Bientôt de retour

Je vais rentrer chez moi. Je sors du bureau d’Air China, à Paris près de La Madeleine. Le billet qu’on m’avait vendu autorise le changement du jour de retour pendant deux semaines au-delà de la date prévue. Quand on peut retarder, il se passe toujours quelque chose qui oblige à retarder.

Je suis donc aujourd’hui chez les amis Chinois de Paris. Hier soir nous avons préparé et mangé les jiaozi (raviolis) du voyageur, avec quelques jours d’avance. Autour de la table, il y avait un père de famille chinois, qui vit en France depuis des années. Je connais son grand fils et je l’ai un peu aidé à apprendre le français. Le père veut que son fils vienne en France et s’inscrive dans une école d’ingénieurs. J’ai compris que c’est sa seule chance de faire des études supérieures, puisqu’il n’avait pas continué aussitôt après le Grand Examen. Mais il va falloir franchir les obstacles. On lui avait fait visiter le site de Campus France et lire la liste des documents pour le visa d’étudiant . Il faut vraiment le vouloir, pour devenir étudiant en France. A table, il y avait aussi une charmante jeune Chinoise, trente ans, qui cherche un Français gentil pour l’épouser et ainsi rester en France autrement qu’au noir. Le gouvernement chinois, qui fait faire au pays de si grands frais pour briller aux yeux du monde, devrait se demander pourquoi tant de citoyens pensent qu’ailleurs ce serait mieux, et gardent leur avis quand ils sont allés voir ailleurs.

A part ça, il y a un mois les kiosques à journaux français ne parlaient que de la Chine, à découvrir, à comprendre, histoire, philosophie, présent et avenir. Je vais dire ça avec prétention: j’ai l’impression que les journalistes ont fait des progrès; il y a des faits et moins d’idées, et ils ne se sentent plus obligés de ne dire que du mal. Je recommande le numéro spécial de Science et Vie sur les jeux olympiques, avec des photos de Gilles Sabrie (voir ses images de Pékin en ce moment). Et on parle aussi des Chinois de France, pour une fois.

Voix du Nord

En première page, madame Shao Minkou, arrivée en France en 1974, une des trois mille Chinois de la région Nord, pas assez pour faire une petite Chine comme à Paris (pour voir la page intérieure, cliquer sur l’image de la première page).

Et puisque j’étais à Lille, on m’a emmené voir l’exposition des photographes chinois au Tri Postal (le bâtiment du côté gauche de la gare Lille Flandres, devenu un lieu d’exposition où les murs ne font pas concurrence aux oeuvres). Ils jouent avec les symboles et les mythes de leur pays, souvent avec les trucs de l' »art pénible » occidental. En même temps, les images sont pleines d’évocations de choses que je reconnais un peu mieux après plusieurs années, mais qui ne m’auraient rien dit avant que j’aille en Chine.

Expo photos chinoises

Heureusement, le conférencier s’est fait tout expliquer par les auteurs eux-mêmes et nous aide à lire. Ici une scène d’opéra classique jouée par des acteurs anachroniques. Ce serait un symbole de la grande confusion dans les têtes. Depuis, j’ai vu la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques. Le metteur en scène avait plus de moyens, et moins de possibilités de s’amuser. Je le soupçonne quand même de s’être moqué de sa mission ici ou là.

Catalogue

Le catalogue de l’exposition: la couverture est une reconstitution très exacte d’un chromo des écolières montrant l’avenir, du temps de la Révolution culturelle. Le titrezhuyizhuyi, faire attention. Une bonne image inventée doit aider à faire attention au réel.

C’est à Lille, jusqu’au 7 septembre . J’aurais dû en parler plus tôt, mais quand on est de passage, on a la tête à autre chose. Ca ira mieux quand je serai rentré à la maison.

BJS, Terminal 3

L’avion d’Air China est arrivé à Paris, presque à l’heure. Les gens de la police des frontières n’étaient pas dans le tuyau qui relie l’avion au béton du terminal, mais dans la galerie vitrée qui le continue et, à deux seulement, ils ont réussi à faire attendre la foule; heureusement que les Chinois sont obéissants. J’avais presque réussi à passer entre le mur et ceux dont on scrutait les passeports, et à atteindre la porte automatique qui n’ouvre que dans un sens, quand un des policiers s’en est aperçu et m’a demandé de revenir. J’aurais pu passer la porte et semer la confusion (comment, à deux, poursuivre un récalcitrant et persuader deux cent personnes d’attendre, pour s’apercevoir que le récalcitrant n’est qu’un vieux monsieur distrait qui croit que le contrôle concerne seulement les étrangers); mais à quoi bon tracasser de malheureux fonctionnaires à qui leurs supérieurs ont donné l’ordre de faire un spectacle de contrôle pour les arrivants (le vrai guichet de l’immigration est dans la tour ronde au bout du tunnel). C’est vrai que Roissy Charles-de-Gaulle , terminal 1, est un drôle d’endroit pour recevoir les voyageurs. Une fois arrivé, on se retrouve dans l’anneau magique, mêlé aux gens qui partent, et on doit trouver la porte de sortie, celle qui mène au contrôle des passeports (le vrai) et aux bagages, en évitant celles qui mènent vers un autre avion.

Et pourtant, le prestige de Charly Airport est si grand que je connais un jeune Chinois qui a choisi pour prénom occidental « Charles, comme l’aéroport ».

Mapemonde

Le nouveau terminal de l’aéroport de Pékin est bien plus beau que CDG1. Pour l’instant je ne connais que le côté « départ ». Ca ressemble assez bien à la Chine harmonieuse et propre des Jeux Olympiques sous les yeux du monde entier. Juste avant d’arriver, notre autobus avait longuement patienté dans la file du contrôle routier à l’entrée de Pékin. Petite visite;

Astrolabe

La sphère céleste tenue par quatre dragons est inspirée des instruments de l’observatoire impérial qu’on voit de loin en arrivant en train à la gare centrale. Des fleurs au premier plan, comme devant la tribune du congrès, et la pancarte des vols internationaux qui dira bientôt la vérité: il y aura des vols vers Taiwan.

Pancarte

L’image n’est pas assez large pour rendre l’impression d’un monde sous le ciel de métal. C’est vraiment réussi.

Hall

On a l’illusion de tout voir, le grand espace, les petites îles des comptoirs d’enregistrement et les grandes qui portent les boutiques en bas et les restaurants en haut.

Plafond

Restaurant coréen

Ce restaurant est coréen. On peut aussi manger américain, chinois, et vaguement européen, au même prix qu’en ville (un peu cher donc, mais pas les prix occidentaux de l’ancien terminal).

Controle de sécurité

En général, les contrôles de départ se passent dans des lieux plus ou moins caverneux et sans visibilité, et tous cas bas de plafond. Ici on aurait presque l’impression d’être en plein air, et de regarder ça d’un balcon.

Controle de départ

Leur badge dit que ces deux jeunes gens appartiennent au Beijing Organizing Committee of the Olympic Games (BOCOG). Ils sont chargés de repérer les étrangers qui ont l’air perdu et de les guider dans la bonne direction (ici, celle des départs internationaux).

Guides d'accueil

Rien à voir avec les images de chien renifleur et de commandos armés qui remplissent les journaux depuis deux semaines.

Sécurité

 

Photo prêtée par l’agence Reuter

Qu’est ce qu’un gouvernement ne ferait pas pour faire croire que la sécurité est sérieusement assurée. C’est quand même mieux que l’image du petit soldat en treillis, tout seul au milieu de la foule d’un qual de banlieue de la gare Saint Lazare à Paris, serrant contre son coeur son fusil mitrailleur; pourvu qu’il ne panique pas. Les Chinois ont un avantage: il y a toujours le nombre.

Metro

Où sommes-nous ? Dans la station de métro, terminus côté départ internationaux. Nous venons de faire trois kilomètres depuis les guichets du contrôle, sans nous arrêter aux stations intermédiaires qui mêneront un jour aux salles d’embarquement encore en chantier.

Hall des départs

La pancarte en bas précise « dix minutes de marche jusqu’à la porte la plus éloignée. » On doit refaire à pied une partie du trajet du métro. Tout n’est pas encore terminé.

Autobus

Et la porte du vol CA933 donne sur un arrêt d’autobus. Nous roulons vers l’Airbus 340. L’avion nous attend sous le soleil. Sorti du super-terminal, le monde est redevenu normal.

Embarquement

Je n’ai pas vu les gens qui arrivent, tout juste une petite foule sur le quai de l’autre côté de la rame de métro, attendant que nous soyons sortis pour que leurs portes s’ouvrent. J’espère bien en faire partie dans quatre semaines, mais ce n’est pas sûr. Mon visa de six mois, récemment renouvelé à Tianjin, ne porte pas la mention « multiples entrées » comme d’habitude, mais « zéro entrée ».

Zér entrée

Inadvertance du bureau de la sécurité publique, ou éclaboussure de la contradiction en cours, entre ceux qui veulent que le monde entier soit à Pékin pour se réjouir à la fête des jeux Olympiques en Chine, et ceux qui veulent que personne ne vienne, pour qu’il ne se passe rien d’imprévu ? Aux dernières nouvelles, les seconds ont gagné des point, et les hôtels de Pékin baissent leur tarif, alors que les compagnies aériennes n’ont pas augmenté le prix des dernières places. Il en reste. Et je vais passer à l’ambassade de Chine à Paris pour me faire expliquer ce qu’il faut comprendre.

E n attendant, ceux que le terminal 3 de l’aéroport de Pékin intéresse peuvent regarder l’image satellite.

Aeroport

On arrive par la gauche (côté sud) et on embarque à droite. Les pistes de chaque côté du terminal ont quatre kilomètres de long, ça donne l’échelle du bâtiment. Il parait que c’est la plus grande surface couverte du monde. A lire en anglais , et cela aussi. La première fois que je l’avais vu, depuis le vieux terminal 2 (en forme de H en haut à droite), c’était un grand espace au loin, de l’autre côté des pistes, couvert de centaines de grues, tellement nombreuses que ça ressemblait plus à une installation d’art moderne qu’à un chantier. C’était en 2004, et maintenant ça fonctionne.

Départ en vacances

D’accord avec mes associés, je les abandonne avec leur boutique, et je vais passer un mois en France. Quand je reviendrai, les Jeux Olympiques seront dans leur deuxième semaine, les chantiers seront finis, les autorités n’auront plus peur de ce qui aurait pu arriver, et l’harmonie règnera. Il n’y aura pas de téléviseur pour suivre les Jeux depuis la salle de la boulangerie. Les clients devraient venir s’y réfugier, dans le seul établissement où on ne sera pas poursuivi par les images.

En attendant, les retours en train Pékin-Tianjin sont devenus éprouvants. La grande gare de Pékin est en pleine rénovation, tout en continuant de fonctionner.

quai de gare

Voici le quai du TGV de Tianjin mardi après-midi. Les nouveaux escalators fonctionneront pour l’ouverture des Jeux, et la foule sera diluée puisque la nouvelle Gare Sud sera ouverte (et elle le sera, le Président en chemise blanche sans cravate est venu l’inaugurer à la télévision il y a au moins dix jours). En attendant, il n’est pas question de laisser le chaos du chantier perturber la bonne marche des choses, et tout le monde est d’accord, mais c’est fatigant.

Horloge de la gare

Quand je reviendrai, je ne saluerai plus l’horloge de la gare provisoire de Tianjin, qui commence à tomber en ruine le dernier mois de sa vie. En cette saison, il ne fait pas nuit à sept heures du soir. L’horloge est arrêtée depuis quelques semaines mais toujours éclairée, et les mille cinq cent personnes qui ont voyagé avec moi sont en bas à négocier avec les taxis. A 22H et quelques, la plupart des autobus ne circulent plus, et les taxis essaient de faire des courses sans compteur. Il faut rester ferme. D’ailleurs, a force de remonter la file et de refuser les prix abusifs, j’ai vu « mon » autobus qui m’attendait, le dernier de la journée, et je suis rentré à la maison au tarif normal.

Gare Tianjin la nuit

Il fait encore très chaud. Ma chère épouse est bien contente de me voir arriver. J’avais raté le train précédent, pour avoir oublié que le métro de Pékin ne s’arrête plus à la station Beijing Zhan (la gare). La station suivante est à un quart d’heure à pied. Je croyais que la station était en rénovation. Mais non, c’est que les machines à radiographier les bagages ne sont pas installées (ou qu’il n’y a pas de place pour les mettre). Pourtant elles ne servent à rien. Quand je suis entré dans la station à Xizhimen, j’ai été prié de mettre ma valise à roulettes dans la machine. J’ai affirmé qu’elle ne contenait rien de dangereux et la préposée en uniforme m’a laissé passer.

Je vais découvrir le nouveau terminal de l’aéroport de Pékin. Et je monterai dans le même avion que les autres fois, Air China CA933. C’est grâce au guanxi de mon épouse. J’allais acheter sur Internet un billet Air France, quand elle m’a dit que sa meilleure amie, qui est amie avec le directeur d’une agence de voyages, a pris rendez-vous pour moi et que j’aurai le billet le moins cher. C’est ça le guanxi, il n’est pas possible de mépriser cet effort. Nous sommes donc allés à l’agence et j’ai pu assister à la lutte du jeune préposé avec le dialogue du terminal professionnel, qui n’a pas changé depuis les années 1980. Après trois quarts d’heure d’effort pour me présenter les vols possibles, déchiffrer sur mon passeport le nom occidental aux innombrables caractères, et persuader la machine d’accepter la réservation, il m’a obtenu un billet Air China au même tarif qu’Air France, et un billet dans l’autobus direct vers l’aéroport, cadeau gratuit. Je vais donc revoir la cuisine à l’arrière de l’Airbus où on peut venir se servir à boire soi-même et laver dans l’évier les pommes qu’on a apportées. A l’arrivée, les agent de la police des frontières bloqueront le flot de voyageurs dans la passerelle de l’avion et scruteront les passeports dans la mauvaise lumière dans l’espoir d’en découvrir un falsifié. Toujours en vain depuis que je les vois faire; ils sont obligés de s’excuser ensuite auprès de ceux qu’ils ont fait attendre. J’aime bien Air China.

La boulangerie de Babel

Vous connaissez peut-être l’histoire du rabbin orthodoxe venu en visite à New York. Il va dîner dans un restaurant cachère. Le serveur est chinois. Le rabbin est très content de ce qu’il a mangé et va voir le patron à la cuisine, pour le féliciter. Et il ajoute « _Votre serveur chinois est extraordinaire. Comme je suis distrait, j’ai commencé à passer ma commande en yiddisch. Et voila qu’il m’a compris ! ». « _Ne parlez pas si fort, il croit que je lui ai appris l’anglais. »

Je ne sais pas si nous arriverons à ça un de ces jours. La boulangerie Balimaixiang – Les Blés de Paris affiche une identité française. Les quatre associés sont français, les trois qui habitent en Chine vivent avec des Chinoises. La directrice de l’affaire, épouse du principal associé, parle et écrit le chinois, parle l’anglais et le français mais préfère ne pas les écrire. Le maître boulanger parle chinois mais ne l’écrit pas, et ne parle pas anglais. Je parle très mal le chinois mais je sais un peu l’écrire, et je sais à peu près écrire le français et l’anglais . Les deux autres associés sont en France en ce moment et donc d’aucun secours. Tout le personnel est chinois et seul le chef de salle, barman et maître d’hotel, parle un peu anglais. Un jour ils et elles parleront tous français, mais pour l’instant c’est seulement bonjour et au revoir.

La semaine dernière, nous avons lancé un repas de midi rapide basé sur les produits de la boulangerie, pour les gens des bureaux. C’est le chef de salle qui a fait composer en vitesse la carte par la boutique de bureautique de la résidence. Quand je suis arrivé mardi matin, j’ai vu ça:

Carte restau

Ca devait être trilingue et ça l’est en effet, mais pas exactement comme il faudrait. L’autre côté est à peu près pareil. Une fois refait, le logo a disparu, on se contentera de celui qui est sur la couverture.

Carte restau française

La vraie carte est sur fond jaune clair, couleur de la maison, mais j’ai oublié d’emporter une feuille de papier.

En réalité, j’ai tort de me soucier ainsi. Les clients sont presque tous des Chinois, et pour eux l’important est d’avoir quelque chose en caractères occidentaux à côté de ce qu’il faut lire. C’est un signe de qualité.

Par exemple, voici la couverture d’un livre de perfectionnement personnel, écrit en chinois. C’est un grand succès, on le trouve dans toutes les librairies de gare. Comme la plupart des livres de ce genre sont traduits de l’anglais, on met le titre original sur la couverture.

Livre de perfectionnement

Le titre « zuo ren kao shouduan, zuo shi kao shouwan » se traduirait à peu près par « Se faire soi-même avec méthode, faire les choses à la force du poignet » (je ne garantis pas).

Le premier tract publicitaire de la boulangerie, qui va être distribué dans les boîtes aux lettres des bureaux et des résidences voisines, n’est pas multilingue. On fera une autre fois.

Prospectus

Le texte dit:

« Saveur unique, émotion exotique, c’est « Les Blés de Paris. »

« L’exquis menu pizza: une pizza, une salade, une boisson. »

« Une journée de forme commence avec les Blés de Paris. »

« Préparé pour vos avec amour par le grand maître du pain venu de France. »

« Les Blés de Paris protègent votre santé. »

C’est l’oeuvre d’un publicitaire que notre directrice connaît. La prochaine fois, ce sera en trois langues, et moins lyrique. Nous verrons bien le résultat.

Plus que 36 jours

36 jours

Vous savez probablement que les Jeux Olympiques ont lieu en Chine cette année. Il y a tellement de gens qui s’en servent pour diverses causes, en plus de ceux que ça passionne vraiment, qu’il n’y a pas eu moyen de rater la nouvelle. Vu de près, voici ce que ça donnait hier, 36 jours avant le huitième jour du huitième mois de la huitième année du second millénaire de l’ère commune, sur la chaîne nationale d’informations, reprise par la deuxième chaîne nationale le matin (et la première le soir).

Meteo

La météo ouvre encore sur le Sichuan, et l’épicentre du tremblement de terre (Wenchuan en jaune au centre de l’écran). Comme tous les matins, nous avons le bilan arrêté la veille à midi.

Bilan

69195 morts, 374 176 blessés, 18389 disparus. Mais il n’y a plus d’images émouvantes, le quotidien des nouvelles est revenu.

Hu Jintao en complet

Hôte étranger, lieu climatisé, le président Hu Jintao est en complet bleu marine et cravate sombre pour la séquence d’évènements officiels qui ouvre le journal national.

Chemises blanches

Chemises blanches à manches longues mais repliées, col ouvert, pour ce cadre qui salue des travailleurs. On a vu aussi le Président en chemise blanche présider une grande réunion interne où personne n’avait de cravate. Et on enchaîne sur l’évènement du jour.

Statue au depart de la Flamme

A 8h10, la Sainte Flamme prend le départ en direct de Yangling dans le Shaanxi, pas loin de Xi’an et de l’armée de l’empereur Qin Shi Huang. Le point de départ est la statue de Hou Ji qui enseigna l’agriculture aux hommes, les aidant ainsi à se distinguer des animaux.

Sur l'estrade

La torche est remise en cérémonie au premier relayeur, un chercheur de 75 ans qu’on a vu monter d’un pas assuré les marches de l’estrade, escoré d’une jeune sportive au regard inquiet. Le nom de la ville, Yangling, est en haut à gauche.

Remise de la torche

On suivra la flamme et son cortège dans les rues, et le premier passage de relais. Le commentateur précise que la torche est en papier, et la flamme alimentée au propane. C’est ainsi tous les jours et ça durera encore quelques temps. La veille, on était à Yan’an, la ville d’où Mao Zedong est parti à la conquète de la Chine, et on avait visité les lieux saints, c’était plus amusant.

La suite des nouvelles nous tient à jour de l’achèvement des travaux. La grande piscine enfermée dans son cube de bulles bleues est prête. Les trains TGV roulent en essais sur la nouvelle voie en viaduc entre Pékin et Tianjin. On nous montre le nouveau hall de la gare de Tianjin qui rouvrira le 1e aout. En passant en train au début de la semaine j’avais eu l’impression que les quais en dessous sont loin d’être finis. Mais il faut croire l’information officielle, qui donne des nouvelles exactes d’une façon qui favorise l’harmonie de la société et l’éducation des citoyens (citation du ministre de l’information).

Justement, la vie des citoyens pékinois s’est enrichie depuis mardi d’une nouvelle étape dans les transports en commun.

Scanner dans le metro

Nous ne sommes pas à l’aéroport, nous sommes dans la station de métro Chongwenmen, la moins éloignée de la gare depuis que la station de la gare est fermée. Ce n’est pas une heure de pointe. Entre l’examen des bagages et l’achat des cartes d’accès (les machines à vendre sont fâchées avec les usagers), le voyage en métro est devenu risqué.

Guichet

Quelque chose m’émerveille là-dedans: la capacité à mobiliser des équipes nombreuses chaque fois qu’il est besoin.

Machine à scanner

Voici l’équipe de la sortie B de la station de Xizhimen que je connais bien, à une heure calme. Il manque trois personnes sur la photo, ceux qui canalisent les usagers vers la machine depuis le pied de l’escalator. Et il y a 4 sorties à chaque station.

Avant de partir, un petit mot de la boulangerie. Il y a aussi du changement dans la salle.

StalleLes clients avaient tendance à choisir les tables dans les coins pour s’y asseoir à l’abri. Ils sont maintenant satsfaits. La salle est faite uniquement de coins. Les chaises ont été échangées contre des banquettes d’un confort de première classe. La distribution des tableaux sur les murs a été ajustée. Les hommes d’affaires peuvent profiter du Wifi et les amoureux s’isoler. Pour l’instant l’affluence est modeste, ce sont les clients qui emportent leurs pains et leurs gâteaux qui rapportent de l’argent. Mais personne ne connaît encore ce lieu paisible. Il n’y a pas de téléviseur. Le soir, le piano jouera, quand il sera arrivé.

Salle

La terrasse dehors serait très plaisante quand la chaleur du jour est tombée. Mais pour cause de Jeux Olympiques il est interdit de la mettre en service. Pas de nouveautés en ville pendant l’évènement.

Métro-boulot

Il se passe quelque chose d’idiot depuis que je me suis remis au travail: j’ai retrouvé tous les inconvénients du travail, que j’avais oubliés. D’abord, il faut y aller. Avant, prendre le train pour Pékin était un petit évènement à chaque fois: le consulat pour les visas et pour le mariage, une fin de semaine en touristes, une réunion ou quelque chose pour la boulangerie. Ca rend attentif, tout est intéressant, même les stations de métro, même les retards et les embouteillages. Maintenant, l’aller-retour toutes les semaines, c’est déja l’habitude (une fois arrivé, pas de problème; l’appartement est presque au-dessus de la boutique).

Donc, vendredi dernier, il pleut, et je sais que la station de métro de la gare de Pékin est fermée, on la rénove pour les Jeux Olympiques. La station où il faudrait descendre est à dix minutes de marche. Il faut déja prendre un taxi pour rejoindre le métro depuis notre quartier résidentiel. Je vais donc dépenser un peu plus que le prix du billet Pékin-Tianjin pour aller à la gare. L’ennui, c’est que je vais aussi mettre plus de temps que le trajet Pékin-Tianjin. Le chauffeur m’a pourtant conduit par le chemin le plus court; il a pris l’avenue de l’Eternelle Paix qui passe devant Tian An men et la Cité Interdite, et il a évité le Périphérique pour me faire passer dans les rues calmes. C’est raté. Le vendredi soir la ville est remplie de voitures.

Gare illuminéeGare bâchée

La façade de la gare est déja illuminée dans le soir brumeux, et les horloges marquent que j’ai raté mon train. La semaine précédente, la gare était encore emballée en vert comme tous les immeubles en travaux. J’ai donc le temps de comparer la gare de Pékin rénovée à mes souvenirs du palais du maharajah de Mysore.

Gare illuminée

Les nouvelles lampes sont à basse consommation, chacune enfermée dans un petit globe de verre. J’essaie d’imaginer la gare Saint Lazare à Paris illuminée. Ca ne marche pas, il faut le génie du lieu.

Pour patienter jusqu’au prochain train, je m’offre le luxe d’une chaise à la buvette du hall. Le jeune homme qui partage ma petite table m’offre le journal qu’il vient de finir. Je commence à déchiffrer quelques titres. Il me demande en anglais si je sais vraiment lire les caractères. Je dois lui avouer que je ne lis pas couramment. Comme lui aussi a le même petit malheur que moi, rater son train (lui, c’est parce qu’il a quitté le travail trop tard), nous avons un petit sentiment de solidarité, et on discute. Donc je suis Français. De quelle région? J’habitais à Nantes, dans l’Ouest. Est-ce que je sais où est Laval? C’est dans l’Ouest aussi, et pas loin de Nantes; mais pourquoi? Il travaille dans une entreprise qui a une usine à Laval, où on fabrique des pompes; Wilo, entreprise allemande; son directeur s’appelle Yannick. Il est ingénieur en électromécanique. Il travaille à Pékin et habite à Tianjin, et il prend le train chaque semaine; son employeur lui paie un petit appartement à Pékin. Nous allns donc voyager ensemble, debout parce que toutes les places ont été vendues, et dans la même voiture, car l’ordre est maintenu, il y a un numéro de voiture sur le billet « wu zuo »wu zuosans siège.

Intérieur du TGV

Le prestige aéronautique des rames du TGV s’est évaporé en quelques mois. Certes, les sièges sont toujours dans le sens de la marche, l’hôtesse passe avec son petit buffet haut à roulettes (même dans un train parfaitement plein; ici on a le don de se réduire quand il le faut), et il y a toujours les petits sacs « contre le mal de l’air » dans la pochette au dos des sièges. Pour le reste, le rapide de 20h45 ressemble au train de banlieue qu’il est en réalité. Nous continuons de discuter, bien calés dans un des meilleurs recoins de la plateforme, devant l’espace des bagages; une jeune fille m’a cédé cette bonne place au bénéfice de l’age. Jason (c’est son prénom occidental; il n’arrive pas à m’expliquer pourquoi il a été nécessaire de remplacer son prénom chinois qui se traduit par « lumière brillante ») parle très bien anglais parce que sa femme a une maîtrise de langues, anglais et français. Que fait-elle? Elle possède un supermarché, et gagne plus d’argent que lui. Il est déja allé en Allemagne pour le travail. Son salaire d’ingénieur est à peu près six fois plus bas qu’en Europe, si on ne compte pas le petit appartement. Mais tout va bien.

A l’arrivée, Jason négocie pour moi une place dans un taxi qui va dans la bonne direction. Le train a une demi-heure de retard, il n’y a plus d’autobus, il pleut, donc les taxis oublient le compteur. Je paierai à peu près le prix normal pour rentrer à la maison, et chacun des autres occupants aussi. Ma chère épouse n’est pas inquiète, je lui ai téléphoné pour la tenir à jour de l’avancement du problème. Elle trouve quand même que c’est trop. Le samedi, je regarde qui est Wilo , l’entreprise allemande que je ne connaissais pas. Son nom chinois estweile‘weile’, « Puissance et joie ». C’est le grand des pompes pour le chauffage et l’adduction d’eau. L’usine de Laval s’appelait Salmson. Ils fabriquent à Pékin pour la Chine. Le savoir-faire européen vaut encore quelque chose.

A la télévision, nous revoyons le président Hu Jintao qui a inauguré mercredi la nouvelle gare sud de Pékin et la voie TGV Pékin-Tianjin, le quarantième jour avant l’ouverture des Jeux Olympiques.

Gare sud

Dans un mois, si tout va bien, je prendrai le métro ligne 4 (bleu clair) qui me mènera directement à la nouvelle gare (construite à l’emplacement de la première gare de 1890, quand le train ne franchissait pas les remparts de la capitale).

Plan du métro

Plus de retard, plus de tracas. Jason aussi devrait apprécier. Est-ce qu’il y aura encore des places debout à 300 km/h sur la nouvelle voie, en viaduc d’un bout à l’autre? On verra.

Une précision: le plan du métro décrit le futur. Pour l’instant seules les lignes 1 (rouge), 2 (bleu foncé, en boucle), 5 (vert), 13 (orange), roulent. La 10 (mauve) et la 8 (vert foncé, au nord) rouleront pour les jeux olympiques. La ligne vers l’aéroport, au nord-est, va ouvrir.

Parlez moi de moi

Le blog que vous ètes en train de lire est devenu quelque chose d’important. Je n’y suis pour rien. Le journal Le Monde, à qui je paie tous les mois le droit de le lire dans la même mise en page que s’il était en papier (ce qu’il y a sur l’écran est gratuit et infesté de publicité, sauf si on paie), l’a mis dans sa sélection de blogs . Il en sortira un jour quand son temps sera passé. Il faut dire que le journal choisit dans le petit nombre que ses ordinateurs hébergent.

Le journal La Croix cite « manger du chou chinois », dans un article de sa série sur la Chine. Là, c’est un peu trop, je vais me prendre au sérieux. Quatre blogs sont cités: les autres sont celui de Bruce Pedroletti , correspondant du Monde; celui de Gilles Sabrie , photographe professionnel; celui d’Olivier Ruelle , qui vit depuis 15 ans en Chine, parle chinois, et traduit régulièrement depuis trois ans ce que les Chinois écrivent sur internet. Rien à voir avec mon travail d’amateur qui raconte au hasard de ce qui l’a accroché. Lisez les. Les adresses des deux derniers sont dans la marge en bas à gauche, au chapitre « Information Chine ». Lisez aussi la série d’articles de La Croix, par exemple celui sur « les Chinois en quête d’une nouvelle spiritualité  » de Dorian Malovic; ce qu’il raconte ressemble beaucoup plus à ce que je vois ici que les âneries sur les Chinois adorateurs de l’argent, ou les inepties sur la persécution des religions.

La machine de suivi du blog m’indique de quel endroit d’Internet viennent les lecteurs. Le journal La Croix en a apporté une soixantaine en quelques jours, la sélection du Monde une dizaine par jour. Du coup, il y a eu une pointe à 299 lecteurs en un jour (le record précédent était le lendemain du tremblement de terre, le 13 mai, alors que je n’en avais pas parlé). Si ceux qui sont passés conservent l’adresse et reviennent (mais là je ne le saurai pas) ça me fera plaisir.

Courbe des visites

Depuis, ça redescend au niveau normal, environ 150 par jour.

Quelque chose encore: en même temps que les sélectionneurs du Monde mettaient « Manger du chou chinois » dans leur liste, ils en retiraient « Journal d’un Chinois  » , écrit par Cai Chongguo, un journaliste chinois exilé en Europe depuis les évènements de 1989, qui écrit dans le « Labour Bulletin  » de HongKong, journal des actions des salariés en Chine (à lire si on veut en savoir plus que les banalités; c’est en anglais), et essaie d’expliquer en Europe ce qui se passe vraiment en Chine. Ce n’est sûrement pas pour le remplacer par quelque chose de plus intéressant. Peut-être qu’il pense mal.
A part ça, la boulangerie française a pris presque toute ma préoccupation depuis trois semaines (le chiffre d’affaires monte, les clients reviennent, mais il est encore bien trop bas; on va faire de la publicité). Du coup j’ai oublié de parler du deuxième anniversaire de notre mariage (le 6 juin). Il y a une excuse: la date se confond dans ma tête; le jour où nous sommes allés dans le bureau de l’étét-civil municipal pour faire enregistrer notre mariage, c’était une démarche de plus dans la course aux formalités, qui n’étaient pas encore finies parce qu’il fallait aller encore au consulat faire transcrire l’acte d’état-civil chinois dans l’état-civil français. Ma chère épouse a oublié aussi. Le vrai mariage, c’est le grand repas avec la famille et les amis, qu’on fait plus tard. Il faudra que je raconte.

J’ai oublié aussi le 19e anniversaire des évènements de Tian An men. Là aussi, il y a une excuse: d’abord le tremblement de terre, et puis personne n’en parle. Ceux qui étaient déja là n’ont pas envie d’en parler. Ceux qui étaient trop petits ou pas nés ne savent même pas ce qui est arrivé. Lire Christophe « L’expat  » pour avoir une idée de ce que sait une Chinoise de 25 ans pas ignare (son épouse).

Char dans un jardin public

Voici la photo qui aurait dû sortir le 4 juin. Je l’avais faite fin mai dans le jardin public sur la rive gauche, en face de la Rue de l’Ancienne Culture, en allant déposer ma demande de renouvellement de mon permis de séjour, comme membre de la famille d’un citoyen chinois. J’ai pris une photo des deux amoureux ensemble avec leur appareil.

Diner sur le pont

C’était au mois de mai, avant que je m’occupe principalement de la prospérité d’une boulangerie française à Pékin J’ai été invité à dîner par des gens qui ne risquent pas beaucoup de devenir clients. Ils rentreront pour regarder, peut-être. Donc ce jour là j’étais allé voir le pont en construction tout près de la gare en reconstruction. Le huitième ou neuvième nouveau pont depuis que je suis arrivé à Tianjin.

Vue générale du pont

On devine la rivière à droite. La gare est tout près à gauche. Pour le reste, c’est l’apparence de dévastation complète que les Chinois aiment donner à leurs chantiers jusqu’au moment où on comprend que c’est presque fini.

La tour du pont

Il y a du monde sur le pont. Peut-être parce qu’il sert déja; les piétons et les cyclistes passsent par un petit tunnel à travers l’échafaudage au ras de la grande pile; . Les caractères grands comme trois hommes disent ‘chengjian jituan san gongsi’; travaux publics, groupe, trois, société ». Apparemment, le jeune homme au premier plan cherche la bonne distance et veut prendre la même photo que moi.

Photographe

Photo poséeJe me trompe. C’est un ouvrier du chantier, et il va faire poser deux de ses collègues pour montrer qu’ils travaillent. On m’invite à poser sur fond de grand échafaudage. Une image de moi entre deux travailleurs doit être maintenant arrivée dans une famille quelque part à la campagne, je n’ai pas compris où. Les parents pourront voir que leurs fils travaillent sur un beau chantier que les étrangers viennent visiter.

Ca me donne envie d’aller voir plus près. Il y a une petite construction en bardage bleu au milieu du pont, comme on en voit un peu partout là où il y a des travaux.

Chantier et baraque
Un triporteur électrique est arrêté à côté, et des gens ont l’air d’être à table. J’ai déja souvent vu la scène de loin sur les chantiers des grands immeubles. Cette fois je ne peux pas faire autrement que continuer à avancer et saluer en passant ceux qui commencent à me regarder. Mais je vois trop tard un deuxième groupe de dîneurs de l’autre côté de la baraque.

Dineurs

Ceux-là m’attendent tout simplement. Je commence par leur dire « Quel beau temps! ». On me demande de quel pays je viens. On me rappelle que le quartier derière moi, c’était le territoire des Français. Je sais déja; tout à l’heure je suis passé devant la caserne de style colonial, datée de 1915, en cours de restauration. Ca me rappelle le jour où j’étais passé sur un autre pont en cours de finition, pas encore ouvert aux voitures; un des balayeurs m’avait dit que la lumière ne valait rien, que je devrais revenir un autre jour pour faire des photos. Il faut être à la hauteur de la conversation.

Tablée de près

Je suis invité à goûter le repas du soir: bouillon à la viande, tiges d’ail sautées, et mantou. Les mantou, ce sont les boules blanches qu’ils tiennent à la main: pâte à pain levée et cuite à la vapeur; ceux-ci sont plus gros et plus consistants que ceux des petits déjeuners d’hôtel, et on en a trois pour deux yuans, à peine plus cher que le prix de la farine. Pour le prix d’une baguette (8 yuans) on a de quoi acheter le pain du repas de trois ou quatre personnes.

Vieux travailleur

Ce vieux travailleur me dit qu’il a cinquante ans. Il vient du Shandong (c’est ce que j’ai compris) et il aime bien ce qu’il fait. Il est min gongmingongtravailleur de la campagne à la ville. Littéralement peuple, travail.gongmingongmin, public peuple, signifie « citoyen ». Ce n’est pas moi qui l’ai trouvé, mais un maire de grande ville qui faisait l’éloge des travailleurs. Il expliquait qu’ils gagnent 1000 ou 1500 yuans par mois et que leur travail en rapporte 5000 à la collectivité. En attendant, ils sont un peu comme les Portugais qui travaillaient en France avant l’Europe, qui étaient logés sur le chantier et envoyaient l’argent à la famille. Ils ne discutent pas de cela avec un étranger. Pas non plus de ce que je lis dans les journaux: l’entreprise du chantier passe contrat avec une agence de main d’oeuvre, qui les nourrit et les paie, mais pas toujours, en leur promettant le solde à la fin du chantier. Quelquefois, il n’y a rien à la fin; on le sait quand ils manifestent pour être payés.

Je n’arrive pas à comprendre qui est qui. Est-ce que les deux en beau pantalon sont des travailleurs qui se sont mis en tenue propre pour sortir, ou des visiteurs pour le travail. Je demande la permission de prendre une photo du logement.

Chambrée

Le petit carré brillant au fond est un téléviseur. Il y a six ou sept chambrées comme celle-là dans la petite aggomération sur le pont. Il y a aussi des dortoirs en préfabriqué sur la terre ferme. En voici un que j’avais photographié ailleurs en février.

Dortoir prefab

Les grands chantiers comme celui de la gare ont leur petite ville temporaire qui se déplace avec l’avancement des travaux. Les ouvriers qui restaurent la caserne française sont apparemment en train de déménager. Il y a un grand paquet de sacs et de couettes qui attendent que le logement soit prêt.

Couettes

Mais nous n’avons pas parlé de conditions de vie. Ils me demandent si je trouve beau leur pont. Les gens comme eux remettent leur casque jaune sur la tête pour aller se promener en ville, et se distinguer des citadins incapables de faire ce qu’ils font.

Les produits

Quand on est dans le commerce d’alimentation de produits occidentaux comme moi, on doit devenir compétent dans le choix des produits. Et le paradis des produits occidentaux, c’est Metro, le même qu’à Rouen ou dans n’importe quelle ville d’Europe de l’Ouest, avec juste quelques concessions au goût local.

Metro cote ouest

Metro cote est

Un petit problème: la boutique est ouverte, on fabrique et on vend, mais la société n’est toujours pas enregistrée. Le processus est en cours dans la Bureaucratie Céleste, comme l’appelaient les voyageurs d’il y a deux siècles; la bureaucratie a le bon goût de ne pas empêcher la réalité de fonctionner. Par contre, les gestionnaires de Metro sont ds gens sérieux, l’accès à leurs rayons est réservé aux commerçants et nous ne le sommes pas encore. Il faut chaque fois montrer un papier et obtenir une dispense.

Biscuits

Si vous voulez manger de vrais petits-beurre fabriqués à La Haye-Fouassière (Loire-Atlantique), il vous en coûtera l’équivalent de 2 euros, et le reste en proportion. Pour ce prix là, vous avez un repas honorable de trois plats dans un restaurant.

Metro jambon

Jambon français (à gauche), jambon de Parme (au centre), prix au kilo comme le dit l’étiquette ‘gongjin jiege’; kilo, prix; tranches de jambon, prix du paquet de 190 grammes. La meilleure viande de porc dans un hypermarché est à 25 yuans le kilo.

Metro_farine
Heureusement, le monde normal est à côté: de la farine, importée ou chinoise, en sacs de 25 kilos (retirer un zéro aux prix en yuans pour avoir des euros).

Justement, la boulangerie utilise de la farine. Elle ne l’achète pas chez Metro, elle se la fait livrer, pour le même prix, en payant comptant. Voici le grand maître de la pâte, le chef Didier, devant ses fours.

Fours

La cigarette derrière l’oreille, c’est de la pose. Personne ne fume pendant le travail.

Liu, boulanger

Xiao Liu est sorti du laboratoire avec un petit réassort pour les vitrines.

Tang et Li

Mademoiselle Tang, serveuse, et mademoiselle Li, pâtissière, comptent les produits en vitrine.

On peut faire un petit tour de l’assortiment. Tout n’est pas encore au point, mais après dix jours on commence à avoir une idée de ce que les clients préfèrent.

Carré au chocolat

Le carré au chocolat est à 7 yuans. Le chausson aux pommes est à 7 yuans aussi.

Chausson aux pommes

Mais dans sa forme carrée, il n’a pas l’air assez grand pour son prix. On va le faire plus large et un peu plus plat.

Pudding

A 6 yuans la grande part, le pudding n’a pas de mal à partir. on n’explique pas aux clients que ce sont les meilleurs prduits de la veille qu’ils mangent ainsi: croissants, baguette, génoise, brassés et enriches de raisins secs. Le goût varie un peu selon les jours.

Galette des rois

Si c’était la saison, on l’appellerait « galette des Rois », mais il faudra lancer l’usage ici. C’est un Pithiviers, à la poudre d’amandes, vendu entier ou en parts, un quart pour 8 yuans.

Décor de pâtisserie

Un petit paysage de pâtisserie, pour les besoins du photographe. Il y a des prototypes, comme les grands éclairs fabriqués pour plaire à un client européen qui rêvait d’en retrouver. Les petits gâteaux sont vendus indifféremment à 6 yuans les quatre.

Demi-baguette

Il manque un produit dans le décor: la baguette, 300 grammes. Hélas personne n’en achète. Explication de mon professeur de chinois: les Chinois n’aiment pas mordre dans quelque chose de dur, la croûte est un obstacle. Je pense qu’il a tort. Les demi-baguettes à 4 yuans sont demandées. La grande baguette est-elle trop longue?

Côté salle, on commence à voir revenir les habitués de l’après-midi, qui s’installent autour d’une table et boivent du thé. Pour leur éviter l’angoisse du choix des petits gâteaux, on va faire des barquettes. Encore une habitude à créer.

Salle vue du dehors

La première ouverture du soir, jusqu’à dix heures, a attiré quelques buveurs d’alcools, même sans publicité. Je suis arrivé trop tard pour capter une silhouette.

Facade du soir

Le problème, c’est que personne dans cette avenue n’accueillait du public. Les voisins sont un institut de beauté et une galerie de tableaux, qui ne sont pas ouverts le soir. Nous avons pourtant des milliers de clients autour et au-dessus, mais il faut qu’on nous découvre, que ceux qui passent sur le trottoir en dessous de la terrasse montent pour entrer.

Dernièe cliente

Justement, cette dame s’est décidée à venir voir. Il est tard pour elle, elle ne restera pas. Mais elle repart avec des gâteaux.

Cliente a l'interieur

Ah, j’oublias: L’internet sans fil (en français Wifi) dans la salle fonctionne depuis hier, mais personne ne le sait encore. Il va être temps de faire de la publicité.

Publicité: 巴黎麦香面包放 Balimaixiang Les Blés de Paris, 5 Changchunqiao lu, Haidian, Beijing. Boulangerie pâtisserie française. Bar, café, thé. Ouvert tous les jours de 7h à 22h.

Cinquième jour du cinquième mois

Demain, c’est le cinquième jour du cinquième mois de l’année (celle qui a commencé avec la fête du printemps, le 7 février de l’ère commune). Ce jour là, on commémore la tentative de sauvetage du poète et ministre Qu Yuan, qui s’était jeté dans la rivière Miluo. Ca se passait au temps des Royaumes Combattants, il y a deux mille trois cent ans. Le sage, désespéré de voir que le souverain n’écoute pas ses conseils et mène le pays à la catastrophe, se suicide pour se punir lui-même de ne pas avoir été convaincant. Ca ne se fait plus aujourd’hui, le désespoir est si banal que personne n’y prête encore attention. Les villageois qui aimaient leur ministre se sont précipités avec leurs bateaux pour essayer de le repêcher avant qu’il soit trop tard. Mais il était trop tard, et ils ont jeté dans la rivière des boulettes de riz pour dissuader les poissons de s’attaquer à son corps avant qu’on le retrouve pour l’enterrer honorablement. En souvenir, on organise les courses de bateaux-dragons

Bateau dragon

Image empruntée à l’agence Xinhua

et on mange ce jour là des boulettes de riz spécialement préparé, cuit dans une enveloppe de feuilles de bambou. L’explication est ici (en français) ou (en traduction automatique).

Livreur

Dans la résidence de Pékin, quartier de Haidian, rue du pont de l’éternel printemps (Changchunqiao lu), où la boulangerie est installée, j’ai croisé avant-hier le livreur de Weiduomei, un des grands pâtissiers de Pékin. Il venait apporter dans un bureau des dizaines de boîtes-cadeau de zongzi, les petits paquets tétraédriques de riz de la fête.

Boites cadeau

Les neuf paquets dans une boîte à huit côtés réunissent les nombres les plus favorables, mais je suis sûr que le préemballage arrête les bons rayonnements. Dans cette résidence qui pourrait être n’importe où dans le monde si elle n’était pas habitée par des Chinois, il reste juste un petit quelque chose de la Chine ordinaire.

Residence

AscanseurEt pourtant, en regagnant l’appartement qui est au niveau 10, comput chinois où le rez de chaussée s’appelle 1, je peux voir que la tradition règne. Comme il est dit dans un commentaire de l’article précédent, pas de quatrième niveau, sisiquatre ressemble trop à sisila mort, même si le ton est différent. Pas de treizième niveau, par égard pour les Occidentaux. Pas de quatorzième non plus. Shisishisiquatorze ressemble trop à shisishisi« être, mourir », En épelant le numéro un – quatreyisic’est pire, on a yao siyaosi« je veux mourir », qui signifierait aussi « mortel » en langage d’jeun, mais le sens direct est trop redoutable.

Une légende raconte qu’un grand nom de l’hôtellerie française prit un jour en gérance un hôtel tout neuf dans une grande ville chinoise. L’équipe française constata dès le premier jour que le nombre de chambres n’était pas le bon. Il manquait un étage entier, qui figurait pourtant sur les plans annexés au contrat. Le contrat fut donc rectifié en conséquence. C’est beaucoup plus tard que le directeur, quand même tracassé par cette aventure, s’avisa de sortir un soir et de compter les étages sur la façade. Un des étages n’avait aucune fenêtre éclairée. Il y avait bien un quatorzième (ou treizième, l’histoire ne le précise pas) niveau, mais pas de bouton dans les ascenseurs pour y accéder.

Des nouvelles de l’affaire française qui nous intéresse: ce samedi le matin a été calme; c’est la faute du rite occidental du week-end que pratiquent les gens des bureaux. Les jeunes vendeuses ont eu le temps de venir me voir en train de taper ce texte en langue française agrémenté de caractères. Elles m’appellent respectueusement ‘yeye’, grand-père, comme il convient à un homme de mon age. Avec vingt ans de moins, j’aurais été ‘shushu’, oncle. Didier a droit au titre de ‘shifu’, maître (boulanger), mais pas moi, elles ne savent pas ce que je fais ici. Cet après-midi, les gens arrivent en petits groupes, pour discuter autour d’une table et boire du thé. Le sixième jour est favorable aussi.