Le pavillon des Huit Immortels

Statue de groupe

A Penglai, dans la province du Shandong, le pavillon des huit Immortels est ce que la grotte de Massabielle est à Lourdes. C’est de là que vient la renommée du lieu, mais la ville a tellement grandi qu’elle a presque noyé son sanctuaire. Quand on descend l’avenue de la Tour de l’Horloge vers la mer, on arrive à leur portrait de groupe en granite rose, tout neuf.

Plage

Si on se tourne vers l’est, à droite, on voit la plage, avec au loin la pagode de l’Ile des Immortels, site touristique; le petit port de pêche est invisible au delà. Il ne manque que le soleil.

Plage et montagne

Et si on se tourne vers l’ouest, à gauche, on voit le rocher d’où les Huit Immortels, après avoir beaucoup bu, décidèrent de partir en voyage sur la mer sans monter dans un bateau. La tour mince est un phare, et juste à côté on voit le toit du Pavillon de PenglaipenglaigePenglai ge, où ils avaient banqueté. On ne sait pas très bien quand cela s’est passé. L’empereur Quin Shi Huangdi (celui qu a été enterré à Xi’an il y a 2200 ans) y est venu en pêlerinage à la recherche de l’immortalité, alors que l’identité traditionnelle des Huit les fait naître sous les empereurs Tang et Song, mille ans après. Le pavillon qu’on voit aujourd’hui date des empereurs Song, mais c’est peut-être comme la salle aux voûtes gothiques du Cénacle à Jérusalem, où Jésus et ses disciples ont dîné.

Escalier

Après avoir payé l’entrée (20 yuans si je me souviens, c’est cher) et passé la porte dans la muraille (c’était aussi une forteresse du bord de mer) on monte les escaliers à travers le jardin.

Phare

Tout en haut, on peut jeter un coup d’oeil sur la ville et la mer.

Ville

Entre les temples

Les temples se pressent autour du pavillon comme les maisons dans un village.

Saint inconnu

C’est là qu’une fois de plus je me sens très ignorant. J’ai oublié de noter l’identité de ce saint être, pourtant annoncée en chinois, coréen et anglais à côté de la porte de son temple. Je vois l’emblème qu’il tient dans ses mains, avec les huit trigrammes autour du dessin noir et blanc que tout le monde connaît, mais ça ne m’en dit pas plus que les clés pour aider un Chinois à reconnaître Saint Pierre. Un détail familier quand même, l’inscription ‘gongde wuliang’ « Aux oeuvres vertueuses, pas de mesure ». L’administration du site a diligemment installé un tronc semblable aux pieds de chacun de ses saints hôtes.

Sur le parvis du pavillon

Halte sur le parvis du pavillon. Un petit garçon très étonné de voir un étranger. Ses tantes lui expliquent qu’il n’y a rien à craindre.

Immortels ivres

A l’étage du pavillon, les Immortels à la fin de leur banquet, exposés à la vénération des fidèles. Tous les petits Chinois les connaissent. Sur les huit, il y a six hommes, une femme, et un/une on ne sait pas. Ici on a choisi une femme.

Immortels volants

En bas on les voit en route au-dessus de la mer, chacun avec son moyen de transport, âne, flûte, fleur de lotus … Le panneau explicatif dit que le pavillon a été construit par le gouverneur Zhu Chuyue dans la 6e année du règne de Jiaozhou des Song ( A.D. 1061) et continue sans alinéa « Il est dit qu’après que les huit immortels se soient enivrés dans ce pavillon, ils partirent pour traverser la mer. Pour montrer leurs pouvoirs ils refusèrent d’utiliser des bateaux et employèrent leurs armes magiques à la place. D’où le proverbe ‘les huit immortels démontrent chacun son pouvoir magique en traversant la mer’, ce qui signifie que chacun doit compter sur ses propres aptitudes. Ici, c’est le meilleur endroit pour admirer le mirage. » La question de l’authenticité du bâtiment, de la fresque, et des faits relatés, ne se pose pas.

Calligraphie Ici, un guide explique pourquoi il faut admirer cette calligraphie du caractère ‘shou’shoula longévité, reproduction sur la pierre de l’oeuvre d’un célèbre artiste dont le nom ne me dit rien. Devant le temple de Mazu, protectrice des marins et Impératrice du Ciel (c’est le titre que lui donne le panneau calligraphié), les bâtons d’encens fument. Un vieux couple vient de faire ses dévotions; celle qui leur succède pour se prosterner est jeune. Ceux qui m’entourent sont-ils des touristes ou des pêlerins ?

Vieux dévots

Deux frères jumeaux s’affairent à allumer leurs bâtons sous l’oeil de leur famille et de la préposée au bassin de bronze (en blouse bleue et gants en amiante).

Encens

Ce n’est pas un monastère, aucun moine ni desservant. J’en profite pour photographier au flash Mazu elle-même, normalement invisible dans l’ombre de sa cage de bois ajouré, malgré les panneaux d’interdiction.

Mazu

Là aussi, le panneau explicatif énonce avec égalité le fait historique et la légende (à lire derrière l’image). Mazu est représentée en impératrice entourée de sa cour. Son expression me fait penser à la Sainte Foy de Conques.

Sainte Vierge

Une figure familière. Ce n’est pas la Vierge et l’enfant, et elle n’est pas dans un lit-clos chinois. C’est la sainte qui préside à la naissance et à l’attribution d’une destinée aux enfants.

Nous avons passé tout l’après-midi sur le rocher des immortels. Avant de partir, petit salut à d’autres figures familières, les gens en uniforme qui veillent sur la tranquillité publique. Ils sont jeunes et sérieux.

Militaires

Où sont arrivés les Huit Immortelsbaxianrenba xian ren (j’allais oublier de montrer comment ça s’écrit; le premier caractère est ‘8’ ) au terme de leur voyage ? Dans les îles des Immortels, mais on ne sait pas où elles sont. Certains prétendent que c’est l’archipel qui ferme le golfe de Bohai, entre Dalian et Penglai. Depuis le rocher on aperçoit Changdao, l’Ile Longue, la plus proche. Le lendemain matin, nous sommes allés à la gare maritime prendre le ferry. Mais ce n’est pas possible. L’accès des îles est fermé aux étrangers, les Coréens qui habitent tout près n’étant pas considérés comme des étrangers. Aussi bien, une presqu’île de même nom dans la rade de Brest est elle aussi interdite à tous; c’est le port des sous-marins atomiques.

Carte satellite

Penglai et l’Ile Longue, vus sur maps.live.com de Microsoft.

Pour tout savoir sur les Huit Immortels, on peut consulter Wikipedia (en Chine ). Les arts martiaux connaissent « la boxe de l’homme ivre  » qui les invoque. On peut lire aussi le poème de Du Fu « les huit immortels dans le vin » (sur le somptueux site Wengu des Classiques créé par Gbog ). Mais on n’aura jamais fini.

Le bonheur de vivre et le plaisir de réussir

Non, ce n’est pas un extrait du discours de Hu Jintao à l’ouverture du 17e congrès du parti communiste chinois. La devise de l’ère en cours est « société harmonieuse »Hexieshehui‘hexie shehui’, ensemble, dans l’harmonie, société, être capable). C’est le titre du blog de Yang Zhao (si ça ne marche pas depuis la Chine, essayer ceci ). Yang Zhao est un Chinois de France, ingénieur en informatique; il travaille en ce moment à Paris chez Cap Gemini, une entreprise où j’ai sévi dans une vie antérieure. Il croit à la pensée positive, aux méthodes, et à la motivation, comme les jeunes ingénieurs de Cap Sogeti il y a XX années (pas de chiffres, ça me vieillirait, mais en ce temps-là nous étions 4000). Il écrit tous les jours depuis qu’il a commencé (le 20 septembre), ce que je n’arrive pas à faire. Je viens de dire que c’est un « Chinois de France ». Ca ne lui plaira peut-être pas, lui dit qu’il est « d’origine chinoise » et ne donne même pas son nom en caractères. Mais il est né en Chine, son père vit en Chine, il parle chinois, et sa Chine vue de France vaut la peine d’être regardée. D’ailleurs, si vous voulez avoir une idée de ce qu’est la Chine en France, regardez les têtes de ceux qui font vivre 168.fr , le journal francophone de l’informatique chinoise. Tout ça pour dire que, si on se demande d’où sort le miracle actuel de l’Empire du Milieu, la réponse est simple: un jour les gens comme lui, et beaucoup d’autres, ont eu la permission de se mettre au travail. Si tout va bien, Yang Zhao sera un de ces jours un haiguihaiguitortue de merhaiguiqui revient d’outre-mer (ça se prononce exactement de la même façon) là où il est né, pour réussir.

Bord de mer Qingdao

MonumentRetour à mes modestes préoccupations. Je suis tombé sur Yang Zhao en cherchant autre chose, et j’ai vu sur la page du jour une video de présentation de Hipihi, le monde virtuel chinois semblable à Second Life (pas moyen de vous montrer directement cette video; Youtube est désormais bloqué en Chine, mais vous la trouverez en plusieurs exemplaires ici , et sur le site de Hipihi en anglais, et même à télécharger pour la regarder tranquillement en grand format; ça parle un chinois très simple, et c’est sous-titré). Et justement, on aperçoit sur la video l’ahurissant monument orange que nous avions vu sur la promenade du bord de mer de Qingdao.

Le voici tout seul et plus net. Je m’étais demandé d’où pouvait venir l’idée. Je sais maintenant: elle sort du monde virtuel. En fait, le monument est déja décrit sur mon guide daté de 2003, donc c’est le monde virtuel qui l’a embauché, mais on pourrait y croire. D’ailleurs, la nuit, tout le quartier ressemble à un rève.

Pour finir, une citation d’une page « civilisations comparées  » du blog de Yang Zhao (en Chine, ici ), l’Allemagne en bleu, la Chine en rouge. Il indique où il a pris les dessins mais je n’ai pas réussi à retrouver l’original.

La place de l’enfant unique

enfant unique

La vie quotidienne des vieux

Vieux

Etre grand-père en Chine, c’est beaucoup de travail. Etre fils et petit-fils, c’est très lourd à porter. Pourtant, on dirait que tout le monde va mieux à l’est. Je me fais peut-être des idées.

Ajout: Arnauld m’a donné l’adresse de l’original. Attention: il y a plusieurs pages.

 

Les pêcheurs de la Mer Jaune

Le dernier jour de notre voyage, nous étions à Penglai, en face de l’île des Immortels. J’en parlerai un autre jour. Juste une heure le long de la plage, là où est le port de pêche.

la jetée

Un bateau est à quai, les autres à l’ancre plus au large (en fait, ils sont à l’abri derrière une barre de roches qu’on voit à peine et où les vagues déferlent), un triporteur bleu à tout faire comme à la campagne, les pêcheurs et quelques touristes.

Vente sur le quai

Vente directe sur le quai. Il y a aussi à droite un petit restaurant de plein vent où on peut faire cuire et manger le poisson qu’on vient de choisir. Mais c’est marginal. Le plus gros de la pêche, ce sont de petits poissons que les triporteurs emporteront en vrac à l’usine.

Camion

A l’arrière-plan, le futur centre touristique de la Montagne des Trois Purs, entièrement en style Qing. Il ouvrira pour la saison 2008.

Godille

Un équipage rentre. La godille chinoise est en deux pièces, la pale fixée un peu de biais sur le manche. Un creux reçoit l’axe fixé à l’arrière du bateau. Un cordage fixé au fond du bateau règle l’inclinaison. Il suffit de faire aller et venir le manche d’un côté à l’autre et la pale s’oriente toute seule; pas besoin du tour de poignet de la godille occidentale, si difficile à apprendre.

Débarquement

Arrivée sur la plage

Arrivée sur la plage. Les plates ressemblent beaucoup à celles du Morbihan. Au loin, on voit un peu mieux la barre de roches et la balise qui marque l’abri.

Policiers

EcussonSur la jetée, un patron est accueilli par deux personnes en uniforme sous le regard d’un touriste. J’ai cru d’abord que c’étaient des douaniers ou des contrôleurs. Le chef parle bien anglais et s’est fait un plaisir d’échanger quelques mots avec l’étranger présent. En fait, ce sont des représentants de la police militaire qui n’ont rien à faire de particulier, sauf regarder ce qui se passe. Sur la manche, l’écusson à l’effigie de la Grande Muraille dit ‘Zhongguo wujing’ centrale nation militaire police. On s’habitue à voir un peu partout des gens en uniforme qui sont simplement là. Il y avait aussi un agent de la police civile (en bleu marine) qui avait arrêté sa voiture de patrouille pour s’aérer sur le quai.

Un bateau se prépare à aller poser une ligne et charge des petits sacs en toile qui semblent contenir des appâts. Il est encore sur sa remorque.

Chargement

Remarquez le moteur fixe et l’hélice relevable. La transmission d’angle est sur l’axe de relevage. Ca se manoeuvre à la main.

Descente avec tracteur

Le tracteur va mettre le bateau chargé à l’eau. Un des pêcheurs est déja à son poste. Au fond, la pagode appartient à un autre centre touristique construit sur une île agrandie.

Départ en pêche

Ils sont partis. Temps doux, vent faible, visibilité moyenne et probabilité de petites averses.

Weihai. Le pouvoir sur la mer

Si la province du Shandong est la Bretagne à l’est d’un miroir, Qingdao serait Nantes et Weihai serait Brest. Au temps des derniers empereurs, c’était le port de la flotte de guerre du Nord.weihaiWei Hai, signifie « le pouvoir sur la mer », commeweifengweifeng signifie « l’autorité », littéralement « pouvoir, vent ». Comme disent les classiques ‘le vent courbe l’herbe’ (et ensuite elle se redresse), mais ça s’écrit autrement.

Carte satellite du Shandong

Carte satellite offerte par Google. Pour visiter, cliquer dessus.

C’est presque une petite ville, 600 000 habitants, et il paraît qu’elle a été classée « ville la plus plaisante du pays » il y a quelques années. On peut prendre le ferry vers Dalian, tout près au nord, de l’autre côté du golfe de Bohai, et vers la Corée du Sud, pas loin. Comme nous sommes des touristes sérieux, nous prenons le bateau pour visiter l’île de Liugong, là où était le port de guerre.

Ville vue du bateau

Vu du quai à l’ombre de la gare maritime, voici le monument aux marins. La flotte du Nord, créée dans les années 1880 par Li Hongchang, le ministre de l’impératrice Cixi (la méchante Tseu-Hi des 55 jours de Pékin), était équipée de cuirassés construits en Allemagne ou en Grande-Bretagne.

Monument aux marins

Malheureusement, si on peut acheter des bateaux, on ne crée pas la caste des officiers de marine rien qu’en le voulant. Pendant la guerre entre la Chine et le Japon au sujet de la Corée, en 1894-1895, les navires chinois n’ont pas pu empêcher les Japonais de dominer la mer, débarquer au nord là où est maintenant Dalian, et au sud dans le Shandong. En février 1895, ils détruisent la flotte du Nord dans le port fortifié de Weihai. Pour tout savoir, lire ici, en anglais ; il n’y a pas grand-chose en français. Les descendants des navigateurs et pirates Japonais étaient peut-être de meilleurs guerriers, mais surtout la décomposition de l’empire chinois ne laissait pas beaucoup de chances à ses combattants. Un cuirassé a été à cours de munitions en plein combat; les crédits d’approvisionnement avaient été détournés. Son capitaine a alors essayé d’éperonner un de ses adversaires.

Entrée de l'état-major

Non, ce n’est pas l’entrée d’un temple. C’est le portail de l’état-major de la flotte du Nord, construit dans les années 1880, un palais classique à axe nord-sud avec cours et pavillons, devenu le musée pédagogique et commémoratif du désastre de 1895. Les explications sont en chinois, anglais et coréen, et les panneaux d’introduction viennent d’être renouvelés.

UniformesEn vitrine, les uniformes de l’époque. Les japonais étaient habillés comme les marins allemands contemporains. Le contraste est bizarre entre les matériels authentiques exposés, semblables à ce dont on disposait en face (principalement européen; le navire amiral japonais avait été construit en France) et l’allure des hommes sur les photos.

Canons Krupp

Ces deux obusiers Krupp de 210 mm équipaient le cuirassé Jiyuan, coulé dans la bataille. Ils ont été repêchés en 1986.

Maquette de la rade

Un plan-relief de la rade de Weihai, avec l’île de Liugong. Le nord est à gauche; on aperçoit la ville au premier plan à gauche. Toute l’exposition est faite pour enseigner.

Li Hongzhang Li Hongzhang et son neveu Li Jingfang, négociateurs chinois du traité de Shimonoseki au Japon, qui termina la guerre. Au-dessus d’euxmaganqichimaguan qichi, la honte sans pareille de Shimonoseki (Maguan en chinois; les caractères sont les mêmes). La Chine renonçait à sa domination nominale sur la Corée, cédait au Japon Taiwan et la région de Dalian (Port-Arthur dans les livres d’histoire), et versait une indemnité équivalant à 8000 tonnes d’argent. Hirobumi et Munemitsu

Les négociateurs japonais Hirobumi et Munemitsu. Sur les photos de la table de négociation, les Japonais en complet ou redingote et les Chinois en robe ont l’air de ne pas être du même siècle. Les Japonais ont réussi. Dix ans après, en 1905, ils anéantiront avec la même efficacité les Russes qui s’étaient installés dans le Dongbei (les provinces du Nord-Est, la Mandchourie) et à qui ils avaient commencé par céder « leur » Port-Arthur.

Le texte sous le portrait de l’impératrice Cixi précise que le 7 novembre 1894, en pleine guerre, elle avait célébré son soixantième anniversaire à Pékin avec le plus grand faste. Ensuite, elle fit diminuer les crédits de la marine de guerre, puisqu’il y avait moins de navires.

Panneau

D’autres salles célèbrent le souvenir des officiers et des marins, présentent les navires et les lieux. En haut à droite, les portraits de William Lang, Anglais qui organisa la formation des équipage, et de de Von Hanneken, Allemand qui dirigea la construction des fortifications à terre. D’autres décrivent la persistance de la mémoire. J’ai raté l’image de la calligraphie « N’oublions jamais la guerre sino-japonaise », tracée par un artiste centenaire en 1994, pour le centième anniversaire.

ProfesseursUne salle obligatoire dans ce genre d’exposition pédagogique: celle des portraits des notables qui ont honoré le lieu. Pas de grands du parti, Deng Xiaoping n’est pas venu. Ici ce sont les universitaires qui se réunissent pour présenter leurs travaux d’histoire de la guerre. Titrexuezhefengcaixuezhe fengcai, quelque chose comme « les savants ont de l’allure »; il doit y avoir des connotations qui m’échappent.

A six heures du soir, tout le monde doit être rentré sur le continent. On remonte dans les bateaux. Vue du front de mer de la ville, avec sa porte monumentale récemment terminée, équipée pour dérouler des phrases parallèles conformément aux plus anciens usages.

Porte de la mer

Plaisirs du voyage

Donc nous sommes revenus de notre petit circuit des côtes de la province de Shandong. Avant de visiter Qingdao, Weihai, Penglai, voici quelques images des plaisirs du voyage pendant la semaine d’or de la fête nationale.

hotel des quatre côtésL’hôtel à Qingdao avait été réservé par téléphone. Plutôt que le bord de la mer, nous avions choisi d’en prendre un bien situé pour aller partout (et d’ailleurs il ne restait plus beaucoup de choix dans le prix que nous voulions mettre, environ 250 yuans la nuit). Nous avons passé trois nuits à l’hôtel des Quatre Côtéssifangdajiudiansifang da jiudian. Sifang, quatre côtés, est le nom de ce quartier du centre de Qingdao. Dajiudian, mot à mot « grand alcool boutique » désigne en principe un hôtel de classe,binguanbinguan « hôtes maison », désigne quelque chose de plus modeste; mais on ne peut pas s’y fier. Il est bien tenu, possède un bureau de tourisme d’où partent des excursions, juste en face de la gare routière.

Echangeur

Malheureusement, notre fenêtre donnait sur l’échangeur, échantillon parfait d’un décor de centre ville moderne. Les municipalités font des efforts. Le dessous des ponts est traité en jardin public; ici, avec un peu d’attention on peut distinguer une table de pique-nique. Mais le principal décor, ce sont les mâts qui soutiennent les énormes panneaux d’au moins 10 mètres sur 3, éclairés la nuit. Il y en a de semblables partout le long des routes, au-dessus des plages, et j’en avais vu un à 4000 mètres au sommet d’un col, surplombant un oratoire bouddhiste.

Le premier soir, même après être montés dans le train à 5 heures du matin, nous sommes allés au bord de la mer nous mêler aux promeneurs. Je ne sais pas si les immeubles étaient illuminés en l’honneur de la fête nationale.

Front de mer

Le kiosque au bout de la grande jetée « pour arrêter les vagues » est illuminé, sûrement comme tous les jours.

pavillon huilange

On est au milieu de gens qui et promènent et se photographient les uns les autres. La galerie des marchands de souvenirs est ouverte. Mais pas de porte-voix, pas de musique fracassante; on dirait que le temps calme a contaminé tout le monde. Juste une chose que je remarque: il y a des gardiens de la paix partout.

Policiers et passante

Je dois être le seul à m’en inquiéter, d’ailleurs ils ont l’air de participer à, la bonne humeur générale. En voila d’autres. Le feu d’artifice de la fête nationale commence. Il est tiré depuis le nouveau port de plaisance des jeux olympiques.

Policiers et feu d'artifice

Ce n’est pas encore le bouquet final, mais le vent a déja du mal à faire partir la fumée vers le large.

Feu d'artifice

Il n’y a pas que la promenade. On peut aussi dîner de produits de la mer.

Restau pas cher

Au-dessus de la vitrine, les trois premiers caractères huo hai xian disent vivant, mer, produits. On choisit les coquillages, les crabes et d’autres bêtes dans les bacs, ils sont pêchés, pesés, passés au court-bouillon le temps de choisir l’accompagnement. Goût de fraîcheur et pas d’autre préparation. 25 yuans par personne.

Restau chic

Un autre dîner en ville, bien plus chic, avec des écrevisses en sauce, des oursins cuisinés, des raviolis aux produits de la mer; le poisson choisi arrive dans une soupe au tofu et au chou vert. 50 yuans par personne. Nous aurions pu l’accompagner de vin du Shandong.

En excursion de groupe, avec un autobus et une guide, il y a quelque chose à quoi on ne peut pas échapper. Une fois dans la journée, on s’arrête devant un grand bâtiment, généralement dans une banlieue désolée, et on est conduit dans une espèce de salle de classe où le groupe a droit à un exposé avec démonstrations. Il y a assez de salles pour traiter cinq ou six autobus en même temps.

exposé

Ici il s’agit des perles produites en mer. Le professeur en est aux vertus de la poudre de perles vendue en sachets d’une demi-livre. Il terminera avec les crèmes et les gélules de même origine. J’ai oublié de noter les prix, mais ce n’était pas cher.

Magasin de perles

Ensuite, l’auditoire est introduit dans la salle où on peut acheter les produits. Très austère, cette salle. Ici un rang de perles vaut entre 25 et 100 euros (un euro vaut dix yuans). Faut-il acheter ? Il y en a de très jolies.

Kiosque et brume

Là haut sur la montagne, le temps est toujours aussi brumeux. On devrait voir la mer au loin. Mais monter et descendre les escaliers est toujours un plaisir.

Escaliers de Laoshan

Il faut rentrer. Pas de place dans le train, c’est la fin de la semaine d’or. Nous avons fini par décider de rentrer à Tianjin en autobus, pour arriver tard le soir. Mais, surprise, c’est l’autobus de nuit.

Intérieur de l'autobus

Deux étages et trois rangées de couchettes très étroites, avec deux couloirs tout aussi étroits. On arrive ainsi à mettre 46 personnes allongées dans un volume qui en accueillerait seulement 55 assises. Tout est prévu, les sacs plastique pour ranger les chaussures, les caisses à papiers à portée de mains, et les écrans de télévision pour les films. Mais pas l’hôtesse qui distribue l’eau chaude et les cachets contre le mal de mer que nous avions eu à l’étape précédente. 180 yuans, c’est plus cher que le train.

Sable en bouteille

De ma place en bas au centre, j’ai vue sur la campagne des deux côtés. Mon voisin contemple son souvenir du bord de mer: une toute petite plage dans une bouteille, avec des crabes.

Prière à Mazu

Nous sommes rentrés hier de notre petit voyage à Qingdao et dans le Shandong. La côte de la Mer Jaune sous la pluie ressemblerait à la Bretagne; les rochers sont de granit. Je vous en parlerai ces jours-ci. Aussi, il s’est passé quelque chose d’étonnant: pour la première fois, le fils unique de mon épouse a eu le droit de voyager tout seul. Elle a accepté qu’il reste à Qingdao avec son copain, puis qu’il monte seul dans l’autobus (plus de place dans les trains) qui le ramènera à la maison au bout de 700 kilomètres. Comme c’est un bon fils, il lui a envoyé des SMS « demain matin je pars », « je monte dans l’autobus », « je suis sur la route et tout va bien », « je suis arrivé à la maison ». Un jeune homme de 18 ans s’ennuie avec ses vieux, c’est normal. J’avais profité de la visite de son temple pour faire une prière à Mazu, la sainte patronne des marins, et lui demander qu’elle trouve quelque chose pour qu’il soit content de ses vacances et nous aussi.

Le temple est tout près de la plage, dans le quartier est de Qingdao. Etapes du pêlerinage express:

Entrée du temple

Au-dessus de la porte, de droite à gauche, « Tianhou gong » palais de la déesse du ciel, titre officiel de Mazu. Nous sommes deux cents à attendre notre tour d’entrer.

Grande cour

Passé le vestibule et les instructions données par le guide, on se retrouve dans la grande cour. Le sanctuaire de Mazu est au-delà du second portail, à l’ombre des grands gingkos dont une pancarte dit qu’ils ont plus de cinq cents ans.

Portail de la cour du sanctuaire

Vu du haut des marches de la seconde cour, le groupe qui nous suit écoute de nouvelles explications. Il faut faire vite pour que tout le monde puisse saluer Mazu.

Encens

Certains prennent le temps d’acheter un grand bâton d’encens au moine qui les propose sous sa tente bleue, et un ruban rouge à devise de lettres d’or. Si je me souviens bien, ceux que nous voyons ne s’adressent pas à Mazu, mais au roi-dragon de la mer de l’est, qui habite le pavillon latéral.

Mazu

Devant Mazu, le temps de trois invocations. La guide avait raconté que la jeune fille Lin Mo, née en 960 au temps des empereurs Tang, sur la côte du Fujian (face à Taiwan), était attentive aux autres. Un jour elle avait rêvé que son père etait en péril sur la mer et qu’elle volait sur les eaux pour le secourir. Mais sa mère effrayée de la voir dormir si profondément la réveilla avant qu’elle atteigne son père. Or il avait réellement disparu en mer ce jour là. Elle fut désespérée d’avoir échoué. Après sa mort prématurée, elle apparut aux marins en péril et aux naufragés et les guida vers la sécurité. Le panneau pédagogique sur le côté ajoute que la statue, de 2,8 mètres de haut, a été consacrée dans sa ville natale de Putian. Elle est donc neuve.

Sortie Consultation

On sort du sanctuaire par le côté gauche. Un moine choisit sur la table une feuille de papier mauve. Le pêlerin se rend dans la galerie ouest où l’attendent d’autres moines qui l’aideront à interpréter ce qui y est écrit.

papier

Les papiers dans les mains de l’intéressée, en compagnie des billets d’un yuan à mettre dans le tronc. Ceux qui savent lire les caractères peuvent faire afficher une image plus grande. Je n’ai rien compris à ce que le moine racontait, en parlant très vite. Est-ce le conseil de laisser le grand fils voyager seul sur les routes périlleuses ?

Trépied Autocollant

Il reste encore à coller la petite pastille à l’effigie de Mazu qui avait été distribuée à l’entrée. Le grand trépied de bronze au milieu de la première cour en est couvert.

Brodeuse

On peut aussi passer au magasin de souvenirs. Ici, en plus des images pieuses et des petits bijoux, on peut emporter de somptueux panneaux brodés, et même les voir fabriquer. Un des pavillons de la grande cour abrite un intérieur traditionnel reconstitué, chambre avec lit de briques, métiers à tisser, établi de brodeuse. Ensuite, le groupe réuni par la guide remonte dans le car et continue sa visite.

La veille du 10/01

Le premier octobre, demain, ce sera le 58e anniversaire de la république populaire de Chine. Ce jour là, 1/10/1949, ou plutôt 1949/10/01 comme on l’écrit ici, Mao Zedong la proclamait sur la place Tian Anmen à Pékin.

Point de vue égoïste. Demain, c’est le début de la semaine d’or. Tous ceux qui le peuvent partent en voyage. Nous aussi; nous allons à Qingdaoqingdaol’île verte. Son port, ses plages, sa bière allemande (Tsingtao, maison fondée en 1903, quand l’empire d’Allemagne a demandé, donc obtenu, de l’empire Qing la concession du port). Comme nous avons tardé à prendre les billets, nous allons nous lever tôt et prendre un train à 5h40, qui vient de très loin, de Dandong dans les provinces du nord, et qui arrivera à 3h de l’après-midi à Cangkou dans la banlieue nord; la gare terminus de Qingdao est en cours de reconstruction pour les Jeux Olympiques (la voile), comme celle de Tianjin (le football). Neuf heures pour voir le paysage. Le nouveau train rapide aurait mis cinq heures et coûté deux fois plus cher. Nous resterons jusqu’à samedi. Je ne connais pas Qingdao, ma femme non plus; son fils y a un ami. C’est la première fois que nous partons au loin autrement qu’avec un trajet organisé par une agence; on verra bien.

En attendant, je suis tout seul à la maison, et j’entends le haut-parleur de l’école sous la fenêtre, qui dirige la gymnastique. C’est que, la veille de la semaine d’or, on travaille samedi et dimanche pour ne pas perdre le temps qu’on va passer en vacances.

Cour de l'école

Ecole sans garageMon épouse aussi travaille ce dimanche; elle est rentrée à midi, chargée de légumes, pommes, petits chous verts, viande fraîche, poissons surgelé. Tout cela est offert par l’unité de travail à ses membres pour qu’ils fêtent dignement le Premier Octobre en famille (je ne sais plus si je l’ai déja expliqué, mais l’unité de travail à l’ancienne nourrit ses travailleurs; mon épouse commence sa journée par le petit déjeuner avec ses collègues; quand elle a le temps de rentrer déjeuner à midi avec moi, elle apporte du riz chaud aux légumes et à la viande dans un grand bol en fer émaillé).

Digression. Je m’aperçois que le garage tout neuf qui prenait une petite part de la cour de l’école, construit en décembre dernier, a été démonté pendant les vacances. Le petit privilège dont jouissait le cadre propriétaire de la voiture n’aura pas duré longtemps. D’ailleurs, la rue est en travaux, c’est pour ça que les vélos des élèves sont dans la cour; une voiture ne pourrait ni entrer ni sortir.

Vous pouvez voir à quoi ressemble Qingdao vu du ciel grâce à Google Maps (on peut agrandir jusqu’à compter les vagues sur la plage) ou consulter le plan de ville . Il y a aussi la carte interactive (pas encore relié au satellite) de Google Chine, vue chez un ami, mais que j’ai eu beaucoup de mal à faire apparaître sur mon ordinateur français; alors que sur l’ordinateur chinois c’est l’image satellite qui n’apparaît pas. Dans une semaine, j’aurai peut-être des souvenirs du niveau de la mer à raconter.

Alcools de marque

Suite de l’article précédent. J’ai la chance d’habiter dans l’appartement de ma chère épouse (attribué par son unité de travail quand elle s’est mariée, puis elle l’a acheté un prix symbolique quand son administration a décidé de ne plus loger son personnel) le long d’une avenue préservée, où on rénove et reconstruit sur place les magasins qui étaient déja là il y a 60 ans, au lieu de tout raser pour mettre du neuf, plus haut, à la place. Les tas de briques commencent 700 mètres plus au nord.

 

Façade de la boutique

Donc un commerçant en tabacs et alcools vient juste de rouvrir son magasin, tout près, et l’a fait monter de plusieurs crans dans l’échelle du luxe, à l’enseigneshanglouyanjiu‘shang lou yan jiu’, commerce, immeuble, tabac, alcool. Le tabac yan s’écrit avec le signe du feu à gauche; l’alcool jiu avec le signe de l’eau à côté du dessin d’un flacon. Je ne sais pas si ça se lit de gauche à droite ou autrement, et ce n’est pas important. On trouve des ‘tabac, alcool’ à tous les coins de rue. Mais celui-ci est très chic; on n’y vient pas pour se ravitailler mais pour acheter des cadeaux et les emporter dans de beaux sacs rectangulaires en papier décoré.

vue du grand rayon

Voici le rayon des alcools nationaux. Des exemplaires éclairés comme au musée sur les étagères, et des produits prêts à partir au milieu. L’image ne rend pas justice aux somptueux emballages. Au dessus des rayons, zhongguuomingjiuzhongguo mingjiu, Nation centrale, alcools de marque. Le troisième caractère ‘ming’ désigne le prénom d’une personne, choisi par ses parents, à la différence du ‘xing’ le nom de famille (xingmingxingming, nom et prénom). Donc la marque choisie.

Quand je suis entré dans le magasin, un des tous premiers futurs clients à franchir le seuil, j’avais avec moi mon nouvel appareil photo, celui qui a l’air sérieux, noir avec un gros oeil rond et quantité de boutons visibles. J’ai demandé l’autorisation de photographier les plus beaux produits et le patron me l’a accordée.

Quatre empereurs

Voici un cadeau modeste: quatre bouteilles d’alcool blanc 38° à l’effigie des empereurs des quatre premières grandes dynasties: Qin, Han, Tang, Song. On voit la face de l’empereur à travers la bouteille pleine, et elle se brouille quand la bouteille est vide, comme la femme au fond des petits verres de digestif dans les restaurants chinois en Europe. 167 yuans, 17 euros. L’étiquette gravée précise « Importé en Europe », en français.

Flacons à l'ancienne

Beaucoup plus luxueux: ces reproductions de flacons de porcelaine impériale. 286, 488 et 518 yuans. A gauche, ‘Erguotou’ de Pékin, 52°. Sous cette marque, on trouve aussi de l’alcool pas cher dans les supermarchés.

Flacon vert

Très distingué, et inspiré d’un flacon unique d’époque Tang trouvé en 1981 dans la crypte de la pagode de la Porte de la Loi près de Xi’an, là où est aussi la relique du petit doigt du Bouddha Sakyamuni. Mais il n’est pas à vendre, pas encore de stock. Marque ‘Haihe daqu’, Grande distillerie de la Haihe (le fleuve de Tianjin).

Flacon en pierre

On peut trouver que celui-ci est un sommet de mauvais goût, mais il a été taillé dans le marbre, avec des anneaux dégagés de la masse autour de la queue des dragons. Un demi-litre à 46°, 5860 yuans.

Flacon très cher

La marque lang‘lang’ le marié; on l’offre peut-être pour le banquet de noces. Mais celui-ci vaut l’équivalent de 1580 euros. Il est dans la même catégorie que les « livres d’or », des cadeaux-souvenirs dans des coffrets de bois précieux présentés à l’intérieur de petites valises de luxe; un texte des Classiques imprimé sur feuilles d’or ou autre chose du même genre. En ce moment, la grande librairie propose un mémorial des 10 ans de la mort de Deng Xiaoping, une montre bracelet et une montre de gousset plaquées or, à l’effigie de l’intéressé, avec un album de photos: 1860 euros. On avait parlé d’interdire ce genre d’articles, support de corruption, mais les institutions publiques donnent l’exemple.

Bouteilles de vin

Retour en terrain connu: des bouteilles de bon vin avec tout le décorum du caviste de luxe. C’est du vin chinois, dont les étiquettes précisent qu’il a été préparé selon des techniques françaises. Le Dynasty est récolté dans la région de Tianjin. Le plus cher: le Changyu à 448 yuans la bouteille. Le moins cher du magasin: le Dynasty à 38 yuans; c’est le seul dont je connaisse le goût; il ressemble à un bon Bordeaux entre-deux-mers rouge (on peut agrandir l’image)

Caissière

La caissière est à son poste. Devant elle, une machine à compter les billets. La maison accepte les cartes bancaires mais tout le monde n’en a pas.

Petit salon

Les vendeuses sont assises dans un des petits salons près de la vitrine, en attendant de laisser la place au premier client. Derrière, le comptoir des tabacs. Les emballages des cartouches sont aussi somptueux que ceux des flacons.

Vitrine

Les mêmes vues à travers la vitrine. Il fait beau et les fleurs de l’inauguration sont fraîches. Je suis parti sans rien acheter. Mais je reviendrai le jour où je devrai faire honneur à quelqu’un. Mais peut-être que celui-ci attendra de moi un alcool étranger. Il y en a aussi, dans un petit rayon, du cognac, du whisky, du genièvre, à peine plus cher qu’en Europe. Aussi bien, l’alcool n’est pas taxé ici. Le bai jiu à 55° des Huit Immortels, en berlingot plastique de 585 millilitres, vaut à peine deux yuans dans les hypermarchés. J’en avais rapporté en France pour des amis; il praît que son parfum est inimitable.

 

Destruction

Depuis que je suis rentré chez moi, j’ai le moral bas et du mal à écrire. Ce n’est pas un ennui de santé, à part les problèmes digestifs habituels quand je change de continent (ce n’est pas la cuisine de ma chère épouse, mais celle des restaurants; il faut se réhabituer aux verdures inconnues et aux épices redoutables). En un peu plus de deux mois, de grands morceaux de mon voisinage se sont transformés en tas de briques. J’ai beau savoir que c’est la rénovation urbaine, j’ai du mal à m’habituer.

Rue de Pukou

Rue de Pukou (ville en face de Nankin, de l’autre côé du fleuve)

Un exemple: voici à quoi ressemblait un coin de Jiefang lu (la rue de la Libération, autrefois avenue Victoria) en juin 2006.

Jiefang lu 2006J’avais pris la photo pour illustrer le petit chaos architectural du quartier. On y voit à l’arrière plan, de gauche à droite, un immeuble d’habitation des années 1930, la silhouette biscornue de la grande librairie, et l’immeuble couleur d’or de la Banque de la Construction (qui a été mise en bourse à Shanghai hier; 30% de hausse en séance). Au premier plan, derrière les arbres, un immeuble administratif quelconque des années 30 , et le coin du grand immeuble de Teda, la zone industrielle sur la côte.

Jiefang lu 2007

Pris d’un peu plus près cette semaine, parce que le trottoir où je me tenais est pour l’instant un grand trou protégé par des palissades. L’immeuble de Teda s’est payé un magnifique pilier-enseigne en granite à lettres d’or, et une haie de square, mais les immeubles en face sont en cours de démolition.

Jiefang lu nord

Un peu plus haut, ce pâté de maisons est cerné par le chantier. L’autre côté de la rue a déja disparu. Derrière le dos du cycliste, on voit un signe sur le mur du restaurant.

Signe de démolition

chai démolirC’est la marque de l’immeuble à démolir, dernière étape du changement d’utilisation du terrain. Le caractère ‘Chai’ détruire, peint de chaque côté de la porte. Apparemment, tout le monde n’est pas d’accord; quelqu’un a collé au-dessus un caractère ‘NON’ en papier. bu chaibu chai, ne pas démolir. Il est probable que l’indemnisation ne s’est pas trop mal passée. Il y a même une agence de la Banque de la Construction à côté, qui sera démolie aussi.

façade de banque

Les blocs de pierre empilés devant sont les futures bordures du trottoir de l’avenue élargie, déja livrées. La coordination du chantier n’est pas parfaite.

Restaurant

A l’autre coin du bloc, ce petit restaurant dejiaozi‘shuijiao’ raviolis chinois à l’eau bouillante (‘shui’, l’eau, premier caractère), est toujours ouvert. Le réparateur de vélosxiuche‘xiuche’ tient sa boutique en plein air. C’est peut-être lui qui aura le plus de problèmes; il n’est pas du tout certain que, sur l’avenue rénovée, il aura toujours ce petit espace abrité où se mettre.

Il y a quand même des gens très contents de ce chantier et des autres.

Conducteurs de travaux

D’abord les conducteurs de travaux de la compagnie du réseau électrique nationalguojiadianwangguojiadianwang (sur le casque rouge; 3e caractère ‘dian’ l’électricité), qui sont en train d’enterrer la ligne à moyenne tension. Sur ses pylones, elle donnait à cette avenue un air de pays récemment modernisé.

Et aussi les travailleurs venus de la campagne (les citadins ne sont pas bronzés) logés sur place, dans des baraques qu’ils ont construites à la place d’un immeuble abattu. Alleurs ils vivent dans des préfabriqués à étage; ici, finies les tentes que j’avais vues il y a deux ans.

Jeune travailleur

Ce sont eux les mingongmingonglittéralement « le peuple travailleur ».

Sieste

A l’heure de la sieste, ça les amuse de poser pour l’étranger venu les voir travailler.

A plus tard.

Mise à jour

Le fils unique de ma chère épouse vient de partir pour une nouvelle destinée. Samedi matin, il a quitté l’appartement, en tirant derrière lui une grande valise à roulettes, celle qui m’avait servi à rapporter de France 24 kilos (la valise en pèse 7, et le poids au delà de 30 est passé avec l’indulgence de l’agent d’enregistrement à Roissy) de livres, et aussi d’alcools prestigieux que sa maman aurait employés à acheter le directeur et les professeurs de sa nouvelle école. Il va suivre les cours d’un institut des professions commerciales internationales, loin de la maison, à l’autre bout de la ville. Pour la dernière fois, la veille, sa maman lui a dit « éteins la lumière, demain matin tu pars à l’école tôt ». Désormais, il vivra en dortoir, quatre ou six camarades par chambre. L’année s’ouvre par deux semaines de préparation militaire intensive. Il est donc parti dans un uniforme léopard tout neuf fourni par l’école en même temps que les manuels. Mon ami le plus malveillant prétend que les écoles organisent la préparation militaire, qui ne leur coûte pas cher (c’est l’Armée Nationale Populaire qui fournit), rien que pour vendre avec profit les uniformes.

Beau soldat

Sur la photo, ce n’est pas lui, mais un beau soldat dans la salle d’embarquement à la gare de Beijing. Me voyant avec un appareil photo à la main, il s’était débarrassé de son manteau noir sur les genoux d’un copain (en blue jeans à gauche) et m’avait demandé de le photographier dans sa magnifique tenue traditionnelle (mongole ? je n’avais pas réussi à poser la question). Puis nous avons regardé ensemble la petite image et il est parti satisfait. On peut voir un bout de pantalon léopard. D’ailleurs, il n’y a pas que les militaires de base qui portent ce pantalon. C’est aussi la tenue de travail favorite des travailleurs migrants sur les chantiers.

Je viens de reprendre des nouvelles de ceux dont je lisais le journal régulièrement, et que j’avais négligé en France. Guillaume, qui enseigne le français à Shanghai, a ajouté à son journal de Chine un autre fil sous le titre de son livre qui va peut-être paraître en France La précarité du sage et il figure déja dans les « recommandés » du Monde. Impressionnant: Confucius, qui vécut une vie précaire, affirmait qu’il n’avait pas atteint la sagesse. Neige de Nanjing continue de raconter ses amies et ses émotions; il faut la lire pour savoir ce que c’est d’être jeune en Chine aujourdhui; j’aimerais écrire en français aussi bien qu’elle, tellement pertinente et exacte quand elle choisit les mots qui vont exprimer sa pensée. Petit rappel chaque fois que je la lis: je suis en Chine, j’ai donc besoin d’un artifice technique; son serveur Blogspot est filtré par la Grande Muraille de Toile. Même chose pour lire Delphine la traductologue pas installée en France, qui vient de se remettre à publier ses « manquant au mois d’aout », pas écrits parce qu’elle avait d’autres préoccupations (je devrais faire pareil mais je suis paresseux). Des nouvelles aussi de Christophe , patron expat de Onesource à Suzhou et amoureux de Cai Li; elle aussi vient de se lancer dans les affaires, et ça marche. Elodie , madame Xu pour l’état-civil français (mais pas en Chine où l’épouse garde son nom), est redevenue étudiante et a toujours les mêmes beaux-parents.

Je continuerai demain, mais en attendant, histoire de mettre une image, voici une oeuvre de Shen Hanwu, peintre réaliste contemporain, que j’ai trouvée par hasard en cherchant autre chose. Qui a dit que l’art socialiste est mort ?

Chaque parole est vérité

‘Chaque parole est vérité‘ (sur fond de portail impérial à quatre-vingt-un bossages).

Le tableau en plus grand format et 75 autres du même auteur sur le site américain « Art Renewal Center » qui milite pour le retour du véritable art.