gens lisent ce que j’écris. Je ne sais pas ce qui est intéressant, et comme j’ai des soucis en ce moment (ne vous lancez pas dans les affaires si vous n’ètes pas obligé) je ne fais pas beaucoup d’efforts, mais je continue. C’est très bon d’avoir à écrire régulièrement.

wufuxidian

Justement, l’arrêt d’autobus où je descend, en venant de la gare de Tianjin, est devant une pâtisserie occidentale (wu fu xi dian « cinq bonheurs ouest gâteau ») qui fait des génoises et des petits-beurre dans la boutique, sous les yeux des clients qui restent dehors et font la queue devant les deux fenêtres de vente. Juste le contraire des « Blés de Paris » où on entre pour acheter, et où on peut s’asseoir sur des banquettes rembourrées pour manger à l’abri (北京市海淀区长春桥路5号,西三环北路, 苏州乔.5 Changchunqiao lu Haidian Beijing, 3e périphérique nord-ouest, sortie Suzhou qiao).

Vapeur

Et depuis hier il y fait agréablement chaud. A Tianjin comme à Pékin, le chauffage urbain, qui se réveillait doucement en envoyant de la vapeur, a commencé à la date prévue (image de Tianjin, dans l’ancienne concession britannique).

Une paroisse taoiste

Depuis que nous sommes rentrés de Chengde, j’avais envie de parler du petit temple taoiste que nous sommes allés visiter, tout près de l’entrée du palais de l’Empereur. J’avais vu celui du saint patron de Shanghai, celui de Mazu à Qingdao, ceux de la colline des Immortels à Penglai, mais c’était la première fois que je rentrais à une heure calme dans un temple ordinaire, un peu comme on va visiter une église sur le chemin, et se recueillir un instant. Mon épouse en profite toujours pour faire une petite prière, que ce soit un temple bouddhiste, une église, ou le temple du dieu (mot pas très bien adapté) de l’endroit.

Entrée

guandimiaoLe joyeux petit groupe de filles à droite de l’entrée appartient au temple. Contrairement à ce qu’on m’avait appris, c’est la porte centrale (celle de l’empereur et des dieux) qui est ouverte, pas les portes latérales. Sur le panneau au-dessus, de droite à gauche ‘guan di miao’ , le temple du dieu de la Guerre (en caractères simplifiés à gauche; le caractère central ‘di’ signifie l’empereur).

Cour

Nous sommes dans la première cour, après avoir contourné un mur-écran à l’intérieur du bâtiment d’entrée. La tour de bronze au centre a son correspondant dans les temples bouddhistes, il y a un pavillon central et deux galeries. La disposition d’un saint lieu est toujours la même, la Cité interdite ou un grand temple ont simplement plus de cours et plus de bâtiments.

Cour et arbre

En passant à gauche ou à droite du pavillon central, on arrive dans la deuxième cour qui a le même plan.

Steles

Ici on voit les deux stèles qui encadrent le grand bac en bronze pour faire fumer les bâtons d’encens. Le texte est gravé en quatre langues: chinois, mandchou, tibétain, mongol. Un panneau indique qu’elles ont été offerte par tel empereur et que ce sont les choses les plus anciennes de ce lieu (tout le reste a sûrement été refait, remplacé au cours des siècles).

Cour à droite

Dans le jardin où on peut passer pour aller d’une cour à l’autre; les stèles sont toutes neuves, fabriquées en série, et les dernières ne portent pas encore d’inscriptions. Elles sont destinées à recevoir le nom et la ville des généreux donateurs, quelque chose de plus durable que les petites fiches en bois jaune qui sont alignées aux murs des pavillons.

Guanfuzi

GuanfuziNous entrons dans le pavillon pour saluer le maître des lieux Guan Fuzi ou Guan Di, roi de la Guerre, vêtu en empereur avec sa coiffure qui supporte un écran de perles. Je me sens très ignorant, un peu comme un Chinois ordinaire face à Saint Christophe ou Saint Sébastien, bien incapable de les reconnaître faute d’avoir appris qui ils sont, les symboles qu’ils portent et le reste (je me suis peut-être trompé d’image; que celui qui connaît publie la rectification en commentaire). Je sais tout juste que les « dieux » taoïstes sont des personnages réels (celui-ci est un des généraux des guerres des Trois Royaumes, au temps du bas-Empire en Occident) qui ont continué leur carrière dans la hiérarchie de l’Empire du Ciel. Et aussi que tout ce que je vois est aussi loin des idéaux du Tao de Lao Tseu que le culte des saints chrétiens de la Rédemption.

Mazu

Nous allons saluer Mazu dans une des galeries. Ce n’est pas la Vierge à l’enfant, mais elle y ressemble et protège les mères de famille.Sur le tronc à gauche ‘gong de xiang’, « action vertueuse tronc.

Lingots d'or de papier

Le long de la façade du pavillon central. Les trois personnes au premier plan plient du papier doré en forme de lingots (le pliage en petit bateau, plus un façonnage à la main) qu’on brûlera pour les offrandes. Nous croisons le sacristain du lieu, magnifiquement coiffé avec son chignon et son épingle comme en portaient probablement Confucius et Lao Tzeu, et bien d’autres jusqu’aux empereurs Qing qui imposèrent la natte.

Sacristain

Il n’est pas seul. Nous avons croisé des jeunes habillés de noir qui étudient ou s’affairent dans les galeries.

Prètre

Un des deux prêtres visibles dans le temple, sa barette sur la tête. Je n’ai pas osé les déranger pour leur poser des questions, et puis j’aurais été vite à cours de vocabulaire. Je sais qu’il a étudié et passé des examens pour devenir prêtre, un métier répertorié; l’Etat s’intéresse à la gestion des temples avec le souci qu’on ne s’y occupe que de religion. J’ai lu quelqu’un qui compare la situation des quatre religions reconnues (taoïsme, bouddhisme, islam, christianisme) à celle des catholiques en France au temps de Napoléon III. Sans savoir tout ça, on reconnaît une atmosphère cléricale, dans ce lieu abrité et bien entretenu, avec des fidèles qui viennent consulter leur curé (les prêtres taoistes ont des techniques pour la divination, une aide à la réflexion pour l’intéressé).

cai richesse

Le caractère « cai », la richesse, panneau abrité du côté nord d’un des pavillons. On peut aussi poser devant les caractères ‘fu’fu« bonheur », et ‘zhongyi’zhongyi« loyauté », mais pas le Tao ‘dao’dao« la voie », ce sur quoi on marche » (Zhuangzi) ou ce qu’on ne peut nommer (Laozi); c’est une autre question; d’ailleurs ‘dao’ signifie tout simplement la rue, comme ‘lu’luou ‘jie’jie.

Cour du collège

En ressortant, nous passons le long de la cour du collège, voisin du temple au nord (on voit le toit de faïence jaune du deuxième pavillon). Le slogan édifiant sur le mur dit quelque chose comme « Une conception forte de la collectivité conduit à une collectivité parfaite » (si j’ai bien compris, mais il manque peut-être des caractères).