Début novembre, c’est le froid pour les citadins. La température descend dehors, et dans les appartements aussi. Pour l’administration municipale, l’hiver commence le 15 novembre, pas avant, et les usines de chauffage urbain commenceront à envoyer leur eau chaude dans les radiateurs ce jour là, pas avant. La boulangerie a une climatisation qui permet de faire du froid et un peu de chaleur. On la fait tourner, mais modérément, ça consomme de l’électricité. On a acheté des vestes assorties à l’uniforme pour les serveuses. Les clients ne se plaignent pas, ils sont mieux couverts qu’en été.
Les clients qui ont découvert la boulangerie reviennent. Par exemple les fonctionnaires portugais qui administrent Macao pour le compte du gouvernement central. Ils étudient au centre de formation supérieure de la fonction publique de l’autre côté de l’avenue. L’hôtellerie du centre sert de la nourriture chinoise et du thé. Ici ils trouvent du café et des petits gâteaux. Dans ce quartier où il y a des Occidentaux mais pas de boutique occidentale, c’est un début. Quand même, nous nous demandons quelquefois s’il n’aurait pas fallu s’installer là où il y a déja des quantités d’établissements à l’occidentale, des adresses connues.
Par exemple « Lucky Street », dans le quartier de Chaoyang, exactement de l’autre côté du centre de Pékin par rapport à notre quartier de Haidian. Du côté est de l’avenue, le parc de Chaoyang; du côté ouest, cinquante restaurants, et tous les chauffeurs de taxi savent où est Haoyun jie.

Le restaurant français « la Mansarde » est installé là, au troisième étage, avec juste une porte en bas qui mène à l’escalier. (pour savoir l’adresse, cliquer sur le nom. L’information est offerte par Aujourdhuilachine .) En haut, le restaurant français et le bistro chinois de l’épouse du patron. L’enseigne en chinois dit ‘falan xiang xi canting’, français parfum ouest restaurant. Mais il n’y aurait pas eu de clients pour la boulangerie, le matin il n’y a personne.
Ou bien s’installer dans un lieu idéalement touristique, par exemple la rue du Temple des Lamas (métro du même nom), comme le Café de la Poste , bistrot parisien, à boire et à manger, devant qui la foule défile du matin à tard dans la nuit.
Devant l’entrée, Christophe le patron, qui est aussi rédacteur en chef de Pingpong, le gratuit francophone de la vie à Pékin, et promoteur du marchand de vins français que son établissement abrite (à gauche; c’est un Chinois qui tient l’affaire, comme les cuisiniers du café de la Poste sont Chinois aussi).
Le numéro d’avant les jeux olympiques. Pour savoir combien il lisait l’avenir, cliquer pour lire une page intérieure. L’article est à droite, à côté de l’interview de Gilles Sabrie (un oeil sur la Chine ). Pour nous, le temps des terrasses ce sera l’an prochain. Il était interdit de déployer quoi que ce soit sur la voie publique pendant les Jeux Olympiques, avec une tolérance pour ceux qui faisaient déja, et l’interdiction a duré jusqu’à fin septembre.
« Le Petit Saïgon » a ouvert au printemps, aussi dans une des rues du quartier des Hutongs préservés, près de la tour du Tambour. Et les gens ont tout de suite trouvé le chemin.
Mais le bar-restaurant, ce n’est qu’une partie du fonds de commerce de notre affaire. L’enseigne, ce sont les pains et les gâteaux.

Il aurait peut-être fallu faire comme « Paris-Baguette » (entreprise coréenne, comme son nom ne l’indique pas, mais tout le monde le sait) enfoui dans les profondeurs du centre commercial de Xizhimen (la station de métro sur la ligne qui tourne autour du centre, la moins éloignée de la boulangerie avent l’ouverture de la nouvelle ligne 10).

Dedans, c’est banal, mais il y a encore du monde à dix heures du soir, alors qu’ils ne servent pas grand-chose à boire.

« Tous les jours » (en chinois ‘duo le zhi ri’ beaucoup de joie pour jour, « jour de grande joie ») s’est tout simplement installé dans le hall de la gare Sud, là d’où part le train rapide pour Tianjin. Là tout est chinois, et le pain aussi. Et les prix sont à la même altitude que le nouveau tarif des billets. Difficile d’être chaleureusement Occidental dans un endroit pareil.

Retournons dans le quartier. A dix minutes de marche dans l’Avenue des Dix-mille Saules qui longe un côté de la résidence où nous sommes, il y a l’enseigne d’un établissement qui semble avoir la même marchandise.

Les caractères disent ‘kafei, dangao, mianbao’ café, gâteaux, pain. L’intérieur est plutôt terne et le pain pas croustillant. Ce n’est pas sur le nom des produits qu’il faut se distinguer.

La boutique est, comme « Les Blés de Paris », au pied d’un grand ensemble très peuplé, et seul vendeur de nourriture dans le voisinage.

J’ai tort de dire que nous sommes les seuls. Depuis que la boulangerie a ouvert sa porte de derrière, côté cour de la résidence, un concurrent en plein vent est entré. Pas exactement un concurrent, mais le matin il offre des petits pains à la vapeur et des grands beignets chinois. Apparemment une interdiction a été levée. Et le distributeur de petites boîtes blanches, riz et légumes tièdes, s’installe à midi avec ses grandes caisses calorifugées. Avant, il restait dehors sur le trottoir. Le tout est six ou sept fois moins cher qu’une pizza ou une quiche servie dans la salle si confortable de « Les Blés de Paris ». Mais c’est juste pour se nourrir.
J’avais autrefois rencontré pendant un stage un des cadres de Jacques Borel, le grand des restaurants d’autoroute et des fast-foods d’avant Macdo (il a changé de nom depuis, tellement ça avait mauvaise réputation). Il disait « Quelquefois, en pensant à ce qui se passe chez nous, on n’a plus le moral. Pour nous réconforter, nous allons manger chez un concurrent. » J’ai suivi l’exemple, dans un restaurant à thème du super centre commercial qui est à un kilomètre à pied au bout de l’avenue du Printemps Eternel (et le centre commercial a un kilomètre de long; c’est loin). Restaurant à thème « populaire époque Ming ».

Tables et bancs de bois noir, pas de nappes, la carte est affichée sur des signets en bois au-dessus du comptoir. C’est bon et tout à fait chinois.

Et très chinois aussi, la vaisselle d’urgence sur le carrelage de la salle. On manquait de plats de service.
Revenons au pain et aux croissants. Il y a à Tianjin quelqu’un qui a réussi dans son entreprise de véritable boulangerie occidentale. C’est un Japonais . Il a installé sa boutique en bas d’une résidence habitée par des Japonais (Olympic Appartments, au bout de la rue de Chengdu, pour ceux qui connaissent la ville).

Il fait le seul vrai pain français de Tianjin. Le restaurant « C’est la Vie » s’approvisionne chez lui.

Mais il ne laisse pas les clients manger sur place. Il a si bien réussi qu’il a ouvert au printemps une boutique à Pékin, dans une autre résidence pour Japonais dans l’avenue de Chaoyang. Il est du côté sud-est de la diagonale du carré que forme le centre de Pékin. « Les Blés de Paris » est du côté nord-ouest, dans le quartier de Haidian; un peu plus loin c’est le palais d’Eté.
C’est le dos des prospectus qui vantent les pizzas et les gâteaux. Les chauffeurs de taxi se débrouillent avec. Venez acheter votre petit-déjeuner (si vos habitez dans la quartier) ou vous détendre le soir (on peut garer sa voiture sans problème). Dans quelques jours, il y aura enfin un piano.



On me verra peut-être à la télévision chinoise, au mois de novembre, dans l’émission « Dang Hong Bu Rang », mot-à-mot ‘être (rôle) rouge pas permis’. Ne me demandez pas de traduire. Je serai dans le rôle du public, c’est une émission de variétés enregistrée ce dimanche. Une amie m’a invité à « un spectacle musical à la maison de la télévision ». Ma chère épouse était invitée aussi, mais finalement elle n’est pas allée, elle avait l’impression de savoir déja de quoi il s’agissait. J’y suis allé; c’est une occasion de voir comment on fabrique ces mirifiques émissions de plateau, menées à toute allure, qu’on voit à toute heure à la télévision.


« l’univers arc-en-ciel du mobilier ».






Liu Yan, dont le prénom signifie « beauté » et qui travaille chez Samsung quand elle ne chante pas, en train d’argumenter. L’animatrice (robe rouge) parle plus qu’elle.













Mais je n’ai pas tout compris. Les femmes ont peut-être le droit de faire les prières dans la salle des hommes, derrière eux comme c’est la règle. Je vois aussi de grands panneaux d’affichage, où des pages de journaux et des photos rappellent que l’Islam est une communauté mondiale dont les fidèles de ce lieu font partie. Les panneaux dans la cour de la cathédrale catholique de Tianjin diisent un peu la même chose. Il y a une histoire datant des premiers empereurs Ming: un mandarin récemment nommé pour veiller sur l’ordre public dans le quartier avait remarqué que certains jours des groupes de gens se dirigeaient vers ce palais. Les ayant suivis, il les avait vus réunis en grand nombre dans une salle, é
coutant quelqu’un qui leur lisait un livre dans une langue inconnue. Il fit aussitôt un rapport pour dénoncer cette vaste conspiration et demander un mandat afin d’arrêter tout le monde. Heureusement, un conseiller de l’empereur reconnut l’adresse de la mosquée et expliqua de quoi il s’agissait. Quand même, sur le fond il n’avait pas tout à fait tort. Ceux-là ne faisaient pas allégeance qu’à l’Empereur.(à gauche, des femmes Hui avec leur bonnet de toile qui remplace le voile en temps ordinaire)




Voici le pavillon central du palais impérial, où l’empereur vivait et donnait audience. On l’appelle aussi « Palais d’été », mais il n’a rien à voir avec ce qu’est devenu celui de Pékin (dessiné par le même empereur Qianlong) où habite le fantôme de la méchante impératrice Ci Xi (la Tseu-Hi des 55 jours de Pékin, 1900). Pas de chinoiserie en couleurs; du bois précieux sculpté et laissé libre de répandre son parfum. C’est là que l’empereur recevait ses sujets récents, précédemment barbares agressifs, les Tibétains, les Mongols, et les autres peuples du Nord et de l’Ouest. C’est là que Lord MacCartney n’a pas fait (ou a fait) les neuf prosternations rituelles, après de longues négociations pour savoir si l’empereur Qianlong devait se contenter de l’hommage, un genou ployé, que le Lord rendait au Roi d’Angleterre. Et c’est là que l’empereur a répondu aux propositions de traité de commerce et d’ambassade permanente des Anglais: « En Chine nous avons tout, que pourriez-vous fournir ? Nous sommes heureux de vous avoir reçus et vous accordons la faveur de revenir quand vous le voudrez, vous prosterner devant le trône et porter votre tribut. » Les Anglais ont entendu et trouvé quoi fournir: l’opium des Indes.




















Qiao, c’est le pont, mais quand on le lit sur un panneau indicateur en ville, c’est presque toujours un échangeur. Ils sont devenus les grands points de repère de la ville, comme les portes
Men l’étaient autrefois.



Pas beaucoup de visiteurs, d’ailleurs. 50 yuans (prix réduit), c’est cher, même un jour favorisé comme celui là. J’ai quand même trouvé un couple d’amoureux au restaurant tournant, qui contemplaient leur ville tout en mangeant des glaces. Un jour Tianjin sera une ville touristique. Retenez le nom en chinois pour reconnaître la station d’autobus, Tianta, ciel-tour. (à gauche des amoureux, une fusée Longue Marche).
hexiehao, « harmonieux bruit ». Il roule à plus de 300 kilomètres à l’heure sur une voie en viaduc à dix mètres au dessus de la campagne, pour ne pas encombrer le sol et aussi haut qu’il faut pour survoler les avenues et les échangeurs en ville (je n’ai pas réussi à trouver une bonne image du viaduc continu, ni réussi à en faire une). Il met une demie-heure à faire un peu plus de 120 kilomètres, quatre minutes de plus s’il s’arrête à la nouvelle gare de Wuqing à mi-chemin. Et je mets une heure de plus pour aller de la boulangerie à notre appartement.















Pour trouver ce qu’on cherche, il suffit de marcher et de regarder autour de soi. Il est impossible de se perdre puisqu’on arrivera là d’où on était parti sans être revenu en arrière. On peut quand même se tromper. C’est ainsi que je suis entré dans les toilettes des dames; j’avais renoncé à entrer par la bonne porte en voyant à l’intérieur un panonceau certainement féminin.
‘qi’, une femme
dont la main tient un balai. Les époux
‘fuqi’, le mari représenté par un homme
(« grand », un adulte) avec une épingle qui tient ses cheveux sur le sommet de la tête, comme dans les feuilletons qui se passent à l’époque des Royaumes Combattants. Quand même, je préfèrerais être en ce moment avec mon épouse, à regarder ensemble un de ces feuilletons qu’elle aime.