Je ne sais pas s’il fait meilleur dans le sud de la Chine couvert de neige et de verglas comme il n’y en avait pas eu depuis quarante ans et peut-être jamais (essayez d’imaginer Phuket en Thaïlande couvert de verglas, la circulation impossible entre Rome et Naples, les serres d’Andalousie effondrées sous le poids de la neige). Pour en savoir plus, lisez le China Daily .
Je n’y suis pas, et d’ailleurs je ne sors pas dans le beau temps sec et ensoleillé de Tianjin, à mille kilomètres au nord de Shanghai et de Nanjing couverts de neige. J’ai attrappé une bronchite et je regarde la télévision. Dimanche soir, le mauvais temps occupait 25 des 30 minutes du journal national de 19 heures, celui qui est relayé par la première chaîne de chaque province, et dont le contenu est géré par le gouvernement central. Lundi soir, tout va mieux. Le journal ouvre comme en temps normal sur la visite officielle ou l’évênement politique du jour. Ca dure dix minutes de vues des somptueuses salles de palais gouvernementaux, peintures classiques agrandies à la taille d’un hall de gare et fauteuils géants par deux, avec une petite table à thé entre eux et des messieurs en complet sombre dessus. A suivi un quart d’heure d’exposé des améliorations et reconquêtes dans le Sud, et cinq minutes d’international, dont une sur la Société Générale. C’était pareil ce soir. Faute de mieux, je vous montre des échantillons de ce que j’ai pu voir sur CCTV Xinwen (nouveau, entendre; en haut à gauche de l’écran), la chaîne d’information qui diffuse l’original du journal national.
Dimanche soir, le premier ministre Wen Jiabao dans une réunion de crise en province, entouré de gens studieux.

Le même dans un centre de distribution d’électricité. Le son de sa voix est parfait. Il doit porter un micro sur lui.
Passant en revue les soldats de l’ Armée Populaire qui secourent le peuple.

Encourageant des citoyens bloqués loin de chez eux, qui se sont organisés pour faire au mieux face à la catastrophe.

Accueilli à l’entrée d’un abri de toile qui abrite un centre de secours à des voyageurs bloqués en ville par l’absence de trains. Bien sûr, il n’y a pas eu que lui. Un autre camarade ministre a eu droit à un traitement équivalent, mais plus court.
Lundi soir, on revoit le Premier Ministre comme les jours ordinaires, dans une des salles des conseils de la capitale, avec des fleurs.


Le gouvernement reçoit une délégation étrangère, je n’ai pas compris qui; peut-être un pays scandinave.

Des hauts cadres au travail. Le petit écran est redevenu comme il est normal à 19h10.
Le quart d’heure sur la catastrophe maîtrisée alterne des images sinistres des dégâts et d’autres beaucoup plus colorées des actions en cours et des citoyens qui font face.

Un pylone électrique effondré sous le poids du gel. On nous en montre plusieurs, alternant avec des images des agents qui les redressent.

La route nationale Pékin-Canton, en passant par Wuhan et Changsha, capitale du Hunan (le pays natal de Mao). Nous avons vu cette carte tous les jours. C’est la ligne de front principale dans le combat pour dégager le Sud. Lundi soir plus de rouge, la voie est dégagée.

L’image date de dimanche soir mais nous l’avons revue. Les chars de l’Armée Populaire ont vaincu le verglas. Il y a aussi des images d’engins de travaux publics plus normaux.

Les travailleurs cassent le verglas à la pelle. L’entreprise a pris le temps de déployer une banderole à sa gloire et des drapeaux, comme sur un chantier normal.

Des volontaires dégagent le route. Si c’avait été des soldats, ils auraient été alignés. Une séquence présente ce qui marche, un train de charbon qu’on décharge sur le parc d’une centrale, des camions qui roulent prudemment sur la route dégagée.
Pendant qu’on lutte contre les dégâts, le secours aux citoyens n’a pas été oublié.

Dans une unité épargnée par le gel, les soldats font la queue pour donner du sang qui manque au sud.

Ces policiers prennent en hâte leur repas du soir sans même rentrer à l’abri, avant de retourner à leur service.

Ces jeunes travailleurs de la campagne ne pouront pas rentrer chez eux pour le Nouvel An. Dans leur centre d’hébergement, ils préparent les jiaozi de la fête.

Au village, un technicien vient de finir d’installer une ligne Internet à haut débit au centre social. Un père de famille prend place devant la webcam. Sa fille (titre vertical à gauche « le papa de Petit Parfum ») en ville lui dit « cette année je ne pourrai pas rentrer. »

Des cargaisons de vêtements chauds arrivent du Nord par avion militaire.

Les nouilles instantanées, symbole de la détresse des chauffeurs de camions bloqués en file sur des kilomètres, et du dévouement des policiers qui leur ont porté les petites boîtes et l’eau chaude. Cette fois dans la poubelle.

Un travailleur recompte l’avance spéciale en liquide qu’il vient de recevoir. La même image repassera pour illustrer la distribution de secours aux sinistrés (si j’ai bien compris).

Une femme d’un village qui vient d’être secouru dit combien elle est heureuse d’avoir mangé de la nourriture chaude. « Je suis vraiment heureuse ». ‘gaoxing’, les deux derniers caractères du sous-titre, qu’on voit aussi au début de la ligne (elle s’est probablement exprimée en dialecte; en général tout est sous-titré, même les discours du premier ministre).
A côté de cela, les journaux sérieux essaient de faire le bilan économique (quelques dizaines de milliards de yuans, milliards d’euros, entre les équipements et les logements détruits, les récoltes et les arbres fruitiers gelés, l’interruption de l’activité dans un tiers du pays, des villes entières sans électricité après dix jours). Des chiffres passent à la télévision dans les séquences d’explications. Pas mal de gens trouvent que les bonnes informations ont été un peu longues à venir. Mais les images merveilleusement orchestrées (il y a bien mieux que ce que j’ai réussi à capter) rendent positif tout ce qui se passe.
Donc je vais parler de rideaux de fenêtre, chuanglian. Les deux caractères ont en haut le même signe
qui symbolise la hutte où la grotte qu’on habite. En bas du premier, ‘chuang’, la fenêtre, le dessin du trou dans le mur par où passe la fumée; en bas du second, ‘lian’, le symbole du tissu.






Cette voyageuse endormie est indifférente au paysage de campagne roussie par le gel. Je guette pour voir dans le paysage la nouvelle ligne rapide, construite entièrement en viaduc sur 150 kilomètres pour ne pas encombrer la campagne et rendre le plus possible la terre à ceux qui en ont besoin. On finit de poser les rails et de tendre les caténaires de cuivre brillant (pas de photo, à 200 km/h à travers une vitre, ça refuse de marcher). La mise en service est prévue pour le début de l’été, avant les Jeux Olympiques. Et le viaduc continue déja vers Shanghai.




Leur mariage a été approuvé par leurs unités de travail. Et maintenant, alors qu’ils approchent de la retraite, ils peuvent aller en voyage familial à l’autre bout du monde, avec pour seule complication la permission d’entrer dans le pays à l’arrivée. Nous nous sommes photographiés mutuellement et j’espère que cela ne les fâche pas de se voir ici. Je ne sais plus si je leur avais demandé la permission. Ils sont sûrement rentrés chez eux , et il est trop tard.
L’aéroport de Roissy s’équipe. A l’enregistrement, l’entrée de la file d’attente est balisée dans la langue des clients. ‘Ru kou’; entrée, bouche. C’est le même terme en japonais. Le voyage commence bien. Pourtant l’avion d’Air China est en retard. Il n’a pas encore atterri à l’heure où nous devons commencer à monter dedans. Celui qui va être mon voisin de devant est tout excité. Si j’ai bien compris, il part pour la première fois avec son épouse née en Chine, qu’il a rencontrée à Paris. Ma voisine côté fenêtre semble être Chinoise. Elle lit un livre dans une langue scandinave. Elle est Danoise, mariée à un Danois depuis sept ans. Elle n’est pas très contente; elle a acheté un billet Paris-Shanghai et elle vient d’apprendre que notre avion se posera à Pékin avant de repartir. Ce numéro de vol est une illusion. J’essaie de la consoler en lui parlant d’un ami qui est allé de Pékin à Shanghai en train, pour prendre son avion, le même dans l’autre sens.













Là où je regarde, je suis debout sur un tas de matériaux qui menace de submerger la magnifique rambarde de métal traité.
Richesse, peuple, pont. Dans le premier caractère, on reconnaît, sous un toit, la partie droite de ‘fu’
le bonheur; la partie gauche étant la clé des choses spirituelles. C’est de très bon augure.
Il pleuvait, une pluie glacée sous un ciel noir, du brouillard. La télévision a montré Pékin sous la neige, mais ici nous sommes près de la mer. Voici le parc à vélos électriques ou pas du personnel de Miquel, entreprise locale de vêtements européens, espagnols exactement. Pourquoi pas. Miquel est un prénom catalan. Le préposé a passé une chaîne à travers les roues arrière, antivol collectif. Ici il y a une solution à tout, et quelqu’un pour s’en occuper.



hexie shehui. Réprimer se dit maintenant « harmoniser ». Le scandale des fourmis aurait pu passer dans la presse et à la télévision. On a droit presque tous les jours à des détournements de fonds, des affaires de corruption, des accidents dans les mines, avec les noms et les photos des responsables à punir. Mais les manifestations publiques, surtout si elles sont organisées, n’existent pas ici. Il n’y a de troubles de l’ordre public qu’à l’étranger. Il y a deux ans, nous avions eu les émeutes de banlieue en France en ouverture du journal télévisé national (cette année, Nicolas Sarkozy occupait la place, et montrer Villiers-le Bel aurait été peu courtois; mais nous avions vu la grève des transports publics, avec des interviews sous-titrées de travailleurs mécontents de ne pas pouvoir aller au travail).
min zhu; peuple, propriété.