Depuis hier, je suis de retour à la maison, dans le petit appartement de Tianjin avec ma chère épouse, assommé par le décalage horaire, mais bien content. Ne pas avoir de chez-soi sans être touriste finit par peser. En attendant, petit retour sur les deux semaines que mes touristes chinois ont passé en France en juillet.
Quand une maman chinoise part en voyage lointain avec son fils unique, elle a beaucoup de mal à se persuader qu’il arrivera à se débrouiller hors de la maison, même si le consulat lui a accordé un visa personnel parce qu’il a 18 ans; d’ailleurs dans son souvenir son fils n’est jamais parti ailleurs tout seul. Elle prépare donc les bagages elle-même, et met dans sa trousse de toilette (à elle) une deuxième brosse à dents (pour lui). Quand le petit groupe dont ils font partie est arrivé le soir à l’hôtel où les chambres sont réservées, il n’est pas possible de dire « Bonsoir; on se retrouve demain matin à huit heures au petit déjeuner. » Il faut que la maman monte porter la brosse à dents, et elle ne peut pas s’empêcher de rester pour vérifier qu’il se brosse les dents comme il faut.
Un petit Français se fâcherait, un petit Chinois non, au moins pour l’instant. C’est quand même la première fois qu’il se retrouve au milieu de gens qui parlent une langue qu’il ne comprend pas, et qu’il trouve dans son assiette des choses qu’il ne connaît pas. Grâce à sa maman, deux flacons de sauce de soja ont survolé l’Eurasie pour lui assurer une saveur familière mais ça n’a pas servi. Au début, il se rassure en voyant que les restaurants proposent des pizza comme en Chine. Invité à un mariage, il voit la salle du banquet pleine de tables rondes pour dix convives, comme d’habitude; mais on apporte les plats un par un, la table ne se couvre pas de bonnes choses variées comme dans un vrai banquet. Heureusement, il y a des escales dans le monde normal, où les noms de magasins sont en caractères et où on peut regarder CCTV à la télévision. D’ailleurs, le quartier des Olympiades, Paris 13e, ressemble bien à un nouveau quartier de tours à Tianjin (ou plutôt à ce qu’il sera dans 30 ans s’il n’a pas été remplacé).
En passant dans la famille du nouveau mari de sa maman, il a rencontré des jeunes gens qu’on lui a présentés comme la fille numéro trois ou le fils numéro quatre; il croyait que ça n’existait plus depuis la génération de ses parents. Et les fils ou les filles vivent quelquefois avec leur copain ou copine; les parents les reçoivent à la maison. On peut donc vivre autrement qu’en enfant unique.
En attendant que sa réflexion mûrisse, voici quelques images qui prouvent qu’il est bien allé en France et qu’il a vu ce qu’il faut voir.

Esplanade du Trocadéro. La queue pour monter à la Tour Eiffel était tellement longue qu’il a fallu renoncer. Ce sera pour une autre année. Sur le chemin, la pluie est tombée tellement fort qu’il a fallu se réfugier dans le musée de l’architecture qui montrait une exposition de l’oeuvre de Portzamparc.
La maquette du Logistic Port, nouveau quartier de Pékin (cliquer pour lire la notice)

Sur la Seine, le Batobus en vue de Notre Dame de Paris, par mauvais temps.

Sous la pyramide du Louvre, lecture du plan, dans son édition chinoise.
A l’approche de la Joconde. Tout le monde aura profité de sa vision bénéfique, mais très brève.

Devant « le sacre de Napoléon » par David. Les gens au premier plan sont des Chinois en visite guidée, avec une conférencière qui parle chinois; c’est la seule fois, avec les audioguides de Versailles.

Devant un des chérubins de la salle de Mésopotamie. Il remarque que cette statue, comme toutes les autres autour, a été volée pour se retrouver ici. Dans les musées chinois, on ne voit pas d’oeuvres occidentales anciennes déterrées par les archéologues. Heureusement, nous ne sommes pas allés au musée Guimet.

Photo du code d’Hammurabi, dont il est question dans le cours d’Histoire. La table des délits et des peines, 1500 ans avant le Premier Empereur et plus de 2000 ans avant le Code des Tang. C’est là qu’on peut lire « Si la maison nouvellement construite s’effondre et tue le maître de maison, on mettra à mort l’architecte; si c’est le fils du maître de maison qui est tué, on mettra à mort le fils de l’architecte. »

Devant le Centre Pompidou. Il ne pleut plus.

A l’intérieur du Jardin d’Hiver, sculpture-caverne de Jean Dubuffet. J’ai donné le mauvais exemple en prenant la photo au flash, ce qui est interdit. J’ai essayé de me faire pardonner de la gardienne en prétendant que je ne parlais que chinois mais l’illusion n’a pas fonctionné. Elle a eu l’indulgence de ne pas me faire perdre la face devant ma famille.
Nous avons aussi vu ensemble le Mont Saint Michel, la cathédrale de Rouen, la pointe du Grand Mont d’où Jules César contempla la défaite des Vénètes, mais pas l’Arc de Triomphe. Je vais en faire une galerie d’images. La France est un beau pays. La pluie qui tombe en été est plus légère que celle du nord de la Chine. C’était un beau voyage.





















danggai zhongguo sixiang signifie bien époque contemporaine, Chine, pensée. Le texte est en français, mais la petite illusion du titre en chinois (caractères traditionnels, que j’ai transcrits en caractères simplifiés) a fonctionné dans le train. Ma voisine de l’autre côté du couloir m’a dit qu’elle ne rencontrait pas souvent un Occidental qui sache lire les livres en caractères. La plupart des livres « sérieux » ont le titre traduit en anglais sur la couverture, même s’il n’y a que du chinois à l’intérieur. Cette vieille dame a été interprète d’anglais, pour des voyages officiels en Afrique. Elle avait aussi appris le français mais ne s’en est pas servi. Elle se rappelle encore comment on dit « vive le Parti Communiste Chinois ». J’ai beaucup de mal à lui expliquer de quoi parle le livre. D’ailleurs il ne se lit pas comme un roman. 13 chapitres écrits par des sinologues français et des universitaires chinois, sous la direction d’Anne Cheng qui est les deux à la fois (c’est elle qui a écrit « L’histoire de la pensée chinoise », Le Seuil, édition Point ISBN 2020540096). Pour l’instant j’ai lu le chapitre sur la langue chinoise écrit par un Chinois, Chu Xaioquan. Jusque dans les années 1970, le gouvernement maoïste avait la suppression des caractères dans son programme, à remplacer par une transcription alphabétique évoluée, la simplification des caractères n’étant qu’une étape. Demain les Instituts Confucius vont enseigner au monde entier les caractères, élément central de l’identité chinoise.

monnaie du Peuple (renmin). Il n’y a qu’au guichet de la banque qu’on l’appelle ainsi, pour être sûr de ne pas confondre le
yuan chinois avec le dollar
(meiyuan) ou l’euro
(ouyuan). Dans la rue on demande « duoshao qian »
(beaucoup-peu d’argent, « combien? »). Et le marchand répond « yi kuai qian »
(un morceau d’argent, un yuan). Le « qian »
, on m’a expliqué que c’était autrefois la sapèque, la pièce de bronze avec un trou carré qui a duré depuis le Premier Empereur qui l’a normalisée jusqu’à la République au 20e siècle. Et le logo de la Banque de Chine, c’est encore une sapèque.
Voici le logo, avec le nom écrit dans une calligraphie pas très lisible. Zhongguo Yinhang
ça sonne comme « Banque de France ». En fait, c’est la grande banque à tout faire; elle est installée partout, dans toutes les villes et les quartiers. Je l’ai choisie parce qu’elle fait les opérations de change. Quand je suis arrivé en septembre 2005, j’apportais avec moi des travellers chèques, de quoi payer l’université et mon train de vie pendant une année scolaire. Je suis d’abord allé changer une grosse somme à l’agence principale, celle qui est rue de la Libération (Jiefang lu, autrefois Victoria street) là où était le siège de la Banque de Hongkong et Shanghai de 1926 à 1949. Tout s’est bien passé et je suis sorti avec deux cent billets de cent yuans. Ils m’auraient aussi bien fourni des euros, des dollars ou des livres anglaises.



















‘tian zhu’, le maître du Ciel (le deuxième caractère zhu désigne aussi le propriétaire d’un appartement; il y a plusieurs façons de désigner le Dieu unique, et des controverses). Une église (ou un temple protestant, ou une mosquée) se dit ‘jiaotang’, « enseignement, salle », les deux derniers caractères. Vous avez déja vu la cathédrale, extérieur et intérieur, avec beaucoup de monde à l’intérieur. J’étais donc arrivé une demi-heure en avance pour être sûr de pouvoir m’asseoir. Devant le portail, il y avait un groupe nombreux en robes blanches, des photographes, et d’autres gens autour. J’ai pensé que c’était la communion solennelle.
En m’approchant, j’ai vu qu’ils n’étaient pas tous jeunes. Ou plutôt elles, puisqu’il n’y avait apparemment que des femmes.


Dommage que je n’aie pas su à temps que c’était ce jour là. J’ai appris aussi que la promotion précédente, si je peux parler ainsi, comptait 188 nouveaux baptisés, le 16 décembre 2006. Les 

fan, le Salut, que mon dictionnaire dit être un mot du bouddhisme.

langue française, yingyu
langue anglaise, hanyu
langue chinoise. La France se dit faguo
, l’Angleterre yingguo
, et comme les caractères phonétiques ont un sens, la France est le Pays des Lois, et l’Angleterre le Pays Brillant (l’Allemagne, deguo, est le Pays de la Vertu; l’Amérique, meiguo, le Beau Pays). Une exception dans la série. La Chine n’est pas le pays des Han (nom de la dynastie contemporaine de l’Empire Romain) mais le Pays du Centre
l’Empire du Milieu, bien connu, et sa langue écrite est zhongwen
. En dessous, les quatre caractères disent ‘tujie cidian’, dessin explication, dictionnaire de mots (car il y a aussi les dictionnaires de caractères).


kuai can, rapide nourriture.
la France, et aussi la loi, est l’abrégé de
falansi, le deuxième caractère étant l’orchidée, et le troisième qui n’est plus utilisé autrement qu’en transcription phonétique (c’est pour ça qu’on l’utilise, un peu comme une case noire de mots croisés) voudrait dire « celui-ci ». J’ai l’impression que le choix du caractère ou du radical phonétique adéquat est un jeu de l’esprit apprécié depuis des millénaires. D’autres pays ont une image plus réjouissante, par exemple
putaoya, le Portugal. Les deux premiers caractères sont le raisin, le dernier les dents (information pêchée sur la carte de l’Europe, page 316 de ce dictionnaire inépuisable).