Photo de mode

Face du modèle Le monsieur qui vous sourit est un modèle pour photographes. Je l’ai embauché et il a posé pour moi dans le décor de la ville nouvelle de Teda, où nous sommes allés faire un tour dimanche. Je dévie un peu la réalité. Nous sortions du restaurant de poissons où nous avions déjeuné (on est au bord de la mer ici, c’est l’abondance, les poissons sur l’étal où on les choisit sautent encore quand on veut les saisir). Ma chère épouse me précédait de plusieurs pas. En voyant un Occidental sortir apparemment seul, ce monsieur qui est mendiant professionnel a vite grimpé les marches et a présenté le bol en fer émaillé, insigne de son métier. Je lui ai demandé s’il acceptait que je fasse des images de lui, en échange d’une somme d’argent raisonnable, vingt fois ce qu’un client moyennement généreux lui remet normalement. Il a accepté. Voici le résultat (cliquer sur l’image pour le voir plus grand).

Bien sûr, je n’aurais jamais fait ça dans mon quartier, où il y a aussi un mendiant professionnel qui sévit près de la grande librairie. Je me serais retrouvé comme le grand calligraphe de Suzhou (j’ai oublié son nom) qui, un jour qu’il prenait l’air sur un pont en ville, a été abordé par une vieille marchande d’éventails en papier. Elle n’avait rien vendu de la journée et lui demandait d’en acheter un, pas cher, pour briser sa malchance. Il n’avait pas d’argent sur lui. Il a emprunté le pinceau et la pierre à encre de la boutique la plus proche et a proposé à la vieille d’écrire une formule favorable sur ses éventails. Ensuite elle pourrait les vendre tous, et vingt fois le prix normal. Elle a accepté sans comprendre. Dès qu’il a eu fini de calligraphier des poèmes avec le pinceau du boutiquier, les gens qui l’avaient reconnu et s’étaient rassemblés se sont précipités pour acheter si bon marché une de ses oeuvres. La vieille est rentrée chez elle avec une recette grandiose. Elle a passé toute la nuit à faire d’autres éventails et est retournée dès le matin sur le pont. Depuis, la vie du calligraphe est gâchée. Il ne peut plus prendre l’air sur son pont favori, de peur que la vieille marchande y soit à l’attendre.

Portrait en pied

J’espère que je n’aurai pas gâché la vie à quelques expatriés qui travaillent à Teda et aiment manger du poisson.

Patrick DelpyEt cela me fait penser à un autre expatrié, qui écrit lui aussi pour être lu. Son journal s’appelle « La France vue d’ailleurs »; il y raconte ses bonheurs et ses malheurs de travailleur loin de son pays dont il craint la décadence, et ses prières pour que son pays soit sauvé. Je le lis souvent, il a une bonne plume. J’ai emprunté son image sans le lui demander. En ce moment, il souffre des pénuries causées par la consommation effrénée du Nouvel An.

http://delpy.blog.lemonde.fr/2008/03/07/on-vit-rationne-comme-en-guerre/

(Ajouté le 14 mars)

Je ne connais rien à rien, mon calligraphe inconnu est Wang Xizhi 王羲之 , le plus célèbre calligraphe de toute l’Histoire, qui vécut à Shaoxin (et pas à Suzhou) au quatrième siècle, pendant le règne de la dynastie Jin. La Bibliothèque Nationale a exposé ses oeuvres.
http://expositions.bnf.fr/chine/arret/1/index6.htm

Le pont où la vieille marchande l’attend est toujours là à Shaoxin.

Le nid d’oiseau olympique

Il y a dix jours, je me promenais le soir au bord de la Hai He, notre rivière, sur les nouveaux quais d’agrément que la municipalité fait construire à l’imitation de la rive gauche à Paris. J’ai vu et entendu une jeune fille en anorak jaune qui déclamait toute seule des phrases dans une langue inconnue. En m’approchant, j’ai vu’elle avait des écouteurs sur les oreilles. Elle a vu que je la regardais et s’est arrêtée. Je lui ai demandé ce qu’elle écoutait. C’était son cours d’anglais. Elle m’a proposé d’écouter et je n’ai rien compris. Pourtant, après ajustement aux accents réciproques, nous avons pu discuter en anglais. Elle est élève d’une école de tourisme, et travaille à se perfectionner car elle vient d’être choisie comme volontaire pour accueillir les visiteurs des Jeux Olympiques. Cela veut dire qu’elle ira à Pékin, logera trois semaines en dortoir, et passera ses journées probablement dans les profondeurs d’un stade ou d’une patinoire pour veiller sur les spectateurs, sans rien voir du spectacle. Mais son enthousiasme est total. Faire partie du plus grand évènement de l’histoire du pays depuis des années la transporte. Elle a voulu m’expliquer la signification des animaux symboliques des Jeux de Pékin, le fait que la date du huitième jour du huitième mois de la huitième année du nouveau millénaire de l’ère commune est triplement favorable. J’avais déja lu et entendu des messieurs sérieux et payés pour cela expliquer la même chose, et je croyais que le peuple, qui d’ailleurs aura bien du mal à voir quelque chose faute de places qu’on puisse acheter, s’en fichait un peu. J’ai tort.

Stade illuminé

On voit partout des images du nouveau stade olympique. Le chantier; des maquettes somptueuses faites par des passionnés, et même un gâteau en pâte tressée. Son nom: le nid d’oiseauniao chaoniao chao; oiseau nid. Pendant que j’y suis, je me rappelle que Olympique se dit ao yunao yun mystère, transport. C’est une transcription phonétique. Heureusement, le deuxième caractère entre dans le mot « sport »yun dongyun dong; le second caractère du mot exprime l’idée d’agir; il signifie « verbe » en grammaire.

Chantier du stade

(photos de Li Ning et Zhu Yu étudiants en photographie, parues dans le China Daily )

J’ai eu vraiment envie d’aller voir à quoi ressemble le vrai stade, même en chantier, et on dit qu’il est presque fini. Site du chantierQuand nous sommes allés à Pékin samedi dernier, j’ai donc persuadé ma chère épouse de prendre le métro puis un taxi pour nous rapprocher du stade. Le taxi nous a amenés là d’où on voit le mieux. Le problème, c’est que, quand on arrive, on voit ça. Le stade olympique et le grand stade nautique qui semble construit avec des bulles sont à gauche derrière les palissades et les dortoirs des ouvriers du chantier. Pas de passerelles surélevées, pas de point de vue, pas de visites organisées.

Point de vue

Mais il en faut beaucoup plus pour décourager les visiteurs. Chaque pile de matériaux fait un point de vue. Et les palissades sont de la plus basse qualité, pas toujours bien posées, il y a des ouvertures.

Fille en rose

Les monuments émergent de la brume pékinoise que le soleil et le vent vont faire partir.

Grand stade

Voila, moi aussi j’ai ma photo du grand stade.

Portail

Feng GuofangEt les jeuns filles en rose ont ce qu’elles voulaient: une photo devant les installations olympiques. Monsieur Feng Guofang, du corps des organisateurs du site olympique, est là pour consoler les déçus et indiquer que la vue est meilleure depuis le pont sur le troisième périphérique un peu plus loin. Tout est prévu pour les étrangers, même l’énoncé sur le badge bilingue où le nom est après le prénom. Il n’a pas d’opinion sur le manque de moyens pour accueillir les visiteurs du chantier. Il est un peu plus de midi. Nous voyons revenir de leur déjeuner les privilégiés: les gens du chantier qui vont pouvoir passer le portail et se promener à l’intérieur du monument. Ils gardent leur prestigieux casque jaune sur la tête pour se promener dans la rue, et peut-être même pour dormir (les dortoirs sont sur le chantier, bien sûr).

Ouvriers du chantier

Derrière eux, le grand hôtel qui surplombera le site olympique du côté ouest. Le revêtement de la façade n’est pas fini. Les écrans vidéo géants fonctionnent déja. Deux de leurs collègues se préparent à descendre le long de la façade de bulles, déja crépies de poussière.

Bulles

Il faudra un grand nettoyage pour retrouver le bleu nacré des maquettes.

Grand stade

Monsieur Feng avait raison: depuis le pont sur le troisième périphérique, on voit mieux le stade Nid d’Oiseau. Le site olympique est entre le troisième et le quatrième périphériques, côté nord.

Citadins

Le peuple défile au bon endroit, d’où l’image est la meilleure, et on attend son tour. Oui, avec ma femme, nous avons vu le stade olympique. La preuve est sous vos yeux.

Photo devant le stadeBien sûr, je m’attendais à autre chose. Mais apparemment ça ne décourage personne. Si vous voulez vérifier, consultez les albums de photos prises par des Chinois (j’ai fait la sélection sur le titre en caractères « nid d’oiseau » 鸟巢 ) sur Picasa. Il y a quelques vrais nids dans la collection. Sur Flickr, il y en a beaucoup aussi, mais peu de photos récentes. Une lubie de la censure de l’internet international a fait disparaître toutes les images remontées sur le site avant l’été 2007, au moins pour les Chinois, qui peuvent contempler les cadres vides. Ils vivent sous un gouvernement bas de plafond, en se disant qu’au moins il ne pleut pas.

Pour retrouver le discours officiel, avec aussi des quantités de bonnes photos, de plans, et d’images: le Quotidien du Peuple en français; la section spéciale du China Daily en anglais; l’agence Xinhua (Chine Nouvelle) en chinois et en français . Le plein de pensée positive. Aussi bien il y a de quoi.

Citadins

A la banque

De temps en temps, j’écris aux gens de ma banque en France de m’envoyer de l’argent. Je leur téléphone, puis je leur envoie un email qui leur dit le numéro de mon compte à la Banque de Chine, avec en pièce jointe une photo d’une feuille de papier qui dit la même chose, plus la somme écrite de ma main et ma signature. L’argent arrive sur mon compte en euros, que je ne peux pas dépenser. Je vais à la Banque de Chine avec mon passeport et je demande au guichet qu’on transforme les euros en yuans, ou plutôt mes ouyuanouyuaneurope, yuan , en renminbirenminbipeuple, monnaie. On ne prononce « jenminbi » qu’à la banque, pour être sûr de ce dont on parle. Ailleurs, on dit « yuan »yuan, ou « kuai qian »kuai qianbout de fric.

Guichet

J’ai été servi par monsieur Yang Huajie, dont le nom en français serait « Peuplier » et dont le prénom signifie « extraordinaire éclat ». Ses parents attendent beaucoup de lui pour lui avoir donné un tel prénom. Vous pouvez voir son nom en haut à droite du petit appareil qui est posé, côté client, sur le marbre de son guichet. Une fois le client servi, l’appareil s’allume, une voix dit « veuillez exprimer votre appréciation », et on peut appuyer sur un des trois boutons « bien », « moyen », « mauvais ». Le bouton « bien » à gauche est beaucoup plus usé que les autres. Les petits papiers qui trainent sont les tickets pour attendre son tour. A droite, on voit un bout d’une machine à compter les billets. Il y en a à tous les guichets, pour l’agent avec un compteur visible par le client, et quelques uns pour les clients qui veulent contrôler. Tout se paie en billets ici. Si j’avais emporté en billets les 600 euros que je viens de changer, il y en aurait eu 64 de 100 yuans, plus quelques petits. Le cours du jour est de 10,77 yuans pour un euro. Il y a un an, on en avait un peu moins de 10. Ca équilibre la hausse des prix, 7,9% annoncé pour l’année en cours.

Façade de la banque

Parmi les gens qui circulent autour de la façade, on aurait dû voir des messieurs qui proposent de changer les devises en monnaie nationale, ce qui est légal, ou la monnaie nationale en devises étrangères, ce qui ne l’est pas. Mais il suffit de diviser l’opération illégale en deux opérations légales: le changeur accompagné de son client se rend à un guichet. Le client donne au changeur des yuans qu’il met sur son compte bancaire; ensuite le changeur retire des dollars ou des euros de son compte bancaire et les donne au client. Tous les comptes peuvent avoir un feuillet en monnaie nationale et des feuillets en devise étrangère.

Dehors, la rue de la Libération (autrefois rue Victoria, nous sommes dans l’ancienne concession anglaise, les bâtiments de grand style datent des années 1920) est en plein bouleversement. On remplace les égouts et la distribution d’eau. On en profite pour aussi rénover des immeubles et refaire les trottoirs. A part qu’il faut deviner par où passent les autobus pendant les travaux, ça n’émeut personne. Ici on tient à vivre normalement au milieu du chaos provisoire.

Rue de la libération

Deux poseurs de canalisation font la pause. Le cylindre rouge est une grande bouteille thermos d’eau chaude pour le thé (ou pour boire tout simplement). Il fait beau, les vestes rembourrées et les casques sont posés autour de la bouche d’incendie. On croirait qu’ils sont plus à l’aise que le jeune homme qui vient de me servir, enfermé dans sa cage de verre

Tranchée, la pause.

Un lieu exotique

Samedi, nous sommes allés tous les deux à Pékin. Nous étions invités à dîner le samedi soir et à passer la nuit chez le partenaire franco-chinois de mon ami qui rêve de vendre de la bonne nourriture française aux Chinois. Mon ami vient de revenir en Chine. Ca prend forme, tellement qu’il m’avait demandé de trouver un nom de marque. Quelque chose qui fasse immédiatement penser à la France, qui se rapporte à la nourriture, et qui soit harmonieux à l’oreille, aussi bien en français qu’en chinois. Quelque chose d’aussi réussi que JialefuJialefufamille, joie, bonheur, pour un hypermarché. C’est ma chère épouse qui a trouvé, après avoir recalé un certain nombre de mes inventions. Je ne connais rien à ce que pense un Chinois autour d’un mot. Par exemple Jeanne d’Arc est connue en Chine, mais pour un produit cuit au four ce n’est pas une bonne idée, et puis elle meurt à la fin. Le Mont Saint Michel lui plaisait bienShengmixieershansheng mixie’er shan; saint, riz, calme, montagne Tout le monde connaît l’image, et le dragon de l’archange, bête de feu et de terre, n’a rien à voir avec le dragon chinois qui vit dans l’air et l’eau. Hélas, la marque est déja prise. Nous avons trouvé une vingtaine de noms, et un de ceux qui plaisaient le mieux a été déposé. Il paraît que les gens du bureau des marques l’ont trouvé agréable à entendre. J’en reparlerai dès que l’affaire sera officielle. Je ne suis pas sûr que nos serons payés; mon ami est un des hommes les plus radins de la planète. Mais c’est quelqu’un de très agréable.

Porte du centreDonc nous étions attendus à la fin de l’après-midi. Nous en avons profité pour passer la journée dans les plaisirs de la capitale, et d’abord, pour moi, une visite au centre culturel français, sa librairie et sa bibliothèque. Quelquefois on a un désir de lire Paris-Match dans le texte, et les livres dont parle tous les jours Pierre Assouline me font envie.

Ayant pris le train tôt, nous franchissons à neuf heures et demie la porte du centre, et nous sommes en France, l’illusion est parfaite. Tellement parfaite que j’avais oublié: en France les commerces nobles ouvrent à dix heures, les médiathèques un peu plus tard.

Salle de la cafeteria

Les fauteuils rouges du hall sont réservés aux consommateurs de la cafeteria; le comptoir ouvre tout juste. Nous étudions le dépliant bilingue de l’Alliance Française, qui est en haut de l’escalier. Pour en profiter, il faudrait habiter à Pékin. L’entrée de la salle de cinéma est juste derrière; aujourd’hui on passe « La grande séduction », film québécois.

table des nouveautés

Dix heures. « L’arbre du voyageur », la librairie à gauche en entrant, est ouverte. A la table des nouveautés, des têtes familières. Je repère Eric Orsenna et son Voyage aux pays du cotonmian Le caractère ‘mian’ calligraphié est sur la couverture. Les pages 241 à 276 se passent à Datang, près de Hangzhou, pas loin de Shanghai, capitale de la chaussette. On y lit une citation d’un Mr Chen, membre du Parti: « … vous ne craignez pas la concurrence indienne? _L’Inde est trop démocratique, elle y perd beaucoup d’énergie. » On dit ça.

Rayon cuisine

A la grande librairie de Tianjin, il y a cinq tables pour la cuisine, mais ce n’est pas la même.

Librairie vue générale

Avec le miroir au plafond, on a une impression de surabondance. L’architecte n’a pas mal fait son travail. Au premier plan à gauche on reconnaît Cinq ans en Chine de Pierre Haski, avec sa protégée Ma Yan en couverture, celle dont il a édité le journal d’écolière, et qui a réussi le Grand Examen au mois de juin. A droite, blanc et noir, une belle pile de La pratique de la Chine d’André Chieng, le livre à l’usage des entrepreneurs en Chine qu’il faut avoir lu cette saison. Les Chinois qui lisent le français ne l’aiment pas (imaginez qu’un Chinois explique entièrement la France contemporaine à partir des idées et de la société du siècle de Louis XIV), mais c’est plaisant à lire. J’ai eu l’occasion d’écouter l’auteur. Il a les idées plus larges que son livre, il faudra que j’en parle. Et au second plan à gauche, plusieurs exemplaires du gros livre La Chine et la démocratie; celui-là explique qu’il s’est passé beaucoup de choses depuis le temps du Premier Empereur. J’ai essayé d’en parler . Toute la table est digne d’être lue, y compris le Larousse français-chinois, sorti en 2007. Tous les éditeurs veulent leur livre chinois. Quel changement en cinq ans.

Hélas, on est en France à la caisse aussi. Ou plutôt à la Guadeloupe où les livres valent encore un cinquième de plus. J’étais tellement habitué aux éditions chinoises de classiques anglais à 25 yuans et aux gros dictionnaires à 100 yuans. Le nouveau livre de Tahar ben Jelloun Sur ma mère , NRF, vaut 201 yuans, le prix des livres d’art enfermés dans des vitrines à Tianjin. Mais j’ai très envie de le lire. (commentaire: c’est un livre nouveau. Mais un étudiant chinois qui voudrait lire Alexandre Dumas, Victor Hugo ou Baudelaire n’a que des éditions françaises qui se vendent cinq fois plus cher que Dickens ou Shakespeare, ou Tolstoï, édition locale dans la langue originale. On trouve une belle édition de Montaigne traduit en anglais, moins cher qu’un San Antonio en France. Si la France cherche un moyen de promouvoir la culture française pour un petit budget, elle pourrait aider les éditeurs chinois à imprimer du français).

Entretemps, il est dix heures et demie, et la médiathèque est ouverte. Là aussi, j’ai l’impression d’être dans ma ville de Nantes ou ailleurs.

 

Salle médiathèque
Je viendrais bien travailler ici. Y a-t-il des heures où toutes les tables sont occupées ? Presque tout est en accès libre. On passe au grand comptoir pour emprunter.

Comptoir

Il y a des claviers et des écrans partout. Mais ici c’est un endroit sérieux. Site des Verts Comme l’explique une étiquette, vous n’avez accès qu’à une sélection de sites sélectionnés pour vous, qui présentent la France dans toute sa diversité. Je vérifie que ce blog en fait partie (et les autres sur lemonde.fr aussi); on pourrait même le mettre à jour. On peut afficher des écrans à première vue surprenants, mais l’idée d’être connu et censuré en Chine excite tellement certains responsables de sites internet qu’ils ne peuvent pas s’empêcher de s’en vanter (déja dit). Par contre, on ne peut pas consulter sa messagerie. Ce n’est pas un cybercafé.

Clavier D’ailleurs, celui qui essaierait de taper du texte aurait une petite déception: les claviers sont américains (ou chinois; QWERTY pour les connaisseurs). Le système est en français. Le clavier est fâché avec le système et une bonne partie des touches produisent autre chose que ce qui est écrit dessus. Un guide bilingue de l’utilisateur égaré est collé à gauche du clavier. Faire venir de France des claviers (fabriqués en Chine, mais les conteneurs partent des usines déja fermés) coûterait à peine plus cher par unité que le moindre des livres en rayon, mais il y a probablement un col de haute montagne administrative trop difficile à franchir. On est en France.

Façade du centre

En sortant, nous regardons la façade du centre. Il est logé dans un grand immeuble tout neuf, quatre tours sur un grand socle carré; le centre occupe le coin sud-ouest du socle. A droite (au sud) de l’autre côté de la rue, il reste un morceau du vieux Pékin, avec un marché en plein air derrière un grand mur de briques grises.

Plan

Le grand immeuble est au coin sud-ouest du parc où est le Stade des Travailleurs. Il faut venir en métro par la ligne 2 qui fait le tour de la ville impériale. Station Chaoyang Men, à l’est, et moins de dix minutes à pied (pour faire apparaître le plan de Pékin entier, cliquer sur le plan d’accès).

Centre Culturel Français de Pékin
Guangcai International Mansion
18, Gongti Xilu 100020 Beijing
Tél. : (+86 10) 65 53 26 27

ouvert tous les jours de 10h30 à 18h30, nocturne le mercredi 20h30.

Site web : http://www.ccfpekin.org/

L’Alliance Française et le bureau de Campus France http://chine.campusfrance.org/ qui s’occupe d’envoyer des étudiants en France sont à l’étage au dessus.

Si ce n’était pas à 130 kilomètres de chez nous, je viendrais souvent.

Voir ailleurs

Lisa Zhang Il y a une Chinoise qui vient de me faire plaisir. Le mécanisme qui permet de voir d’où viennent les lecteurs de ce blog m’a appris qu’elle l’a cité sur le sien. Elle s’appelle Lisa Zhang et est professeur de français à Wuhan , où on fabrique les voitures Citroën et où il neige en ce moment. Malheureusement, tout est écrit en chinois ou presque. Voici une page bilingue, qui parle des évènements de l’enseignement du français en Chine en 2007. Donc je participe à mon petit niveau. Tellement de gens sont contents d’annoncer qu’ils sont censurés en Chine; moi je sais maintenant que j’ai des lecteurs chinois que je ne connais pas.

Je viens de recommencer à travailler avec Pierre, l’étudiant à l’institut des langues étrangères qui m’aide à apprendre le chinois. Les vacances universitaires sont finies, et tous les étudiants sont rentrés le même jour ou presque. Il était chez ses parents à Pingyao, à l’ouest, dans la province du Shanxi. Il a passé douze heures debout dans le train. Il n’y avait plus de places assises, ni de couchettes, mais les jours de grand départ le guichet continue de vendre des billets, au tarif le moins cher, jusqu’à ce que le train soit exactement plein. Ici on suppose que les citoyens sont des gens résistants, et on a raison.

J’ai eu un exemple au supermarché. Au moment d’entrer, je vois un rassemblement dans le hall. Des gens entourent un monsieur étendu par terre. Il y a quatre ou cinq policiers en uniforme qui se contentent d’être là. Je vois arriver une équipe de secouristes avec une civière à roulettes. Rien de passionnant, je rentre et je fais mes achats. Au moment de sortir, je vois les secouristes qui prennent le monsieur étendu sur leur civière, et le reposent avec soin sur le carrelage. Pierre, que je viens de rencontrer à la caisse, se renseigne. Le monsieur a eu une altercation avec un employé du supermarché, qui l’a plus ou moins assommé. Il s’est réveillé sur le brancard et a réclamé que le directeur du magasin vienne l’indemniser. Comme rien ne venait, il a demandé aux secouristes de le poser sur le sol et de partir, bien décidé à rester là étendu, au milieu des clients qui passent, jusqu’à ce que la direction du magasin entende raison. Les secouristes sont partis attendre dans leur ambulance au coin de la rue. Dommage que je n’aie pas eu mon appareil photo.

Un autre homme qui ne doute pas de sa propre force de caractère, c’est mon ami Christophe avec qui j’ai discuté en français, et aussi en chinois, quelques heures par semaine depuis deux ans. Il a décidé de s’installer ailleurs. Le Québec offre un billet aller simple à tout étranger qui a un diplôme ou un métier, et qui pratique suffisamment bien la langue française (avec un examen passé au consulat). En conséquence, Christophe a appris le français.

Christophe et Neige Soleil

Le voici en compagnie de son ancienne camarade de lycée Zhuang Xueyang, dont le prénom signifie Neige, Grand soleil (le Yang du Yin et du Yang), devant ses tableaux à l’exposition. Elle est peintre de style oriental (côté est) mais traite aussi des sujets occidentaux. Je ne suis pas sûr que l’harmonie de l’anorak vert tout neuf et de la veste rouge soit très orientale, mais j’aime cette image.

Donc, dans dix jours aujourd’hui, il prend l’avion pour Montréal. Il a l’adresse de l’ami d’un ami, et la promesse du gouvernement du Québec de lui offrir une chambre et des cours de français pendant quelques mois. Il ne sait pas du tout ce que sa compétence de spécialiste en aménagement d’hôtels vaudra là-bas; il ne doute pas un instant de sa réussite. En ce moment, il passe beaucoup de soirées à fêter son départ avec tous ceux qu’il connaît. D’autres pensent comme lui mais n’ont pas encore agi. Je ne sais pas ce qu’ils ont exactement dans la tête, mais j’ai l’impression que le monde occidental vu d’ici a quelque chose à voir avec les concessions de Tianjin ou de Shanghai où on venait s’installer il y a cent ans: la vie n’est pas plus facile, mais il y a des lois, le droit de faire ce qu’on veut en les respectant, la protection de ce qu’on possède, la possibilité de prévoir son avenir. En Chine, n’importe quoi peut arriver, et il n’y a pas de recours.

En attendant, regardons quelques tableaux de Zhuang Xueyang. Elle peint sur papier et ses tableaux sont sous verre. pas moyen de les photographier dans le reflet des lumières. Ce sont des reproductions de son catalogue.

Chrysanthème

Le tableau était à l’exposition. Le catalogue l’a tronqué et diminué le petit effet d’étrangeté. Le vase de fleurs et le plateau à thé ne sont pas posés sur la nappe; d’ailleurs ce n’est pas une nappe, c’est la draperie d’un siège; ils flottent dans l’air très peu au-dessus.

Oiseau

Cet oiseau est beaucoup plus rassurant. Elle l’a même choisi pour illustrer sa carte professionnelle. Zhang XueyangLe dessin laisse de grands vides comme dans la peinture classique. Dans un autre grand tableau, elle a mis l’oiseau devant une accumulation de fleurs et de feuilles qui donne le vertige. On peut faire beaucoup de choses avec les techniques du dessin oriental.

Puisque je parle de carte de visite, la sienne est en caractères traditionnels. Zhang Xueyang traditionnel 莊雪陽 C’est plus compliqué à écrire, mais beaucoup plus beau que le nom en caractères simplifiésZhang Xueyang simplifié庄雪阳 . Le nom de famille, premier caractère, est très laid en version simplifiée. Le seul qui ne change pas, c’est la neige. La pluie (en haut) qui reste sur la main (en bas). A Montréal, Christophe risque d’avoir plus de neige qu’ici. Il n’en est presque pas tombé cette année dans le nord.

Et pour le plaisir, quelque chose de complètement différent. L’exposition est dans les locaux d’une galerie d’art commercial. Il y en a pour tous les goûts, y compris du réalisme socialiste revigoré.

Faucheuses

Le reflet du lustre (également de style socialiste) et des calligraphies encadrées sur le mur en face nuit à l’effet de ces héroïques travailleuses de l’agriculture. Au moins, il n’est plus obligatoire de dessiner comme ça.

 

Le petit passage de l’année

Zhaocaijinbao

Je n’avais jamais parlé de ce caractère, qui apparaît partout au Jour de l’An, parce que je ne savais pas quoi en dire. Il n’est pas dans le dictionnaire. Heureusement qu’Estelle , qui est traductrice à Pékin, a publié l’explication. Caractère doréC’est, empilés pour concentrer leur effet bénéfique, les quatre caractèreszhaocaijinbaoet même dans leur version traditionnellezhaocaijinbao_tradzhao cai jin bao; attirer, richesse, entrer, trésor. On reconnaît le signebeide l’argent en bas du dernier caractère. L’ensemble est posé sur le pied du troisième caractère et abrité sous le toit du quatrième. Les caractères simplifiés servent à écrire les choses banales, et n’ont aucun effet bénéfique.

Mais revenons au sujet. Hier, quatorzième jour du premier mois, était le jour de Xiao Guo NianXiao guo nianle petit passage de l’année. Guo, le deuxième caractère, signifie « traverser » (la rue, la rivière). Placé après un verbe, il dit qu’on l’a déja fait au moins une fois. « Je l’ai déja vu… ». Ce jour s’appelle aussi la Fête des Lanternes. Le soir, autrefois, tout le monde sortait se promener en ville avec une lanterne rouge à la main. Mon ami Christophe vient de m’en offrir une, faite en papier par son grand-père il y a très longtemps, mais elle est trop fragile pour se promener avec. Et ce soir c’est la dernière occasion de brûler des fusées et des pétards.

enfants

Sur les marches de la résidence à côté de chez mon beau-père, les enfants font du feu, et les grandes personnes tirent des fusées. On ne manque pas de lumière dans la nuit.

Boules de feu

A l’intérieur, toute la famille est réunie pour préparer les jiaozi (les raviolis) qu’on mangera ensemble, dernier banquet de la fête du Printemps.

Préparation des Jiaozi

La pâte de farine et d’eau, rien d’autre, a un peu reposé. On en fait des petites boules qu’on roule à la bonne épaisseur, puis on les garnit de farce et on les referme d’un geste. J’y arriverai peut-être un jour. En attendant, regardons les hommes et les femmes de la famille s’affairer. Les jiaozi rangés sur le plateau seront cuits dans l’eau bouillante alors que tout le monde est à table, juste avant de les manger.

A table

Chez mon beau-père, il n’y a pas assez de place pour asseoir tout le monde. Fusée mauveC’est petit, un appartement en ville. C’est pour cela qu’on va dîner en famille au restaurant. C’est ce que nous avons fait avant de rentrer préparer les jiaozi. Ceux qui ne seront pas mangés, on les emportera.

Dehors, le feu d’artifice continue. Ce n’est pas comme le « vrai » passage à l’année nouvelle, où il faut tout allumer à l’heure de minuit. Tout le monde s’amuse. Il n’y a qu’ici qu’on peut voir des fusées se refléter sur une façade.

 

Exposition d’art oriental

Gerbe de fleursMon ami Christophe m’avait invité à venir samedi à dix heures pour l’ouverture de l’exposition de cinq peintres de l’école chinoise moderne d’art oriental. Car en Chine, il y a tout; les écoles des beaux-arts des universités, section dessin et peinture, ont un côté oriental, encre sur papier et plans du paysage selon la tradition, et un côté occidental, peinture à l’huile et travail sur le modèle vivant. Si vous regardez attentivement la gerbe de fleurs, vous pourrez lire à gauchetianjin_nankaiTianjin Nankai daxue dongfang yishu xi ; Tianjin Nankai Université côté_est beaux_arts section. Celle-là a été envoyée par Nankai, la grande université de rang national de Tianjin, en l’honneur d’un de ses anciens élèves qui expose. Les autres écoles de beaux-arts représentées en ont fait autant. J’aime beaucoup ces gerbes. On les voit devant les commerces qui ouvrent, envoyés par les fournisseurs et les confrères. On les voir aussi à la télévision avec des banderoles noires aux enterrements d’hommes importants, et le journaliste énonce les noms de ceux qui les ont envoyées, dans l’ordre protocolaire, pendant que la caméra s’y arrête le nombre de secondes également protocolaire.

Galeriste

A part les gerbes, une exposition c’est toujours une salle, des oeuvres au mur, et des gens qui s’affairent à cette occasion. Vous pouvez voir une galeriste faire l’article à mon amie Petite Feuille, qu’elle prend pour la jeune compagne de l’Occidental qui s’est déplacé pour voir ça.

Les paysages du côté oriental sont presque toujours verticaux, le dessin à l’encre sur papier fixé sur un grand rouleau. En voici un idéalement traditionnel.

Montagne verte

Il y a un poème calligraphié en bas à gauche, un tout petit kiosque qui signale la présence humaine. Lettrés touristesMais quand même c’est un peu suspect. Que font ces petits personnages, trop haut sur une plateforme à garde-corps qui ressemble aux aménagements modernes des montagnes qu’on visite. Du coup, je regarde à nouveau le haut de la belle image, c’est la carte postale d’un site touristique. Le peintre l’a fait exprès.
A gauche de ce tableau en couleurs, on a placé une vue des Montagnes Jaunes absolument irréprochable, tracée à l’encre noire avec un pinceau fin, pins gracieux périlleusement accrochés dans les failles verticales de la montagne. Ma photo à main levée ne donne pas idée de l’impression qu’on a devant ce papier haut comme un homme. Si vous voulez le voir de plus près, la grande image est sous la petite.

Huangshan

Le pendant de la vue de la Montagne Jaune, peint à l’encre noire avec un pinceau fin, représente aussi un paysage. Mais on se persuade vite qu’il y a quelque chose d’anormal. Nous ne sommes pas les yeux levés au pied de la montagne, mais quelque part dans le ciel. (la grande image est derrière la petite)

Tangu

A part cela, tout est en place: le poème calligraphié sur le bord gauche, une petite présence humaine en bas à droite (cette fois ce sont des bateaux au port). En haut, le sommet qui se perd dans le ciel nous raccroche à la réalité. C’est le port de Tangu, qui est à Tianjin ce que Le Havre est à Rouen (mais plus près) là où le fleuve s’étale dans la mer. Je reconnais le pont suspendu, les grues et les cargos.

Port de Tangu

Ce que nous voyons, c’est la ville nouvelle qui s’étend entre le port et les banlieues de la grande ville. Les rochers verticaux de la falaise sont en béton. Jolie illusion.

Chen YuanL’auteur est là, c’est Chen Yuan. Il est professeur d’art à l’université des sciences et techniques de Tianjin, tout près de là où nous habitons. J’essaie de lui expliquer ce que j’ai compris et lui demande si c’est bien ce qu’il voulait faire. Ca dépasse mes capacités linguistiques et je ne comprends pas grand-chose à ce qu’il me répond, tant pis. Sur sa carte de visiteChen Yuan陈渊 , son prénom Yuan se retrouve dans shenyuanshenyuanshenyuan, abysses, dont la prononciation n’est pas éloignée. Je n’ai pas idée de lui demander si ce sont ses parents qui le lui ont donné ou s’il se l’est choisi (en fait, je viens d’avoir l’idée, en regardant dans le dictionnaire). Il faut que j’en apprenne plus sur l’art du côté oriental.

La fête va finir

Hier mercredi, c’était la fin de la semaine d’or. La cour de l’école de l’autre côté de la rue s’est de nouveau remplie de jeunes gens en survêtement bleu. Ma chère épouse a été de mauvaise humeur, juste un instant, parce qu’il a fallu se lever à l’heure pour le travail.

Mon nouvel élève de français est revenu. C’est un jeune homme qui ne doute de rien. Il est en quatrième année d’études d’ingénieur chimiste, il lit bien l’anglais mais le parle très mal, son français est impossible à reconnaître au son. Pourtant il a décidé d’aller à Strasbourg suivre les cours de l’Ecole Européenne de Chimie, qui forme des ingénieurs spécialistes des polymères, et trilingues français – anglais – allemand. Pourquoi pas? Chaque promotion compte plusieurs Chinois. Je ne me fatigue pas: tous les jours une heure de répétition avec la méthode Assimil de français (malheureusement la version pour Chinois n’existe pas encore. Nous utilisons le livre pour anglophones). Les textes sont un peu anodins, mais au moins ils ne prétendent pas à la « communication ». Les pièges de prononciation sont finement répartis. Je parle, il parle, on critique et on fait des variantes, puis on écoute les voix enregistrées. Pour changer, nous passons les vingt dernières minutes avec « la phonétique française » de Philippe Chaubet (éditions en langues étrangères 2002, isbn 711903109-0, avec des cassettes; 19 yuans dans toutes les bonnes librairies en Chine); un des 36 sons (phonèmes) du français pour chaque leçon, et des phrases bien trouvées, avec l’équivalent en chinois cette fois. On verra bien si ça donne des résultats. Mon élève est prêt à tout.

Donc lundi c’était le dernier jour où les pétards sont permis en tout lieu (le reste du temps, c’est seulement devant les restaurants pour les mariages, avec des tolérances). Dîner chez mon beau-père. Et nous avons tiré le feu d’artifice familial.

fusées dans la rue

Comme il faisait très froid, les dames et mon beau-père sont restés en haut derrière les fenêtres, tandis que nous descendions avec le pot de quarante-neuf fusées que nous avons mis à feu au milieu de la voie des cyclistes sur le bord de l’avenue. Il est tard, aucun danger, mon beau-frère est gardien de la paix. On le voit ici qui surveille. Quand même, la Chine est le seul pays où les grandes personnes ont officiellement le droit de s’amuser comme ça, toute une semaine par an.

Et voila. Ce matin, en me promenant dans le Jardin Public du Peuple (2 yuans l’entrée, sauf pour les retraités; du coup il n’y a qu’eux en cette saison, plus un couple de petits amoureux qui voulaient être tranquilles) j’ai vu les témoins des feux d’artifice tirés ces dernières nuits, qui attendent les récupérateurs.

Cartons de fusées

Je n’ai pas osé photographier les amoureux sur leur banc. Allez voir la série de la Saint Valentin chez Gilles Sabrie « Un oeil sur la Chine  » (il y a cinq séries, c’es la quatrième, regardez aussi les autres).

Jardin

Avant de partir, un coup d’oeil sur le jardin, son pont en arc, sa montagne de rochers curieux, sa pagode de dix mètres de haut, et les arbres de l’hiver. Derriere, ce nouvel immeuble de logements chics a poussé en moins d’un an. Il s’appelle « Le Chateau ». J’irai voir un de ces soirs.

Vacances du Nouvel An

Ma santé va mieux. Le ciel est bleu et l’air presque transparent, comme cela n’arrive pas souvent ici. Le journal télévisé du soir nous a montré le sud du pays qui dégèle et les gens contents des secours qui arrivent en même temps que la caméra. Rien que du positif. Pourtant les images donnent une idée de ce que les gens ont subi: Dans un village, des hommes font la queue à la pompe à eau en expliquant combien ils sont heureux que l’eau soit revenue. Une maison où la mère de famille sert la soupe faite avec les légumes que les soldats viennent d’apporter. Les mêmes soldats distribuent des piles de couettes, alors qu’il ne gèle plus.

Restaurant

A midi, nous avons emmené mon beau-père au restaurant, avec deux de ses fils et des amis. Pas de belles-filles. Est-ce le jour où elles vont dans leur famille, sans leur mari, comme autrefois ? Je ne sais plus. Nous avons apporté quelques alcools français qui ont voyagé avec moi, calvados et cognac. L’ennui, c’est que je dois leur faire honneur le premier. Et les hommes ici ont plus d’entrainement que moi. Je m’en suis sorti. Voici la salle du restaurant, trente tables rondes de dix, et les grands papiers découpés avec le caractére ‘fu’, le bonheur.

Petit retour sur la nuit du nouvel an. J’ai pris une photo du même paysage le jour.

Paysage de la fenêtrePaysage depuis la fenêtre

Le grand hôtel doré est le bâtiment qui apparaît en silhouette. L’avenue où on tire des fusées sur le trottoir passe à droite. Et justement, un autre laowai de Tianjin vient de m’envoyer ses images prises du trottoir, dans une avenue à quelques centaines de mêtres.

Si vous avez envie d’entendre les pétards encore une fois, plus les plaintes des voitures secouées. Il s’est nommé lui-même l’Etranger au Grand Nez. Il aime capter la vie quotidienne. Apparemment, il est professeur d’anglais. Sa collection est sur Youtube. http://www.youtube.com/profile_videos?user=BigNoseForeigner Je peux garantir que c’est bien cela qu’on voit. Et il sait même filmer de son vélo. Ca me donne envie de le connaître. La promenade des oiseaux:

Regardez aussi Rentrer à la maison par les petites rues , trois minutes à vélo.

Les pétards du nouvel an

L’année du Rat (ou de la Souris, ici on préfère la petite bête) commence tout doucement pour moi. Le mauvais virus que j’ai ramené de Pékin ne m’a pas lâché. Hier midi mes beaux-frères m’ont trouvé bien éteint, et m’ont fait boire un peu de vin pour retrouver la forme, sans résultat. L’après-midi j’ai envoyé un SMS à un ami pour lui dire que je ne sortirai pas pour le voir. Et hier soir pas de visite au temple pour la première heure du premier jour. Mais pas besoin de moi pour que tout se passe selon la tradition. Les belles-filles ont collé les papiers découpés rouges aux fenêtres. La famille réunie a mangé les Jiaozi. On a regardé le journal télévisé (pas de discours du Président, Hu Jintao est sur le terrain des intempéries; nous l’avons vu charger des colis de secours dans un hélicoptère de l’armée). Et ma chère épouse m’a ramené tôt à la maison, elle tient à me garder quelques années encore.

Juste un petit tour en bas de la résidence, où les marchands de feux d’artifice ont dressé leur éventaire au bord de l’avenue depuis vendredi dernier. Les pétards sont officiellement autorisés à Tianjin, il vaut mieux ça pour que la loi soit respectée. Mais seuls les commerçants officiels ont le droit d’en vendre, venant d’un fabricant également autorisé.

Etalage

La marchandise vue de plus près. Le monsieur au second plan achète l’article de base: le chapelet de mille pétards à dérouler devant le seuil de la maison, 20 yuans.

Enfant devant les jouets explosifs

Tous les coqs, épis de maïs, fleurs et fantômes sont destinés à brûler et exploser dans quelques heures.

Chapelets de pétards

Ces grandes galettes sont des chapelets de pétards, jusqu’à cinq mille, à dérouler sur le sol ou à suspendre. Il y en a des petits, des gros, qui sifflent, qui font beaucoup de lumière.

Vendeuse

La patronne de l’étal a enlevé son masque pour moi. Une semaine dans le froid du matin à la nuit, tout va bien.

Bombes et fusées

Les grandes boîtes cubiques contiennent chacune seize ou trente-six tubes de fusées. On pose la boîte sur le trottoir, du bon côté; on allume et on s’éloigne un peu. Les plus beaux bouquets sont dans les boîtes rondes.

Dès que la nuit tombe, et même avant, certains ont commencé à faire du bruit pour chasser les vieux fantômes de la vielle année. Mais la bonne règle veut qu’on sorte de la maison à minuit pour saluer la nouvelle année. Toute la ville tremble. Voici, vu de nos fenêtres, deux fois une minute autour de minuit.

Plan fixe vers le nord, à minuit moins une.

Panoramique d’ouest en est, à minuit une minute.

Une heure après, tout s’est endormi ou à peu près, et nous aussi.