Je viens de revoir quelqu’un avec qui je discute en français, en échange de quelques explications de mes erreurs en chinois. Elle a passé un an à l’école des Beaux-Arts de Toulon, qui reçoit chaque année des étudiants chinois. Elle n’a plus d’occasions de parler français pour en garder l’usage. Nous allions chez sa grand-mère qui habite le quartier. Et puis elle a déménagé. Son fils (le père de l’étudiante en art, suivez) lui a acheté un appartement dans un nouveau quartier loin au sud du centre ville, là où il n’y avait rien.
La première chose qu’on voit en descendant au terminus de l’autobus, c’est le chantier d’une nouvelle tranche de logements. Très banal, le grand échafaudage recouvert de bâche verte est le paysage urbain le plus commun en Chine ces temps-ci. Sauf le mur publicitaire. J’avais déja vu des publicités de résidences « pour une élite internationale » mais celui-ci est très réussi :
La traduction en anglais est fidèle. Les grands caractères au-dessus disent « mieux gardés, une meilleure vie ».
D’ailleurs, quand on entre, on salue des gardiens en uniforme sous leur parasol, et on en croise d’autres dans les allées. Ils sont tous jeunes et pas tellement au courant de l’art de la surveillance, mais ça fait sérieux. Les immeubles de quatre ou cinq étages ont à peu près la même taille que ceux du vieil enclos du centre ville où nous habitons en ce moment, et plus d’allure. Mais ce qui me surprend, c’est qu’il n’y a personne, et pas de bruit. Je me croirais en France. Normalement il devrait y avoir, à cette heure-ci, des vieux devant les portes en train de jouer aux cartes ou aux échecs, on croiserait le livreur de bombonnes d’eau à boire et le triporteur du ramasseur de carton et de bouteilles vides. Je suis obligé de demander à celle qui m’accompagne de marcher devant pour qu’il y ait quelqu’un sur l’image.
L’ancien appartement de sa grand-mère faisait 40 mètres carrés dans une tour de 20 étages, mais il y avait des magasins tout près, quinze lignes d’autobus et le métro à trois cent mètres. Ici, on a le choix de deux autobus pour rejoindre la ville, et le supermarché n’est pas encore construit. Mais l’appartement est grand, enfin.
La cheminée est en vrai bois et vraies briques, mais n’a pas de foyer. La prise du câble de la télévision est sous la hotte.
Pas de regret de l’ancien logement. Puisque moi aussi je médite de quitter un appartement trop petit même pour deux (trop d’années dans le confort; ici, plus de pièces que de personnes, c’est le luxe) je me renseigne. Il y a des appartement à vendre, et tout n’est pas construit. Six cent euros le mètre carré; on a accès à un centre sprtif et de loisirs avec squash et billard; il ne manque qu’une piscine. Mais il faudrait renoncer à tout ce qui fait le plaisir d’habiter en ville, et je me suis habitué aux rues peuplées et au bruit qui rassure. La vieille dame trouve que c’est beaucoup mieux. Si j’ai bien compris, c’est sa belle-fille qui fait ses courses et elle n’est pas exactement du même avis. Ici c’est comme en France, il faudrait avoir une voiture.
Nous sortons pour déjeuner au restaurant, le seul qui soit près. Et au bout de l’avenue presque déserte, voici un petit morceau de vie normale, installé par les gens du chantier et ceux qui les nourrissent, au milieu des piles de briques et des sacs de ciment.
Il faut peut-être seulement attendre que le quartier soit peuplé.
Samedi après-midi, je suis sorti me promener sur l’Avenue sud du Grand Menteur (Dagu nanlu; je ne suis pas sûr de la traduction). Surprise, des arbres et des haies avaient poussé depuis vendredi soir. Il y a six mois, l’avenue avait été rénovée, pour chasser l’allure tiers-monde avant les Jeux Olympiques. On avait caché sous terre les câbles, enlevé la forêt de poteaux qui les tenaient en l’air, et refait un beau trottoir pavé, avec des emplacements pour de futurs arbres, encadrés de granit poli. La semaine dernière, les aménageurs ont changé d’avis. On a dépavé le trottoir pour y mettre la piste cyclable et donner une voie de plus aux voitures. Jeudi c’était fini, la piste cyclable goudronnée. Je ne voyais plus de place pour les arbres. Mais j’avais tort. Les jardinières de la ville sont arrivées vendredi soir; je les ai croisées en rentrant à la maison, me demandant pourquoi toutes ces dames en uniforme de couleur et masque sur la figure étaient là. Elles ont travaillé toute la nuit et le matin. Et voila, cent arbres plantés, et une haie pour séparer les vélos des voitures.
Et la plantation continue vers le sud. Personne ne s’inquiète des gesticulations de la machine; le conducteur est habile. Ce soir les jardinières reviendront finir le travail à la main.
Un peu plus loin dans le quartier un petit marché couvert avait été démoli, et remplacé par une plantation. Il y a ainsi des endroits dans la ville où la municipalité fait un peu la même chose que les empereurs Ming dans la plaine au nord de la Grande Muraille; remplir d’arbres les espaces vides pour les rendre inhabitables aux barbares errants ou aux commerçants des marchés sauvages. La grande ville doit être digne et régulière. Ici ce n’est pas si mal.
En haut de la montagne de Huashan (pas tout à fait en haut, mais là où nous nous sommes arrêtés de monter, parce qu’il fallait redescendre, rejoindre le groupe et ne pas retarder le retour), nous avons rencontré Marie et Shifeng, qui mangeaient des tranches de pastèque. Marie est Française. Elle a un master de langue chinoise et un DESS de commerce international. Shifeng est Chinois. Il est ingénieur en systèmes d’information. Ils vivent ensemble depuis quatre ans. Lui, avec son diplôme français, a cherché du travail en France; rien d’intéressant, il fallait toujours de l’expérience. Ils vivent donc maintenant à Shenzen (la ville nouvelle près de Hong Kong, créée en 1980 pour accueillir les entreprises étrangères). Ils travaillent dans la même entreprise internationale d’origine française. Lui est DSI, directeur des systèmes d’information de la division locale; ce n’est pas mal, à 27 ans; c’était possible en France quand j’avais 27 ans à part que le titre de DSI n’avait pas été inventé; plus maintenant. Elle est à la direction commerciale, embauchée au titre des VCI (volontaire civil international). Elle travaille en chinois et en anglais, traduisant de l’anglais vers le chinois. Il travaille en anglais, français et putonghua (mandarin, le chinois officiel); comme il est pékinois, il est plus à l’aise que ses collègues originaires de la région, dont la langue maternelle est le cantonais. Le soir chez eux, ils parlent français. Un détail les chagrinerait s’ils avaient l’humeur à ça: Shifeng est payé comme salarié local; pas le faste des expatriés.
huaqiao, Chinois d’outre-mer, depuis qu’il est devenu français. Son entreprise multinationale française l’a envoyé pour un petit nombre d’années à Pékin. Comme expatriés, avec l’appartement donnant sur le parc de Chaoyang, la voiture avec chauffeur et le lycée français pour leur plus jeune fils. Ils apprécient l’humour de la situation, et cette petite excursion dans le grand confort.
Je viens d’en voir d’autres, dimanche dernier, grâce à Eric, correspondant à Tianjin de la CCIFC (Chambre de commerce internationale franco-chinoise) qui avait organisé une réunion pour les quelques dizaines de Français et francophones de la ville. Nous étions vingt-cinq, et huit enfants. Il y avait monsieur O’ISHI, Japonais qui vient d’échanger son poste de directeur de l’hôtel Nikko de Montparnasse contre le même à
zhongguoren, et les gens de l’extérieur
waiguoren; la version littéraire et civilisée du vocabulaire des Inuits (esquimaux) qui se désignent eux-mêmes « les êtres humains ». Certes on entend toujurs dans la rue des gens qui parlent du laowai
le vieux de l’extérieur comme on entend « le Blanc » en Afrique. J’aurai un avis pertinent dans quelques années.
Je peux donc vous montrer l’image d’un cheval devant une écurie moderne; c’est la première fois que j’en vois ici. Vingt chevaux et de la place pour deux fois plus.
Mais celle qui caresse le cheval est-elle du centre ou de l’extérieur. Nous sommes après le déjeuner, et un détail le révèle infailliblement. Le sac en plastique blanc est rempli des brochettes que nous n’avions pas réussi à manger toutes. Les épouses Chinoises se les sont donc partagées avant de quitter la salle à manger, car ici on ne jette rien, jamais. J’avais pu, quelques jours avant, discuter avec Marie de la gestion du réfrigérateur d’un ménage mixte. Pour venir à bout d’un reste de reste, on le jette, mais il faut le faire hors de la présence du conjoint du pays du centre; pas à son insu, mais qu’il ne voie pas. Il faudra des générations vivant dans l’abondance pour changer ça.
Yan’an, la ville de la paix prolongée, ou de la paix retardée. Le premier caractère représente deux pieds l’un sur l’autre,
yin, et
zhi, avec quelque chose qui pèse dessus. Le second, an, la paix, représente une femme sous un toit. Dans cette province du Shanxi, beaucoup de villes ont la paix dans leur nom dans cette province du Shanxi
, l’Ouest des collines, qui fut la principauté de Qin, dont la capitale Chang’an, la Longue Paix, aujourdhui Xi’an, la Paix de l’Ouest, devint la capitale du Premier Empereur. Xi’an est dans la plaine, entourée de riches cultures. Yan’an est à trois cents kilomètres plus au nord, dans un creux du plateau raviné. Quand on la regarde du haut du ciel, on comprend pourquoi Mao Zedong et la Longue Marche se sont arrêtés là.
(image Google Maps) La piste de l’aéroport, au nord-est, donne l’échelle. Deux cent kilomètres plus au nord, c’est le désert. Quand l’Armée Rouge est arrivée là, la ville ressemblait à ça, au confluent des vallées.
(panneau dans la maison de Zhu De, compagnon de Mao) Quand on s’arrête aujourdhui à l’endroit où il faut prendre la photo, on voit ça:
La pagode et la montagne n’ont pas changé de place. Pour le reste, vus du plateau les grands immeubles commencent à combler la vallée.
Celle-ci est toujours habitée. Celle où Zhou Enlai, Zhu De, Lin Biao et les autres vivaient et travaillaient est celle-ci, où on est aujourdhui reçu par un choeur paysan.
Mao s’était installé dans une autre jardin, avec les salles de réunion près de sa maison. Je l’ai déja
Le salon de la maison de Mao possède les mêmes fauteuils par paire, avec la table à thé entre les interlocuteurs, qu’on voit encore aujoudhui au journal télévisé dans une version moins austère. L’image de gauche vient de Nanjing, là où Chiang Kai Chek, patron du Guomingdang, recevait ses hôtes.
Ce sont quand même ceux qui s’asseyaient à droite qui ont gagné. On a le droit de se faufiler dans l’abri anti-aérien, un tunnel creusé en zigzag dans la pente de la colline.
En voyant ça, on pense à ce que devait être la première installation à Médine de Mahomet et ses compagnons de l’Hégire. Les gens ont commencé à le rejoindre, comme disait Confucius (citation de mémoire) « Si le prince fait régner le bon gouvernement, les peuples fuyant la tyrannie viendront se mettre à son service. » Le Guomingdang et les Japonais n’ont pas réussi à détruire la pricipauté socialiste de Mao. Quinze ans après, le pays entier était à eux et ils refondaient la république (Pékin, 1e octobre 1949, fête de la Libération).
L’intérieur de la grande salle du Comité Central, avec quelques gardiens en uniforme de l’armée rouge pour encourager les visiteurs à en louer.
Le bâtiment date de 1940.

Dans ce petit quartier résidentiel troglodyte habitaient Liu Shaoqi et les membres du Comité central. Les appartements du bas sont aménagés pour la visite, avec des panneaux qui enseignent l’Histoire. Ceux du haut sont toujours habités; du linge sèche dehors. Les appartements de Mao Zedong et de Zhou Enlai, un peu plus loin à gauche, sont meublés. Si vous voulez continuer la visite, c’est
J’ai acheté dans l’appartement des gardiens, devenu boutique de souvenirs officielle, une biographie récente de Mao, très bien éditée, avec des reproductions de ses écrits et de ses calligraphies. J’en reparlerai. Les marchands de souvenirs dehors sont discrets.
Illusion , c’est l’oeuvre de Wang Mingxian, peintre et critique d’art, un des organisateurs de l’exposition « Jian » au Centre Pompidou en 2003; du moins, j’espère avoir bien lu qu’il est l’auteur, pas le collectionneur. L’image est sur 
Et j’ai trouvé dans la liste quelque chose que je cherchais depuis longtemps, l’occasion de vous faire entendre Eric Meyer, que j’avais
(photo des préparatifs de son mariage chez les beaux-parents, empruntée sans sa permission) 
L’empereur Xuanzhong des Tang était fou de la belle Yang Guifei, au point de nommer premier ministre son cousin Yang Guozong. Le général An Lushan, un militaire Turc qui commandait les armées du Nord et espérait le poste, se révolta. Le premier ministre ne sut pas commander et les troupes loyales à l’empereur furent battues. L’empereur était ici, aux sources chaudes de Huaqing, en compagnie de sa concubine, quand apprit que les troupes rebelles marchaient vers sa capitale Chang’an (aujourdhui Xi’an). Il fit retraite vers le Sichuan au sud avec des soldats fidèles. Mais les soldats, attribuant les malheurs de l’empire à la concubine, obligèrent l’empereur à faire étrangler Yang Guifei et décapiter son cousin le premier ministre incompétent. On a retrouvé en 1982 les piscines alimentées par les sources chaudes et les vestiges du palais pillé et détruit, et on a reconstruit des bâtiments pour les abriter.
La baignoire personnelle de Yang Guifei est à l’abri dans un pavillon, mais la guide explique qu’on n’a pas la certitude qu’il en était ainsi. Peut-être que beaucoup de gens ont pu apercevoir sa beauté. Certes, il n’existe d’elle que des portraits vêtus; la statue est contemporaine.
La piscine où se baignait l’empereur en été a aussi été mise à l’abri, mais on sait qu’elle était en plein air. Les panneaux explicatifs renouvelés cette année sont en chinois, anglais, japonais et français. (cliquer sur l’image pour le lire).

On peut voir le bureau du général, la salle de réunion, le cantonnement de sa garde personnelle, et la vitre cassée par une balle ce jour là.
Tout a été merveilleusement préservé. Ou reconstitué pour l’enseignement du peuple. Partout on rencontre des panneaux pédagogiques qui expliquent (en chinois seulement) l’histoire là où elle s’est déroulée. Celui-ci retrace la carrière de Jiang Huchang, dirigeant du Guomingdang. Digression: le Guomingdang qui est maintenant à Taiwan le parti d’opposition, s’est réconcilié avec le parti communiste. Ils sont d’accord sur le point essentiel: il n’y a qu’une seule Chine et Taiwan est une province. On voit souvent des réceptions à tapis rouge en direct à la télévision. L’enseignement du touriste a suivi.
Le mur de la galerie est recouvert d’images d’illustres visiteurs.
La grande photo à gauche représente Jiang Zeming calligraphiant; symétrique, Hu Jintao plus modeste, debout au milieu du groupe. Et une figure familière, au moins pour les gens d’age, un contemporain du président Giscard d’Estaing, de l’époque où Chirac était jeune. Georges Marchais, premier secrétaire du Parti français, en 1982, alors que l’uniforme des cadres était encore la veste à quatre poches. Peut-être a-t-il contribué à leur adoption du complet-cravate. Une inscription rappelle que l’architecture de ce bâtiment est conforme aux habitudes de l’époque des Tang.
En chinois, tourisme se dit luyou, voyager-flotter. On retrouve le premier caractère dans luxing
voyager, et le second dans youyong
nager. Les Chinois prétendent avoir inventé le tourisme, et c’est probablement vrai; je parle du tourisme comme nous l’entendons en Occident depuis le dix-huitième siècle, se rendre quelque part pour y admirer une chose renommée et raconter ensuite qu’on l’a vue. Sur les montagnes et au bord des lacs, on peut voir gravés dans la pierre les témoins du passage de tel empereur ou de tel haut fonctionnaire il y a 1400 ans, venus admirer tel rocher ou tel arbre renommé, à une époque où en Europe on ne voyageait que pour faire la guerre ou se sanctifier, ou faire du commerce. Depuis, les Chinois ont maintenu leur avance. Au nouvel an (18 février cette année) on voyage pour visiter la famille, mais pour les deux autres « semaines d’or » (premier mai, et fête de la libération le 1e octobre) il faut faire du tourisme. Le guvernement les a institués pour cela. Les salariés travaillent deux jours de plus, le samedi et le dimanche juste avant, pour que l’économie n’en souffre pas. Lisez
Dans le parc autour de la pagode de la Grande Oie, des statues de bronze sont là spécialement pour qu’on se fasse photographier avec. Ici un grand-père vient de faire une image de son petit-fils. J’ai raté le moment où le petit-fils s’est baissé pour profiter de la commodité du pantalon sans fond (la petite mare devant le pied du lutteur de gauche).
Partout où on va, on rencontre deux équipements obligatoires pour tout temple, tour, porte de ville ou tombeau.
D’abord la sculpture d’un animal favorable, enfermé dans une cage de plexiglas, où on glisse des dons en petits billets, qui portent chance. Il y en a même dans le magasin de souvenirs des grands sites. Celui-ci est une tortue dans le grand bâtiment de la porte ouest des murailles de Xi’an. Ensuite une cloche (ou un tambour) qu’on a le droit de faire sonner pour une petite somme; cinq yuans les trois coups au tombeau de l’Empereur Jaune en haut de la colline. On aperçoit le parasol vert du préposé. D’après l’état d’usure du battant de bois, c’est un succès. On fait parfois la queue pour se faire photographier en action.
Sur la route, il n’y a pas que les sites touristiques. On s’arrête aussi aux stations-service, qui sont toujours de vastes constructions, sous des toits dignes d’une gare (ici sur l’autoroute entre Xi’an et Yan’an). En plus du carburant, on y trouve deux choses indispensables: des bouteilles d’eau à la boutique, et des toilettes capables de traiter trente ou quarante personnes de front.



Une autre étape proche du site: le grand magasin de souvenirs et de produits régionaux. Ici ce sont des bijoux et bibelots de jade, juste avant d’aller voir les soldats de céramique. Pas d’illusion d’optique, le magasin a bien cette taille, et nous sommes attendus par quarante vendeuses. On a distribué à l’entrée des badges au numéro du groupe, pour qu’il n’y ait pas d’erreur sur le bénéficiaire des commissions. Les prix sont marqués, mais c’est pour les Occidentaux. Nous sommes repartis avec deux bracelets marqués 980 yuans pièce, en payant 400 yuans les deux (40 euros).
Mais pourquoi les touristes s’exposent-ils à la fatigue, aux longs trajets, aux visites sans s’arrêter pour contempler? Relisez le premier paragraphe: c’est pour prouver qu’ils y sont allés. Voici deux amies qui s’emparent du trophée: leur portrait, devant les soldats de Qin Shi Huang Di.
Un autre trophée apprécié, mais qui n’est pas garanti car l’espèce est saisonnière: le portrait en compagnie d’une Occidentale. Ici sur les pentes de Huashan. Ils pourront même raconter qu’elle leur a parlé en chinois.
Gravé dans le granit, en caractères traditionnels
huaqing shengdi, Huaqing, site touristique. Tout simplement.
Cela fait une semaine que nous sommes rentrés de Xi’an. Nous étions déja partis à deux en voyage organisé, mais c’était le même groupe et le même guide, les longs trajets en avion. Cette fois j’ai vraiment goûté les charmes du tourisme chinois. Je commence par le calendrier.
C’est un voyage de la semaine d’or du 1e mai, mais en partant plus tôt parce que les trains des jours exacts étaient pleins depuis longtemps. Je n’ai pas eu le droit de me montrer à l’agence; ma présence aurait fait monter la catégorie des hôtels et la note finale. Je ne suis pas sûr que là où nous sommes descendus les étrangers sont officiellement admis, mais s’il y a faute c’est celle de l’agence et la réception de l’hôtel ne se pose pas de question (pendant notre dernier séjour à Pékin, il avait fallu sortir le livret rouge de mariage pour avoir une seule chambre). Coût: 320 euros à deux, plus les repas et les billets d’entrée; 450 euros en tout. En fait, c’est cher; un mois de revenu moyen d’une petite famille dans une grande ville (ou une année de revenu monétaire d’une famille de la campagne). C’est peut-être pour ça qu’on y met tout ce que le temps du voyage peut contenir. La résistance des touristes n’est pas un problème. Nous avons eu avec nous pendant presque tout le parcours un couple de retraités avec leur petit-fils de quatre ans.
Vue du couloir du wagon, yingwoche
Nous sommes en voiture 8, rangée 5 en haut, rangée 6 en bas, comme on peut le voir sur les petites fiches métalliques que le convoyeur du wagon nous a remis en échange des billets, qu’il nous rendra à l’arrivée. A chaque gare, il peut vérifier qui descend et qui doit remonter. On pose la nourriture sur la petite table. La grosse bouteille thermos métallique fait partie de l’équipement du compartiment. On va la remplir à la chaudière au bout du couloir pour le thé et les nouilles instantanées (les gens du wagon cuisine parcourent le train avec leurs petits chariots pleins de boîtes de riz chaud et de légumes, mais c’est cher et pas très bon). Sur les couchettes intermédiaires à droite et à gauche, de jeunes amoureux qui se sont tenu la main une partie de la nuit. Les plus longs trajets dans ces conditions, par exemple de Pékin à Urumqi (Asie centrale), 3700 km, durent 40 heures. Pour rêver, consulter les horaires sur
Des travailleurs licenciés font la queue pour recevoir l’allocation de l’Etat.
Un habitant de la montagne transporte son épouse à la maison; elle vient d’avoir une ligature des trompes.
Cette vieille dame se fait faire une permanente pour le Nouvel An.
Une famille paysanne montre son arbre généalogique.
Sakeqi zongtong en pinyin, ou Sak’ot’si tsongt’ong en notation de l’Ecole Française d’Extrème-Orient (EFEO) , la mieux adaptée à la prononciation française (voir le site
Hu zongtong. Bonheur de la langue chinoise: quand on cite le président, on commence par
‘Hu shuo:’ (Hu dit). Mais ‘hushuo’
sa qui n’a plus de sens seul (sa clé
à gauche signifie hauteur, colline) est un nom de famille à 11 traits. Il se retrouve aussi dans
pusa le boddhisatva bouddhiste et
Lhasa au Tibet.
ke rapporte à la loi et au chef; employé comme verbe, il signifie « punir » ou « taxer ».
qi signifie « d’égale hauteur » et
yiqi veut dire « ensemble, égaux ». En Chine, on ne choisit pas son nom (le premier caractère) qui vient du père, mais on compose avec soin le prénom et il est possible d’en changer.




A la télévision, nous avons vu Lin Wen, journaliste des chaînes centrales, en direct au journal de la chaîne internationale à 21h (15h à Paris), puis au journal national de 7h (1h du matin à Paris) et encore sur la chaîne internationale à midi (6h du matin à Paris). A 15h, elle était devant la salle Gaveau louée par la campagne de l’élu, prémonition?
Les sujets étaient longs, six ou sept minutes, avec des montages d’images plus anciennes. Il y a eu un sujet d’analyse de dix minutes à midi, avec revue de la presse internationale. On a vu Chirac pendant son précédent voyage, et Ségolène Royal devant la façade du Parti Socialiste rue de Solférino mais très fugitivement. On a annoncé une possible visite du nouveau président en Chine en 2008 (dernière ligne sous l’image de Chirac). Je n’avais pas vu notre nouveau président en image animée aussi longtemps depuis des mois. Nous avions regardé le DVD de La Grande Vadrouille il ya trois semaines. Pas de doute, le nouvel élu dans son bonheur ressemble bien à Louis de Funès au même age.
Le quatrième caractère ‘yao’ (une femme sous un grand chapeau) marque le futur devant ‘dang’ « être » (occuper le poste de). Il s’agit du futur de certitude. Employé comme verbe, le même mot signifie « vouloir ». Avant l’élection, tout le monde aurait lu « Sarkozy veut le poste de président de la république française ». Le chinois est une langue pleine de subtilités.