Je vais rentrer chez moi. Je sors du bureau d’Air China, à Paris près de La Madeleine. Le billet qu’on m’avait vendu autorise le changement du jour de retour pendant deux semaines au-delà de la date prévue. Quand on peut retarder, il se passe toujours quelque chose qui oblige à retarder.
Je suis donc aujourd’hui chez les amis Chinois de Paris. Hier soir nous avons préparé et mangé les jiaozi (raviolis) du voyageur, avec quelques jours d’avance. Autour de la table, il y avait un père de famille chinois, qui vit en France depuis des années. Je connais son grand fils et je l’ai un peu aidé à apprendre le français. Le père veut que son fils vienne en France et s’inscrive dans une école d’ingénieurs. J’ai compris que c’est sa seule chance de faire des études supérieures, puisqu’il n’avait pas continué aussitôt après le Grand Examen. Mais il va falloir franchir les obstacles. On lui avait fait visiter le site de Campus France et lire la liste des documents pour le visa d’étudiant . Il faut vraiment le vouloir, pour devenir étudiant en France. A table, il y avait aussi une charmante jeune Chinoise, trente ans, qui cherche un Français gentil pour l’épouser et ainsi rester en France autrement qu’au noir. Le gouvernement chinois, qui fait faire au pays de si grands frais pour briller aux yeux du monde, devrait se demander pourquoi tant de citoyens pensent qu’ailleurs ce serait mieux, et gardent leur avis quand ils sont allés voir ailleurs.
A part ça, il y a un mois les kiosques à journaux français ne parlaient que de la Chine, à découvrir, à comprendre, histoire, philosophie, présent et avenir. Je vais dire ça avec prétention: j’ai l’impression que les journalistes ont fait des progrès; il y a des faits et moins d’idées, et ils ne se sentent plus obligés de ne dire que du mal. Je recommande le numéro spécial de Science et Vie sur les jeux olympiques, avec des photos de Gilles Sabrie (voir ses images de Pékin en ce moment). Et on parle aussi des Chinois de France, pour une fois.
En première page, madame Shao Minkou, arrivée en France en 1974, une des trois mille Chinois de la région Nord, pas assez pour faire une petite Chine comme à Paris (pour voir la page intérieure, cliquer sur l’image de la première page).
Et puisque j’étais à Lille, on m’a emmené voir l’exposition des photographes chinois au Tri Postal (le bâtiment du côté gauche de la gare Lille Flandres, devenu un lieu d’exposition où les murs ne font pas concurrence aux oeuvres). Ils jouent avec les symboles et les mythes de leur pays, souvent avec les trucs de l' »art pénible » occidental. En même temps, les images sont pleines d’évocations de choses que je reconnais un peu mieux après plusieurs années, mais qui ne m’auraient rien dit avant que j’aille en Chine.

Heureusement, le conférencier s’est fait tout expliquer par les auteurs eux-mêmes et nous aide à lire. Ici une scène d’opéra classique jouée par des acteurs anachroniques. Ce serait un symbole de la grande confusion dans les têtes. Depuis, j’ai vu la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques. Le metteur en scène avait plus de moyens, et moins de possibilités de s’amuser. Je le soupçonne quand même de s’être moqué de sa mission ici ou là.

Le catalogue de l’exposition: la couverture est une reconstitution très exacte d’un chromo des écolières montrant l’avenir, du temps de la Révolution culturelle. Le titre
zhuyi, faire attention. Une bonne image inventée doit aider à faire attention au réel.
C’est à Lille, jusqu’au 7 septembre . J’aurais dû en parler plus tôt, mais quand on est de passage, on a la tête à autre chose. Ca ira mieux quand je serai rentré à la maison.



































Les clients avaient tendance à choisir les tables dans les coins pour s’y asseoir à l’abri. Ils sont maintenant satsfaits. La salle est faite uniquement de coins. Les chaises ont été échangées contre des banquettes d’un confort de première classe. La distribution des tableaux sur les murs a été ajustée. Les hommes d’affaires peuvent profiter du Wifi et les amoureux s’isoler. Pour l’instant l’affluence est modeste, ce sont les clients qui emportent leurs pains et leurs gâteaux qui rapportent de l’argent. Mais personne ne connaît encore ce lieu paisible. Il n’y a pas de téléviseur. Le soir, le piano jouera, quand il sera arrivé.



sans siège.
‘weile’, « Puissance et joie ». C’est le grand des pompes pour le chauffage et l’adduction d’eau. L’usine de Laval s’appelait Salmson. Ils fabriquent à Pékin pour la Chine. Le savoir-faire européen vaut encore quelque chose.






Je me trompe. C’est un ouvrier du chantier, et il va faire poser deux de ses collègues pour montrer qu’ils travaillent. On m’invite à poser sur fond de grand échafaudage. Une image de moi entre deux travailleurs doit être maintenant arrivée dans une famille quelque part à la campagne, je n’ai pas compris où. Les parents pourront voir que leurs fils travaillent sur un beau chantier que les étrangers viennent visiter.



travailleur de la campagne à la ville. Littéralement peuple, travail.
gongmin, public peuple, signifie « citoyen ». Ce n’est pas moi qui l’ai trouvé, mais un maire de grande ville qui faisait l’éloge des travailleurs. Il expliquait qu’ils gagnent 1000 ou 1500 yuans par mois et que leur travail en rapporte 5000 à la collectivité. En attendant, ils sont un peu comme les Portugais qui travaillaient en France avant l’Europe, qui étaient logés sur le chantier et envoyaient l’argent à la famille. Ils ne discutent pas de cela avec un étranger. Pas non plus de ce que je lis dans les journaux: l’entreprise du chantier passe contrat avec une agence de main d’oeuvre, qui les nourrit et les paie, mais pas toujours, en leur promettant le solde à la fin du chantier. Quelquefois, il n’y a rien à la fin; on le sait quand ils manifestent pour être payés.
























Et pourtant, en regagnant l’appartement qui est au niveau 10, comput chinois où le rez de chaussée s’appelle 1, je peux voir que la tradition règne. Comme il est dit dans un commentaire de l’article précédent, pas de quatrième niveau, si
quatre ressemble trop à si
la mort, même si le ton est différent. Pas de treizième niveau, par égard pour les Occidentaux. Pas de quatorzième non plus. Shisi
quatorze ressemble trop à shisi
« être, mourir », En épelant le numéro un – quatre
c’est pire, on a yao si
« je veux mourir », qui signifierait aussi « mortel » en langage d’jeun, mais le sens direct est trop redoutable.