Boulangeries (au pluriel)

Début novembre, c’est le froid pour les citadins. La température descend dehors, et dans les appartements aussi. Pour l’administration municipale, l’hiver commence le 15 novembre, pas avant, et les usines de chauffage urbain commenceront à envoyer leur eau chaude dans les radiateurs ce jour là, pas avant. La boulangerie a une climatisation qui permet de faire du froid et un peu de chaleur. On la fait tourner, mais modérément, ça consomme de l’électricité. On a acheté des vestes assorties à l’uniforme pour les serveuses. Les clients ne se plaignent pas, ils sont mieux couverts qu’en été.

Les clients qui ont découvert la boulangerie reviennent. Par exemple les fonctionnaires portugais qui administrent Macao pour le compte du gouvernement central. Ils étudient au centre de formation supérieure de la fonction publique de l’autre côté de l’avenue. L’hôtellerie du centre sert de la nourriture chinoise et du thé. Ici ils trouvent du café et des petits gâteaux. Dans ce quartier où il y a des Occidentaux mais pas de boutique occidentale, c’est un début. Quand même, nous nous demandons quelquefois s’il n’aurait pas fallu s’installer là où il y a déja des quantités d’établissements à l’occidentale, des adresses connues.

Lucky  Street

Par exemple « Lucky Street », dans le quartier de Chaoyang, exactement de l’autre côté du centre de Pékin par rapport à notre quartier de Haidian. Du côté est de l’avenue, le parc de Chaoyang; du côté ouest, cinquante restaurants, et tous les chauffeurs de taxi savent où est Haoyun jie.

La mansarde

Le restaurant français « la Mansarde » est installé là, au troisième étage, avec juste une porte en bas qui mène à l’escalier.  (pour savoir l’adresse, cliquer sur le nom. L’information est offerte par Aujourdhuilachine .) En haut, le restaurant français et le bistro chinois de l’épouse du patron. L’enseigne en chinois dit ‘falan xiang xi canting’, français parfum ouest restaurant. Mais il n’y aurait pas eu de clients pour la boulangerie, le matin il n’y a personne.

Ou bien s’installer dans un lieu idéalement touristique, par exemple la rue du Temple des Lamas (métro du même nom), comme le Café de la Poste , bistrot parisien, à boire et à manger, devant qui la foule défile du matin à tard dans la nuit.

Café de la Poste

Devant l’entrée, Christophe le patron, qui est aussi rédacteur en chef de Pingpong, le gratuit francophone de la vie à Pékin, et promoteur du marchand de vins français que son établissement abrite (à gauche; c’est un Chinois qui tient l’affaire, comme les cuisiniers du café de la Poste sont Chinois aussi).

Pingpong

Le numéro d’avant les jeux olympiques. Pour savoir combien il lisait l’avenir, cliquer pour lire une page intérieure. L’article est à droite, à côté de l’interview de Gilles Sabrie (un oeil sur la Chine ). Pour nous, le temps des terrasses ce sera l’an prochain. Il était interdit de déployer quoi que ce soit sur la voie publique pendant les Jeux Olympiques, avec une tolérance pour ceux qui faisaient déja, et l’interdiction a duré jusqu’à fin septembre.

Little Saigon

« Le Petit Saïgon  » a ouvert au printemps, aussi dans une des rues du quartier des Hutongs préservés, près de la tour du Tambour. Et les gens ont tout de suite trouvé le chemin.

Mais le bar-restaurant, ce n’est qu’une partie du fonds de commerce de notre affaire. L’enseigne, ce sont les pains et les gâteaux.

Paris-Baguette

Il aurait peut-être fallu faire comme « Paris-Baguette » (entreprise coréenne, comme son nom ne l’indique pas, mais tout le monde le sait) enfoui dans les profondeurs du centre commercial de Xizhimen (la station de métro sur la ligne qui tourne autour du centre, la moins éloignée de la boulangerie avent l’ouverture de la nouvelle ligne 10).

Paris-baguette intérieur

Dedans, c’est banal, mais il y a encore du monde à dix heures du soir, alors qu’ils ne servent pas grand-chose à boire.

Tous les jours

« Tous les jours » (en chinois ‘duo le zhi ri’ beaucoup de joie pour jour, « jour de grande joie ») s’est tout simplement installé dans le hall de la gare Sud, là d’où part le train rapide pour Tianjin. Là tout est chinois, et le pain aussi. Et les prix sont à la même altitude que le nouveau tarif des billets. Difficile d’être chaleureusement Occidental dans un endroit pareil.

Tous les jours intérieur

Retournons dans le quartier. A dix minutes de marche dans l’Avenue des Dix-mille Saules qui longe un côté de la résidence où nous sommes, il y a l’enseigne d’un établissement qui semble avoir la même marchandise.

Café Bakery

Les caractères disent ‘kafei, dangao, mianbao’ café, gâteaux, pain. L’intérieur est plutôt terne et le pain pas croustillant. Ce n’est pas sur le nom des produits qu’il faut se distinguer.

Cafebakery intérieur

La boutique est, comme « Les Blés de Paris »,  au pied d’un grand ensemble très peuplé, et seul vendeur de nourriture dans le voisinage.

Petit déjeuner

J’ai tort de dire que nous sommes les seuls. Depuis que la boulangerie a ouvert sa porte de derrière, côté cour de la résidence, un concurrent en plein vent est entré. Pas exactement un concurrent, mais le matin il offre des petits pains à la vapeur et des grands beignets chinois. Apparemment une interdiction a été levée. Et le distributeur de petites boîtes blanches, riz et légumes tièdes, s’installe à midi avec ses grandes caisses calorifugées. Avant, il restait dehors sur le trottoir. Le tout est six ou sept fois moins cher qu’une pizza ou une quiche servie dans la salle si confortable de « Les Blés de Paris ». Mais c’est juste pour se nourrir.

J’avais autrefois rencontré pendant un stage un des cadres de Jacques Borel, le grand des restaurants d’autoroute et des fast-foods d’avant Macdo (il a changé de nom depuis, tellement ça avait mauvaise réputation). Il disait « Quelquefois, en pensant à ce qui se passe chez nous, on n’a plus le moral. Pour nous réconforter, nous allons manger chez un concurrent. » J’ai suivi l’exemple, dans un restaurant à thème du super centre commercial qui est à un kilomètre à pied au bout de l’avenue du Printemps Eternel (et le centre commercial a un kilomètre de long; c’est loin). Restaurant à thème « populaire époque Ming ».

Restau Ming

Tables et bancs de bois noir, pas de nappes, la carte est affichée sur des signets en bois au-dessus du comptoir. C’est bon et tout à fait chinois.

Vaisselle

Et très chinois aussi, la vaisselle d’urgence sur le carrelage de la salle. On manquait de plats de service.

Revenons au pain et aux croissants. Il y a à Tianjin quelqu’un qui a réussi dans son entreprise de véritable boulangerie occidentale. C’est un Japonais . Il a installé sa boutique en bas d’une résidence habitée par des Japonais (Olympic Appartments, au bout de la rue de Chengdu, pour ceux qui connaissent la ville).

Gang gang

Il fait le seul vrai pain français de Tianjin. Le restaurant « C’est la Vie » s’approvisionne chez lui.

Gang Gang

Mais il ne laisse pas les clients manger sur place. Il a si bien réussi qu’il a ouvert au printemps une boutique à Pékin, dans une autre résidence pour Japonais dans l’avenue de Chaoyang. Il est du côté sud-est de la diagonale du carré que forme le centre de Pékin. « Les Blés de Paris » est du côté nord-ouest, dans le quartier de Haidian; un peu plus loin c’est le palais d’Eté.

Plan d'accès

C’est le dos des prospectus qui vantent les pizzas et les gâteaux. Les chauffeurs de taxi se débrouillent avec. Venez acheter votre petit-déjeuner (si vos habitez dans la quartier) ou vous détendre le soir (on peut garer sa voiture sans problème). Dans quelques jours, il y aura enfin un piano.

Piano

Spectacle télévisé

dang hong bu rangOn me verra peut-être à la télévision chinoise, au mois de novembre, dans l’émission « Dang Hong Bu Rang », mot-à-mot ‘être (rôle) rouge pas permis’. Ne me demandez pas de traduire. Je serai dans le rôle du public, c’est une émission de variétés enregistrée ce dimanche. Une amie m’a invité à « un spectacle musical à la maison de la télévision ». Ma chère épouse était invitée aussi, mais finalement elle n’est pas allée, elle avait l’impression de savoir déja de quoi il s’agissait. J’y suis allé; c’est une occasion de voir comment on fabrique ces mirifiques émissions de plateau, menées à toute allure, qu’on voit à toute heure à la télévision.

Tour de la télévision

Ca se passe quelque part là-dedans,  le « bureau de la municipalité de Tianjin pour la diffusion de la télévision et du cinéma », immeuble officiel gardé par de vrais militaires et pas des agents de sécurité en uniforme fantaisie. Ils ne veulent pas se laisser photographier, donc j’ai pris l’image un peu plus loin.

Public en attente

Le bon peuple dont nous faisons partie, moi, mon amie et ses six amis invités aussi, attend qu’on vienne le conduire. Chacun tient dans la main le billet d’entrée numéroté. Nous passerons sous un portique de détection de métaux mais on ne radiographiera pas nos sacs.

Studio vide

Il n’y a rien de plus sinistre qu’un studio vide. Le décor est gris clair mat, les seules taches de couleur sont les cartons suspendus avec le nom de l’émission et le sponsor changhongjiajushijie« l’univers arc-en-ciel du mobilier ».

Chauffeuse

Et puis ça s’anime. Les chauffeuses de salle mettent le public en scène: nous sommes priés de redescendre du haut vers une place au second rang, puis de remonter pour équilibrer la masse. Il faut retirer les blousons ternes. Et on s’entraine à applaudir et à encourager les artistes. C’est une émission de non-professionnels, ils sont quatre et chacun présentera trois numéros.

Applaudissements

Le public est vraiment de bonne volonté. En fait, j’ai l’impression qu’il s’agit de mettre en conserve des applaudissements de qualité, pour les insérer au montage là où ils manqueront.

Cameraman filmant le public

Les caméras s’attardent sur des personnalités dans les gradins. Apparemment j’en fais partie, un bébé dans les bras de son grand-père aussi.

Cameraman en jaune

Ce charmant jeune homme a fait l’école des Beaux-Arts. C’est sa faute si nous sommes là, il a donné l’idée à mon amie. Il faut de tout pour un bon public. Les spécialistes noteront que ce sont des caméras françaises Thomson.

Fumigenes

Début du tour de chant de Li Yulong, 64 ans, chanteur à voix. On le verra mieux quand la lumière reviendra. Tout à l’heure on le félicitera sur son age.

Jeune danseuse

Numéro de danse en solo de Wang Fan, 9 ans. Le monsieur assis sur un tabouret rouge est un des juges. A la fin de chaque numéro, il y a un long dialogue entre l’artiste aidé de l’animatrice, et quatre juges (?) assis derrière des pupitres, qu’on filme longuement. Je rate presque tout; ils discutent de carrière et de projets artistiques, c’est presque sérieux.

Chanteuse

Voici la chanteuse Liu YanLiu Yan, dont le prénom signifie « beauté » et qui travaille chez Samsung quand elle ne chante pas, en train d’argumenter.  L’animatrice (robe rouge) parle plus qu’elle.

Danseuse

Une des trois danseuses qui accompagnent le chanteur Yan Yue pour sa chanson « filles pimentées ». Sa troisième chanson s’appelle « Pluie glacée ». On verra ce que ça donnera sur l’écran.

Petites danseuses

Neuf petites filles entre six et dix ans, dont Wang Fang, qui dansent ensemble avec une assurance étonnante.

Quatre concurrents

Les quatre artistes encadrés par l’animatrice et l’animateur. Je devrais connaître les animateurs, je les ai déja vus sur l’écran. Mon amie me dit que ce sont des gens célèbres. Je n’y connais rien, c’est l’inconvénient de ne pas être dans son pays. S’il n’y avait que cela …

Danseuse

C’est Wang Fang qui termine le spectacle. Une danse en solo, elle aussi avec une assurance invraisemblable. Ensuite elle redevient petite fille dirigée par l’animatrice. Il y a une espèce de distribution des prix à la fin, et si j’ai compris c’est elle qui a gagné.

Nous descendons des gradins. On se fait photographier avec les artistes et les animateurs. C’est tout à fait gentil et familial. Je ramasse un exemplaire du conducteur qui me donne le nom de ceux que je viens de voir. J’essaierai de regarder le résultat quand ça passera à la télévision.

La mosquée de la rue de la Vache

Mon épouse travaille quelquefois le dimanche, pour tenir la permanence de son administration; La semaine dernière, nous avons profité d’un jour de récupération pour aller à Pékin au consulat de France, faire renouveler son visa de conjoint. Il faut prouver à l’administration française je suis Français (la carte consulaire et la carte d’identité française), que nous sommes mariés (pour cela, on apporte le livret de famille français, bleu, et une copie de l’acte de mariage dont l’original est dans les archives du service des Français; le petit livre rouge chinois n’est d’aucun secours), que le demandeur réside en Chine (on apporte le Hukou, le livret de résidence où mon épouse figure), et qu’il y a « vie commune » (le plus simple est d’y aller ensemble; mais si j’étais en France ce serait à l’appréciation de l’agent du consulat). Il s’agit d’un visa pour courts séjours, pas pour s’installer en France; le cas le plus simple. Nous avions prévu d’arriver le matin dès l’ouverture, en prévision d’une longue attente. Mais non; depuis que le consulat a sous-traité la réception des dossiers de demandes de visa « ordinaires », les conjoints font partie des quelques privilégiés qui sont servis directement. Donc nous avons été reçus très vite. Le dossier était complet, et il y avait déja un visa de conjoint dans le passeport. La préposée, qui venait de discuter longuement en chinois avec une épouse venue seule, a été contente de parler français, du moins je le suppose. Tout allait bien. Je pourrai retirer le visa un matin de la semaine suivante, avant d’aller à la boulangerie.

Il restait donc toute une journée pour faire du tourisme dans Pékin. J’aime beaucoup faire du tourisme avec ma chère épouse, à condition que ce soit dans un groupe, qui nous libère de la préoccupation de connaître le chemin. Je sais lire un plan de ville, elle non. Mais elle ne peut pas admettre que je puisse savoir par où passer, dans un endroit où je n’étais jamais allé, puisque je ne suis pas Chinois. Donc nous partons dans n’importe quelle direction, et elle demande son chemin, ce que j’ai du mal à faire. Prendre un taxi est inimaginable, sauf urgence ou détresse. Donc nous prenons l’autobus. Heureusement, les receveuses d’autobus de Pékin sont des puits de science. Pourvu qu’on soit vaguement dans la direction de l’endroit désiré (ou dans le mauvais sens, mais sur la bonne ligne), elle dira où descendre et quel autre autobus prendre alors. Ainsi, au milieu de l’après-midi, nous étions au nord de la ville, dans le quartier de Hou Hai (le lac et les lieux de plaisance au nord-ouest de la Cité Interdite, le quartier que échappera peut-être à la rénovation radicale). Il s’agissait de prendre un autobus pour rejoindre la gare sud, Beijing Nan Zhan, lieu éloigné et maléficié, où les piétons ne peuvent pas parvenir, et d’où part le train qui met 30 minutes pour aller à Tianjin, après une heure de trajet pour rejoindre la gare. La receveuse nous a expliqué que son autobus n’allait pas à la gare, mais qu’il fallait descendre à la station Niu Jue (rue de la Vache) et redemander.

Niu Jie me disait quelque chose: la plus vieille mosquée de Pékin, citée par les voyageurs. J’ai réussi à persuader ma chère épouse de prendre une heure pour la trouver. En fait, l’arrêt d’autobus suivant s’appelait Niujie Libaisi (le temple pour la cérémonie du dimanche, ou la mosquée du vendredi). Devant l’entrée, j’ai reconnu des hommes et des femmes qui portaient le grand calot blanc des Hui, les Chinois musulmans, comme on les voit le vendredi et quelquefois les autres jours autout de la mosquée de notre quartier à Tianjin (une mosquée toute neuve, remplaçante de celle qui a été rasée l’an dernier après le reste du pâté de maisons; il faudra que j’en parle un jour). Il y a aussi un groupe de filles voilées.

Américaines voilées

Ce sont des étudiantes américaines de Beida, une des universités de Pékin. Leur professeur est entrain de négocier un tarif de groupe (les mécréants et les étrangers paient 10 yuans). Sur l’image, la seule Musulmane n’a pas encore mis son voile.

Cour des hommes

En arrivant par le côté gauche de la cour principale, on se demande où on est. Un palais chinois, un temple, ou autre chose.Rien n’a l’air musulman, et les petits animaux sont alignés sur les tuiles faîtières du toit, comme partout.

Dévots

Mais juste après, l’image attendue apparaît : des hommes qui entrent dans la salle de prière.

Cour des hommes

C’est l’effet du cadrage. Il y a beaucoup de monde dans cette cour, pour apercevoir l’intérieur de la salle de prière des hommes.

Salle de prière des hommes

On n’entre pas. Ce n’est pas l’heure et les non-musulmans sont priés de rester dehors. On a le droit de regarder les décors de caractères arabes.

Qing zhen gu jiao

Sur la tablette, de droite à gauche: qing zhen gu jiao, limpide droit ancien enseignement. « Musulman » se dit en Chine « limpide et droit ».

Intérieur de la salle

C’est dans cette salle qu’on voit bien que ce n’est pas un temple bouddhiste ou autre. Pas seulement parce qu’il n’y a pas de statues. La salle est faite pour accueillir une communauté nombreuse qui se réunit, pas des gens qui défilent pour faire leurs dévotions.

Couple Hui

Nous sommes quand même dans un lieu qu’on visite. Ce couple de Hui fait une photo-souvenir, exactement comme les Han et les autres le font dans les temples.

Guide devant les tombes

Le guide (un des guides résidents de la mosquée) explique que les deux saints personnages enterrés ici sont arrivés à Pékin au 13e siècle, bien avant que la ville s’appelle Pékin. La mosquée existait déja depuis 300 ans, construite avec la permission d’un empereur barbare du Nord, dans la période de division qui sépare les empereurs Tang des Song. (au premier plan, la professeur américaine; nous avons discuté; elle avait appris le français au collège, puis elle s’est mise au chinois à l’université et son français est parti; il lui en reste pourtant). 

Stèle de Kangxi

La stèle sur le côté de la cour porte une inscription de l’empereur Kangxi, contemporain de Louis 14. C’est lui qui a fait reconstruire la mosquée; cette fois Pékin existait, avec les mêmes limites qu’aujourd’hui, depuis les Ming. Le panneau pédagogique rappelle aussi que la République Populaire a restauré trois fois le monument.

Cour des femmes

Nous voila dans la cour des femmes, les hommes aussi grâce à l’immunité que donne le groupe de visiteurs et son guide. La salle, séparée de celle des hommes, est nettement moins somptueuse.

Salle des femmes

Affiche de femmesMais je n’ai pas tout compris. Les femmes ont peut-être le droit de faire les prières dans la salle des hommes, derrière eux comme c’est la règle. Je vois aussi de grands panneaux d’affichage, où des pages de journaux et des photos rappellent que l’Islam est une communauté mondiale dont les fidèles de ce lieu font partie. Les panneaux dans la cour de la cathédrale catholique de Tianjin diisent un peu la même chose. Il y a une histoire datant des premiers empereurs Ming: un mandarin récemment nommé pour veiller sur l’ordre public dans le quartier avait remarqué que certains jours des groupes de gens se dirigeaient vers ce palais. Les ayant suivis, il les avait vus réunis en grand nombre dans une salle, éFemmes Huicoutant quelqu’un qui leur lisait un livre dans une langue inconnue. Il fit aussitôt un rapport pour dénoncer cette vaste conspiration et demander un mandat afin d’arrêter tout le monde. Heureusement, un conseiller de l’empereur reconnut l’adresse de la mosquée et expliqua de quoi il s’agissait. Quand même, sur le fond il n’avait pas tout à fait tort. Ceux-là ne faisaient pas allégeance qu’à l’Empereur.(à gauche, des femmes Hui avec leur bonnet de toile qui remplace le voile en temps ordinaire)

Observatoire

Au bout du jardin, du côté de la rue, ce n’est pas le minaret (un pavillon avec balcon dans l’axe de la cour, pas plus haut que les autres constructions), mais l’observatoire d’où on surveillait la Lune pour déterminer les heures du jeûne au temps du Ramadan.

Ablutions

Et ici, ce sont les toilettes des hommes, toujours vastes et bien tenues dans une mosquée. Se laver fait partie de la prière. Les caractères disent à peu près « l’eau coûte cher, veillez-y ».

A Chengde chez l’empereur

Temple Putuozongchen

Non, nous ne sommes pas allés à Lhasa, et ce n’est pas le palais de Potala. Ou plutôt c’est  le palais de Potala à l’échelle 1/3, construit par l’empereur Qianlong (contemporain de Louis XV et de la Révolution)vers 1770 pour faire honneur au Dalaï Lama. Lord MacCartney, ambassadeur du roi d’Angleterre, l’a visité, tout neuf, en septembre 1793. Il a vu 11 rangées de fenêtres et en a conclu que le palais avait autant d’étages. En fait, elles sont presque toutes fausses, sauf aux trois niveaux les plus hauts, où elles aèrent les galeries qui entourent la chapelle centrale.

Galeries du temple

Le toit de la chapelle (à gauche) est fait de tuiles de bronze doré. Les Anglais se sont demandé pourquoi l’empereur avait tant dépensé. L’intérieur est somptueux mais pas éclairé ce jour là. Au centre, face aux statues de Bouddha, un trône attend le Dalaï Lama.

Toit du Petit Potala

Ils avaient aussi visité, tout près, un autre monastère-palais sur le modèle de celui du Panchen Lama à Shigatse, conforme au même plan, et construit pour recevoir le Panchen Lama lui-même, venu visiter l’Empereur pour le 70e anniversaire de son règne (1780). C’est que Chengde, ou Jehol comme le lieu s’appelait au temps de l’empire, à seulement 250 kilomètres de Pékin mais au-delà de la Grande Muraille, a été construit par les empereurs Qing, eux-mêmes Mandchous (barbares du Nord-Est) et non Chinois, comme un modèle réduit de leur récent empire. Il y a aussi des monastères bouddhistes mongols et mandchous, sur deux côtés de la résidence de l’empereur, conçue elle aussi comme une petite Chine.

Carte touristique de Chengde

Les monastères du Tibet sont en haut, ceux de Mongolie à droite. Au centre, le domaine de l’Empereur, entouré de murs; la Cité Interdite est en bas; on voit la Chine de l’Est, pays des eaux, Nanjing et le Lac de l’Ouest à Hangzhou; au dessus, la plaine de Mongolie; à gauche les montagnes. Les villes sont figurées par les dizaines de pavillons au bord de l’eau ou dans la forêt, qui servaient au délassement ou au travail en privé de l’empereur. L’empereur n’est plus là, les moines non plus (sauf au monastère de Pulingse, le plus grand en haut à droite, où les moines tibétains sont revenus, comme au Temple des Lamas à Pékin). Mais l’idée de l’Empire est toujours d’actualité. Les galeries du Petit Potala abritent en ce moment une exposition de tankas tibétains (dessins symboliques sur des bannières) « Nous espérons que cette exposition vous incitera à en savoir plus sur la culture bouddhiste tibétaine, et que notre patrie en sera plus forte et plus prospère. »

Palais impérial

Galerie du palaisVoici le pavillon central du palais impérial, où l’empereur vivait et donnait audience. On l’appelle aussi « Palais d’été », mais il n’a rien à voir avec ce qu’est devenu celui de Pékin (dessiné par le même empereur Qianlong) où habite le fantôme de la méchante impératrice Ci Xi (la Tseu-Hi des 55 jours de Pékin, 1900). Pas de chinoiserie en couleurs; du bois précieux sculpté et laissé libre de répandre son parfum. C’est là que l’empereur recevait ses sujets récents, précédemment barbares agressifs, les Tibétains, les Mongols, et les autres peuples du Nord et de l’Ouest. C’est là que Lord MacCartney n’a pas fait (ou a fait) les neuf prosternations rituelles, après de longues négociations pour savoir si l’empereur Qianlong devait se contenter de l’hommage, un genou ployé, que le Lord rendait au Roi d’Angleterre. Et c’est là que l’empereur a répondu aux propositions de traité de commerce et d’ambassade permanente des Anglais: « En Chine nous avons tout, que pourriez-vous fournir ? Nous sommes heureux de vous avoir reçus et vous accordons la faveur de revenir quand vous le voudrez, vous prosterner devant le trône et porter votre tribut. » Les Anglais ont entendu et trouvé quoi fournir: l’opium des Indes.

La suite de l’histoire s’est passée ici. En 1860, alors que les empereurs ne venaient plus à Chengde depuis des années, Xianfeng s’y est réfugié pendant que l’armée franco-anglaise prenait Pékin et pillait le Palais d’Eté.

Pancarte sur le mur ouest du pavillon principal

Et il a signé le deuxième des « traités inégaux » (le premier date des années 1840, première guerre de l’opium, et installation des Anglais à Hong Kong). La chambre où l’empereur travaillait a été préservée (ou reconstituée).

Bureau de l'empereur

On peut voir par la fenêtre son bureau sur la plateforme chauffée (le kang) et le lit où il est mort quelques mois après. Les guides expliquent tout cela très bien aux groupes et aux enfants des écoles.

Avant de partir, une petite visite du domaine de l’Empereur. On pourrait y passer des jours, à découvrir les sites et les pavillons qui ont été semés en un siècle pour la délectation ou la méditation de ceux qui venaient chaque année gouverner leur empire extérieur.

Pavillon pour écouter les mésanges

Ce petit pavillon fait partie de la promenade autour des lacs. La plaine mongole est derrièrre, où on voit les chevreuils brouter. C’est « le pavillon pour écouter chanter les mésanges ». Le suivant s’appelle « Pavillon pour contempler la pousse des haricots », au dessus d’un jardin potager.

Pavillon de la pluie

Le pavillon de la montagne d’or, sur la rive est des lacs. Du haut de la tour, l’empereur venait jouir de la vue de ses lacs. Aujourd’hui on peut s’y arrêter, en bas, pour manger des nouilles instantanées. Et ce lieu délicieux est ouvert à tous ceux qui ont payé le billet d’entrée du domaine (cher, 10 euros au cours du jour, ou encore plus cher avec le droit de revenir plusieurs jours, ce que nous n’avons pas fait).

Figurantes

Près du pavillon du brouillard et de la pluie, ces deux filles proposent aux visiteurs de s’habiller en empereur et en concubines de l’époque Qing, pour se faire photographier sur le fond d’un paysage qui n’a pas changé.

Palias du panchen lama

Vu depuis le Petit Potala destiné au Dalaï Lama, le monastère du Panchen Lama. Au dessus, le rocher en forme de massue qu’on voit de partour. C’est en voyant ce signal au cours d’une chasse, dit-on, que l’empereur Kangxi se persuada de construire à Chengde sa résidence au-delà de la Grande Muraille.

Et aussi: Chengde est une ville moderne, 300 000 habitants, avec des usines, des hôtels, une gare de chemin de fer qui date du temps du socialisme, et l’art qui va avec. Un autre jour, je vous montrerai des statues bouddhistes.

Réalisme socialiste

Et pour voir du haut du ciel l’empire miniature de l’empereur, sa muraille et ses lacs, l’image est ici.

Premier octobre

Le premier octobre, c’est la fête nationale chinoise, cette année le 49e anniversaire du début de la République populaire, annoncé par Mao à Pékin devant la Cité Interdite (en quelque sorte il refondait l’Empire que les Républicains avaient essayé d’exorciser depuis 1911 et la fin des anciens empereurs, mais ce n’est pas mon sujet). Et la semaine du 28 septembre au 5 octobre, c’est la Semaine d’Or. Les écoles et les bureaux sont fermés, les chantiers s’arrête, et tous ceux qui le peuvent partent en voyage. Pas nous, pas encore, mon épouse était de permanence. Nous partons ce soir pour Chengde, là où les empereurs mandchous contemporains de Louis 14 et de Louis 15 partaient l’été, quittant Pékin qui est chez les Chinois, pour s’installer dans leur pays au-delà de la Grande Muraille. On en reparlera.

Mais on peut faire beaucoup d’autres choses ce jour là. Mercredi, au moment d’aller acheter les billets, nous avons été arrêtés dans la cour de la résidence par le départ du cortège de mariage de la fille des voisins. On se marie le premier octobre aussi. Les invités n’auront pas besoin de prendre un jour de congé.

Voitures rouges

Voici les voitures rouges qui attendent la mariée et ses proches. Ils partiront en cortège vers la maison de la famille du marié (en fait un salon dans un hôtel, en ville personne n’a un appartement assez grand). Autrefois c’était une chaise à porteurs fermée rouge. Aujourd’hui d’autres partent en limousine noire.

Porte et parasol jaune

La porte de l’immeuble est décorée du caractère Xi du bonheur. Un seul caractère ici, deux dans la maison de la famille du marié. Les femmes portent dans les cheveux une barrette avec huit pièces d’or en papier.

Lion avec tête

Devant la porte, les lions dansent pour attirer la chance et écarter le mauvais sort. Derrière le lion, on aperçoit les chapelets de pétards déja déroulés.

Mariée qui sort

Celui qui accompagne la mariée lui protège une oreille contre les pétards. On ne s’entend plus. Normalement la mariée devrait être en rouge, et celui qui l’accompagne n’est pas son futur mari; je ne sais pas si c’est lui, ceux à qui je l’ai demandé ne savaient pas non plus ou bien ils n’avaient pas envie de le dire à un étranger.

Mariée qui pose

Avant de monter en voiture, ils posent pour les photographes. Le cinéaste est prêt à filmer leur départ.

Lion démonté

Le lion va sortir de sa peau et les suivre. Il sera là de nouveau devant la porte des parents du marié.

Voiture décapotable

Le palanquin rouge de la mariée était fermé pour que personne ne la voie avant la noce. La limousin aussi cache ceux qu’elle transporte. Mais tout cela a changé.

Sortie du cortège

Tout le monde s’en va. En tête du cortège, la voiture du cinéaste. Un de ces jours, je montrerai l’arrivée de la mariée et le banquet. Un autre mariage, dont je n’avais pas eu la permission de parler en ce temps là, mais maintenant que l’héritier est né, et qu’il a même passé les 100 jours, je vais pouvoir.

Et il faudra aussi que je reparle de la boulangerie. Je goûte les plaisirs du provincial qui monte chaque semaine à la capitale pour le travail. Ca prend beaucoup de temps et d’énergie et ce journal s’en ressent peut-être. On verra après les petites vacances.

L’horizon de la ville

Ciel bleu

Vendredi matin, en tirant le rideau, mon épouse a dit « Regarde, le ciel est bleu comme en France ». Il faisait presque froid aussi. La fumée blanche de la grande cheminée qu’on voit par l’autre fenêtre indiquait le vent d’ouest, celui qui souffle en hiver et apporte souvent la poussière du désert, comme le vent d’est apporte la brume de la mer; d’habitude, le ciel est blanc. Mais pour une fois, l’air était limpide. Je suis parti voir le paysage de la ville du haut de la tour des télécommunications, Tianta, plus haute que celle de Pékin. Voir la grande ville toute plate jusqu’à l’horizon, c’est rare ici.

Nord-est

Vu vers le nord-ouest. Notre quartier est là-bas, pas loin du petit trait vertical rouge et bleu (un grand imeuble en construction, qu’on a habillé pour les jeux olympiques).

Machang dao

En resserrant le cadre, on voit mieux la limite de la ville. L’aéroport est quelque part dans le paysage

Residence

Si Tianta était là-bas, on verrait notre résdence à peu près comme celle-ci. Des immeubles de cinq ou six étages, des cours et des arbres. Mais au loin ils disparaissent dans la forêt des nouvelles tours.

Les villas des anciennes concessions

Les tours se sont quand même arrêtées au bord du quartier protégé des villas des anciennes concessions occidentales. On peut s’amuser à chercher, à la limite du quartier, quelque chose qui ressemble au dôme du Panthéon à Paris. C’est un modèle réduit, le nouveau palais de la musique terminé juste à temps pour les jeux olympiques (l’extérieur seulement).

Sud-est

Très loin vers le sud-est, le fleuve rejoint la mer mais on ne voit pas au-delà de l’horizon. Plus près, au-delà du lac du « Jardin pour la détente des cadres » (non, il ne s’appelle plus comme ça), on peut voir le musée des beaux-arts, qui d’ici ressemble à une petite dune blanche, et sa grande esplanade d’où on lance les cerfs-volants.

Le grand stade

Vers le sud, voici le grand stade où on a joué les matchs olympiques de football. Et la campagne avec ses bassins d’aquaculture jusqu’à l’horizon.

Tianta dao

Tout près à l’ouest, un échantillon de rénovation urbaine. Le vieux quartier au premier plan, pas vieux d’ailleurs avec ses immeubles à deux étages qui tombent déja en ruine, va finir de se transformer en prairie, avant d’être reconquis par le quartier neuf qui pousse à gauche de la rue (Tianta dao, la rue de la Tour, où est le restaurant « C’est la vie »).

Echangeur

Vers le nord, Weijin lu, le campus vert de l’université de Nankai, et l’échangeur des Huit Lieux, Balitai qiao.qiaoQiao, c’est le pont, mais quand on le lit sur un panneau indicateur en ville, c’est presque toujours un échangeur. Ils sont devenus les grands points de repère de la ville, comme les portesmenMen l’étaient autrefois.

Vers le nord

L’avenue s’enfonce dans la forêt de tours du centre ville. Vues du sol, certaines servent aussi de point de repère dans la ville plate. Le fleuve passe dans cette image, mais on ne le voit pas.

Grande roue

C’est pour le repérer que la municipalité fait construire les ponts les plus voyants possibles. La grande roue dans l’image, c’est le pont tout neuf pas loin du monastère bouddhiste Dabeiyuan. La tour Tianta est mal placée pour lire la ville. Si elle était au bord du fleuve comme la Tour Eiffel à Paris, on comprendrait mieux, ou moins mal, à quoi ressemble Tianjin.

Heureusement, on peut faire comme les Taikonautes, la voir de haut. Entre Tianta seule au milieu de son lac triangulaire, et la ville entière avec Tianta au centre de l’image, on peut jouer avec l’échelle et se promener. (on peut aussi consulter le plan qui est presque à jour, en anglais , ou en chinois ).

Haut de la tour

Redescendu au niveau du sol, voici la tour Tianta. En haut, sous la grande casquette de béton, la galerie et le restaurant tournant. Tout en haut il y avait une promenade à l’air libre, et même un petit balcon au sol vitré pour se donner des sensations à 250 mètres au dessus du sol, mais c’est fermé. Raison de sécurité, m’ont dit les guides qui veillent sur les visiteurs.

La sécurité règne, comme partout depuis que les jeux olympiques ont commencé, et ça dure maintenant qu’ils sont terminés. L’accès au pont qui mène au pied de la tour est fermé par une petite baraque. A l’intérieur, un portique pour détecter les armes et une consigne où il faut déposer tout ce qu’on porte avec soi (on a le droit de conserver l’appareil photo). Heureusement, les policiers et policières qui accueillent le visiteur sont très aimables, mais très  directifs aussi. Peut-être que l’inquiétude du gouvernement se dissipera un jour. J’imagine ce que j’aurais pu faire sans ces contrôles: assassiner un autre visiteur, abattre la tour elle-même, ou lancer des cailloux dans l’eau du haut du balcon.

Intérieur du restaurant

TiantaPas beaucoup de visiteurs, d’ailleurs. 50 yuans (prix réduit), c’est cher, même un jour favorisé comme celui là. J’ai quand même trouvé un couple d’amoureux au restaurant tournant, qui contemplaient leur ville tout en mangeant des glaces. Un jour Tianjin sera une ville touristique. Retenez le nom en chinois pour reconnaître la station d’autobus, Tianta, ciel-tour. (à gauche des amoureux, une fusée Longue Marche).

Un sujet complètement différent: je viens d’obtenir une prolongation de six mois de mon visa. Mais cette fois aussi, je n’aurai pas le droit de rentrer en Chine si j’en sors. Il faudra demander un nouveau visa et tout recommencer. La grande peur des jeux olympiques continue. Pour combien de temps ? Il parait que le 17 octobre les règles changeront de nouveau.

Les nouvelles gares

Depuis que je suis rentré chez moi, je suis allé deux fois de Tianjin à Pékin. Le train est tout neuf. Il va de la gare reconstruite de Tianjin à la nouvelle gare du Sud de Pékin. Il s’appelle le CRH, en chinois 和谐号Hexiehaohexiehao, « harmonieux bruit ». Il roule à plus de 300 kilomètres à l’heure sur une voie en viaduc à dix mètres au dessus de la campagne, pour ne pas encombrer le sol et aussi haut qu’il faut pour survoler les avenues et les échangeurs en ville (je n’ai pas réussi à trouver une bonne image du viaduc continu, ni réussi à en faire une). Il met une demie-heure à faire un peu plus de 120 kilomètres, quatre minutes de plus s’il s’arrête à la nouvelle gare de Wuqing à mi-chemin. Et je mets une heure de plus pour aller de la boulangerie à notre appartement.

J’aimais bien l’ancienne gare de Tianjin. On arrive comme on peut sur l’esplanade devant la façade. On évite les rabatteurs des autobus qui proposent d’aller à Pékin pour moins cher. On fait la queue pour entrer par la grande porte (avec le tapis roulant pour radiographier les bagages), on va tout droit au guichet des billets de Pékin et on attend dans la salle d’embarquement que la porte s’ouvre pour descendre sur le quai. Une heure et demie après, on est à Pékin. On descend sous terre le temps de sortir sur la grande place. On évite les rabatteurs des hôtels et des faux taxis, et on va chercher le métro, le taxi ou l’autobus. Tout est visible; si on est perdu, on demande à un des policiers qui contemplent la foule.

Les Jeux Olympiques ont changé tout ça. Le train à grande vitesse n’a pas été inventé pour eux. D’ailleurs le Pékin-Tianjin est juste la première section du Pékin-Shanghai, mise tout des suite en service pour montrer que ça marche bien. On a plutôt l’impression que le gouvernement a voulu supprimer d’un seul coup l’allure tiers-monde de ses gares et démontrer qu’on est dans un pays moderne. Donc plus de place pour une famille de paysans endormis sur leurs grands sacs au milieu du hall d’embarquement (et que personne n’avait vus tellement la foule de ceux qui attendent leur train se presse autour d’eux), ou un groupe d’ouvriers migrants qui se sont aménagé un petit salon avec leurs couettes roulées dans un coin de la salle des billets. Et pas d’étal de gâteaux d’Asie Centrale sur un triporteur au milieu de la place de la gare.

Hall de la gare de Tianjin

Voila à quoi ressemble maintenant la salle d’embarquement de la gare de Tianjin. Il y a de la place, et même un grand vide au milieu.

Gestion de foule

Que font les jeunes gens en chemise blanche, debout le long de l’allée ? ils veillent à ce que les voyageurs en attente restent assis et n’aillent pas se promener dans l’espace central. Le voyageur qui arrive est aussitôt prié de s’approcher de la porte de son futur train et de ne plus bouger. Espérons que c’est seulement un reste de l’obsession olympique.

Au retour, on ne passera pas par là. Comme avant, on descendra du quai vers la sortie. Mais on descend beaucoup plus bas. Le couloir un peu bas de plafond est remplacé par un hall presque aussi large que l’ancienne salle d’embarquement.

Hall de sortie

Après un long chemin, on doit choisir de continuer sous terre vers une des trois gares d’autobus, ou vers l’embarcadère des taxis, ou vers les parkings. Il n’y avait pas de parking dans l’ancienne gare; ils sont donc presque vides, mais bientôt des gens iront en voiture prendre le train. On a aussi le droit de remonter au niveau du sol sur l’esplanade. Là je rencontre une amie qui travaille dans la gare. Elle va prendre l’autobus pour rentrer chez elle et je l’accompagne, c’est dans la bonne direction. Mais la station d’autobus qu’on voit tout près, elle est toute neuve mais n’a pas changé de place, est inaccessible au-delà des barrières. Il faut redescendre sous terre et remonter plus loin. C’est très rationnel, si on connaît.

Panneau du metro

En passant, nous saluons ce panneau des bonnes intentions. Bientôt on pourra prendre le métro dans le sous-sol où nous sommes, quand les nouvelles lignes auront été construites. C’est presque fini pour celle qui va à Teda au bord de la mer.

A Pékin, pas moyen de comparer l’ancien et le nouvel état des choses. Le train vers Tianjin part de la nouvelle gare du Sud, réservée au train à grande vitesse. La nouvelle gare est presque exactement au même endroit que la première gare de Pékin, construite à la fin du 19e siècle, quand le char à feu n’avait pas encore le droit de franchir les murailles. Pour l’emplacement et la commodité des voyageurs, il faudrait imaginer que la gare Montparnasse de Paris a été transportée en banlieue sud, du côté de Vitry sur Seine. Elle est aussi inaccessible au piéton qu’un aéroport, et la station de métro promise par les panneaux de direction ouvrira l’an prochain. En attendant, on peut y aller en autobus. La station d’autobus est du côté sud, après un long contournement des voies.

Approche de la gare

L’entrée est à gauche, en haut de la rampe. J’aurais dû venir en taxi, ou me faire déposer par ma voiture avec chauffeur. Il y a des parkings payants, aussi.

Hall de la gare de Beijing

La salle d’accueil est grandiose, et ma photo ne lui rend pas justice. J’aurais dû capter une image de son inauguration par le président Hu Jintiao au début du mois de juillet, quand la télévision nous a montré ce grand hall, mais pas les quais en dessous, en plein chantier, qu’on pouvait voir depuis le train qui y passait avant d’arriver à la gare de Pékin, Beijing Zhan, celle qui est au centre de la ville. La salle d’accueil est un peu vide aussi. Il faut dire qu’il n’y a que 6 voies en service sur les 24. Les autres sont toujours en travaux.

Tableau des horaires

De cette gare, on ne peut aller, en train rapide, qu’à Tianjin (plus de 20 par jour), Qingdao autre ville olympique (6 par jour), Jinan (4 par jour) et Shanghai (1 par jour en 10 heures; les autres ne sont pas encore à grande vitesse). Au centre du tableau, la publicité olympique d’Adidas passe encore. Les billets sont d’un nouveau modèle et magnétiques. On passe un portillon-lecteur qui ressemble à celui du métro, en plus luxueux.

Embarquement à Beijing Nan

Les voyageurs n’ont pas perdu pour autant l’habitude de se précipiter comme si les places n’étaient pas réservées, et les contrôleurs sont toujours là, pour guider la main de l’usager vers le lecteur et modérer la foule.

Interieur de la rame

Et voila, le train roule à grande vitesse, tout le monde est assis dans le sens de la marche. Plus question de rester debout. D’ailleurs aux heures de pointe il y a une rame toutes les 10 minutes.

Quant au temps passé: une heure d’autobus depuis le nord-ouest de Pékin (en taxi, trois quarts d’heure pour 25 fois plus cher, soit 50 yuans au lieu des 2 de deux autobus successifs), dix minutes pour atteindre la salle d’accueil depuis la station d’autobus, un quart d’heure d’attente (on n’attend pas au guichet des billets), une demi-heure dans le train, dix minutes pour atteindre la station d’autobus, un quart d’heure dans l’autobus, et je suis arrivé. J’exagère en disant que j’ai mis une heure de plus qu’avant. Mais les merveilleuses gares olympiques m’ont fait beaucoup marcher. Et je regrette la petite demi-heure de taxi puis métro jusqu’à la gare centrale de Pékin.

Mais je suis mauvais public. Rien n’a été épargné pour me servir. Au-dessus du guichet des billets Tianjin-Pékin, je peux savoir déja que la première classe est complète dans les cinq prochains trains, mais qu’il reste de la place en seconde classe.

Tarif  et réservations

Le tarif Tianjin-Pékin aussi est à jour: 58 yuans (6 euros au cours d’hier). Il y a deux mois, on pouvait aller en rame TGV (mais pas plus vite qu’avant) jusqu’à la gare centrale de Pékin pour 42 yuans. L’an dernier, le train-navette où on embarquait directement ne coûtait que 35 yuans. Si j’étais patient et économe, je pourrais encore prendre le train de vieux wagons qui dessert deux fois par jour toutes les gares (mais pas Pékin Sud) en deux heures et coûte 11 yuans, ou attrapper un des trains qui viennent d’ailleurs, moins de la moitié du prix du train rapide.

Facade de la gare de Tianjin

Et maintenant que tout a été renvoyé sous terre, voyageurs et circulation, l’esplanade de la gare de Tianjin est devenue la plus belle promenade au bord de l’eau, pour ceux qui ne prennent pas le train.

Ceux qui veulent admirer la gare Sud de Pékin, Beijing Nan, peuvent chercher ici.  Et pour combattre mon esprit négatif, accompagnez le président Hu Jintao dans son inauguration, le même jour, des trains Pékin-Tianjin et Aéroport-Pékin, dans l’harmonie.

Retour à la maison

Ca y est, je suis rentré en Chine. Le visa de touriste ne cachait pas de piège bureaucratique et les services de l’immigration m’ont laissé passer. C’était dimanche. Depuis, j’ai même eu le temps d’aller à Pékin voir comment se portent mes associés qui s’occupent de la boulangerie (c’est toujours ouvert,  Les Blés de Paris, rue du pont de l’éternel printemps, 5 Changchun qiao lu, Haidian, juste au delà du 3e périphérique, sortir à Suzhou bridge). Rien que pour le plaisir, quelques images banales du grand soulagement.

Finnair

Vu du hall international du terminal 3 de l’aéroport, l’avion de la Finnair qui vient de me transporter depuis Helsinki. Les photos sont interdites avant d’avoir franchi les guichets de l’immigration, et j’ai attendu pour faire cette image. C’est le hasard des tarifs réduits qui m’a fait choisir ce chemin; c’est une bonne idée; Helsinki est sur le trajet le plus court de Paris vers Pékin, on survole la Finlande quand on y va directement. Finnair propose un vol en deux temps: deux heures et demie de Paris à Helsinki; un peu plus de sept heures ensuite, après une petite promenade dans l’aéroport, de la partie européenne (on est dans l’espace Schengen, pas de contrôle à l’arrivée) à la partie où attendent les gros avions vers l’Asie: selon les jours, Bombay, Tokyo, Séoul, Shanghai, Pékin. On passe devant un contrôleur distrait, qui ouvre à peine les passeports. Est-ce la même chose dans l’autre sens, pour entrer en Europe ? Dans l’avion, j’ai été servi par une jeune fille en tablier de toile bleue, sous la direction d’une vieille dame très impressionnante, qui ressemble à une patronne de bon restaurant. J’ai envie de voyager encore avec les Finlandais. Normalement, ce ne sera pas à la fin du mois, avec le retour du billet aller-retour qu’il a fallu acheter pour avoir le visa, mais bien plus tard, après que j’aie fait valoir auprès du bureau de la sécurité publique mon privilège de conjoint d’un citoyen du pays.

Hall international Terminal 3

Le ciel métallique du plus grand terminal d’aéroport du monde. Il va falloir marcher longtemps jusqu’à la station du métro qui nous conduira vers les tapis à bagages et la sortie. L’autobus direct de Tianjin m’attend au même endroit que d’habitude; la petite gare routière est disposée exactement de la même façon que dans l’ancien terminal; d’ailleurs mon épouse, qui ne pouvait pas venir m’accueillir (c’est le matin, elle aurait dû passer la nuit à Pékin) était sûr que je me débrouillerais. Elle m’attendait au milieu du tumulte du terminal des autobus de Tianjin, rue du Drapeau Rouge, bien trop petit pour son trafic. Retour au monde normal.

Factionnaire

Vu à travers la vitre de l’autobus, quelque part sur la route, une image du bonheur chinois: le monsieur assis à ne rien faire pour surveiller des choses qui n’en ont pas besoin. Celui-ci bénéficie d’un bel abri contre la pluie, sinon il ne serait pas là.

Guérite agrandie

Le voici en image agrandie, entouré de ses attributs rituels: un petit drapeau rouge national, un pot à infusions, une bouteille thermos (en  bas à droite) et même une fontaine à eau chaude et un feu clignotant décoratif (tout à fait à droite, avec un panneau solaire, mais faute de soleil il est éteint).

Je vous parlerai plus tard de ce qui a changé. Par exemple le train à grande vitesse qui va de la nouvelle gare de Tianjin à la nouvelle gare de Pékin en une demi-heure (325 km/heure) et allonge la durée du voyage du temps qu’il faut pour aller de la gare sud de Pékin (très au sud) au centre de la ville, sans métro ni autobus. Les panneaux « vers la station de métro » sont en place, et indiquent le chemin du chantier. Mais tout va bien aujourd’hui, et même la nouvelle sonnerie du téléphone de ma chère épouse (« Hélène, je m’appelle Hélène »; ce n’est pas par accord sur nos goûts musicaux que nous nous sommes mariés) ne gâche pas le plaisir d’être rentré.

Visa L

Je suis allé hier à Paris chercher mon passeport, qui contient un visa L (visite touristique ou familiale) d’un mois. Le premier datait de l’été 2004, quand je suis allé pour la première fois en Chine. J’étais attendu à l’aéroport de Pékin par une amie de mes amis Chinois de Paris. Pas de lettre d’invitation en ce temps là. Une adresse sur place suffisait. Ensuite j’ai eu un visa X d’étudiant, transformé  en permis de résidence d’une année scolaire par l’intermédiaire de l’université. A l’automne 2006, je suis entré pour la dernière fois comme touriste. Depuis, le visa a été renouvelé tous les six mois au bureau de la sécurité publique, avec la permission de sortir du pays et d’y retourner plusieurs fois; j’avais juste à prouver que je suis marié à une résidente de la municipalité; je l’ai déja expliqué.

Et un jour cela s’est arrêté. J’ai demandé le dernier renouvellement en mai 2008; la nouvelle règlementation en l’honneur des Jeux Olympiques était en vigueur depuis le 14 avril. Le visa me permettait de résider six mois en Chine, exactement jusqu’au 25 novembre, et de sortir, mais pas de retourner chez moi. Zéro entrée. C’était tellement bizarre qu’un employé du service consulaire de l’ambassade à Paris, en voyant le visa, a déclaré que je pouvais rentrer en Chine.

Donc, quand je me suis présenté mardi midi au guichet de l’immigration à l’arrivée du vol Paris-Pékin, dans la zone internationale du nouvel aéroport, l’agent du guichet est allé questionner son superviseur, qui est venu me dire que je ne pouvais pas entrer en Chine. Il avait avec lui une jeune interprète qui parle français très bien, mais avec l’air inquiet de quelqu’un qui craint de ne pas être à la hauteur. Comme je donnais l’impression de croire que j’étais victime d’une erreur, et que mon passeport indiquait que j’avais longuement résidé en Chine, les compétences disponibles se sont réunies pour étudier la question. On a trouvé le numéro de téléphone du bureau de la sécurité publique qui avait établi le visa. Pendant ce temps, j’avais appelé avec mon téléphone portable chinois le service des Français de la section consulaire de l’ambassade de France (l’autre service est celui des visas pour entrer en France). J’ai raconté mon histoire à un monsieur attentif. A ce moment là il y avait au moins sept ou huit personnes qui s’occupaient de mon cas. Mon épouse m’a téléphoné; c’était l’heure où j’aurais dû lui annoncer que j’étais assis dans l’autobus qui me ramènerait à la maison; elle avait prévu de quitter son travail pour m’accueillir à la gare routière. Elle a voulu parler à un responsable, qui a eu ainsi la certitude que j’étais marié avec un citoyen chinois. Comme j’avais avec moi des photocopies du livret de mariage chinois et du hukou (le certificat de résidence) de mon épouse, on m’a emmené au bureau de la sécurité publique de la municipalité de Pékin qui est dans l’aéroport en zone internationale, pas loin des guichets de l’immigration. Mais ils ne pouvaient rien pour moi ni pour leurs collègues fonctionnaires que j’encombrais, le hukou n’étant pas de Pékin.

J’étais fatigué, et ceux qui s’occupaient de moi aussi. La jeune interprète m’a conduit dans une salle d’attente, où on peut s’asseoir, puis dans un bureau où il y a de bons fauteuils. Les bureaux de l’immigration sont neufs comme tout le reste, mais gris et pas très gais. Aucune fenêtre ne donne sur le grand espace sous le toit du terminal, les agents qui se reposent de leur service au guichet ou font de la paperasse pourraient aussi bien se croire sous terre. Le service des Français de l’ambassade m’a rappelé au téléphone. Ils ont eu l’explication précise: depuis que je suis en Chine, j’ai été quelques jours en situation irrégulière, non autorisé par un visa ou un permis de résidence en cours; dans la période olympique d’application rigoureuse de la règlementation, cela me faisait perdre le droit au renouvellement; personne n’avait le pouvoir de me permettre d’entrer en Chine et je devais donc retourner en France me faire établir un nouveau visa.

Quelqu’un est venu me demander si j’avais un billet de retour. J’ai expliqué que c’était un retour, pas d’autre billet. Une ou deux heures après, un agent  m’a expliqué en anglais que j’embarquerais la nuit suivante dans un avion vers Paris. Il m’a montré mon passeport et une carte d’embarquement. Mon bagage avait été récupéré sur le tapis à l’arrivée et devait me suivre. En attendant, j’avais droit à une chambre d’hôtel. On m’a donc conduit en cortège à l' »hôtel de l’homme d’affaire voyageur », qui occupe le bloc symétrique des bureaux de l’immigration sous le toit de la zone internationale du terminal. Les réceptionnistes m’ont vu arriver, accompagné de mon interprète, de deux agents qui portaient mes bagages de cabine et du responsable de mon cas. J’étais le seul client. On m’a installé dans une belle chambre à deux lits au bout d’un couloir. Trois étoiles, mais pas de fenêtre, l’hôtel n’en a aucune, on a vraiment l’impression d’être hors du temps. Mon escorte m’a quittée, en me promettant des informations précises dès que possible. Il ne me restait plus qu’à me laver les dents (avec la brosse et le dentifrice offerts par l’hôtel, excellente qualité), prendre un bain et faire la sieste. Quand je suis sorti pour faire un tour, j’ai vu que deux agents s’étaient installés dans la chambre contigue et regardaient la télévision, un des deux en vue du couloir par la porte ouverte. En me voyant passer, il s’est levé pour m’accompagner. J’ai visité en sa compagnie la boutique de l’hôtel (rien à acheter), le salon de coiffure (personne d’autre que le barbier), un salon de réceptions (personne d’autre que le maître d’hôtel). Puis j’ai sorti mon ordinateur de son sac et je me suis installé à une des tables de la salle à manger. Le wifi fonctionnait, mais uniquement à l’usage des abonnés à divers réseaux. Mon accompagnateur s’est assis pas loin de moi pour m’attendre. Il n’a pas accepté de boire une bière avec moi. Je suis retourné dans ma chambre, ce qui lui a permis de retourner dans la sienne et de regarder la télévision.

A six heures, on m’a annoncé que je devais dîner. La salle à manger avait de quoi déployer un buffet chaud pour cent personnes, mais pas de clients et pas de cuisinier. Le seul plat de la carte qu’on pouvait me servir était une assiette de spaghetti bolognaise, aux frais de l’administration. Puis le temps a passé. J’ai demandé à la réception si je pouvais avoir encore quelque chose à manger. Celui qui m’accompagnait a pris un air embarrassé et m’a annoncé qu’il devait me dire quelque chose de très important. Puis il a longuement choisi ses mots: cette fois, ce ne serait pas gratuit. Il n’y avait que des boîtes de petits gâteaux dans une vitrine.

Un agent est venu annoncer à mes accompagnateurs que l’avion serait en retard, deux heures du matin. A une heure et demie, c’est moi qui ai frappé à leur porte ouverte et nous avons marché un quart d’heure à travers l’aéroport désert. Je me suis demandé si je n’étais pas le seul passager. Mais non, l’avion d’Air China CA963 était plein, j’étais seulement le dernier à embarquer. Mes accompagnateurs m’ont remis mon passeport, et mes petits bagages qu’ils avaient portés jusque là. Sur le chemin, l’un d’eux m’a demandé si j’aimais la Chine. j’ai répondu que oui.

A Roissy, mercredi matin, tout s’est passé normalement. J’étais le seul passager à ne pas souffrir du décalage horaire. Mon sac est apparu sur le tapis à bagages. Les livres et les cadeaux qu’il contient auront parcouru trois fois la distance quand ils arriveront. J’avais eu le temps d’envoyer de Pékin un SMS à mes amis Chinois de Paris pour leur demander l’hospitalité. Arrivé chez eux, j’ai contacté l’agence de visas, j’ai appelé mon épouse, je lui ai envoyé le texte de la lettre d’invitation, à transmettre sur le fax de l’agence. Mon épouse a faxé aussi des copies du livret de mariage chinois et du livret de famille français. J’ai acheté sur Internet un billet aller-retour pour un mois. J’espère ne pas pouvoir utiliser le retour, et obtenir que le bureau de la sécurité publique renouvelle mon visa pour six mois, comme auparavant. En regardant de près mon passeport, j’ai vu que j’avais été en situation irrégulière une journée en 2007, un visa ayant été renouvelé le lendemain de la fin du précédent.

Tout change donc, et on n’en sait jamais assez. J’avais dit du bien de la bureaucratie chinoise, et de sa politique d’accueil des étrangers: le droit d’entrer et de rester accordé sans problème, et en échange l’obligation d’être en rêgle et toujours connu des autorités. Exactement le contraire de ce qui se passe en France où le visa d’entrée est très difficile à obtenir, mais où on peut séjourner indéfiniment hors du regard des autorités. Je n’ai pas changé d’avis; j’espère que l’accès de rigueur des jeux olympiques se terminera à la date prévue (le 20 septembre, fin des jeux paralympiques). Apparemment, c’était le cas de tous ceux à qui j’ai eu affaire, aussi accablés que moi par la fatalité administrative qui nous avait frappés.

Les gens du consulat de France à Pékin n’ont pas pu me faire échapper à mon sort; mais c’est très réconfortant de savoir que quelqu’un est au courant, et d’avoir l’explication de ce qui arrive. Ils se sont tout de suite occupés de moi, et on ne m’a demandé que plus tard si je m’étais inscrit au registre des Français du consulat (oui). Il est bon de s’inscrire (voir ici sur le site de l’ambassade ).

Olympiades

Non, ce n’est pas en Chine. Impossible de s’y tromper, et pas à cause de l’architecture. Il n’y a pas assez de monde sur la place. Nous sommes aux Olympiades, Paris 13e.

Pas de retour

Non, je ne suis pas rentré à la maison. Mon épouse m’attend toujours. Le visa de six mois avec « zéro entrée » délivré par le bureau de la sécurité publique de Tianjin était bien un visa de sortie seulement, assorti d’un séjour autorisé de six mois. Ce sont les merveilles de l’application de la règlementation avec la rigueur olympique en vigueur depuis le 14 avril, jusqu’à nouvel ordre (la période olympique se termine vers le 20 septembre, après les Jeux paralympiques). Le traitement de mon cas particulier, découvert au dernier moment, chemine dans  les tuyaux de la machine bureaucratique et il ne faut pas la troubler; je vous raconterai. En attendant, je suis devenu un touriste ordinaire qui va solliciter auprès de l’autorité consulaire chinoise de son pays un visa pour un mois de voyage, invité par une personne qui réside légalement en Chine. Heureusement, mon épouse a accepté de rédiger une lettre d’invitation. Le temps d’adoucir sa surprise et son indignation devant les raisonnements de ses collègues fonctionnaires, sa lettre est arrivée sur le télécopieur de l’agence de visas à qui j’ai demandé de traiter le problème, et je saurai demain si mon dossier est acceptable.

En attendant, un coup d’oeil à l’intérieur de la maison ronde de Roissy 1, l’aérogare la plus resserrée du monde, le contraire exact du plus grand toit du monde qui recouvre le terminal 3 de Pékin (que j’espère revoir un de ces jours côté arrivée, et parcourir sur des kilomètres jusqu’à la gare des autobus).

Escalier de Roissy

Un des quatre escaliers qui relient l’étage des boutiques, tout en bas, à l’étage des départs.

Etage départs

Quelques voyageurs attendent l’heure des départs. L’étage des arrivées est invisible, au dessus. Par les grandes baies à droite, on peut voir les jets d’eau de la cour intérieure. La révélation du paysage des pistes et des avions attendra que le voyageur ait longuement cheminé dans des tuyaux et des tunnels jusqu’à la salle d’embarquement.

Porte des toilettesPour trouver ce qu’on cherche, il suffit de marcher et de regarder autour de soi. Il est impossible de se perdre puisqu’on arrivera là d’où on était parti sans être revenu en arrière. On peut quand même se tromper. C’est ainsi que je suis entré dans  les toilettes des dames; j’avais renoncé à entrer par la bonne porte en voyant à l’intérieur un panonceau certainement féminin.

Dans l’esprit du concepteur de logos, le nettoyage des sols doit être réservé aux dames. Il a mal compris le propos de son confrère qui dessina, il y a quelques dizaines de siècles, le caractère de l’épouseqi‘qi’, une femmenudont la main tient un balai. Les épouxfuqi‘fuqi’, le mari représenté par un hommeda(« grand », un adulte) avec une épingle qui tient ses cheveux sur le sommet de la tête, comme dans les feuilletons qui se passent à l’époque des Royaumes Combattants. Quand même, je préfèrerais être en ce moment avec mon épouse, à regarder ensemble un de ces feuilletons qu’elle aime.