
A Penglai, dans la province du Shandong, le pavillon des huit Immortels est ce que la grotte de Massabielle est à Lourdes. C’est de là que vient la renommée du lieu, mais la ville a tellement grandi qu’elle a presque noyé son sanctuaire. Quand on descend l’avenue de la Tour de l’Horloge vers la mer, on arrive à leur portrait de groupe en granite rose, tout neuf.

Si on se tourne vers l’est, à droite, on voit la plage, avec au loin la pagode de l’Ile des Immortels, site touristique; le petit port de pêche est invisible au delà. Il ne manque que le soleil.

Et si on se tourne vers l’ouest, à gauche, on voit le rocher d’où les Huit Immortels, après avoir beaucoup bu, décidèrent de partir en voyage sur la mer sans monter dans un bateau. La tour mince est un phare, et juste à côté on voit le toit du Pavillon de Penglai
Penglai ge, où ils avaient banqueté. On ne sait pas très bien quand cela s’est passé. L’empereur Quin Shi Huangdi (celui qu a été enterré à Xi’an il y a 2200 ans) y est venu en pêlerinage à la recherche de l’immortalité, alors que l’identité traditionnelle des Huit les fait naître sous les empereurs Tang et Song, mille ans après. Le pavillon qu’on voit aujourd’hui date des empereurs Song, mais c’est peut-être comme la salle aux voûtes gothiques du Cénacle à Jérusalem, où Jésus et ses disciples ont dîné.

Après avoir payé l’entrée (20 yuans si je me souviens, c’est cher) et passé la porte dans la muraille (c’était aussi une forteresse du bord de mer) on monte les escaliers à travers le jardin.

Tout en haut, on peut jeter un coup d’oeil sur la ville et la mer.


Les temples se pressent autour du pavillon comme les maisons dans un village.

C’est là qu’une fois de plus je me sens très ignorant. J’ai oublié de noter l’identité de ce saint être, pourtant annoncée en chinois, coréen et anglais à côté de la porte de son temple. Je vois l’emblème qu’il tient dans ses mains, avec les huit trigrammes autour du dessin noir et blanc que tout le monde connaît, mais ça ne m’en dit pas plus que les clés pour aider un Chinois à reconnaître Saint Pierre. Un détail familier quand même, l’inscription ‘gongde wuliang’ « Aux oeuvres vertueuses, pas de mesure ». L’administration du site a diligemment installé un tronc semblable aux pieds de chacun de ses saints hôtes.

Halte sur le parvis du pavillon. Un petit garçon très étonné de voir un étranger. Ses tantes lui expliquent qu’il n’y a rien à craindre.

A l’étage du pavillon, les Immortels à la fin de leur banquet, exposés à la vénération des fidèles. Tous les petits Chinois les connaissent. Sur les huit, il y a six hommes, une femme, et un/une on ne sait pas. Ici on a choisi une femme.

En bas on les voit en route au-dessus de la mer, chacun avec son moyen de transport, âne, flûte, fleur de lotus … Le panneau explicatif dit que le pavillon a été construit par le gouverneur Zhu Chuyue dans la 6e année du règne de Jiaozhou des Song ( A.D. 1061) et continue sans alinéa « Il est dit qu’après que les huit immortels se soient enivrés dans ce pavillon, ils partirent pour traverser la mer. Pour montrer leurs pouvoirs ils refusèrent d’utiliser des bateaux et employèrent leurs armes magiques à la place. D’où le proverbe ‘les huit immortels démontrent chacun son pouvoir magique en traversant la mer’, ce qui signifie que chacun doit compter sur ses propres aptitudes. Ici, c’est le meilleur endroit pour admirer le mirage. » La question de l’authenticité du bâtiment, de la fresque, et des faits relatés, ne se pose pas.
Ici, un guide explique pourquoi il faut admirer cette calligraphie du caractère ‘shou’
la longévité, reproduction sur la pierre de l’oeuvre d’un célèbre artiste dont le nom ne me dit rien. Devant le temple de Mazu, protectrice des marins et Impératrice du Ciel (c’est le titre que lui donne le panneau calligraphié), les bâtons d’encens fument. Un vieux couple vient de faire ses dévotions; celle qui leur succède pour se prosterner est jeune. Ceux qui m’entourent sont-ils des touristes ou des pêlerins ?

Deux frères jumeaux s’affairent à allumer leurs bâtons sous l’oeil de leur famille et de la préposée au bassin de bronze (en blouse bleue et gants en amiante).

Ce n’est pas un monastère, aucun moine ni desservant. J’en profite pour photographier au flash Mazu elle-même, normalement invisible dans l’ombre de sa cage de bois ajouré, malgré les panneaux d’interdiction.
Là aussi, le panneau explicatif énonce avec égalité le fait historique et la légende (à lire derrière l’image). Mazu est représentée en impératrice entourée de sa cour. Son expression me fait penser à la Sainte Foy de Conques.

Une figure familière. Ce n’est pas la Vierge et l’enfant, et elle n’est pas dans un lit-clos chinois. C’est la sainte qui préside à la naissance et à l’attribution d’une destinée aux enfants.
Nous avons passé tout l’après-midi sur le rocher des immortels. Avant de partir, petit salut à d’autres figures familières, les gens en uniforme qui veillent sur la tranquillité publique. Ils sont jeunes et sérieux.

Où sont arrivés les Huit Immortels
ba xian ren (j’allais oublier de montrer comment ça s’écrit; le premier caractère est ‘8’ ) au terme de leur voyage ? Dans les îles des Immortels, mais on ne sait pas où elles sont. Certains prétendent que c’est l’archipel qui ferme le golfe de Bohai, entre Dalian et Penglai. Depuis le rocher on aperçoit Changdao, l’Ile Longue, la plus proche. Le lendemain matin, nous sommes allés à la gare maritime prendre le ferry. Mais ce n’est pas possible. L’accès des îles est fermé aux étrangers, les Coréens qui habitent tout près n’étant pas considérés comme des étrangers. Aussi bien, une presqu’île de même nom dans la rade de Brest est elle aussi interdite à tous; c’est le port des sous-marins atomiques.
Penglai et l’Ile Longue, vus sur maps.live.com de Microsoft.
Pour tout savoir sur les Huit Immortels, on peut consulter Wikipedia (en Chine ). Les arts martiaux connaissent « la boxe de l’homme ivre » qui les invoque. On peut lire aussi le poème de Du Fu « les huit immortels dans le vin » (sur le somptueux site Wengu des Classiques créé par Gbog ). Mais on n’aura jamais fini.


‘hexie shehui’, ensemble, dans l’harmonie, société, être capable). C’est le titre du
tortue de mer
qui revient d’outre-mer (ça se prononce exactement de la même façon) là où il est né, pour réussir.
Retour à mes modestes préoccupations. Je suis tombé sur Yang Zhao en cherchant autre chose, et j’ai vu sur la 








Sur la jetée, un patron est accueilli par deux personnes en uniforme sous le regard d’un touriste. J’ai cru d’abord que c’étaient des douaniers ou des contrôleurs. Le chef parle bien anglais et s’est fait un plaisir d’échanger quelques mots avec l’étranger présent. En fait, ce sont des représentants de la police militaire qui n’ont rien à faire de particulier, sauf regarder ce qui se passe. Sur la manche, l’écusson à l’effigie de la Grande Muraille dit ‘Zhongguo wujing’ centrale nation militaire police. On s’habitue à voir un peu partout des gens en uniforme qui sont simplement là. Il y avait aussi un agent de la police civile (en bleu marine) qui avait arrêté sa voiture de patrouille pour s’aérer sur le quai.


Wei Hai, signifie « le pouvoir sur la mer », comme
weifeng signifie « l’autorité », littéralement « pouvoir, vent ». Comme disent les classiques ‘le vent courbe l’herbe’ (et ensuite elle se redresse), mais ça s’écrit autrement.



En vitrine, les uniformes de l’époque. Les japonais étaient habillés comme les marins allemands contemporains. Le contraste est bizarre entre les matériels authentiques exposés, semblables à ce dont on disposait en face (principalement européen; le navire amiral japonais avait été construit en France) et l’allure des hommes sur les photos.

Li Hongzhang et son neveu Li Jingfang, négociateurs chinois du traité de Shimonoseki au Japon, qui termina la guerre. Au-dessus d’eux

Une salle obligatoire dans ce genre d’exposition pédagogique: celle des portraits des notables qui ont honoré le lieu. Pas de grands du parti, Deng Xiaoping n’est pas venu. Ici ce sont les universitaires qui se réunissent pour présenter leurs travaux d’histoire de la guerre. Titre
L’hôtel à Qingdao avait été réservé par téléphone. Plutôt que le bord de la mer, nous avions choisi d’en prendre un bien situé pour aller partout (et d’ailleurs il ne restait plus beaucoup de choix dans le prix que nous voulions mettre, environ 250 yuans la nuit). Nous avons passé trois nuits à l’hôtel des Quatre Côtés
sifang da jiudian. Sifang, quatre côtés, est le nom de ce quartier du centre de Qingdao. Dajiudian, mot à mot « grand alcool boutique » désigne en principe un hôtel de classe,



















l’île verte. Son port, ses plages, sa bière allemande (Tsingtao, maison fondée en 1903, quand l’empire d’Allemagne a demandé, donc obtenu, de l’empire Qing la concession du port). Comme nous avons tardé à prendre les billets, nous allons nous lever tôt et prendre un train à 5h40, qui vient de très loin, de Dandong dans les provinces du nord, et qui arrivera à 3h de l’après-midi à Cangkou dans la banlieue nord; la gare terminus de Qingdao est en cours de reconstruction pour les Jeux Olympiques (la voile), comme celle de Tianjin (le football). Neuf heures pour voir le paysage. Le nouveau train rapide aurait mis cinq heures et coûté deux fois plus cher. Nous resterons jusqu’à samedi. Je ne connais pas Qingdao, ma femme non plus; son fils y a un ami. C’est la première fois que nous partons au loin autrement qu’avec un trajet organisé par une agence; on verra bien.
Mon épouse aussi travaille ce dimanche; elle est rentrée à midi, chargée de légumes, pommes, petits chous verts, viande fraîche, poissons surgelé. Tout cela est offert par l’unité de travail à ses membres pour qu’ils fêtent dignement le Premier Octobre en famille (je ne sais plus si je l’ai déja expliqué, mais l’unité de travail à l’ancienne nourrit ses travailleurs; mon épouse commence sa journée par le petit déjeuner avec ses collègues; quand elle a le temps de rentrer déjeuner à midi avec moi, elle apporte du riz chaud aux légumes et à la viande dans un grand bol en fer émaillé).
‘shang lou yan jiu’, commerce, immeuble, tabac, alcool. Le tabac yan s’écrit avec le signe du feu à gauche; l’alcool jiu avec le signe de l’eau à côté du dessin d’un flacon. Je ne sais pas si ça se lit de gauche à droite ou autrement, et ce n’est pas important. On trouve des ‘tabac, alcool’ à tous les coins de rue. Mais celui-ci est très chic; on n’y vient pas pour se ravitailler mais pour acheter des cadeaux et les emporter dans de beaux sacs rectangulaires en papier décoré.
zhongguo mingjiu, Nation centrale, alcools de marque. Le troisième caractère ‘ming’ désigne le prénom d’une personne, choisi par ses parents, à la différence du ‘xing’ le nom de famille (









J’avais pris la photo pour illustrer le petit chaos architectural du quartier. On y voit à l’arrière plan, de gauche à droite, un immeuble d’habitation des années 1930, la silhouette biscornue de la grande librairie, et l’immeuble couleur d’or de la Banque de la Construction (qui a été mise en bourse à Shanghai hier; 30% de hausse en séance). Au premier plan, derrière les arbres, un immeuble administratif quelconque des années 30 , et le coin du grand immeuble de Teda, la zone industrielle sur la côte.


C’est la marque de l’immeuble à démolir, dernière étape du changement d’utilisation du terrain. Le caractère ‘Chai’ détruire, peint de chaque côté de la porte. Apparemment, tout le monde n’est pas d’accord; quelqu’un a collé au-dessus un caractère ‘NON’ en papier.
bu chai, ne pas démolir. Il est probable que l’indemnisation ne s’est pas trop mal passée. Il y a même une agence de la Banque de la Construction à côté, qui sera démolie aussi.

‘shuijiao’ raviolis chinois à l’eau bouillante (‘shui’, l’eau, premier caractère), est toujours ouvert. Le réparateur de vélos
‘xiuche’ tient sa boutique en plein air. C’est peut-être lui qui aura le plus de problèmes; il n’est pas du tout certain que, sur l’avenue rénovée, il aura toujours ce petit espace abrité où se mettre.
guojiadianwang (sur le casque rouge; 3e caractère ‘dian’ l’électricité), qui sont en train d’enterrer la ligne à moyenne tension. Sur ses pylones, elle donnait à cette avenue un air de pays récemment modernisé.
littéralement « le peuple travailleur ».

