Magasin de souvenirs

Rue de l'est

Ce magasin de souvenirs est dans la rue de l’Est de la vieille ville de Tianjin. L’emplacement est authentique. Il y a 500 ans ou un peu plus, au temps des empereurs Ming, une rue toute neuve venait d’être tracée et construite ici. Ce qu’on voit sur l’image a été construit en 2003, sur le modèle ancien; on a donc suivi les pratiques millénaires, comme pour les temples et les palais. Les briques sont vraies, il y a des gens qui travaillent à l’étage et d’autres qui vendent en bas, comme avant. Le magasin au centre vend des petites statues en terre peinte, spécialité de la ville. Entrons voir les vitrines.

Bébés

Des bébés de quelques centimètres de haut. Les prix en rouge sur les étiquettes sont en yuans (enlever un zéro pour avoir le prix en euros). Prix enregistrés au service du contrôle des prix de la municipalité, dit le texte sur fond vert. C’est la base de départ pour négocier. Mais un étranger ne peut pas acheter, surtout s’il a une épouse chinoise qui est très malheureuse de le voir payer trop cher. Donc il doit se retirer, et espérer que ça ne durera pas trop longtemps, surtout que son passage a handicapé la négociatrice. On y arrive.

Dames Song

Dames de l’époque des empereurs Song, à l’échelle de 1/10e environ.

Maternité

Sujet tout à fait moderne; la brassière en pachwork est une création récente mais dans le style.

baozi

Faire les baozi (aumônières de pâte légère et levée qui enferment un pâté de viande, cuites à la vapeur dans des tamis empilés; ne pas confondre avec les jiaozi). La scène est la même au bord des rues aujourdhui. Bientôt on pourra trouver des figurines avec la bouteille de gaz. Reflet du couple d’acheteurs éventuels et du reste de la boutique. Nous ne les avons pas acheté. Pas de place où les mettre. On reviendra.

Service municipal

Nous allons de temps en temps au restaurant dans le quartier de la l’Harmonieuse Tranquillité, l’ancienne concession anglaise où les entreprises d’Etat et les lieux de plaisir distingués sont logés dans les anciennes villas avec jardin du début du 20e siècle. Un ami malveillant m’avait dit que , si ce quartier est si merveilleusement propre et peigné, c’est parce que les hauts cadres des entreprises dont je parlais y ont leurs résidences de fonction. Leurs confrères des services municipaux sont obligés de démontrer qu’ils sont à la hauteur de leurs responsabilités.

munandao Munan dao, rue du Sud Paisible, en hiver.

En effet, on y croise souvent les employés municipaux, qui semblent mener une existence sereine, bien loin de celle de leurs collègues qui balayent la chaussée le long de la glissière centrale des avenues surélevées à 4 voies. Mais hier samedi, à l’heure de midi, j’ai été dépassé par un cortège de triporteurs qui semblaient faire joyeusement la course vers un portail au loin.

Triporteurs Heping hepinghuanweiA l’arrière des retardataires, j’ai pu lire ‘heping huanwei’. Heping, c’est le nom du quartier. Je connaissais le dernier caractère ‘wei’weiqui désigne la salle de bains sur les plans d’appartements. L’avant dernier ‘huan’ signifie « protéger », m’a dit le dictionnaire, et désigne les gardes de l’empereur. Ce sont donc « les Défenseurs de la Netteté de l’Harmonieuse Tranquillité », ou « le service d’hygiène du district de Heping » (je viens de trahir un des trucs qui permettent aux sinologues de démontrer combien la pensée chinoise est différente). Quand même, ces triporteurs dans une rue bordée de grilles de jardins, entre les voitures garées le long du trottoir, comme dans une banlieue résidentielle en France, c’était un spectacle exotique.

Cortège de face Un peu plus loin, j’en ai vu d’autres roulant vers le même point. C’était l’heure de midi; ils allaient garer leurs engins de travail et repartir à vélo pour déjeuner chez eux ou dans des restaurants de moindre niveau. Rien que pour le plaisir, j’ai fait quelques portraits, et apparemment ils n’en étaient pas mécontents, donc je les publie.

balayeuse équipée Celle-ci a gardé les manchettes, les gants et le brassard réfléchissant qui est l’insigne de ses fonctions. Elle a enlevé son masque blanc et l’a posé dans le panier devant elle.

préposé Machang Sur la caisse du triporteur, le nom de la rue ‘machang’, cheval champ, la rue du Champ de Courses où est le lycée Chine Nouvelle.

Deux cyclistesFin du cortège. La journée est finie, ou bien ils se sont raconté des histoires gaies.

Le jour du grand examen

Les deux derniers jours ont été différents des autres. Avec un candidat au Grand Examen dans la maison, plus de télévision. On a mis en service le climatiseur pour qu’il puisse bien dormir (on l’aurait mis en service de toute façon, mais sa pauvre mère lui a laissé la chambre la plus fraîche et a dormi dans l’autre). Heureusement, pas de nourriture spéciale ni de cartouches d’oxygène comme le racontent les journaux (pour l’oxygène, j’avais lu sur l’emballage de celle qu’on m’avait remise dans un autocar qui allait franchir un col à plus de 4000 mètres au Sichuan « recommandé pour la préparation des examens », et j’avais mis en doute ma capacité de traducteur).

Carte Carte de candidat à l’examen. Avant-dernière ligne: langue étrangère anglais

Ce soir, c’est fini pour tout le monde, et l’évènement national a fait l’ouverture du journal télévisé. On a rappelé que c’était le trentième anniversaire du rétablissement de l’examen en 1977 après la Révolution Culturelle qui avait interrompu le recrutement des universités pendant onze ans, avec interview de quelques uns des 220 000 participants à cette session (10 millions cette année). RecruteurJusqu’en 2003, l’examen durait trois jours et se tenait en juillet; on l’a mis en juin pour qu’il fasse moins chaud; on parle de l’avancer encore en 2008 pour cause de Jeux Olympiques. En tous cas, notre candidat avait le sourire ce soir; c’est fini. Pas moyen de savoir s’il était content. En ce moment, il est reparti à son lycée, pour une séance d’exposé à chaud des réponses. L’angoisse de la copie blanche n’existe pas pour les lycéens; les copies sont de grandes feuilles imprimées qu’il faut remplir avec les bonnes réponses aux questions. La controverse « les études ont-elles pour but de préparer à l’examen ou d’apprendre quelque chose? » est repartie ; les universités de Hong Kong peuvent depuis peu d’années admettre des étudiants des provinces chinoises proches. En 2006, 15 majors provinciaux du Grand Examen se sont présentés à l’entretien de recrutement des universités de Hong Kong, et 11 ont été recalés pour maturité insuffisante et inaptitude à suivre un enseignement universitaire en l’état. Les universités chinoises ne se posent pas la question. Le Grand Examen est un concours d’entrée unifié. Mais il faut quand même attirer les bons. Le jeune homme en polo rose et badge est un envoyé de l’université de Nankai, une des deux universités « nationales » de Tianjin. Il distribue des dépliants aux parents qui attendent devant le Lycée Municipal Numéro 21, ancien collège catholique, où notre candidat a étudié (mais il passe l’examen ailleurs, c’est la règle). Quelques images des grandes journées:

Lycée Xinhua La veille, journée porte ouverte dans les lycées qui sont centres d’examen. Les parents, les candidats, les surveillants et les forces de l’ordre viennent reconnaître le terrain. Ici le lycée Xinhua (Nouvelle Chine) dans l’ancien quartier résidentiel des Concessions, plutôt chic.

Lycée No 21 Devant le lycée municipal No 21, qui reçoit les derniers candidats. La banderole blanche « année 2007, municipalité de Tianjin, examen unifié national pour l’admission à l’enseignement supérieur, centre d’examen » est la même dans toute la ville.

Réception Les tables d’émargement et de répartition des salles. La banderole à six caractères dit ‘wo chengxin’ « Je suis digne de confiance » et ‘wo guangrong’ « j’ai de l’honneur ». Le dernier caractère de la première devise, ‘xin’, signifie « confiance » et aussi « lettre à la poste ». La même banderole est sur le chemin des candidats dans tous les centres.

Supporters En face du portail, les supporters du collège expérimental, nouvelle institution qui recrute de jeunes étrangers; la première promotion comprend des Japonais, Anglais, Français et Espagnols. Sur la banderole ‘yaohua shiyan ban bisheng’ « le brillant . expérimental . cours . ne peut pas perdre ».

AttenteLycée numéro 21. Les parents vont passer la matinée à attendre la sortie de la première épreuve.

Rue du Champ de Courses Le trottoir de la rue du Champ de Courses, devant les grilles du Lycée Chine Nouvelle, les parents attendent aussi. Contrairement à l’année dernière, on ne leur a pas ouvert une cour de récréation.

Ne pas klaksonner Au milieu de la rue, la pancarte dit ‘zhengzai gaokao jinzhi minghao’ « en cours, grand examen, interdit, de klaksonner ». A retenir, les deux premiers caractères de la deuxième ligne, qu’on lit partout où quelque chose est interdit. Le troisième caractère de la deuxième ligne est l’oiseau précédé d’une bouche ouverte, le son.

Foule des parents L’heure de la fin de la première épreuve est arrivée. Les parents remplissent la rue devant le Lycée numéro 21.

Début de la sortie Sortie des premiers candidats. C’était l’épreuve de langue chinoise. Durée 2h30.

Sortie en masse Sortie en masse des candidats. Ca ne s’est pas trop mal passé. Il reste encore un jour et demie.

Demain le grand examen

gaokaoDemain commence le Gaokao, le Grand Examen, dont le nom complet est

gaodenggāoděng yuànxiào rùxué kǎoshì, examen pour l’entrée des étudiants dans les établissements d’enseignement supérieur, mais en Chine on désigne tout par un nom de deux syllabes, les plus significatives, donc c’est le Grand Examen. Il aura lieu demain jeudi et vendredi dans les établissements secondaires. Dix millions de candidats pour cinq millions de places, des grandes universités aux instituts techniques. Si j’ai bien compris, on ne peut le passer qu’une fois, mais j’ai entendu des avis différents. Les parents se préparent. Il parait que beaucoup ont loué des chambres d’hôtel près du centre d’examen pour épargner toute fatigue à leur candidat, ou même une chambre privée dans un bon hôpital bien placé. A lire dans le China Daily l’article de fond , et l’entraînement anti-stress. Les lycées sortiront des tables et des bancs dans les cours de récréation, pour que les parents puissent attendre la fin des quatre épreuves: jeudi langue chinoise, mathémathiques, vendredi littérature ou sciences, langue étrangère.

HoraireL’horaire au dos de la carte d’dentité de candidat

Si j’en parle cette année, c’est que le fils de mon épouse est parmi les candidats. Par son père, il est de la lignée de Cao Xueqin, l’auteur du ‘Rève dans le pavillon rouge’, le roman écrit au temps de Louis XV qui est à la Chine ce que ‘La recherche du temps perdu’ est à la France. Pourtant il a suivi une section scientifique. D’après les manuels de cours que j’ai feuilletés, j’aurais du mal à réussir. Il est incapable de comprendre mon anglais et je ne comprends rien au sien, mais ce n’est pas si important; l’épreuve de langue étrangère est un QCM (apparemment, le manque est comblé pendant les études supérieures; je rencontre pas mal de gens avec qui parler anglais).Robe courte Il aura besoin d’un peu de chance, comme les autres. Pour attirer la chance, j’accompagne sa carte de quelques images d’étudiantes de dernière année de l’Institut des Langues Etrangères, qui viennent de passer les épreuves de leur examen de fin d’études, et essaient les robes de lauréate afin d’être prêtes pour le jour de la remise des diplômes. Je les ai surprises en sortant de mon cours avec Pierre Océan d’Or, mon professeur de langue chinoise. Il est en fin de seconde année de la licence de langue française, et je crois qu’il devrait penser à s’inscrire dans la filière de l’enseignement. Il est merveilleusement attentif à mes essais de prononciation des tons, et patient pour me faire répéter. Il veut aussi que le rythme de la phrase soit correct, comme il est dit dans les manuels d’enseignement du français langue étrangère que j’ai essayé d’étudier. Son vocabulaire français est approximatif mais il prononce bien. Nous essayons de nous parler en chinois, avec des tentations pour lui d’essayer son français, et pour moi la nécessité de boucher les trous de mon vocabulaire. Je progresse déja.

Robe longue Portrait de deux amies presque diplômées, dans le jardin de l’institut des langues étrangères de Tianjin.

Portraits Si vous avez envie de les fréquenter l’an prochain, inscrivez vous aux cours de langue chinoise du Collège International de l’institut. Il n’est pas encore trop tard pour le premier semestre. 1300 euros pour un an d’enseignement; logement à la cité internationale 150 euros par mois. Limite d’age théorique 55 ans. On est en ville.

Au bord de l’eau

Bord de l'eauLa ville de Tianjin s’occupe des berges de sa rivière, la Haihe, qui ressemble un peu à la Seine à Paris. Ici, le restaurant flottant à côté de l’embarcadère des bateaux de promenade. En avance sur un futur jardin, un monument à la gloire des militaires a été construit, avec un mirifique groupe réaliste en bronze.

statue Tout près, ce n’est pas une statue, mais un authentique char d’un modèle qui est toujours en service. On vient se faire photographer devant. Bientôt il y aura autour une balustrade digne de lui; on plantera des arbres.

TankSous le canon, le portique d’entrée de la rue de l’Ancienne Culture, le nouveau quartier de loisirs et d’artisanat traditionnel. Ce dimanche après-midi, ceux-ci sont venus prendre le thé sur les marches neuves qui descendent vers la rivière depuis sa place centrale.

 Vieux qui prennent le thé Ces deux là sont venus se prendre en photo au bord de l’eau. Je les ai photographiés ensemble avec leur appareil, puis avec le mien.

Amoureux Le char ne rappelle rien à personne aujourdhui. Plus exactement, les vieux n’ont pas envie d’en parler, les jeunes n’en ont pas entendu parler. Donc je n’en parle pas non plus. Ce n’est pas dans le journal. Pour en savoir plus long, lire Rue89 , Cai Chongguo , et peut-être demain votre quotidien habituel.

Binjiang dao

Suite de la promenade d’hier. Sur le pont, alors que je regardais le paysage des grands immeubles déserts, j’a été dépassé par une jolie fille qui marchait vite.

Fille sur le pont binjiangdaoJe l’ai suivie; elle allait à Binjiang dao, la rue du bord du fleuve. Je ne sais pas pourquoi cette rue s’appelle comme cela; elle est perpendiculaire à la rivière et va vers le sud-ouest. A l’autre bout, le portail de la cathédrale catholique (le Tianjin moderne ne suit pas du tout le plan rectangulaire est-ouest, sud-nord des villes normalisées; la vieille ville n’a pas guidé sa croissance comme à Pékin). Entre le fleuve et la cathédrale, c’est la rue des plaisirs innocents, magasins et spectacle de la rue. Tout le monde s’y retrouve. Promenade à six heures du soir alors qu’on prépare la soirée.

Façade ZidaneUn taxi-triporteur électrique passe sous quelques têtes connues. A gauche les bâches d’un chantier, taillées dans le tissu plastique rayé dont on fait aussi les grands sacs rectangulaires à fermeture éclair qu’on trouve pour pas cher dans le monde entier.

Heng de li Une mère et son grand fils sous l’enseigne de Heng De Li, magasin réputé de montres ‘zongbiao’ et de lunettes ‘yanjing’, c’est écrit sur la deuxième ligne.

Immunité L’équipe de démonstrateurs écoute les explications de l’animatrice. Le produit lacté en petits pots couleur or qu’ils vont essayer de vendre promet une augmentation de l’immunité naturelle de cent pour cent (en haut sur fond vert).

Jeune couple Un jeune couple en balade. Justement, ils arrivent à la hauteur des agences de mariage tout compris, qui vous organisent le banquet avec la cérémonie, la limousine et l’album souvenir.

Photo de mariage Ceux-ci attendent la clientèle dans un petit salon sous tente, aux couleurs favorables.

Agence de mariage Ceux-là ont une équipe pour arrêter le client sur son chemin, dans un genre plus populaire, et distribuer des échantillons d’images du bonheur.

Autre vendeur de mariages Et comme il y en a pour tout le monde, un magasin de sport a installé un mur d’escalade, avec des cordes de sécurité et un prix pour celui qui arrive en haut. C’est déja la foule.

mur d'escalade Ce soir il y aura des compétitons avec handicap. La voie de gauche est beaucoup plus difficile.

Traversée du désert

Aujourdhui je devais aller faire renouveler mon permis de résidence. Nous y sommes allés ensemble, mon épouse qui me permet d’habiter la Chine au titre de « membre de la famille d’un citoyen », et moi. Nous avions eu tort de faire confiance à sa compétence de fonctionnaire. Il manquait une pièce à la chaîne de la démonstration. J’existe grâce à mon passeport; elle existe grâce à sa carte d’identité; nous sommes mariés grâce au petit livre rouge de mariage; mais elle n’a pas apporté le livret de résidence qui prouve qu’elle-même habite légalement dans le ressort du bureau de la sécurité publique. Echec provisoire. L’après-midi je suis retourné seul, avec toutes les pièces, mais je suis arrivé trop tard; le bureau ferme plus tôt le vendredi. Je recommencerai demain.
Pour adoucir la déception, je suis rentré à la maison à pied, et j’ai traversé un des petits déserts que la municipalité s’est ingéniée à créer au centre de la ville.

Pelouse et buildings Une immense pelouse où il n’y a rien et où il n’est pas prévu d’aller, peut-être destinée à recevoir l’ombre des grands immeubles. Ainsi le quartier est à l’abri des restaurants sur triporteur et des trieurs de bouteilles plastique qui donnent un air tiers-monde à cette grande métropole. Les palmiers sont en plastique. La grande chose à droite est la Tour Océanyuanyangdashayuan yang dasha, lointain océan grand bâtiment. Le caractère « océan » s’écrit comme le moutonyangyang, précédé du symbole de l’eau (c’est une rencontre de prononciation, mais ça fait rêver). C’est le siège de Cosco, China Ocean Shipping COmpany, dont les porte-conteneurs inondent le monde de choses fabriquées en Chine. Retour à terre. Juste derrière, une autre tour va bientôt sortir du sol.

Chantier Au fond à gauche, le dortoir du personnel, sur trois niveaux. Ce sera une grande tour.

pont En passant le pont tout neuf, je croise trois travailleurs de ce chantier là ou d’un autre. On les reconnaît à leur mine, nettement plus bronzée que celle des citadins, et à leur chargement. Ceux-là n’ont pas de souci de permis ou de livret de résidence. Ils n’en ont pas. Ca ne les empêche pas d’avoir le moral et de saluer l’étranger qui a la drôle d’idée d’aller à pied.

La ville en carré

Discutant avec un ami de Tianjin, je déplorais qu’il ne reste rien d’ancien dans la ville. Pas d’enceinte de murs comme à Xi’an, pas de quartier ancien comme il en reste à Pékin, juste quelques temples remis à neuf et cernés par les quartiers modernes, et les immeubles de style européen 1900 des anciens quartiers des Concessions. Il m’a affirmé que non, que la ville ancienne était toujours là. Et il m’a montré sur la carte les quatre rues qui portent les noms très simples de rue Est, rue Ouest, rue Sud, rue Nord. Et les deux stations de métro appelées Coin nord-ouest et Coin sud-ouest. Je savais que les murailles de la ville ancienne avaient été rasées sur l’ordre des Occidentaux des concessions, qui avaient eu trop de mauvaises émotions au printemps 1900 pendant la guerre des Boxers.

Image satellite (image offerte par Google Maps; pour voir l’original et vous promener dedans, cliquez)

La photo aérienne démontre qu’il a raison. On voit encore le plan de la ville reconstruite par les empereurs Ming, vers 1490, quand François 1e était un jeune homme. Les petits côtés nord-sud ont un peu plus d’un kilomètre de long. L’image a été prise en hiver, au début de 2004; on voit la station de métro Coin Sud-Ouest en construction. Le terrain a été entièrement nettoyé des vieilles constructions.

vue satellite Deux ou trois ans avant, ça devait ressembler au quartier ancien qu’on peut voir au nord-ouest dans la courbe du canal. Petite idée des méthodes d’urbanisme ici: le quartier est maintenant une prairie où on a conservé les arbres. Par contre, le terrain vide à l’ouest est couvert de tours de logements; dans l’ovale central, c’est un lycée; il y a aussi la nouvelle grande mosquée ouverte à l’automne 2005, qui m’avait amené dans le quartier.

Aujourdhui, moins de trois ans après la photo satellite, quand on sort du métro à la station Coin Nord-Ouest on voit ça:

Rue Ouest Les murailles du côté Ouest ont été remplacées. A l’intérieur, c’est presque partout le chantier. Sur un des grands murs de la première rue intérieure, le portrait rêvé de la future avenue.

Image murale En face, l’école primaire fonctionne et les parents commencent à se réunir pour attendre la sortie, comme partout ailleurs. Deux cents mètres plus loin, je suis devant un portique traditionnel qui marque l’entrée de la grande rue nord-sud. PortiqueLe monsieur en blanc est en train de guider un car de touristes qui se gare. J’aperçois une enfilade de boutiques à l’ombre de bâtiments de briques grises, et la silhouette d’une tour qui ressemble à la Tour de la Cloche au centre de Xi’an. Les boutiques vendent des articles nobles, pinceaux et pierres à encre, jade sculpté, peintures et calligraphies. La ville du temps des Ming a ressuscité, au moins sa rue centrale. Bien sûr, les bâtiments sont tous neufs, et on peut monter à l’étage par un escalier roulant. Mais en haut ce sont des ateliers où on fait vraiment des calligraphies et des peintures de style classique. La longévité ‘shou’ et le bonheur ‘fu’ sur fond rouge. L’endroit est le vrai, les bâtiments sûrement de meilleure qualité que ceux qu’ils ont remplacés, et les successeurs des artistes commerciaux dont parlent les anciens voyageurs sont au travail.

Ateliers Je pense à la « rue de l’Ancienne Culture », à quelques kilomètres d’ici, construite près du fleuve pour servir de centre au nouveau quartier touristique. Ici ça ne fonctionne pas encore vraiment, il n’y a pas assez de clients; ce n’est pas le jour et il faut marcher longtemps entre les palissades pour y arriver.

Rue nrd-sud Mais quand les tours prévues seront peuplées de centaines de milliers de gens, la place centrale sera pleine de monde chaque soir.

Tour du tambourEn contemplant la Tour du Tambour, restaurée (ou reconstruite) là où l’architecte de la ville l’avait mise il y a 500 ans, j’essaie d’imaginer.

Je vais relire et tenter de comprendre les articles sur la mystique du carré signés par movitcity , urbaniste et grand rêveur de la Chine (plus récent article le 27 mai).

A l’université des langues étrangères

Je vais commencer une nouvelle étape de ma conquête de la langue chinoise. J’avais d’abord suivi des cours à l’université, mais à mon age le rendement n’est pas excellent; et puis j’aurais pu être le papa de la plupart des étudiants, j’étais généralement plus vieux que le professeur, tout ça dérange l’ordre social. Des connaisseurs m’ont dit qu’il n’y a qu’un moyen vraiment efficace: coucher avec une Chinoise. J’ai suivi leur avis (enfin, je n’ai pas pris les décisions dans cet ordre, mais la situation finale est la même). L’ennui, c’est que je ne progresse plus avec elle. Elle comprend parfaitement ma prononciation désastreuse, et elle connaît de mieux en mieux les mots français que j’emploie quand je manque de vocabulaire, avec le dictionnaire pour aider. Une amie appelée en consultation vient de me trouver un étudiant de son université, qui pourra me servir de répétiteur deux fois par semaine, m’obligera ainsi à me remettre à suivre les leçons du manuel, et s’appliquera à me faire redire mes phrases jusqu’à ce que mon accent s’améliore.

Nous avons fait connaissance cet après-midi. Pour être sûrs de parler du même lieu de rendez-vous, nous nous sommes retrouvés au Starbuck Café de l’International Building, la tour-hôtel pour les travailleurs mondialisés. Il connaissait mais n’y était jamais entré; aussi bien c’est moi qui suis allé chercher les cafés; au tarif occidental c’est l’équivalent de deux ou trois jours de son train de vie. C’est là qu’on se rend compte de l’écart des pouvoirs d’achat dans ce pays. Pierre est étudiant en français à l’Université des Langues Etrangères de Tianjin, juste à côté et pas loin de chez nous. Il a choisi un prénom français. Son prénom chinois est pourtant très beau, « l’or de l’océan ». Mais c’est l’habitude. Je ne saurai pas aujourdhui pourquoi il a choisi d’étudier le français; il paraît que c’est la plus belle langue du monde. En tous cas, après deux années pleines, il parle beaucoup mieux français que moi chinois. Nous avons choisi le lieu de travail: une table de la cafeteria chic située dans l’université en haut du nouveau bâtiment des salles de cours. L’endroit sera calme mais pas désert. On commence mercredi.

waiguoyuxueyuanEn attendant, un petit tour de l’institut des langues étrangères de Tianjin, tianjin waiguoyu xueyuan; tianjin extérieur pays langue etude institut. C’était l’institut catholique des études commerciales et industrielles de la concession française; le bâtiment central a été inauguré en 1925.

Façade de l'institutJ’apprends à Pierre le mot ‘concession’ mais je lui dis une bêtise en affirmant que Paul Claudel était consul de France à Tianjin à ce moment là. Il l’était entre 1905 et 1909. C’est en souvenir de ce temps qu’il mystifia un jour une femme du monde, alors qu’il était devenu ambassadeur de France et poète de renom. Dans une réception, la dame se précipite sur lui en disant _ »Maître, je sais que vous connaissez le chinois. Dites moi ce qui est écrit sur la broche que mon mari vient de m’offrir. » Claudel s’incline vers le décolleté de la dame. _ »Cette broche est très belle et authentique. Vous tenez vraiment à savoir ce qui est écrit ? » _ »Oui, quelle question ! _ »Eh bien, il est écrit ‘Fille publique immatriculée auprès de la municipalité de Tianjin’; en mot-à-mot, bien sûr « .

Bâtiment des cours Voici le grand bâtiment des salles de cours, inauguré en 2004, un peu déformé par la perspective; c’est tout petit, un campus en pleine ville. De style occidental dans la continuité, du moins il y a un tentative.

Ecusson Dans le grand hall de marbre (trop large, pas moyen de photographier), un somptueux motif aux armes de l’institut. S’il y avait un aigle à la place de l’horloge 1925, on se croirait au siège de la CIA.

Cour La grande cour au milieu des anciens bâtiments. Les fleurs sont en pots et renouvelées par les jardiniers de la municipalité. Les deux étudiantes portent des thermos d’eau chaude pour leur dortoir. Pierre me rappelle que les étudiants vivent en chambrées de huit, avec des lits superposés.

Clos des étrangers Dans l’angle ouest du campus, l’enclos des étrangers, qui date des années 1970, quand il s’agissait de protéger le socialisme contre la contagion des professeurs et des étudiants occidentaux. OPanneau d'entréen ne pouvait pas se passer d’eux mais on veillait sur eux. Ils avaient là leurs logements, leur restaurant, leur boutique qui n’acceptait que les yuans pour étrangers. Les étudiants chinois qui venaient les voir présentaient une autorisation au corps de garde et toutes les allées et venues étaient enregistrées. Ce n’est pas si vieux; les yuans pour étrangers n’ont disparu qu’en 1995. L’an dernier, dans ma résidence universitaire, le pavillon international avait sa conciergerie et les visiteurs chinois devaient écrire leur nom et numéro de carte d’identité sur un registre, mais avec des relâchements pour les habitués. Et la disposition des lieux ne favorisait pas la surveillance des habitants. Ici la grille vient d’être remplacée par un modèle électrique moderne, qui donne l’heure et s’illumine quand il s’ouvre ou se ferme. Tout est prêt pour un retour aux vieilles habitudes, au cas où.

Avant de partir, un coup d’oeil sur les plaques au nom des allées du campus, bilingues comme il se doit. Il y en a en coréen, arabe, allemand, anglais; je n’ai pas vu de japonais ni de russe, mais il y en a certainement. La plaque française porte une trancription phonétique: ai li she; le quatrième caractère veut dire ‘rue’. Les autres signifient ‘amour’, ‘beauté’, ‘abandon’. Le français est bien la plus belle langue de la terre.

Elysée

Train à grande vitesse

Juste pour le plaisir de montrer que tout est fait pour donner aux citoyens l’impression qu’ils vivent dans un pays moderne. Il y a quelques jours, je suis allé à Pékin. A l’aller, j’ai pris la vieille navette qui met une heure vingt minutes et coüte 30 yuans (40 yuans en première, mais maintenant j’arrive à obtenir un billet « dur » alors que la guichetière vendait toujours un billet « mou » au vieil étranger).

Gare nordJe suis parti de la toute petite gare Nord; la grande gare centrale est en reconstruction pour les Jeux Olympiques et je ne connaissais pas l’autobus à prendre pour aller à la gare provisoire, très loin dans une zone industrielle. Rien à signaler. Les convoyeuses continuent de passer dans le couloir avec leur bouilloire d’eau chaude et leur panier chargé de petits gâteaux. Mais au retour j’ai pris le nouveau train électrique à grande vitesse, le CRH.

CRH

(image prêtée par l’agence Xinhua)

Personne n’a pu me dire ce que les lettres signifient, même pas le charmant jeune homme qui s’est assis à côté de moi. J’étais en train de lire « contre François Jullien », le livre de Jean-François Billeter. Il s’est adressé à moi en anglais pour me dire qu’il était très perplexe; il me voyait lire un livre étranger et lui, qui sait l’anglais, n’arrivait pas à comprendre ce qui était écrit sur la couverture. Il m’a demandé la permission de regarder mon livre de près, et sa perplexité a augmenté. Je lui ai dit qu’en Europe, d’où je viens, les gens parlent plusieurs langues qui s’écrivent en yingzi (« caractères anglais »; l’expression « caractères latins » risquait de ne pas être comprise). Cela lui a ouvert une perspective nouvelle et il m’a demandé de quoi le livre parlait. Mais là j’ai été à cours de vocabulaire. Je sais comment on dit « professeur d’université », mais comment énoncer « visions différentes de l’écart entre les philosophies occidentale et chinoise » ? (il faudra que je parle de ce livre un de ces jours).

Nous avons donc renoncé et il m’a expliqué avec enthousiasme que nous étions assis dans le train le plus moderne et le plus rapide du monde, entièrement de conception chinoise, capable de rouler à 250 kilomètres à l’heure. Et que la cabine est exactement comme celle d’un avion, avec des sièges à dossier inclinable orientés tous dans la même direction. Cela l’intéresse d’autant plus qu’il se prépare à devenir contrôleur du trafic aérien à l’école d’aéronautique de Tianjin. Il avait réussi à avoir un billet le premier jour (c’était le 18 avril, et le journal télévisé national avait ouvert sur l’arrivée de la première rame CRH en gare de Shanghai, avec interview de passagers en direct; je n’avais pas vu ça depuis la première liaison Lille-Marseille en TGV). Il avait pris des photos de ce grand jour. En fait, il n’est jamais encore monté dans un avion, sinon il m’aurait dit qu’on est mieux qu’en avion. Il y a assez de place pour les jambes. Il faut même étendre le bras pour prendre ce qui est dans la poche au dos du siège précédent. Et on y trouve, comme dans un avion, la fiche de sécurité qui décrit les consignes d’évacuation, le fonctionnement des issues de secours, la ceinture de sécurité, et les règles d’utilisation des toilettes (avec siège et chasse d’eau à dépression, choses nouvelles); il ne manque que le mode d’emploi du gilet de sauvetage. J’aurais volontiers volé la fiche malgré l’instruction de ne pas l’emporter, mais je ne voulais pas donner le mauvais exemple à un jeune. J’ai quand même pris le sac prévu en cas de mal de l’air, au sigle du nouveau service.

SacEn caractères : qing jie dai, clair propre sac; le premier caractère désigne aussi la dynastie des empereurs mandchous, les Qing. Calligraphie distinguée.

Nous avons vu arriver l’hôtesse, poussant dans le couloir le chariot-repas qu’on connaît bien en classe touriste, eau gratuite, sodas et gâteaux payants. L’illusion aéronautique était très bonne. En approchant de l’arrivée, j’ai reconnu la future voie TGV (la vraie) qui court en viaduc à travers la campagne pour éviter de couper le paysage et minimiser la surface soustraite à l’agriculture. Les piles montent de plus en plus haut pour survoler la ville (le chantier au-dessus de la gare du Nord, c’est ça). En attendant, le trajet a duré une heure huit minutes, douze minutes gagnées, et le billet vaut 42 yuans, 12 de plus que la navette du matin. Ceux que ça passionne peuvent lire un article qui se demande comment ce nouveau service va s’inscrire dans la façon chinoise de prendre le train, où jusqu’ici il s’agissait de transporter beaucoup de monde pour pas cher, et encore plus de monde au moment des vacances, ce que le CRH ou TGV ne saura plus faire. Déja le prix du petit voyage à Pékin a augmenté de 20%, et on n’aura bientôt plus le choix.