Un quartier moderne

Je viens de revoir quelqu’un avec qui je discute en français, en échange de quelques explications de mes erreurs en chinois. Elle a passé un an à l’école des Beaux-Arts de Toulon, qui reçoit chaque année des étudiants chinois. Elle n’a plus d’occasions de parler français pour en garder l’usage. Nous allions chez sa grand-mère qui habite le quartier. Et puis elle a déménagé. Son fils (le père de l’étudiante en art, suivez) lui a acheté un appartement dans un nouveau quartier loin au sud du centre ville, là où il n’y avait rien.

Chantier La première chose qu’on voit en descendant au terminus de l’autobus, c’est le chantier d’une nouvelle tranche de logements. Très banal, le grand échafaudage recouvert de bâche verte est le paysage urbain le plus commun en Chine ces temps-ci. Sauf le mur publicitaire. J’avais déja vu des publicités de résidences « pour une élite internationale » mais celui-ci est très réussi :

Pub La traduction en anglais est fidèle. Les grands caractères au-dessus disent « mieux gardés, une meilleure vie ». gardienD’ailleurs, quand on entre, on salue des gardiens en uniforme sous leur parasol, et on en croise d’autres dans les allées. Ils sont tous jeunes et pas tellement au courant de l’art de la surveillance, mais ça fait sérieux. Les immeubles de quatre ou cinq étages ont à peu près la même taille que ceux du vieil enclos du centre ville où nous habitons en ce moment, et plus d’allure. Mais ce qui me surprend, c’est qu’il n’y a personne, et pas de bruit. Je me croirais en France. Normalement il devrait y avoir, à cette heure-ci, des vieux devant les portes en train de jouer aux cartes ou aux échecs, on croiserait le livreur de bombonnes d’eau à boire et le triporteur du ramasseur de carton et de bouteilles vides. Je suis obligé de demander à celle qui m’accompagne de marcher devant pour qu’il y ait quelqu’un sur l’image.

Allée de résidence L’ancien appartement de sa grand-mère faisait 40 mètres carrés dans une tour de 20 étages, mais il y avait des magasins tout près, quinze lignes d’autobus et le métro à trois cent mètres. Ici, on a le choix de deux autobus pour rejoindre la ville, et le supermarché n’est pas encore construit. Mais l’appartement est grand, enfin.

Cheminée La cheminée est en vrai bois et vraies briques, mais n’a pas de foyer. La prise du câble de la télévision est sous la hotte. LampePas de regret de l’ancien logement. Puisque moi aussi je médite de quitter un appartement trop petit même pour deux (trop d’années dans le confort; ici, plus de pièces que de personnes, c’est le luxe) je me renseigne. Il y a des appartement à vendre, et tout n’est pas construit. Six cent euros le mètre carré; on a accès à un centre sprtif et de loisirs avec squash et billard; il ne manque qu’une piscine. Mais il faudrait renoncer à tout ce qui fait le plaisir d’habiter en ville, et je me suis habitué aux rues peuplées et au bruit qui rassure. La vieille dame trouve que c’est beaucoup mieux. Si j’ai bien compris, c’est sa belle-fille qui fait ses courses et elle n’est pas exactement du même avis. Ici c’est comme en France, il faudrait avoir une voiture.

Nous sortons pour déjeuner au restaurant, le seul qui soit près. Et au bout de l’avenue presque déserte, voici un petit morceau de vie normale, installé par les gens du chantier et ceux qui les nourrissent, au milieu des piles de briques et des sacs de ciment.

coin de rue Il faut peut-être seulement attendre que le quartier soit peuplé.

Les nouveaux arbres

Piste cyclableSamedi après-midi, je suis sorti me promener sur l’Avenue sud du Grand Menteur (Dagu nanlu; je ne suis pas sûr de la traduction). Surprise, des arbres et des haies avaient poussé depuis vendredi soir. Il y a six mois, l’avenue avait été rénovée, pour chasser l’allure tiers-monde avant les Jeux Olympiques. On avait caché sous terre les câbles, enlevé la forêt de poteaux qui les tenaient en l’air, et refait un beau trottoir pavé, avec des emplacements pour de futurs arbres, encadrés de granit poli. La semaine dernière, les aménageurs ont changé d’avis. On a dépavé le trottoir pour y mettre la piste cyclable et donner une voie de plus aux voitures. Jeudi c’était fini, la piste cyclable goudronnée. Je ne voyais plus de place pour les arbres. Mais j’avais tort. Les jardinières de la ville sont arrivées vendredi soir; je les ai croisées en rentrant à la maison, me demandant pourquoi toutes ces dames en uniforme de couleur et masque sur la figure étaient là. Elles ont travaillé toute la nuit et le matin. Et voila, cent arbres plantés, et une haie pour séparer les vélos des voitures.

Avenue C’est comme le film « la malédiction de l’orchidée » (« la cité interdite » en France, avec Gong Li) ; sur un mot de l’empereur, la cour du palais se transforme en jardin (et ensuite, après le grand massacre, les jardiniers remplacent les fleurs et les buissons piétinés, il ne s’est rien passé).

Un peu plus loin, ce n’est pas fini; on nettoie et on arrose les plantations.

Arrsage Et la plantation continue vers le sud. Personne ne s’inquiète des gesticulations de la machine; le conducteur est habile. Ce soir les jardinières reviendront finir le travail à la main.

Plantation Un peu plus loin dans le quartier un petit marché couvert avait été démoli, et remplacé par une plantation. Il y a ainsi des endroits dans la ville où la municipalité fait un peu la même chose que les empereurs Ming dans la plaine au nord de la Grande Muraille; remplir d’arbres les espaces vides pour les rendre inhabitables aux barbares errants ou aux commerçants des marchés sauvages. La grande ville doit être digne et régulière. Ici ce n’est pas si mal.

Waiguoren

Marie et ShifengEn haut de la montagne de Huashan (pas tout à fait en haut, mais là où nous nous sommes arrêtés de monter, parce qu’il fallait redescendre, rejoindre le groupe et ne pas retarder le retour), nous avons rencontré Marie et Shifeng, qui mangeaient des tranches de pastèque. Marie est Française. Elle a un master de langue chinoise et un DESS de commerce international. Shifeng est Chinois. Il est ingénieur en systèmes d’information. Ils vivent ensemble depuis quatre ans. Lui, avec son diplôme français, a cherché du travail en France; rien d’intéressant, il fallait toujours de l’expérience. Ils vivent donc maintenant à Shenzen (la ville nouvelle près de Hong Kong, créée en 1980 pour accueillir les entreprises étrangères). Ils travaillent dans la même entreprise internationale d’origine française. Lui est DSI, directeur des systèmes d’information de la division locale; ce n’est pas mal, à 27 ans; c’était possible en France quand j’avais 27 ans à part que le titre de DSI n’avait pas été inventé; plus maintenant. Elle est à la direction commerciale, embauchée au titre des VCI (volontaire civil international). Elle travaille en chinois et en anglais, traduisant de l’anglais vers le chinois. Il travaille en anglais, français et putonghua (mandarin, le chinois officiel); comme il est pékinois, il est plus à l’aise que ses collègues originaires de la région, dont la langue maternelle est le cantonais. Le soir chez eux, ils parlent français. Un détail les chagrinerait s’ils avaient l’humeur à ça: Shifeng est payé comme salarié local; pas le faste des expatriés.

C’est diférent pour Lili et son mari, 20 ans de plus. Lui est maintenant un huaqiaohuaqiao, Chinois d’outre-mer, depuis qu’il est devenu français. Son entreprise multinationale française l’a envoyé pour un petit nombre d’années à Pékin. Comme expatriés, avec l’appartement donnant sur le parc de Chaoyang, la voiture avec chauffeur et le lycée français pour leur plus jeune fils. Ils apprécient l’humour de la situation, et cette petite excursion dans le grand confort.

Affiche Je viens d’en voir d’autres, dimanche dernier, grâce à Eric, correspondant à Tianjin de la CCIFC (Chambre de commerce internationale franco-chinoise) qui avait organisé une réunion pour les quelques dizaines de Français et francophones de la ville. Nous étions vingt-cinq, et huit enfants. Il y avait monsieur O’ISHI, Japonais qui vient d’échanger son poste de directeur de l’hôtel Nikko de Montparnasse contre le même à Tianjin . Il parle français, son épouse parle chinois. Laurent s’est retrouvé il y a quelques mois dans une suite de l’hôtel international de Teda, avec sa femme et son fils de 10 ans; employé d’une entreprise française rachetée par une entreprise chinoise du même secteur, il est chargé de suivre l’implantation d’une nouvelle unité de production sur le port de Tianjin. Et Romain, envoyé par son entreprise européenne qui délocalise une production, pour faire partie de l’équipe de démarrage. A 25 ans, avec un master de gestion, il traite tous les approvisionnements avec les fournisseurs locaux; comme il ne parle pas encore chinois, il est aidé par Grégoire Wang, qui n’a jamais encore quitté la Chine mais parle un français impeccable. 7 jours de travail par semaine sauf ce jour là, mais il ne se plaint pas; il ne s’amuserait pas autant en France pour le même prix. Les deux autres Romain (c’est improbable, mais ça arrive) venus en Chine pour une année scolaire, apprendre le chinois, étudient le moyen de rester. D’ailleurs ils ont tous les trois quelqu’un pour les retenir.

J’ai l’impression que, pour les « jeunes », la première raison d’être ici est qu’on y a plus d’avenir qu’en France, pour l’instant. En Chine plutôt qu’ailleurs parce qu’il y a une autre raison, un attachement personnel, la langue ou quelqu’un, et finalement les deux. Lisez Shi Yin qui vient de commencer à le raconter. Les « vieux » ont commencé par l’autre raison, comme celui qui a d’abord commencé à apprendre le chinois parce que ça l’intéressait, puis a eu l’occasion de travailler à Taiwan, puis a épousé une Taiwanaise, et vit maintenant en Chine avec sa famille et ses enfants, après quelques années en France pour que sa femme ait le droit de choisir.

Pourtant j’aurais cru qu’il est impensable de s’installer vraiment; on ne peut pas devenir Chinois. C’est vrai en droit, pas de naturalisation, pas de double nationalité. Le vocabulaire est redoutable. En France il y a les Français et les étrangers, les Chinois par exemple. En Chine, il y a les gens du centrezhngguorenzhongguoren, et les gens de l’extérieurwaiguorenwaiguoren; la version littéraire et civilisée du vocabulaire des Inuits (esquimaux) qui se désignent eux-mêmes « les êtres humains ». Certes on entend toujurs dans la rue des gens qui parlent du laowailaowaile vieux de l’extérieur comme on entend « le Blanc » en Afrique. J’aurai un avis pertinent dans quelques années.

Quelque chose de complètement différent. La réunion avait lieu au club-house du nouveau centre équestre de Songjian, entre Tianjin et la mer, au milieu d’un bizarre parc agricole – scientifique – de loisirs tout neuf, qui propose ses premières villas de 400 mètres carrés habitables, entourées de pépinières et de rizières, avec un lac pour la pêche et un élevage d’autruches (cotisation annuelle au club équestre: 13500 yuans).

Villas Je peux donc vous montrer l’image d’un cheval devant une écurie moderne; c’est la première fois que j’en vois ici. Vingt chevaux et de la place pour deux fois plus.

Ecurie et cheval Mais celle qui caresse le cheval est-elle du centre ou de l’extérieur. Nous sommes après le déjeuner, et un détail le révèle infailliblement. Le sac en plastique blanc est rempli des brochettes que nous n’avions pas réussi à manger toutes. Les épouses Chinoises se les sont donc partagées avant de quitter la salle à manger, car ici on ne jette rien, jamais. J’avais pu, quelques jours avant, discuter avec Marie de la gestion du réfrigérateur d’un ménage mixte. Pour venir à bout d’un reste de reste, on le jette, mais il faut le faire hors de la présence du conjoint du pays du centre; pas à son insu, mais qu’il ne voie pas. Il faudra des générations vivant dans l’abondance pour changer ça.

Yan’an 2007

Yan anYan’an, la ville de la paix prolongée, ou de la paix retardée. Le premier caractère représente deux pieds l’un sur l’autre, yinyin, et zhizhi, avec quelque chose qui pèse dessus. Le second, an, la paix, représente une femme sous un toit. Dans cette province du Shanxi, beaucoup de villes ont la paix dans leur nom dans cette province du Shanxishanxi, l’Ouest des collines, qui fut la principauté de Qin, dont la capitale Chang’an, la Longue Paix, aujourdhui Xi’an, la Paix de l’Ouest, devint la capitale du Premier Empereur. Xi’an est dans la plaine, entourée de riches cultures. Yan’an est à trois cents kilomètres plus au nord, dans un creux du plateau raviné. Quand on la regarde du haut du ciel, on comprend pourquoi Mao Zedong et la Longue Marche se sont arrêtés là.

Image Google(image Google Maps) La piste de l’aéroport, au nord-est, donne l’échelle. Deux cent kilomètres plus au nord, c’est le désert. Quand l’Armée Rouge est arrivée là, la ville ressemblait à ça, au confluent des vallées.

Yan an ancien (panneau dans la maison de Zhu De, compagnon de Mao) Quand on s’arrête aujourdhui à l’endroit où il faut prendre la photo, on voit ça:

Yan an aujourdhui La pagode et la montagne n’ont pas changé de place. Pour le reste, vus du plateau les grands immeubles commencent à combler la vallée.

Yan an de haut (image empruntée à chinadiary.com , l’image en grand format est derrière). Mao et son entourage se sont installés en dehors des murs, au nord de la ville. D’abord dans deux cours qui ressemblaient à ça:

Cour 1 Celle-ci est toujours habitée. Celle où Zhou Enlai, Zhu De, Lin Biao et les autres vivaient et travaillaient est celle-ci, où on est aujourdhui reçu par un choeur paysan.

Choeur Mao s’était installé dans une autre jardin, avec les salles de réunion près de sa maison. Je l’ai déja montré . Tout a été conservé ou reconstitué, avec beaucoup de modestie. On a presque l’impression d’être revenu en ce temps là. Voici une chambre.

Chambre Le salon de la maison de Mao possède les mêmes fauteuils par paire, avec la table à thé entre les interlocuteurs, qu’on voit encore aujoudhui au journal télévisé dans une version moins austère. L’image de gauche vient de Nanjing, là où Chiang Kai Chek, patron du Guomingdang, recevait ses hôtes.

NanjingYan an Ce sont quand même ceux qui s’asseyaient à droite qui ont gagné. On a le droit de se faufiler dans l’abri anti-aérien, un tunnel creusé en zigzag dans la pente de la colline.

abri En voyant ça, on pense à ce que devait être la première installation à Médine de Mahomet et ses compagnons de l’Hégire. Les gens ont commencé à le rejoindre, comme disait Confucius (citation de mémoire) « Si le prince fait régner le bon gouvernement, les peuples fuyant la tyrannie viendront se mettre à son service. » Le Guomingdang et les Japonais n’ont pas réussi à détruire la pricipauté socialiste de Mao. Quinze ans après, le pays entier était à eux et ils refondaient la république (Pékin, 1e octobre 1949, fête de la Libération).

Un peu plus tard, ils se sont installés dans un site plus grand. Chaque dirigeant loge dans deux ou trois pièces creusées dans la falaise, et les bâtiments communautaires sont en dur. Le grand hall porte la date de 1940.

Panneau du site C’est bien propre et jardiné, mais on a quand même l’impression d’y être. Pas de constructions nouvelles, pas de portail d’entrée triomphal, même pas de vendeur de tickets (c’est appréciable; les 40 ou 50 yuans de l’entrée d’un site touristique sont l’équivalent d’une place de cinéma chère, en pouvoir d’achat d’ici).

Hall L’intérieur de la grande salle du Comité Central, avec quelques gardiens en uniforme de l’armée rouge pour encourager les visiteurs à en louer.

Grande salle Le bâtiment date de 1940.

Extérieur de la grande salle Groupe La photo de groupe date de mai 1942 (grande image derrière).

Quartier Dans ce petit quartier résidentiel troglodyte habitaient Liu Shaoqi et les membres du Comité central. Les appartements du bas sont aménagés pour la visite, avec des panneaux qui enseignent l’Histoire. Ceux du haut sont toujours habités; du linge sèche dehors. Les appartements de Mao Zedong et de Zhou Enlai, un peu plus loin à gauche, sont meublés. Si vous voulez continuer la visite, c’est ici (photos prises par des étudiants en 2005).

Etal de souvenirsJ’ai acheté dans l’appartement des gardiens, devenu boutique de souvenirs officielle, une biographie récente de Mao, très bien éditée, avec des reproductions de ses écrits et de ses calligraphies. J’en reparlerai. Les marchands de souvenirs dehors sont discrets.

Quelque chose manque ici: pas de salles de musée (il est ailleurs et il est fermé en ce moment), et pas d’images des dirigeants actuels en visite. Peut-être qu’ils n’ont pas osé figurer à côté des grands ancêtres. Pourtant ça leur plait bien d’être représentés sur les murs d’un lieu de plaisir des empereurs. Et Hu Jintao laisse vendre des presse-papier souvenirs où il est avec Jiang Zemin au premier plan, Deng Xiaoping et Mao Zedong derrière eux en retrait. Il y a une autre explication, qu’on me donne complaisamment: cet endroit les terrifie. C’est d’ici qu’est partie la révolution des paysans, qui on cerné puis conquis les villes et renversé la dynastie régnante et décadente. Toutes les dynasties passées ou presque ont fini ainsi. Et aujourdhui ce sont eux qui sont dans les villes.

En cherchant des documents, j’ai trouvé cette affiche de Mao Zedong entouré des symboles de Yan’an; on peut s’amuser à les dénombrer.

Mao Illusion , c’est l’oeuvre de Wang Mingxian, peintre et critique d’art, un des organisateurs de l’exposition « Jian » au Centre Pompidou en 2003; du moins, j’espère avoir bien lu qu’il est l’auteur, pas le collectionneur. L’image est sur China art networks , site d’art moderne et commercial. La section Histoire présente aussi bien de l’imagerie authentique d’époque que des reconstructions contemporaines. On ne sait plus où on est. A Yan’an, on y croirait. Et on a peut-être raison de croire que c’était bien comme ça.

Des gens à écouter et à lire

Huashan Les touristes et les pêlerins escaladent le Pic Sud du mont Huashan (la Brillante Montagne). Mais ce n’est pas de cela que je vais parler aujourdhui. Je viens d’inscrire ce journal dans l’annuaire des expatriés .

Eric MeyerEt j’ai trouvé dans la liste quelque chose que je cherchais depuis longtemps, l’occasion de vous faire entendre Eric Meyer, que j’avais rencontré en décembre 2006. Sur le blog d’Olivier Le Clouerec , Breton de Pluvigner que la vie a conduit à Grenoble et depuis 2005 à Pékin, il y a une interview où il raconte comment il vit en Chine et fait découvrir les Chinois aux Français depuis vingt ans. Il raconte comment les officiels Chinois, qui considéraient en 1987 les journalistes étrangers comme un danger, ont changé d’avis. Il a une idée sur le déroulement de la crise de 1989: les gouvernants Chinois n’étaient pas d’accord et n’ont pas su quoi faire pendant des semaines, puis ils se sont vengés de leur peur. Il trouve que les journaux pour qui il travaille s’intéressent aujourdhui moins à la vie du pays et plus à l’économie. Il pense que la Chine est en train de changer plus vite qu’elle ne l’avait fait depuis deux mille ans (depuis la création de l’Empire), et que c’est une chance d’être là pour voir ça. Première partie . Deuxième partie . Ecoutez-le. Olivier l’intervieweur pose de bonnes questions.

J’ai découvert aussi le journal de Christophe Pavillon , depuis cinq ans en Chine, et fondateur en janvier 2007 de Onesource Agency qui s’occupe d’aider les Occidentaux à acheter et faire fabriquer en Chine. Il écrit une fois par mois, et c’est digne d’intérêt.

Premier voyage en France avec son épouse Cai Li: « Cai Li a pleinement intégré que les Français vivaient dans un confort naturel, dont ils disposent pour ainsi dire dès la naissance, sans avoir véritablement à se battre au quotidien, sereins qu’ils sont de jouir de tout un arsenal de prestations sociales qui, dans la plupart des cas, ne pourra pas les condamner à mourir de faim. Car en Chine, c’est la foire d’empoigne pour le travail, l’argent, les petits business, et la réussite assurant une sécurité totale. On s’arrache l’argent en le prenant où on peut. La raison fondamentale de cela n’est pas l’explosion économique, même si c’est un paramètre d’importance. La cause essentielle reste une précarité sociale et un vide juridique total, qui induit que bon nombres d’individus se lèvent le matin en ne pensant qu’à une chose : travailler suffisament dur pour pouvoir se nourrir le soir. En France, on est dorénavant très loin de ces besoins liés à la survie… Et Cai Li a fortement apprécié l’atmosphère constamment empreinte de relaxation, de détente, et de temps, hors-professionnel, dévolu à la quiétude, et aux petits plaisirs. »

Pavillon (photo des préparatifs de son mariage chez les beaux-parents, empruntée sans sa permission)

La vie d’un Européen dans une petite ville (je ne connais pas ça dans ma ville habituée aux étrangers):  « A l’occasion de ces vacances de nouvel an, Cai Li et moi-même sommes partis chez ses parents, dans la petite ville de Jiangyan. Lorsque nous sommes repartis au bout de quelques jours, ses parents nous ont accompagné à la gare routière. Alors que nous attendions de monter dans le bus, un jeune homme avec une caméra vidéo professionnelle a commencé à nous tourner autour, puis a offert une cigarette à mon beau-père, ainsi qu’à moi-même. Sur un ton timide, il a entamé la conversation… Mais je savais très bien où il voulait en venir. Après qu’il ait tourné autour du pot, je l’ai autorisé à filmer ma trombine, séquence durant laquelle j’ai psalmodié dans mon chinois approximatif que j’étais super youpi d’avoir passé le nouvel an chinois dans ce merveilleux bled pourri qu’est Jiangyan. Le soir-même, alors que Cai Li et moi-même, rentrés dans nos pénates, vidions nos bagages, son papa lui passera un coup de fil, hilare, pour lui dire que ma tronche blafarde faisait l’ouverture du journal télévisé local… Et qu’il subissait les assauts répétées du téléphone, les voisins voulant partager la gloire télévisuelle de son futur gendre. Etre étranger en Chine, c’est un peu comme d’accéder aux inconvénients du vedettariat. »

Il y a beaucoup plus de choses dans ses textes que dans le petit travail que j’essaie de faire, et je peux vous assure qu’il voit juste. LIsez le récit de ses fiançailles , et le reste aussi.

Les bains impériaux

Le soir du cinquième jour du voyage, nous avons visité les sources chaudes de Huaquing. La photo publiée hier en rend témoignage. Le matin, nous avions contemplé ses palais du haut du mont Lishan, là où l’empereur You des Zhou, contemporain de la fondation de Rome, avait construit la Tour du Feu.

Huaqing de haut Il régnait dans la paix. Si des ennemis étaient annoncés, il allumait le feu en haut de la tour. Les principautés alliées envoyaient leurs troupes pour aider l’empereur à les repousser. Jusqu’au jour où l’empereur réclama au peuple récemment soumis de Bao qu’il lui donne la belle Bao Si. Il en fut si amoureux qu’il s’inquiéta de sa tristesse persistante. Son ministre Guo Shifu lui conseilla d’offrir à sa concubine le spectacle des armées en marche. L’empereur fit allumer le feu. Les troupes des vassaux arrivèrent, pour entendre le rire de Bao Si heureuse de voir tant de monde en son honneur. L’empereur récompensa son ministre de cent talents d’or. Mais quand les ennemis furent annoncés, les alliés ne firent plus attention au feu, l’empereur fut tué et la belle concubine enlevée, et ce fut la fin de la dynastie des Zhou.

En entrant dans l’enceinte des palais, on marche le long du lac des neuf dragons. Celui-ci est tout récent. Il a été créé pour le tournage d’une série télévisée, ainsi que les pavillons et les galeries qui l’entourent. Sur la scène qui peut s’enfoncer dans l’eau, on joue le soir des spectacles dans le style des opéras du temps de la dynastie Tang (le temps de Charlemagne en Europe), qui remémorent l’histoire tragique de la concubine Yang Guifei.

Pavillon des 9 dragonsL’empereur Xuanzhong des Tang était fou de la belle Yang Guifei, au point de nommer premier ministre son cousin Yang Guozong. Le général An Lushan, un militaire Turc qui commandait les armées du Nord et espérait le poste, se révolta. Le premier ministre ne sut pas commander et les troupes loyales à l’empereur furent battues. L’empereur était ici, aux sources chaudes de Huaqing, en compagnie de sa concubine, quand apprit que les troupes rebelles marchaient vers sa capitale Chang’an (aujourdhui Xi’an). Il fit retraite vers le Sichuan au sud avec des soldats fidèles. Mais les soldats, attribuant les malheurs de l’empire à la concubine, obligèrent l’empereur à faire étrangler Yang Guifei et décapiter son cousin le premier ministre incompétent. On a retrouvé en 1982 les piscines alimentées par les sources chaudes et les vestiges du palais pillé et détruit, et on a reconstruit des bâtiments pour les abriter.

Yang GuifeiLa baignoire personnelle de Yang Guifei est à l’abri dans un pavillon, mais la guide explique qu’on n’a pas la certitude qu’il en était ainsi. Peut-être que beaucoup de gens ont pu apercevoir sa beauté. Certes, il n’existe d’elle que des portraits vêtus; la statue est contemporaine.

BaignoireLa piscine où se baignait l’empereur en été a aussi été mise à l’abri, mais on sait qu’elle était en plein air. Les panneaux explicatifs renouvelés cette année sont en chinois, anglais, japonais et français. (cliquer sur l’image pour le lire).

Piscine On sait aussi par les textes que la piscine des autres concubines était couverte. Au bord du bassin, on peut voir des madriers millénaires retrouvés pendant les fouilles. Les bassins anciens ne sont pas des ruines. Les bâtiments neufs sont dans le style de l’époque. La confusion s’installe dans l’esprit du visiteur et tout a été fait pour cela. Kiosque du lac

Un peu plus loin, les pavillons autour du Lac des Lotus ont été construits par les derniers empereurs Qing au 19e siècle. On montre celui qui a abrité la vieille impératrice Cixi (Tseu-Hi dans « les 55 jours de Pékin ») réfugiée quand les armées des Huit Puissances sont arrivées à Pékin en 1900. Les piliers du kiosque sont en béton, mais l’illusion parfaite. Le pavillon des cinq chambres a logé Chiang Kai Chek à la fin de 1936, quand il dirigeait l’attaque contre le refuge de Mao Zedong, alors que les Japonais avaient envahi les provinces du Nord. Le 12 décembre, deux de ses généraux le firent prisonnier pour l’obliger à s’allier à Mao contre les Japonais. C’est « l’incident de Xi’an »; mais l’alliance ne dura pas. Dernière vicissitude d’un chef d’Etat en ce lieu. On comprend que les dirigeants actuels ne s’y attardent pas, si agréable soit le site.

BureauOn peut voir le bureau du général, la salle de réunion, le cantonnement de sa garde personnelle, et la vitre cassée par une balle ce jour là. Panneau pédagogiqueTout a été merveilleusement préservé. Ou reconstitué pour l’enseignement du peuple. Partout on rencontre des panneaux pédagogiques qui expliquent (en chinois seulement) l’histoire là où elle s’est déroulée. Celui-ci retrace la carrière de Jiang Huchang, dirigeant du Guomingdang. Digression: le Guomingdang qui est maintenant à Taiwan le parti d’opposition, s’est réconcilié avec le parti communiste. Ils sont d’accord sur le point essentiel: il n’y a qu’une seule Chine et Taiwan est une province. On voit souvent des réceptions à tapis rouge en direct à la télévision. L’enseignement du touriste a suivi.

Avant de partir, on passe devant les bâtiments de la station thermale qui utilise toujours l’eau minérale des sources chaudes. Plusieurs des baignoires sont semblables à celle de la belle Yang Guifei.

station thermaleLe mur de la galerie est recouvert d’images d’illustres visiteurs.

MarchaisLa grande photo à gauche représente Jiang Zeming calligraphiant; symétrique, Hu Jintao plus modeste, debout au milieu du groupe. Et une figure familière, au moins pour les gens d’age, un contemporain du président Giscard d’Estaing, de l’époque où Chirac était jeune. Georges Marchais, premier secrétaire du Parti français, en 1982, alors que l’uniforme des cadres était encore la veste à quatre poches. Peut-être a-t-il contribué à leur adoption du complet-cravate. Une inscription rappelle que l’architecture de ce bâtiment est conforme aux habitudes de l’époque des Tang.

Toilettes Ce gracieux pavillon abrite les toilettes, qui sont dignes d’un lieu historique ressuscité. Le panneau à droite explique que des toilettes modernes équipaient déja les palais au temps des Royaumes Combattants, il y a 27 siècles; nous sommes à l’est du palais, là où était le pavillon de la Propreté Impériale, aux murs roses, entouré de fleurs, témoin de la splendeur de la vie au temps des empereurs Tang.

Tourisme

luyouEn chinois, tourisme se dit luyou, voyager-flotter. On retrouve le premier caractère dans luxingluxingvoyager, et le second dans youyongyouyongnager. Les Chinois prétendent avoir inventé le tourisme, et c’est probablement vrai; je parle du tourisme comme nous l’entendons en Occident depuis le dix-huitième siècle, se rendre quelque part pour y admirer une chose renommée et raconter ensuite qu’on l’a vue. Sur les montagnes et au bord des lacs, on peut voir gravés dans la pierre les témoins du passage de tel empereur ou de tel haut fonctionnaire il y a 1400 ans, venus admirer tel rocher ou tel arbre renommé, à une époque où en Europe on ne voyageait que pour faire la guerre ou se sanctifier, ou faire du commerce. Depuis, les Chinois ont maintenu leur avance. Au nouvel an (18 février cette année) on voyage pour visiter la famille, mais pour les deux autres « semaines d’or » (premier mai, et fête de la libération le 1e octobre) il faut faire du tourisme. Le guvernement les a institués pour cela. Les salariés travaillent deux jours de plus, le samedi et le dimanche juste avant, pour que l’économie n’en souffre pas. Lisez Elodie Xu pour savoir comment ça se passe. Quant à moi, je vous montre paresseusement quelques moments de la vie du Chinois touriste, recueillis autour de Xi’an.

Xi'an lutteursDans le parc autour de la pagode de la Grande Oie, des statues de bronze sont là spécialement pour qu’on se fasse photographier avec. Ici un grand-père vient de faire une image de son petit-fils. J’ai raté le moment où le petit-fils s’est baissé pour profiter de la commodité du pantalon sans fond (la petite mare devant le pied du lutteur de gauche).

guide

Suivre le guide (ici notre guide vers le tombeau de l’Empereur Jaune et Yan’an). Il est entièrement équipé: du haut vers le bas, le drapeau aux armes de son agence, le micro relié au porte-voix, le calepin aide-mémoire, la montre, le téléphone portable (il nous a donné le numéro), et le porte-voix à la ceinture; ce qui lui permet de se faire entendre sans brandir un appareil à pavillon qui le ferait ressembler à un agent de la circulation. Quand la concentration des groupes se fait très forte, dans une salle de musée par exemple, l’observateur extérieur a la même impression de chaos sonore que devant une colonie de pingoins de documentaire. Et pourtant chaque groupe reconnaît la voix de son guide. Les groupes constitués pour un long périple portent souvent une casquette, ou au moins un insigne en médaille. Ceux que vous voyez ici, à l’entrée de la Forêt de Stèles à Xi’an, en ont fait plus. Mais ce sont les lauréats d’un concours scolaire, et ils ont mis leurs écharpes d’honneur pour la télévision locale.

Groupe à Xi'an Partout où on va, on rencontre deux équipements obligatoires pour tout temple, tour, porte de ville ou tombeau. TroncD’abord la sculpture d’un animal favorable, enfermé dans une cage de plexiglas, où on glisse des dons en petits billets, qui portent chance. Il y en a même dans le magasin de souvenirs des grands sites. Celui-ci est une tortue dans le grand bâtiment de la porte ouest des murailles de Xi’an. Ensuite une cloche (ou un tambour) qu’on a le droit de faire sonner pour une petite somme; cinq yuans les trois coups au tombeau de l’Empereur Jaune en haut de la colline. On aperçoit le parasol vert du préposé. D’après l’état d’usure du battant de bois, c’est un succès. On fait parfois la queue pour se faire photographier en action.

Cloche Sur la route, il n’y a pas que les sites touristiques. On s’arrête aussi aux stations-service, qui sont toujours de vastes constructions, sous des toits dignes d’une gare (ici sur l’autoroute entre Xi’an et Yan’an). En plus du carburant, on y trouve deux choses indispensables: des bouteilles d’eau à la boutique, et des toilettes capables de traiter trente ou quarante personnes de front.

station-serviceToilettesEntrée de Lishan On arrive à l’entrée du lieu à visiter (ici le parc de la montagne de Lishan, sur la route du mausolée de Qin Shi Huang Di). La banderole dit « Bienvenue à Lishan pour les hôtes venus de huit directions (de partout donc) ». (lishan huanying bafang lai bin; Lishan, bienvenue, huit directions, venir, hôte). Les plaques de cuivre proclament le classement du site par la municipalité, la province, le ministère du tourisme, et d’autres autorités. Avec un oeil attentif, on peut apercevoir sous la petite porte de gauche le tableau des portraits des travailleurs honorés de l’unité de production.

Tableau de proclamation A une place choisie pour ne pas troubler l’harmonie, un autre élément obligatoire: la proclamation des devoirs des visiteurs et des engagements de ceux qui les reçoivent. Celui-ci, au grand temple de l’empereur jaune, est particulièrement grandiloquent, mais tous ont la même inspiration. Si vous avez envie de lire, une grande image est derrière la petite.

MagasinUne autre étape proche du site: le grand magasin de souvenirs et de produits régionaux. Ici ce sont des bijoux et bibelots de jade, juste avant d’aller voir les soldats de céramique. Pas d’illusion d’optique, le magasin a bien cette taille, et nous sommes attendus par quarante vendeuses. On a distribué à l’entrée des badges au numéro du groupe, pour qu’il n’y ait pas d’erreur sur le bénéficiaire des commissions. Les prix sont marqués, mais c’est pour les Occidentaux. Nous sommes repartis avec deux bracelets marqués 980 yuans pièce, en payant 400 yuans les deux (40 euros).

Photo avec soldatsMais pourquoi les touristes s’exposent-ils à la fatigue, aux longs trajets, aux visites sans s’arrêter pour contempler? Relisez le premier paragraphe: c’est pour prouver qu’ils y sont allés. Voici deux amies qui s’emparent du trophée: leur portrait, devant les soldats de Qin Shi Huang Di.

Marie et touristesUn autre trophée apprécié, mais qui n’est pas garanti car l’espèce est saisonnière: le portrait en compagnie d’une Occidentale. Ici sur les pentes de Huashan. Ils pourront même raconter qu’elle leur a parlé en chinois.

Et pour les lieux dont l’image n’est pas aussitôt reconnue, l’administration a prévu le rocher qui rend la preuve indiscutable. Ici nous sommes aux sources chaudes de Huaqing (Brillantes et Limpides) où l’empereur Xuanzhong des Tang venait folâtrer en compagnie de la belle Yang Guifei.

MenhirGravé dans le granit, en caractères traditionnelshuaqingshengdihuaqing shengdi, Huaqing, site touristique. Tout simplement.

Un de nos penseurs en marketing, qui enseigne actuellement à l’université Fudan de Shanghai, ayant longuement médité sur ces questions, a tracé le projet d’un nouvel accueil du touriste chinois en France, afin qu’il ne renonce à rien de ce qu’il aime dans son pays. Lire Guillaume . Quelque chose de complètement différent, mais pourtant proche: ce matin, au journal télévisé de 7 heures, nous avons eu un sujet sur un touriste illustre et les côtes de l’île de Malte. On parle de la France plus souvent et plus longtemps. Ce sera bon pour les affaires.

Tianjin – Xi’an et retour

Plaque du trainCela fait une semaine que nous sommes rentrés de Xi’an. Nous étions déja partis à deux en voyage organisé, mais c’était le même groupe et le même guide, les longs trajets en avion. Cette fois j’ai vraiment goûté les charmes du tourisme chinois. Je commence par le calendrier.

 

 

Jour 1. 16h. Nous sommes attendus devant la gare de Tianjin par une guide de l’agence qui nous remet les billets de train. Nuit dans le train, en couchette dure.

 

Jour 2. 11h. Nous sommes attendus dans la cour de la gare de Xi’an par notre guide, qui nous conduit à l’hôtel en taxi. Autre taxi jusqu’au parc touristique qui entoure la pagode de la Grande Oie. Déjeuner avec une copine de la guide, puis tour du parc. La guide nous conduit à la porte est de la ville ancienne. Tour de la ville à vélo sur la muraille, 15 km, c’est presque plat. Le soir nous dînons à deux dans le quartier musulman.

 

Jour 3. 7h. Un chauffeur nous conduit au rendez-vous du groupe qui part à Yan’an en petit car de 32 personnes. Trois heures d’autoroute vers le nord. Visite de Huangdi ling, le tombeau de l’Empereur Jaune, par l’escalier, et du grand temple en bas de la colline. Déjeuner tardif en commun. Encore trois heures de route vers l’est jusqu’à la rive du Fleuve Jaune pour visiter la chute d’eau de Hukou à la tombée du jour. Encore un peu de route jusqu’à un hôtel au bord du fleuve. Dîner tardif à l’hôtel et repos.

 

Jour 4. 6h. Vers Yan’an, quatre heures de route. Longue visite des deux lieux où Mao et ses compagnons ont vécu. Déjeuner tardif en commun. Escale dans un supermarché de produits régionaux. Retour à Xi’an, cinq heures d’autoroute avec un arrêt. Le soir dîner en ville, marché de nuit, visite de la tour du tambour, repos.

 

Jour 5. 8h. Un chauffeur nous conduit au rendez-vous. Départ en minibus vers le tombeau de Qin Shi Huang Di, l’autre empereur jaune, à 40 km à l’est. Sur la route, visite du musée de Lintong et petite excursion dans le parc du mont Lishan. Escale dans un grand magasin de jade. Visite de la réplique du tombeau; maquette géante des constructions en haut, tombe souterraine en bas. Déjeuner au restaurant qui fait partie de l’ensemble. Visite de l’armée de céramique dans ses bâtiments grands comme un aéroport. Visite du site du tombeau, escalier jusqu’au sommet de la colline. Sur le chemin du retour visite du site impérial des sources chaudes de Huaqing. Le soir, sans passer à l’hôtel, dîner en ville, visite de la maison Gao et du quartier musulman la nuit, trouvé un cybercafé, repos.

 

Jour 6. 8h. Le minibus vient nous chercher. Route à l’est vers la montagne de Huashan, deux heures jusqu’au bas du téléphérique. Déjeuner très tôt avant l’ascension de la montagne. Téléphérique puis escaliers taillés dans la montagne. Nous renonçons un peu avant le premier sommet, pour être de retour au rendez-vous à six heures. Deux heures de route, dîner en ville, repos.

 

Jour 7. Lever tardif. Visite à deux du temple de Confucius, le « jardin des stèles », visite de la grande mosquée. Déjeuner en ville. A l’hôtel, repos. Taxi jusqu’à la gare où on nous attend avec les billets de retour. 14h: installés dans le train. Nuit en couchette dure.

Jour 8. 9h. Le train arrive à Tianjin. Retour à la maison en autobus.

 

Train couchetteC’est un voyage de la semaine d’or du 1e mai, mais en partant plus tôt parce que les trains des jours exacts étaient pleins depuis longtemps. Je n’ai pas eu le droit de me montrer à l’agence; ma présence aurait fait monter la catégorie des hôtels et la note finale. Je ne suis pas sûr que là où nous sommes descendus les étrangers sont officiellement admis, mais s’il y a faute c’est celle de l’agence et la réception de l’hôtel ne se pose pas de question (pendant notre dernier séjour à Pékin, il avait fallu sortir le livret rouge de mariage pour avoir une seule chambre). Coût: 320 euros à deux, plus les repas et les billets d’entrée; 450 euros en tout. En fait, c’est cher; un mois de revenu moyen d’une petite famille dans une grande ville (ou une année de revenu monétaire d’une famille de la campagne). C’est peut-être pour ça qu’on y met tout ce que le temps du voyage peut contenir. La résistance des touristes n’est pas un problème. Nous avons eu avec nous pendant presque tout le parcours un couple de retraités avec leur petit-fils de quatre ans.

 

ticketsVue du couloir du wagon, yingwocheruanwochecouchettes dures (peu rembourrées; un drap, une couette de coton, un oreiller et une serviette) climatisé. Il y a trois étages. 30 euros pour 1350 kilomètres. Le prix baisse de 5% entre le bas et le haut. Le train de 20 wagons a aussi un wagon de ruanwocheruanwochecouchettes molles, par quatre dans un compartiment fermé, 47 euros, et 9 wagons de yingzuocheyingzuochesièges durs, le confort de la 2e classe française avec des sièges en vis-à-vis (très propres, avec des housses de coton) , 16 euros pour 17 heures assis.couchette du bas Nous sommes en voiture 8, rangée 5 en haut, rangée 6 en bas, comme on peut le voir sur les petites fiches métalliques que le convoyeur du wagon nous a remis en échange des billets, qu’il nous rendra à l’arrivée. A chaque gare, il peut vérifier qui descend et qui doit remonter. On pose la nourriture sur la petite table. La grosse bouteille thermos métallique fait partie de l’équipement du compartiment. On va la remplir à la chaudière au bout du couloir pour le thé et les nouilles instantanées (les gens du wagon cuisine parcourent le train avec leurs petits chariots pleins de boîtes de riz chaud et de légumes, mais c’est cher et pas très bon). Sur les couchettes intermédiaires à droite et à gauche, de jeunes amoureux qui se sont tenu la main une partie de la nuit. Les plus longs trajets dans ces conditions, par exemple de Pékin à Urumqi (Asie centrale), 3700 km, durent 40 heures. Pour rêver, consulter les horaires sur Travelchinaguide . D’autres charmes du voyage nous attendent.

The Real China

Chomeurs Des travailleurs licenciés font la queue pour recevoir l’allocation de l’Etat.

Femme Un habitant de la montagne transporte son épouse à la maison; elle vient d’avoir une ligature des trompes.

Coiffeur Cette vieille dame se fait faire une permanente pour le Nouvel An.

Arbre généalogique Une famille paysanne montre son arbre généalogique.

 

Non, ces photos ne sont pas de moi. J’aimerais bien, mais souvent je n’oserais pas les prendre, ou bien je ne risque pas d’avoir l’occasion. Elles sont parues en 2004 sur le blog de Roland Song, Eastsouthwestnorth , un extraordinaire recueil de traductions de ce qui parait d’intéressant partout en Chine (traduit en anglais, hélas). Je ne les ai pas retrouvées tout seul. Leur redécouverte la semaine dernière par un des participants du site Digg est un des petits évènements du moment. Donc, en attendant la suite de l’histoire de notre petit voyage, laissons parler l’auteur de la collecte, et suivez les liens pour voir l’ensemble:

 » C’est une série d’images qui ont flotté sur les forums d’images chinois. Il y a 66 photos dans la première partie. J’ai l’impression d’avoir perdu mon temps à lire et écrire sur l’inégalité des revenus ou le fossé entre la ville et la campagne, alors que ces images en disent tellement plus. http://www.zonaeuropa.com/20041223_1.htm

Seconde partie avec 57 photos. Celle-ci traite des relations entre les hommes. Bien que chaque être humain soit une île, il y a beaucoup de de façon de relier ou de séparer ces îles, sous l’action de la structure sociale et de la culture. http://www.zonaeuropa.com/20041224_1.htm

Troisième partie de la série avec 77 photos. Celle-ci traite des désirs de l’homme. Alors, qu’est-ce que les Chinois veulent vraiment ? http://www.zonaeuropa.com/20041226_1.htm

Si j’ai la patience, et avec la permission de l’auteur, j’en ferai une version avec des légendes en français.

 

On peut aussi aller voir la page « images du monde » de Teein , qui renvoie aux forums d’images sur la vie quotidienne.

Sak’ot’si Tsongt’ong

sakekizongtongSakeqi zongtong en pinyin, ou Sak’ot’si tsongt’ong en notation de l’Ecole Française d’Extrème-Orient (EFEO) , la mieux adaptée à la prononciation française (voir le site Sinoptic ). Ce qui veut dire « le président Sarkozy ». Il va devenir le confrère du président Hu Jintao, huzongtongHu zongtong. Bonheur de la langue chinoise: quand on cite le président, on commence par hushuo‘Hu shuo:’ (Hu dit). Mais ‘hushuo’hushuo, indiscernable puisque l’écriture ignore les majuscules et les espaces entre les mots, signifie « dire n’importe quoi », en anglais « nonsense ». Il faut donc écrire ‘Hu zongtong shuo:’.

Le nom du nouveau président en chinois obéit aux rêgles de la transcription phonétique: utiliser des caractères peu courants pour que le nom propre se distingue facilement du contexte. Mais il n’est pas interdit de faire parler la transcription.

sasa qui n’a plus de sens seul (sa clé oreille gaucheà gauche signifie hauteur, colline) est un nom de famille à 11 traits. Il se retrouve aussi dans pusapusa le boddhisatva bouddhiste et lasaLhasa au Tibet.

keke rapporte à la loi et au chef; employé comme verbe, il signifie « punir » ou « taxer ».

kiqi signifie « d’égale hauteur » et yiqiyiqi veut dire « ensemble, égaux ». En Chine, on ne choisit pas son nom (le premier caractère) qui vient du père, mais on compose avec soin le prénom et il est possible d’en changer.

linwen 15hSarkozy 1linwen o1hSarkozy 2 linwen 06hSarkozy 3A la télévision, nous avons vu Lin Wen, journaliste des chaînes centrales, en direct au journal de la chaîne internationale à 21h (15h à Paris), puis au journal national de 7h (1h du matin à Paris) et encore sur la chaîne internationale à midi (6h du matin à Paris). A 15h, elle était devant la salle Gaveau louée par la campagne de l’élu, prémonition? ChiracLes sujets étaient longs, six ou sept minutes, avec des montages d’images plus anciennes. Il y a eu un sujet d’analyse de dix minutes à midi, avec revue de la presse internationale. On a vu Chirac pendant son précédent voyage, et Ségolène Royal devant la façade du Parti Socialiste rue de Solférino mais très fugitivement. On a annoncé une possible visite du nouveau président en Chine en 2008 (dernière ligne sous l’image de Chirac). Je n’avais pas vu notre nouveau président en image animée aussi longtemps depuis des mois. Nous avions regardé le DVD de La Grande Vadrouille il ya trois semaines. Pas de doute, le nouvel élu dans son bonheur ressemble bien à Louis de Funès au même age.

Le texte sous les dernières images dit « sakeqi yaodang yuanfaguo renmin de zongtong », « Sarkozy sera président de la république française ». sakeqiyaodangLe quatrième caractère ‘yao’ (une femme sous un grand chapeau) marque le futur devant ‘dang’ « être » (occuper le poste de). Il s’agit du futur de certitude. Employé comme verbe, le même mot signifie « vouloir ». Avant l’élection, tout le monde aurait lu « Sarkozy veut le poste de président de la république française ». Le chinois est une langue pleine de subtilités.

J’oubliais: les Français de Pékin ont voté encore plus nombreux qu’au premier tour et ont donné une majorité un peu plus forte au gagnant. Hongkong et Shanghai lui ont donné une énorme majorité, Chengdu une toute petite. Le détail dans Aujourdhuilachine .