Le cheval de papier

Il y a quelques jours, j’étais en avance pour mon rendez-vous, et j’ai remarqué pour la première fois l’entrée d’une petite librairie. Au-dessus de la porte, quelques mots en caractères cyrilliques. Je me suis rappelé que mon ami Lev, que j’avais rencontré il y a deux ans à l’université, rêvait de trouver des livres en russe. Il est né en Russie, émigré en Israël avec ses parents, et maintenant il apprend le chinois. Je n’avais rien trouvé à l’époque. Je ne me suis pas rappelé qu’il était retourné en Israël depuis un an, et je suis rentré. J’ai demandé en chinois à la jeune vendeuse si elle avait des romans en russe. Je ne sais pas prononcer correctement le mot ‘eluosi’, « russe » en chinois, et elle n’a pas compris. Nous avons essayé de continuer en anglais, mais mon cerveau a beaucoup de mal à gérer le branchement langue maternelle – langue étrangère, surtout maintenant que j’en ai deux à utiliser; il aurait fallu commencer plus tôt. Je me suis mis à parler français. Merveille, elle m’a compris. Elle apprend le français tout en travaillant. Elle a regardé dans les rayons, puis dans l’ordinateur, et m’a demandé quel genre de livre je cherchais. _ « un roman russe ». Elle ne connaissait pas le mot « roman », et le mot correspondant en chinois ne l’a pas éclairée; il a fallu un exemple _ « Anna Karenine ». Elle a téléphoné à sa patronne pour savoir dans quel délai on pouvait me trouver un roman de Tolstoï en russe. A ce moment là je me suis réveillé. Lev est en Israël. Mais je ne pouvais pas la décevoir après être allé si loin. Elle a rempli une fiche de commande. Avant-hier elle m’a téléphoné. Mon livre m’attendait. Je suis donc maintenant propriétaire d' »Anna Karenine » en deux volumes, édité en russe par les presses de l’université des langues étrangères de Pékin. Elle s’appelle Charlotte (son prénom occidental; tous les jeunes Chinois que je connais ont un prénom occidental, sauf le fils de mon épouse). Elle rève d’aller en France.

Je viens de raconter cette histoire pour montrer que, enfin, mon chinois fonctionne à peu près. Je suis toujours aussi mauvais, je manque complètement de vocabulaire, mais j’ose parler de choses un peu difficiles à des gens que je ne connais pas. Ainsi, il y a quelques temps, nous rentrions ensemble du restaurant, en passant par les petites rues.

Rue et traiteur

Au-dessus de la porteerpengzaodianbuerpeng zaodian bu; deux Peng, matin gâteau, boutique. « Restaurant de petits déjeuners de Peng le Deuxième ». Mais ce n’est pas le restaurant qui est ouvert.

Tente de funérailles

A Tianjin et ailleurs, on dresse une tente sur la rue, devant la maison de la famille du défunt. Les amis font livrer des gerbes de fleurs sur des socles en osier, avec des banderoles noires (on voit les mêmes, avec des banderoles rouges, aux inaugurations de commerces et d’entreprises). La tente abrite un cheval de papier si c’est un homme, un vache si c’est une femme. C’est très difficile de demander à des gens qui mènent un deuil la permission de photographier. Je n’avais jamais osé, même quand c’était dans la cour de la résidence. Cette fois j’y suis arrivé. Et ma demande a été très bien reçue, on m’a même invité à entrer.

Tête du cheval

Voici le cheval, vu par dessus les gerbes de fleurs. Derrière, on aperçoit le dais qui abrite l’urne (tout le monde ou presque se fait incinérer ici) et on devine la table où ceux qui veillent sont en train de dîner.

Repas de veillée

Ils portent un vêtement et une coiffure blancs. J’avais déja vu des cortèges, toujours en pleine nuit, tout le monde en blanc. Sur la petite banderole noire de droite, on peut lireshufushufu, oncle (frère cadet du père). J’aurais dû demander plus d’explications à des gens si accueillants pour l’étranger curieux.

Cheval

Le cheval de papier sera brûlé au cimetière.

Ceux que cela intéresse peuvent lire le RP Henri Doré, jésuite, qui publia à Shanghai en 1926 son « manuel des superstitions chinoises « , résumé de ses travaux à l’usage de ses confrères. Titre et style désobligeants, mais tout est expliqué. C’est dans la collection des classiques de la sinologie en français, mis en ligne par l’université du Québec.

Commencer l’hiver

lidongDans le calendrier traditionnel, nous venons d’entrer dans le dixième mois. Le jeudi 8 novembre du calendrier moderne était le jour de Li Gong, commencer l’hiver (les deux caractères à gauche). La saison d’hiver finira le 6 février, la veille de Chun Jiechunjiela fête du printemps, le nouvel an.

Sapèques de papierC’est le moment d’envoyer aux habitants de l’autre monde les vêtements et l’argent pour la saison d’hiver. Samedi matin, en me promenant en ville, j’avais vu sur les trottoirs des petits tas de cendres. Samedi soir, mon épouse m’a demandé les billets de la monnaie des morts que j’avais achetés il y a quelques temps. Elle a sorti une grosse liasse de papier jaune découpé en forme de sapèques, les pièces de monnaie rondes à trou carré. Nous sommes descendus ensemble les brûler dans la rue en l’honneur de ma belle-mère, que je n’ai pas eu la chance de connaître.

Sapèques de papierMon épouse a tracé un cercle sur le trottoir. Nous avons froissé les cent feuilles de papier, allumé le feu, posé les billets dessus, et nous avons attendu que tout soit brûlé. Plus loin dans la rue, d’autres groupes faisaient comme nous. La rue est en chantier. Les ouvriers avaient arrêté leurs marteaux- piqueurs en nous voyant arriver. Pas de paroles, pas de pétards. Tout se passe en silence. Mon épouse n’a pas envie de m’expliquer ce que ça signifie pour elle, elle le fait et elle est contente que je participe. L’année dernière, je l’avais aussi accompagnée.

Voisins dans la rue

Une autre famille à l’angle de l’avenue, au bord du chantier.

Plus tard, je redescends dans la rue. Beaucoup de familles se sont succédées sur ce bout de trottoir en face de l’entrée de la résidence, le long du mur de l’école. Quelqu’un a oublié l’emballage transparent d’un vêtement de papier.

La rue tard le soir

Le jardin du bord de l’eau

Ticket d'entrée

Nous avons, au sud-ouest de la ville, un jardin grand comme le Bois de Boulogne à Paris, avec un lac, une ménagerie, des bateaux de promenade, des îles et des allées fleuries. Il y a trois semaines, le samedi était le lendemain de la fête des Chrysanthèmes (le double 9, neuvième jour du neuvième mois de l’année chinoise, lire ici le texte prélevé dans l’encyclopédie Wikipedia par l’auteur du site « chine-information »), ciel clair et soleil brillant. J’ai proposé à mon épouse une promenade au Jardin du bord de l’eau ‘shuishang gongyuan’ ‘eau sur public jardin, les quatre derniers caractères sur le billet.

Tarif au guichet

Mais elle a refusé, justement à cause du billet. Trop cher, le même prix qu’une visite commentée du parc de Versailles. Non que nous n’ayons pas les moyens de dépenser 10 euros à deux pour un après-midi, mais elle trouve immoral qu’une municipalité en Chine fasse payer les citoyens de sa ville aussi cher que des touristes en France. Ici une postière titulaire gagne 250 euros par mois. En réalité, elle avait plutôt envie de courir les magasins, pour acheter les foulards de soie qu’elle veut offrir à ses belles-soeurs françaises, et en ma présence les prix refusent de baisser. La vie à deux est faite de négociations tacites. Je suis donc allé seul. Arrivé au guichet, ayant la conscience ébranlée, j’ai acheté un ticket d’entréemenpiao(‘menpiao’ porte, billet) à 30 yuans, qui ne donne droit qu’au jardin du bord de l’eau mais pas au « Jardin des animaux qui bougent »dongwuguan(‘dongwuyuan’ bouger animal jardin). Sans plus y penser, allons faire le tour du jardin, avec son décor de la fête des chrysanthèmes.

Mariage en plein air

Sur une pelouse près de l’entrée, on finit de planter le décor du mariage de monsieur Cui Peng et de mademoiselle Li Lina (Li ‘la beauté est là’). Je les verrai arriver, en complet noir et robe blanche. Les fleurs de glycine hors saison de l’arche qui remplace le portail de la maison des parents sont en tissu de soie.

Pagode flottante

La pagode qui flotte sur le lac est faite de plastique et de tissu tendu sur des cadres. La tour de télécommunications Tianda, à gauche n’est pas penchée; c’est l’effet de la perspective sur ses 370 mètres de haut.

Portes

Un vieux couple passe sous les portes favorables: fengshou men, porte de l’abondance; shengjie men, porte de la sainteté; changshou men, porte de la longue vie; juhua men, porte des chrysanthèmes; damei men, porte de la grande beauté … Le troisième caractère ‘men’, la porte, est écrit en style traditionnel. Les portes sont aussi en tissu tendu sur des cadres, et font grand effet sous le soleil; la photo les a ternis.

Tribunal

Un autre palais flottant. Quelqu’un me dit que c’est le tribunal des âmes; je n’y connais rien.

Maman prise en photo

Une petite fille prend sa maman en photo, devant le rocher construit pour cet usage. Comme il se doit, il est gravé d’une calligraphie ‘tianqing shipo’ qui signifierait à peu près « le ciel s’élève, la pierre s’effrite » mais je ne connais pas le vrai sens.

Orchestre de soie

Ce monument est dressé à la gloire des Jeux Olympiques. Un panneau l’intitule « rêve réalisé », explique que les tambours de l’orchestre et les lions qui émergent de la lanterne géante symbolisent le triomphe de la Chine. On distingue les mascottes de Jeux chinois en bas. Au premier plan, notez que c’est la maman qui tient la ficelle du ballon de sa petite fille.

Dragons flottants

Des dragons flottants à la conquête de la perle. Au premier plan, une des banquettes de granite poli que la municipalité met partout où elle le peut, sur les trottoirs et dans les jardins. Celle-ci a la particularité d’être inaccessible sauf aux enfants assez agiles pour courir sur les murets des massifs d’arbustes qui la cernent.

Grands-parents et petit-fils

Assise sur une autre banquette, la belle-fille présente leur petit-fils aux grands-parents. J’ai vu la scène tellement de fois que j’ai fini par la montrer, sans la permission des intéressés.

Dragons en soie

Côté extérieur des piliers d’une galerie au bord de l’eau, on a fixé des dragons de fil de fer et de soie brillante qui font grand effet, alternés de guirlandes de chrysanthèmes. Illuminés les soirs d’ouverture, ça doit faire grand effet.

Fleur de lotus

De l’autre côté de la galerie, le bassin des lotus est rempli de feuilles flétries. Pourtant, une fleur tardive s’est épanouie hors saison, et ça m’a fait plaisir de la voir.

Bateau à voile de maïs

Un autre site pour se faire photographier, devant un faux bateau dont la voile est faite d’épis de maïs. Derrière, la tour où on peut monter pour contempler le jardin.

TourLa tour du panorama, dans son décor d’automne. Dans l’escalier, qui est double pour assurer la circulation sans heurt des visiteurs (aujourd’hui la foule n’est pas très dense), on trébuche sur les tuyaux d’arrosage.

En haut de la tour, Un jeune couple contemple côté sud le nouveau grand ensemble qui vient de pousser, au-delà du boulevard qui terminait la ville. Je l’avais vu en chantier. Le plan de ville de mon guide, qui date de 2003, indiquait à cet endroit un terrain agricole. C’est toujours en chantier, mais un hypermarché, une galerie marchande (qui abrite Paris-Baguette) et un centre d’activités tertiaires sont ouverts.

Jeune couple.

Ce ne serait pas désagréable à habiter, mais c’est vraiment loin du centre de la ville.

Jeu des anneaux

Au bord d’une des grandes allées, des jeux sont installés, fléchettes et anneaux. Pour 5 ou 10 yuans, on tente sa chance de capturer une des petites voitures. Mais les anneaux sont vicieusements farcis de grains de plomb qui courent à l’intérieur. Je n’ai vu personne gagner.

Petites voitures

Presque toutes les petites autos sont des voitures de police. ‘gong an’ public paix, sur celle qui est au centre. ‘jingcha’ police, sur celle de gauche. J’avais déja gagné à ce jeu, dans un autre jardin public, un père Noël en porcelaine. Le jeu était à 1 yuan pour 6 anneaux en bambou, non truqués.

Roues des pédalos

On est arrivés au bout du jardin. Au-delà, c’est le jardin zoologique et je n’ai pas de billet. D’ailleurs c’es trop tard, il est en train de fermer. Trop tard aussi pour rentrer par le bateau de promenade, qui a fini son dernier tour. Le loueur de tricycles sur l’eau avait encore quelques engins à louer. Fin de saison, le reste est déja en train d’être réparé et repeint. En repartant, je marche au milieu des familles et des groupes qui rentrent eux aussi à la maison après leur journée de réjouissances. Ce parc, où on peut aussi manger et boire pour un peu plus cher qu’en ville (et le pique-nique est permis) est le seul grand espace de verdure où on puisse aller en autobus. Dommage qu’il soit aussi cher.

Chou-fleur (narcisse)

Camionnette et choux

Un an aujourd’hui que j’écris ce journal. J’avais commencé au moment où on apporte les choux d’hiver sur les marchés et au coin des rues, pour que les familles fassent des réserves. Les choux conservés au froid sur les escaliers d’immeubles et sur les balcons fermés se dessèchent un peu en surface et restent frais à l’intérieur. Sur la photo, une camionnette Huali , fabriquée à Tianjin.

Ca me fait plaisir de l’écrire. Pas seulement plaisir; s’obliger à écrire quelque chose régulièrement, c’est bon pour l’esprit. Certains tiennent ainsi depuis des années. Ca me fait plaisir aussi de savoir qu’il est lu. Un peu plus de 20000 « pages vues » en un an, d’après le compteur, et encore les lecteurs en Chine ne sont pas comptés, parce que le site qui enregistre les lectures est filtré. J’ai installé un autre compteur (la petite carte à gauche) pour voir d’où viennent les lecteurs; celui-là n’est pas filtré.

Les commentaires me font plaisir à lire aussi. Donc ça a intéressé quelqu’un, ça l’a amusé assez pour qu’il prenne la peine de le faire savoir (pas d’indignation pour le moment). J’en profite pour m’excuser auprès de certains qui n’ont jamais vu leur texte apparaître. Un dispositif repère les commentaires qui proposent du valium à prix réduit et les met de côté, mais quelquefois il écarte un vrai commentaire, et je ne vais pas assez souvent regarder ce qui a été écarté.

Bien sûr, le sommet de la considération c’est d’être cité, avec l’adresse du journal ou d’une page, par quelqu’un d’autre qui juge bon de faire savoir à ses lecteurs que j’écris quelque chose qui pourrait les intéresser. Et ça attire réellement des lecteurs. Le diocèse de Nanterre en apporte un ou deux presque tous les jours, depuis qu’il a repéré une image d’arbre de Noël devant une galerie commerciale rue de Nanjing. J’ai appris ainsi que l’auteur d’un blog écrit en chinois avait repéré mon journal. Mais j’ai oublié de le noter et je ne le retrouve plus.

Il y a des gens qui prennent le temps de m’écrire. C’est presque toujours pour me parler de la Chine, combien ils l’aiment depuis qu’ils l’ont découverte, et quelle chance j’ai d’y habiter. La dernière, Laurence, m’a donné à lire son propre journal, où elle parlait ce jour là d’un excellent livre sur la Chine, fait par 11 photographes en 15 jours de séjour. Voila une bonne façon d’écrire sur un pays. Quand on y vit, on finit par ne plus rien voir. La vie est tellement quotidienne. D’ailleurs, je pourrais mener une vie quotidienne n’importe où, et dans mon pays natal ce serait moins compliqué. Mais celle avec qui je vis est en Chine, donc j’y reste.

Illusion de Hutong

Shipin jie

Dans l’avenue de l’Honorable Commerce (Rongye dajie) se trouve la rue de l’Alimentation (Shipin jie), somptueux passage couvert qui abrite cent restaurants et boutiques de fine cuisine. Il faudra la visiter un jour. En face s’ouvre une des rues du dernier ou presque des quartiers anciens du centre ville. J’y étais allé à l’automne 2005, par un temps cafardeux, et les petites boutiques, les allées larges comme un couloir d’immeuble, et ce qu’on voyait des minuscules logements semblaient donner raison à ceux qui sont en train de reconstruire la ville. Samedi, j’y suis retourné, par grand soleil. Le quartier va être démoli, la plupart des habitants sont logés ailleurs, mais les affaires continuent tant que c’est possible, et on y vient. Petite visite pour goûter le charme de l’ambiance dont on a tant parlé.

Mingong

Deux mingong, travailleurs du chantier des nouveaux immeubles de l’autre côté de l’avenue, à la recherche d’un bon endroit pour déjeuner. Peut-être qu’ils sont fatigués de la cuisine roulante de leur employeur. Ils portent fièrement dans la rue le casque jaune, symbole de leur prestige social.

Allée et arbres

La rue de la Brillante Paix sous les arbres. A droite, l’atelier d’un artisan: réparation d’appareils électriques, parapluies, chaussures, et façonnage de tuyaux de poële.

Vieux joueurs

Plus loin dans la même rue. les vieux messieurs à gauche sont des joueurs d’échecs qui se sont levés pour discuter avec moi après que j’aie essayé de suivre la fin de leur partie. Ils viennent ici, devant les petites maisons vides, parce qu’ils ont leurs habitudes.

Auberge

L’enseigne de l’ Auberge du Point du JourLiming LüguanLiming Lüguan

Aube, lumière, voyager, restaurant. Le dernier caractère à droite, qui indique un bâtiment où on mange, est une forme archaïque du caractère ‘guan’, c’est plus distingué. Le premier caractère ‘li’ se retrouve dans la transcription de Parisbalibali.

Rue et parasol rouge

Les commerçants étalent devant les boutiques en ruine. Sous le bon angle, on a l’impression que tout est normal. Derrière le petit garçon, une dame en fauteuil roulant, poussée par son mari, fait son marché.

hutong vide

Cette allée est vide. Tout le monde est parti loger ailleurs. Probablement pas si mécontents; on peut maintenant entrer dans les pièces de cinq mètres carrés et les petites cours saturées de constructions annexes.

Chai, détruire

chaiLe caractère ‘chai’, détruire, est un peu partout sur les murs, mais ça fait longtemps et on aurait quelquefois l’impression qu’il s’efface.

écolier

Une allée encore habitée, les pignons des maisons sans étage et les portes des cours. C’est moins chic que les siheyuan (quatre-côtés), cours carrées des anciennes habitations de Pékin, qu’on rénove maintenant pour en faire des résidences. Au-dessus de la tête du jeune homme (qui revient du travail, pas de l’école; regardez son pantalon), un climatiseur.

Coqs en ville

On est à la lisière du quartier. Elever de la volaille en pleine ville, c’était possible, et pas seulement dans les vieux quartiers. Le restaurant en face de chez nous en avait encore il a deux ans. Voila pourquoi la grippe aviaire fait plus peur aux autorités de santé publique qu’en France.

Allée au soleil

Une autre allée. L’électricité, le téléphone et la télévision par câble sont toujours branchés. Leur départ marquera la fin du quartier.

petite cour

Une petite cour, vue par la porte ouverte. Un arbre et des plantes en pot. Un jeune couple y habite encore. Ils auraient bien aimé rester.

Huoguo

Marmites à HuoguoLa sortie du quartier sur l’avenue de l’Honorable Commerce. Les commis du restaurant au coin de la rue préparent les marmites à chaufferette du huoguo, la « fondue chinoise ». Elles marchent au charbon.

De l’autre côté de l’avenue, le monsieur qu a l’air d’un dirigeant américain vend des appartements dans la « résidence internationale » en cours de finition derière lui. L’autobus mauve porte une publicité pour une clinique de chirurgie esthétique.

Diner occidental

Quand le Dalaï Lama vient à Paris, il lui arrive de rendre visite au président de la République, mais il n’a jamais été invité à un dîner officiel à l’Elysée. Une fois, le porte-parole qui répond aux questions des journalistes a expliqué que le Dalaï Lama avait des obligations alimentaires et qu’il était difficile de l’inviter. Pourtant, une histoire qu’on raconte ne dit pas la même chose.

Donc, ce jour là, un journaliste du Monde embarque dans l’avion d’Air India pour un voyage professionnel. Il reconnaît celui qui vient d’asseoir à côté de lui: c’est le Dalaï Lama. Il le salue mais ne veut pas l’importuner par des questions. D’ailleurs la religion n’est pas sa spécialité. Avant que l’avion décolle, l’hôtesse lui pose la question qu’on pose en Inde dans tous les lieux publics où on sert à manger « Vegetarian or non-vegetarian? » Le journaliste intimidé par la sainte présence répond « Vegetarian ». L’hôtesse salue le Dalaï Lama mais ne lui pose pas de question. C’est peut-être un habitué. Un peu plus tard, le journaliste contemple tristement au centre de son plateau repas le petit tas de bouillie végétarienne qu’il va devoir manger. Il jette un coup d’oeil du côté de son voisin, et voit qu’il a commencé à découper avec son couteau en plastique un morceau de rôti de veau. Ne pouvant plus se retenir, il pose la question: « Votre Sainteté, je vous importune, mais on m’avait dit que vous ne mangiez pas de viande et … » Le Dalaï Lama lui répond avec son meilleur sourire. « En effet, la plupart des bouddhistes s’abstiennent de manger de la viande. Cette tradition est très respectable. Mais la tradition dit aussi que, quand on est ailleurs que chez soi, on doit manger ce qui est servi. »

Hier soir, nous sommes allés dîner en ville, mon épouse et moi, et notre ami Christophe avec qui je discute en français et en chinois deux fois par semaine pour perfectionner mututuellement nos langages. Cette fois nous allons dans un restaurant de cuisine occidentale.

Selon l’usage chinois, on commande un plat par convive, plus la soupe et l’accompagnement (riz ou pains à la vapeur). Le menu est en chinois. Mais pour moi la serveuse apporte la version bilingue anglais. Je vois « boeuf bourguignon », « escalope de veau aux champignons », « macaroni ». On ajoute la « Russian soup » et un plat de poisson grillé. J’ai oublié de noter les noms en caractères.

Assiettes

Une nappe sur la table, couteaux et fourchettes, pas de baguettes. Les assiettes de soupe sont apportées en premier. L’escalope de veau arrive en un seul morceau et il faut la découper, c’est bien un repas occidental. Mais les plats de viande, le poisson et les macaroni sont arrivés en même temps; chacun se sert selon son goût, nous sommes en Chine. Les carottes du boeuf bourguignon sont restées croquantes, comme on doit préparer les légumes ici. Les petits cubes d’ail des macaroni sont croquants aussi, et la tomate a gardé son goût de vert; d’ailleurs ce sont des coquillettes. mais c’est si différent des nouilles longues (souhait de vivre aussi longtemps) de l’ordinaire. Le veau est du boeuf très tendre.

Vin de la Grande Muraille Nous avons commandé du vin rouge de la Grande Muraille, produit dans les environs de Pékin. J’avais peur de voir arriver une bouteille de vin à 6 ou 8 degrés, comme on aime ici. Mais non, c’est du vin « rouge sec »ganghongputaojiugan hong putao jiu; sec, rouge, raisin, alcool. Préparé avec l’aide d’experts français, c’est sur l’étiquette. Il ressemble à un Bordeaux entre-deux-mers un peu trop jeune. Les verres portent écrit en lettres d’or « Chateau rouge », une marque de vins du Shandong si je me souviens bien. Christophe demande « avez-vous vu les usines où on fabrique le vin? ». Vite une correction linguistique: on ne fabrique pas le vin, on le fait, et pas dans une usine, dans une cave, même si elle est généralement au-dessus du sol.

A la table voisine, une famille a apporté un carton de gâteau de fête marqué « Paris Baguette ». C’est une chaîne de boulangeries-pâtisseries très chic. Il y en a plusieurs à Pékin, une depuis quelques mois à Tianjin. Ils font du pain français; la mie est bien levée et la croûte croustillante. Mais c’est au goût chinois, la pâte n’est pas acide, un peu sucrée même. C’est comme le repas que nous venons de faire. C’était très bon, mais ça n’a transporté personne en Europe.

Facade du restaurant

Nous sortons du restaurant. Son nomsuyishi suyishi ne signifie pas grand-chose (revivre, facile, lettré). Ce serait la transcription phonétique de « Suez », le canal. Nous sommes dans la rue de Chengdu, le quartier résidentiel de l’ancienne concession britannique. L’immeuble d’époque 1930 est répertorié par le service municipal des édifices culturels et touristiques. La rénovation le respectera, comme une grande partie de la rue.

Ah, j’oubliais. Il y a quand même quelque chose de presque occidental: nous avons payé 72 yuans par personne, autant pour le vin. Ca fait un peu moins de 30 euros pour trois. Mon épouse, qui connaît le prix des restaurants français modestes où nous avons mangé cet été, trouve que c’est comme en France. Dans un bon restaurant de cuisine chinoise, on a un repas de huit plats pour ce prix. Dans les prochains jours, elle va me le rappeler à chaque repas préparé par elle « ça vaut 300 yuans ».

Il y a bien un restaurant vraiment français, « C’est la vie « , rue Tianta, dans le nouveau quartier à l’ombre de la grande tour des télécoms. Son patron en parle. Il sert à ses clients de la vraie baguette de pain, préparée par le seul boulanger français de la ville (c’est un Japonais, j’avais sa carte et je l’ai perdue, allez à « c’est la vie » et demandez). Et en vérifiant l’adresse du site, j’ai trouvé le blog d’un habitué , informaticien à Supinfo, une école d’informatique française qui a une filiale sur le campus de l’université du Hebei à Tianjin. Quelqu’un que j’ai sûrement croisé. Lisez le pour savoir ce que c’est que vivre en expatrié ici. Je n’y connais rien.

L’argent de l’autre monde

Demain c’est la Toussaint en Occident. Ca ne concerne pas les Chinois, qui fêtent leurs morts le jour deqingming‘qingming’ pure lumière, au printemps dans la première semaine d ‘avril. Mais dimanche nous sommes allés visiter un temple bouddhiste (on le verra demain) et les marchands installés autour de sa porte.

Entrée du marché

On y trouve tout ce qu’il faut pour les célébrations: de l’encens, des images, et aussi les vêtements des morts, qui leur seront transmis dans l’autre monde sous la forme de papier brûlé. Les bouddhistes pensent pourtant que nous sommes prisonniers du retour en ce monde, et qu’il est possible de s’en libérer. Mais ce n’est pas très différent de nous qui croyons au ciel et nous soucions quand même d’être bien logés au cimetière en attendant la résurrection.

Magasin de vêtements

Cette dame propose à ses clients des lingots d’or en papier doré et des vêtements de style traditionnel ou moderne.

Chemise

Voici une chemise dans son carton, avec collier et pendentif en accessoires; le nom de la société qui les fabrique est sur l’étiquette. Elle est posée sur des rames de papier d’emballage cadeau; à droite, une pile de costumes traditionnels.

Stock de billets

Sous le comptoir, le stock de billets pour les transferts de fonds vers l’autre monde. Traditionnellement, ce sont de très grosses sommes de monnaie d’autrefois, du temps des sapèques en papier jaune dont les feuilles sont visibles à gauche. Mais on propose depuis peu des yuans contemporains.

Billets modernes

La commerçante en sort pour moi. L’empereur du Ciel remplace le président Mao, mais pour le reste rien ne manque. Un yuan de ce monde la liasse de 15 billets, quelle que soit la valeur nominale.

Billet de banque des morts

zhongguorenminyinhangzhongguo renmin yinhang (Chine peuple banque) est remplacé par tiandizhongyangyinhangtiandi zhongyuan yinhang (univers centrale banque). Modèle de l’année 2006. Les deux premiers caractères sont Tian Di, ciel et terre (l’univers). L’avant dernier caractère Yin signifie « argent », aussi bien le métal que la monnaie, comme en français.

Incinérateur du templeA l’intérieur du temple, du côté est de la première cour, l’incinérateur est en pleine activité. Le sac que porte la dame aux manchettes rouges, qui appartient aux services du temple, est rempli de reçus de dons, qui vont ainsi être transmis avec le nom du donateur et le texte de son souhait écrits au dos. Pendant qu’elle les versait par dessus le bord trop haut pour elle, quelques uns se sont envolés et j’en ai volé un. J’espère que cela ne portera pas tort à celui qui y avait écrit qu’il souhaitait être muté de Jiayin (Heilongjiang) à Chaoyang (Jilin). Du moins c’est ce que j’ai cru deviner,mais comme Jiayin signifie « ombre bénéfique » et Chaoyang « soleil levant », c’est peut-être autre chose.

Verso

Voici le verso du reçu. Le nom à gauche n’est pas visible, c’est exprès.

Recto

Au recto, on littianjindabeichangyuanTianjin Dabei Chanyuan. Tiannjin, grande délivrance, temple bouddhiste. L’avant dernier caractère Chan se prononce Zen en japonais.

Au milieugongdewenshugongde wen shu; bonne action, parle, répandre.

En basrenminbi_wushiyuanrenminbi (nom officiel de la monnaie nationale) wushi yuan (cinquante yuans, écrits en caractères de sécurité, l’équivalent de la somme en lettres; en caractères normaux ce seraitwushiyuan). L’équivalent de cinq euros, une don important si on pense qu’une postière titulaire en gagne 250 par mois. Mais je ne sais pas si le donateur a vraiment mis un gros billet dans le tronc devant le sanctuaire, ou si les préposées donnent un papier en échange de n’importe quel don. Dans l’autre monde, ce sont les intentions qui parviennent.

Une nouvelle tour

Grand immeuble

La nuit dernière, pluie et vent. Aujourd’hui dimanche, grand soleil et air transparent. C’est si rare ici que nous sommes partis nous promener en ville. Je me suis rappelé que je ne montre presque jamais l’image la plus banale: une tour en construction, drapée dans ses bâches vertes. Donc en voici une, pour le plaisir de la regarder.

Tour originale Tour redressée

J’ai un peu triché avec l’image. A gauche, l’original pris d’en bas. A droite la perspective redressée. Et j’en ai prélevé un morceau en long.

Hier je n’aurais pas vu la même chose. Une autre image, prise la veille juste un peu plus tard.

Pont nouveau

C’est un nouveau pont sur la rivière Hai, le sixième construit depuis que je suis ici.

Le petit doigt de Bouddha

Une de mes amies m’a invitée à aller voir une exposition au grand musée. Je n’aime pas beaucoup ce bâtiment moderne échoué en pleine ville comme au milieu d’un désert. Ce jour là, il était cerné de drapeaux en soie jaune, comme un temple bouddhiste (ou comme un grand chantier, mais les chantiers préfèrent le rouge, le vert et le bleu pastel).

Musée des beaux-arts

Drapeaux jaunes

Sur les drapeaux, deux colonnes de caractères. A gauchefamensi famensi . ‘Si’ c’est le temple; Famen, « la porte de la loi » est aussi le nom de l’entrée dans l’illumination bouddhiste. A droite digingzhenbaozhan. digong zhenbao zhan. Les deux premiers caractères « terre » et « palais » désignent la tombe souterraine d’un prince. Ensuite « trésor » et « exposition ».

Pagode effondrée A l’entrée, une grande image représente une pagode effondrée, qui ne me dit rien. Un tableau m’explique que c’est la tour du temple de la Porte de la Loi, à cent kilomètres à l’ouest de Xi’an, où on conservait au temps des empereurs Tang l’os du doigt de Bouddha, qui aurait été apporté des Indes par l’empereur Ashoka lui-même il y a 2300 ans (ou par 18 moines qu’il avait envoyé). En 1981, la tour s’est effondrée. Les archéologues ont démonté ce qui en restait. Ils ont retrouvé le soubassement de la tour en bois de l’époque des Tang, et l’entrée d’un souterrain. Et là, à l’abri depuis plus de 1100 ans, le reliquaire du doigt de Bouddha. Les chroniques disent que, le 15 janvier 874, l’emperereur Xi Zong des Tang, après avoir vénéré la relique dans sa capitale Changan (aujourd’hui Xi’an), ordonna que le palais souterrain soit fermé et muré. Ensuite, dans les désordres de la fin de la dynastie, le palais souterrain fut oublié, alors que le temple de la Porte de la Loi était toujours ouvert. La tour de bois s’écroula à l’époque des Ming à la fin du 17e siècle, fut reconstruite plus haute en briques, et les pêlerins continuèrent de venir là où autrefois était conservé le doigt de Bouddha.

L’exposition essaie de communiquer l’émotion des archéologues quand ils ont déblayé l’escalier dont les marches étaient couvertes de pièces de monnaie, ouvert les trois portes successives qui avaient encore leurs cadenas de fer, et sorti les richesses offertes par les empereurs pendant des siècles.

Plan du palais souterrain

Plan copié dans le catalogue de l’exposition. Pour le voir plus grand, cliquer dessus.

Vitrines des BouddhasOn passe devant des copies des portes et des images grandeur nature des chambres avant qu’elles soient vidées. C’était très étroit, moins de deux mètres de large, et rempli d’objets accumulés. Il y avait là des volumes de textes, des vêtements de soie, de la vaisselle d’or et de verre, des flacons et des plats de porcelaine couleur céladon, des services à thé, et les coffres emboîtés les uns dans les autres des reliquaires. On va en voir quelques uns dans la grande salle. L’image de la tour effondrée est encadrée de petites statues de Bouddha dans des vitrines, choisies parmi les 106 que le temple abrite.

Petit bouddha

La photo du catalogue est mieux éclairée, mais je le préfère ainsi. En le regardant, on comprend un peu que tant de gens, même les empereurs, aient cru à son enseignement, et lui aient consacré les choses qu’on va voir dans la grande salle. Là, plus d’émotion religieuse, on est au musée.

Grand bâton

Tête du batonL’objet couché sur un lit de soie jaune est un bâton de moine, en or et argent, offert par un empereur. Le catalogue dit que c’est « le plus beau bâton du monde ». Le porteur d’un de ces bâtons peut l’agiter pour faire tinter les douze anneaux enfilés sur les boucles, afin de couvrir les bruits profanes qui troubleraient ses pensées.

Bâton miniatureDans une vitrine voisine, ce bâton modèle réduit, en or aussi. Il y a d’autres modèles réduits, des maisons, des pagodes. Pensée profane: dans le roman « Jin Ping Mei » (Fleur en fiole d’or) que j’ai commencé à lire, la belle Lotus d’Or fait célébrer le service funéraire des cent jours après la mort de son mari chez elle par douze moines. Pendant qu’ils se préparent à chanter les sutras du soir, elle se retire dans la chambre avec son amant et ils font tant de bruit que les pensées des moines en sont troublées (le paragraphe central est au dos du premier volume dans l’édition Folio, traduction d’André Lévy). L’action du roman est située à l’époque des Song, un ou deux siècles après.

Encensior suspendu

La coupelle de cet encensoir est suspendue comme un gyroscope, pour ne pas se renverser quand on l’agite. Huit siècles d’avance sur Jérôme Cardan dont ce mécanisme porte le nom en Occident.

Reliquaire

Ces montages photographiques montrent deux des reliquaires, avec leurs sept coffres contenus les uns dans les autres. Le troisième, en bois, n’a pas résisté au temps. Chacun des coffres était enveloppé dans un tissu de soie.

Reliquaire 2

Quelques uns des coffres extérieurs sont présents dans l’exposition, mais pas les reliques, bien sûr. J’ai un doute que mes lectures n’ont pas levé. Y avait-il un os et plusieurs reliquaires, ou plusieurs os?

Doigt de Bouddha

Voici la relique elle-même, et la septième boîte d’or, en forme de temple. L’image vient du catalogue.

Ouverture du 7e coffreAutre panneau de l’exposition, la scène de l’ouverture de la septième boîte, quand le doigt a revu la lumière après 1113 ans sans avoir été vénérée. Certes, les visages ne reflètent pas l’extase religieuse. Ils sont seulement contents de voir qu’ils avaient fait la bonne hypothèse. La relique de Bouddha a-t-elle perdu son rayonnement ?

Souvenir de lecture, le mémoire du confucéen Han Yu à l’empereur Tang Xuanzong (celui qui eut pour concubine la belle Yang Guifei) , l’année 819. L’empereur accueillait régulièrement en grande cérémonie la relique de Bouddha dans sa capitale de Changan.

« Le Bouddha était un barbare dont la langue n’était pas le chinois et dont la tenue était d’une coupe étrangère. Ses discours, ses vêtements n’étaient pas ceux prescrits par les anciens rois; il ne connaissait ni la juste relation entre prince et ministre, ni le juste sentiment entre père et fils. Imaginons qu’il soit encore vivant aujourd’hui et qu’envoyé en ambassade par son pays, il vienne à la capitale rendre visite à la cour. Votre Majesté le recevrait cordialement. Mais il n’aurait droit qu’à une entrevue dans la salle des audiences, qu’à un seul banquet en son honneur, qu’à un seul présent en vêtements; puis il serait reconduit à la frontière sous bonne escorte, sans avoir eu le temps de semer la confusion dans la multitude. Or voici qu’il est mort depuis bien longtemps: ses os desséchés et décomposés, ses restes néfastes et nauséabonds ont encore moins de raisons de pénétrer dans le palais interdit ! Maître Kong (Confucius) n’a-t-il pas dit de « respecter les esprits et démons, tout en les tenant à distance » ? Je requiers que cet os soit remis à un préposé pour être jeté à l’eau ou mis au feu, afin d’éradiquer le mal une fois pour toutes, de mettre fin au doute dans tout l’empire et de prévenir l’égarement des générations futures. »

(traduction d’Anne Cheng dans « Histoire de la pensée chinoise », Le Seuil, 1997). Han Yu fut muté à un poste dans le Sud Ouest de la Chine, très loin de Changan.

La troisième salle de l’exposition montre des images de la vie des trésors du temple de la porte de la Loi. Jiang Zemin (ancien président, précise la légende) et Wen Jiabao tenant ensemble le bâton de moine en or; l’ex-président Giscard d’Estaing devant le temple reconstruit.

Aéroport

Cet autre panneau représente un autel en plein air. La relique sous son dais est veillée par quatre moines. Mais que fait le monsieur à gauche qui tient un volant ? Il pilote une plate-forme élévatrice sur l’aéroport de Xi’an. L’ensemble va partir en avion vers Séoul où la relique sera vénérée dans la salle de spectacle que montre une autre photo, les temples n’étant pas assez grands pour recevoir tant de monde. C’était le 11 novembre 2005 . Comme dit un des textes « Cette découverte a ouvert une nouvelle phase de communication entre la Chine, le Japon, et les autres pays bouddhistes d’Asie, y compris la Corée, l’Inde et l’Indonésie. »

Quant au temple lui-même, le voici tel que le présente le prospectus de l’institution. La tour a été reconstruite à l’identique par le Gouvernement Populaire. Elle est entourée des nouveaux bâtiments du musée et du centre d’études. Au centre, le bâtiment d’accueil; devant, le parking. « Famen, haut lieu de tourisme, d’étude, et de dévotion. »

Nouveau temple

Camarades

Lundi, c’était la fin du dix-septième congrès du Parti, zhongguo gongchangang dishiqice quanguo daibiao dahui; Chine, parti communiste, la dix-septième fois, tout le pays, représentants, grande réunion. Vous le voyez écrit sur la banderole rouge qui surplombe la scène dans n’importe quelle réunion, spectacle officiel, signature de contrat ou autre. Celle-ci est juste un peu plus grande.gongchandanggongchandang, le Parti, s’écrit avec les caractères gong ‘commun’ et chan ‘produire’. C’est plus précis que dans les langues européennes.

zhongguogongchangangdishiqicequanguodaibiaodahui

Nous avons vu ça à la télévision tous les jours. Lundi soir, on nous a transmis la cérémonie de clôture. Pendant qu’un grand orchestre jouait l’Internationale, la caméra a fait défiler les nouveaux grands responsables dans l’ordre, puis s’est promenée entre les travées de représentants debout, chacun son badge rouge à l’endroit du coeur sur le costume droit bleu foncé avec cravate rouge. Un spectacle vraiment exotique. En France, on voit les socialistes en congrès chanter l’Internationale le poing levé; penser que ces braves gens ont des soucis avec leur villa de l’île de Ré ou la société civile immobilière nécessaire pour s’y retrouver entre les immeubles à Paris et la villa à Mougins, ça fait sourire, ce n’est pas glaçant comme ces cadres du Parti habillés en cadres.

Tribune du congrès

Photo offerte par Reuter; j’ai raté mes image de l’écran de télévision.

Ensuite, on nous a présenté le bureau politique renouvelé. Chaque membre a eu droit à l’énumération de ses mérites sur un plan fixe de son portrait. Ceux du président Hu Jintao, du premier ministre Wen Jiabao et de quelques autres ont été agrémentés d’images de leurs rencontres avec le peuple. On a vu Hu Jintao préparant les jiaozi (raviolis) dans une famille; d’après ma femme, il ne connaît pas le bon geste.

Liu Yandong

Liu Yandong, 62 ans. Son prénom Yandong (2e et 3e caractère, le premier est son nom de famille Liu) signifie « élargir l’est », un prénom très socialiste. La seule femme qui ait été présentée. (ceux qui veulent se renseigner peuvent lire la liste à jour avec renvoi à une biographie sommaire des intéressés).

Liu Yunshan

Liu Yunshan, 60 ans. Son nom signifie « nuages, montagne ». Et les deux noms sont suivis de « camarade ». C’est la première fois que je vois tongzhitongzhiemployé à la place de « monsieur »Xianshengxiansheng ‘premier né’. On m’avait dit que ça servait maintenant à désigner le petit ami dans le milieu gay. Mon professeur Pierre me l’a confirmé, en ajoutant qu’avec le contexte la confusion n’est pas possible. C’est beaucoup plus prestigieux que « camarade » (compagnon de chambrée en allemand). Le premier caractère signifie « commun » comme tongshitongshicollègue, affaires en commun, ou tongxuetongxuecondisciple, études en commun, et aussitongxintongdeun seul coeur, une seule àme. Le second caractère signifie « idéal » commeyizhila vertu de volonté. Idéal commun. C’est très beau.

Comme je suis quelqu’un de consciencieux et soucieux de m’informer, je suis allé voir sur Baidu baidu ‘cent degrés’ , le moteur de recherches, encyclopédie et autres choses, si les gens dont je venais d’apprendre les noms étaient référencés. Liu Yandong par exemple a sa page (traductions grâce à la machine à traduire de Google; ça ne marche pas pour un roman mais très bien pour ce genre de pages).

Zhang Xiaoyu Mais comme j’aime me distraire, je suis allé voir les gens qui sont les plus demandés sur le moteur de recherche. Hu Jintao a été recherché 15000 fois (5e rang des personnalités). Celle qui triomphe en ce moment, c’est Zhang Xiaoyu (1e rang , 562000 fois).Zhangxiaoyua un joli prénom ‘petit bambou, pluie’. Elle est née en 1985 dans le Heilongjiang, la province la plus au nord, où il a déja neigé cette année. Et n’a apparemment aucune autre qualité qu’une belle peau qui passe bien en photo. Ceux qui veulent étudier le problème peuvent se documenter sur Baidu-images , ici et (hélas, ces liens sont morts, voir en bas), ou même sur un site des Chinois du Canada . Elle a sa page dans l’encyclopédie Baidu, comme les membres du Politburo (affichage en traduction). Certains à qui ça ne plait pas réclament qu’on censure ses images au nom de la civilisation et de la bonne tenue.

Et puisqu’on parle de censure, le site canadien référencé sur Baidu est filtré ici; mystères du référencement. Et même, en voulant afficher une page qui, d’après Baidu, contient une image de Zhang Xiaoyu, j’ai vu apparaître pour la première fois la redoutable page de l’automate de contrôle. Voici le texte sauvegardé, qui est bilingue.

Interception

(pour voir l’image complète , cliquer dessus)

Le »illegal keyword »jantingqi‘jiantingqi’, surveiller écouter matériel, est traduit en anglais par « monitor » dans mon dictionnaire. Une publicité pour un fabricant d’électronique, peut-être. Parmi les gens en complet droit bleu marine que nous avons vus à la télévision, il y a ceux qui s’occupent de ces affaires. Sont-ils au courant du désordre qui règne chez eux?

Ajout aout 2009:  Hélas, la grande offensive du ministère de la sécurité publique, en janvier 2009, contre les choses pas convenables sur Internet, a fait disparaître les sites cités dans l’article, où on pouvait voir la charmante Zhang Xiaoyu. Mais il en reste. Des images en grand format (ne pas oublier de les agrandir en demandant l’affichage de l’image, clic droit de la souris) ici et ici . Et comme Baidu est devenu pudibond, il faut essayer Google