Chez les Français (deuxième tour)

Cour de l'ambassadeRetour dans la cour de l’ambassade de France à Pékin. Cette fois, pas de queue avant de pénétrer dans la sombre caverne (le vestibule du bâtiment central). Trois tables dehors à l’ombre pour les listes électorales; on entre muni du numéro d’émargement, et on ne passe que quelques secondes devant l’urne transparente. D’après la hauteur du tas d’enveloppes, il y a à peu près autant de votants qu’il y a deux semaines à la même heure. Le monsieur en noir qui désigne le ciel (et le candidat le plus proche de lui) est Francis Nizet, membre élu de l’assemblée des Français de l’étranger. Sous le gingkoUn petit garçon déçu demande _C’est déja fini? _Oui, tu vois, j’ai voté. _Ca va trop vite. Et il part retrouver ses copains. Le gingko mâle planté devant la façade par un précédent ambassadeur a prospéré, mais il empêche de voir le drapeau tricolore; il faut se mettre de côté. La police militaire chinoise elle aussi s’est réorganisée. Ses responsables se sont aperçus que le jour de l’élection l’enceinte diplomatique est grande ouverte et que beaucoup de gens passent. Or si un sujet de l’Empire met le pied sur le sol français sans permission, l’ordre du monde est ébranlé.Grille ouverte On voit ici un officier faire un contrôle au faciès. Monsieur serait passé sans question. Mais Madame qui a un visage de Chinoise doit montrer son passeport français.Phtographe et policierdépart du policier L’époux chinois d’une citoyenne française a voulu, du trottoir en face, photographier son épouse qui vient de remplir son devoir électoral. Il est réprimandé par le même officier, qui aimerait bien s’emparer de l’appareil mais en est dissuadé par la présence de plusieurs citoyens intéressés. J’ai pris les mêmes photos que lui, presque en même temps, mais je jouis de l’immunité (le masque noir a été ajouté; on ne sait jamais).

Sortie de métroRetour en ville, un dimanche de printemps. A la sortie du métro, on commence à déployer les ombrelles. Place animée Vue de haut, l’entrée du quartier de Xidan, partie sud-ouest de ce qui était la ville tartare de Pékin quand elle était entourée de murailles (le métro court sous leur ombre). Sur le mur au fond, qui protège le chantier d’un nouvel immeuble; on voit dépasser le dortoir du personnel : Lumière de la ville. Bâtir la cité de l’ouest, heureux foyer. ( ming chengqu, jian xi cheng meihao jiayuan ). Au programme du nouvel empire, le bonheur par la prospérité. Pour l’instant ça marche.

Souvenir de Yan’an

Salle des fêtes Nous sommes à Yan’an, dans le nord-ouest de la Chine, là où les survivants de la Longue Marche commencée dans le sud-est du pays arrivèrent en 1934. Et là où Mao Zedong devint le chef du parti communiste. Mais je vous raconterai ça un autre jour. On nous emmène sur les lieux où les grands hommes de ce temps là ont vécu. Tout a été conservé ou reconstitué; c’est très modeste, et on est invité à se mettre à leur place, juste le temps de la visite. A gauche, la salle qui a servi aux premières grandes conférences pour les cadres.Intérieur de la salleOrateurOn a le droit de s’asseoir sur les bancs de bois. Le pupitre de l’orateur a été descendu de la scène pour qu’on puisse poser à sa place. Dehors, la pancarte à droite de la jeune fille dit « en location, uniforme de l’armée rouge » (chuzhu, hong jun fu; location, rouge soldat habit). En dessous, le tarif: 15 yuans pour se faire prendre en photo, 5 yuans pour revêtir l’uniforme, 2 yuans pour se servir du rouet à filer. Ce n’est pas très cher. Et l’entrée était gratuite. La maison a des uniformes à toutes les tailles, et des chaussures de toile noire comme celles de l’époque (on les trouve toujours, mais seuls les gens agés les portent dehors en ville). Loueuse d'habitsGroupe en uniforme On pourra aussi entrer dans la pièce où Zhou Enlai a écrit en 1943 le texte de la « résolution sur certains problèmes historiques » et s’asseoir à sa place devant son bureau.Bureau de Zhou EnlaiMais la visite n’est pas finie.

Le tombeau de l’Empereur Jaune

 

En chemin, entre Xi’an et Yan’an, l’autocar est sorti de l’autoroute et notre groupe a rendu visite au Tombeau de l’Empereur Jaune. huangdilingHuang di ling, jaune, empereur, tombeau. L’empereur jaune est le premier des Cinq Empereurs qui fondèrent la civilisation et la nation chinoise. Certains disent qu’avant lui les hommes ne se distinguaient pas des autres animaux. Il leur révéla l’agriculture et le filet de pêche. Son ministre Cangjie mit au point l’écriture en caractères. Son épouse inventa le tissage de la soie. Suivant la chronologie de Sima Qian, l’empereur est mort en 2598 avant l’ère commune, après un règne de cent ans (il avait eu le temps d’inventer aussi la médecine chinoise). Il est enterré au sommet d’une colline plantée de cyprès millénaires. Son tombeau est très modeste, mais ses plus récents successeurs l’ont grandement amélioré.

On gravit la colline, d’abord dans de petits cars électriques qui roulent sur une chaussée dallée toute neuve, puis par des escaliers de pierre tout neufs aussi. guideSur le chemin, des stèles rappellent au visiteur pourquoi il est là. Stèle d'annonce Zhonghua minzu shengdi huangdi ling, Chine, nation, terre sacrée, empereur jaune, tombeau. Au sommet, on est accueilli par un portail tout neuf. Il en remplace peut-être un autre construit il y a quinze siècles. Pailou dragon Les dragons d’émail qui le gardent ont un petit air moderne et trois griffes seulement (les plastrons brodés des fonctionnaires des derniers empereurs avaient des dragons à quatre griffes; les dragons à cinq griffes étaient réservés à l’empereur). Image réalisée par ma chère épouse qui tient à contribuer à ce journal (sur toutes ses autres photos, c’est moi qu’on voit au premier plan). La tombe est précédée d’un petit temple de plein air. A la place des pavillons latéraux, le comptoir des articles de piété à gauche (25 yuans les cinq gros bâtons d’encens, 85 yuans une paire de grandes bougies rouges) et celui des rafraîchissements à droite. TempleLe tombeau lui-même est le même, en un peu plus grand, qu’on voit un peu partout au bord des champs: une butte de terre et une stèle du côté sud, portant les noms de la famille. tombeau Nous sommes trois groupes de touristes mais, pour une fois, on n’entend pas trois porte-voix en même temps. Certains font leurs dévotions, la plupart regardent et se font photographier.

Mais la visite n’est pas finie. Au pied de la colline, nous sommes maintenant devant un hall d’entrée de granite flambant neuf. On entend les meules qui terminent les finitions derrière. hall Passé le portail, on se trouve devant un autre temple avec deux pavillons dans l’axe, des stèles et des bâtiments latéraux. Stèle de Deng XiaopingMais les stèles mises à l’honneur ont une allure inhabituelle. Le guide nous explique que ce sont des reproductions sur pierre de calligraphies de Sun Yat Sen, Mao Zedong, Zhou Enlai, Deng Xiaoping. Là où on mettait les dédicaces des empereurs, on peut lire, de la main de Deng, une expression solennelle pour désigner les Chinois « descendants de Yandi et Huangdi »yanhuangzisunYan Huang zi sun ( zi : fils; sun: petit-fils). C’est lui le moins bavard; d’ailleurs, contrairement à Mao, il n’avait pas de prétentions dans ce domaine. Mais un homme politique doit savoir laisser une trace écrite de son passage. Le dragon sculpté derrière la stèle est un trompe-l’oeil sur toile. Celui qui ouvre la montée vers le deuxième pavillon aussi. Et là où devrait se trouver la statue du Bouddha ou du saint taoïste, on voit un bas-relief tout frais fini de l’empereur jaune. Un écriteau insiste sur la qualité de la pierre employée et du bois précieux de l’encadrement. PavillonsanctuairePourtant, certains se mettent en prière. J’ai du mal. Peut-être que ce temple existe depuis des siècles, simplement reconstruit une fois de plus. Femmes priantMais la visite du sanctuaire tout neuf n’est pas finie. Derrière le deuxième pavillon, on retrouve le granite clair de l’entrée, cette fois en proportion presque grandiose. Grande place De chaque côté de l’esplanade qui précède le grand bâtiment, des rangées de vases rituels géants en vrai bronze, une cloche plus grande que celles des empereurs. On se sent petit. drapeauxCloche Un esprit dénigreur (moi) remarque que la fonte est médiocre, la surface pleine de pailles, et que les dessins manquent de finesse. Qualité inférieure à celle des siècles passés. Cette cloche vient d’être installée; sa soeur jumelle de l’autre côté de l’esplanade est encore sous emballage.Rangée de drapeaux Tout ça est très photogénique. Quelles cérémonies pourra-t-on dérouler dans un tel lieu. Il faudra des foules pour le remplir. Marchons vers le bâtiment.Colonnes Un autre bas-relief de l’empereur jaune, qui a l’air tout juste ébauché. Le reste est vide. Intérieur Le Ciel est rond, la Terre est carréetianyuandifangtian yuan, di fang. Quand même, le Temple du Ciel, construit à Pékin par les premiers Ming, pour matérialiser la restauration de l’ordre après un siècle et plus d’invasion et de tumulte, avait plus d’allure. Tant pis, ça fait déja partie des circuits touristiques et, l’empereur jaune aidant, ce sera peut-être un jour tout chargé d’Histoire. A égale distance du Xi’an des premiers empereurs historiques et du Yan’an du refondateur de l’empire restauré. Ou bien je n’ai rien compris.

La campagne vue par la fenêtre

 

Nous sommes allés dans l’est, remonter la vallée du Fleuve Jaune jusqu’à Xi’an dans le Shanxi, la région où fut fondé l’Empire chinois il y a 22 siècles, la grande plaine du loess dont les livres de géographie disent qu’il est arrivé du désert porté par le vent. Ca me faisait rêver autrefois, l’idée d’une terre créée par le vent. Donc, avant de nous arrêter aux étapes, j’ai envie de raconter ce que j’ai vu depuis la fenêtre du train ou des cars de touristes qui nous transportaient. Pas de plus près, les voyages organisés ne prévoient pas qu’on s’arrête pour se promener au bord des champs.

Une autre campagne. Le soir du 1e mai, la télévision de Xi’an a parlé de la France. Télé 1Ecran teleEcann teleEcran teleLe texte en bas de l’écran dit « élections générales en France ». C’est quand même remarquable que le journal régional en parle, comme si France3 Haute-Normandie faisait un sujet sur l’élection présidentielle en Turquie (et encore, il y a beaucoup de Turcs à Rouen et au Havre, presque pas de Français ici).

nongcunRetour à la campagne chinoise du Shanxi, l’Ouest des Collines. Le mot « campagne » se dit ‘nong cun’, paysan et village. Le caractère ancien pour ‘paysan’ représentait deux mains et le soleil levant, nong_tradcelui qui se lève tôt pour travailler.

J’ai pris les photos le long de l’autoroute qui nous a conduits de Xi’an à Yan’an (là où Mao Zedong s’était installé à la fin de la Longue Marche en 1935). Ma carte de 2005 n’est pas à jour. L’autoroute qui s’arrêtait à mi-chemin est finie et va jusqu’à Yulin, la Forêt d’Ormes, sur la Grande Muraille au bord du désert de Mongolie. Elle court d’abord sur le plateau en franchissant des vallées profondes, puis descend en laissant le plateau de plus en plus haut au-dessus. La terre est couleur ocre, les champs de blé en herbe vert sombre. Au début, le paysage ressemble presque à la Beauce, champs, bouquets d’arbres et villages groupés, sauf que les champs ne font que quelques milliers de mêtres carrés chacun, et qu’on ne voit nulle part les gros tracteurs et les machines agricoles. Les gens travaillent avec des motoculteurs ou des outils à main. De temps en temps on voit au milieu du blé et des semis des lignes de légumes et des serres en film plastique. Les serres sont toujours du même modèle: un gros mur de terre au nord, et des arceaux qui rejoignent le sol à cinq ou six mètres au sud en ne laissant la hauteur debout qu’au fond. Quand le terrain commence à devenir pentu, les champs sont toujours horizontaux, séparés par des marches d’escalier de plus en plus hautes. Pas de murs; on a l’impression que le paysage est fait entièrement de bonne terre que les hommes ont taillée selon leurs besoins. A mesure que la route descend, l’allure des villages change. village, détailMaintenant les maisons ont la même couleur que la terre. D’ailleurs certaines sont creusées dans des parois verticales taillées dans la pente, et les autres suivent le modèle, alignées en barres avec de grandes ouvertures voûtées. L’autoroute a l’air de venir d’un autre monde. Les passerelles au-dessus sont empruntées par des chemins de terre où passent des charrettes à âne. Dans les champs, on voit des attelages de boeufs qui tirent une charrue à timon, le modèle qu’on charge sur l’épaule pour rentrer à la maison. Ce n’est pourtant pas le tiers-monde; le paysage est plein de poteaux qui portent les fils électriques et les câbles de téléphone. Il y a des paraboles dans les cours des maisons. Village, ensemble Quand l’autoroute est en tranchée, elle passe sous des aqueducs en béton qui doivent faire la continuité des canaux au-dessus. TriporteurEt on voit un peu partout les triporteurs bleus à moteur diesel qui ont l’air d’être le moyen de transport universel ici (pas sur l’autoroute; ils roulent à moins de 4O kilomètres à l’heure). Tout ce que je raconte en ce moment est un peu superficiel, difficile de comprendre ce qui se passe quand on survole une région sans pouvoir s’arrêter ou presque. Les photos que vous voyez ici ont été prises d’une halte d’autoroute installée au bord d’une vallée pour faire admirer un viaduc particulièrement remarquable. Vue du même village, dans sa vallée: Vallée Une autre vue de la même vallée:vallée et champs Les plantations vert clair à gauche sont des pommiers. Je ne sais pas ce qui poussera sous les bandes de plastique; peut-être du maïs. Un détail de la même image, où on reconnaît deux personnes qui travaillent et le triporteur au bord du champ.détail champA plus tard, pour visiter Yan’an, la ville qui est au bout des cinq heures de route.

Voyage organise

Pour s’embarquer dans un voyage organise chinois, il faut de la sante. Ceux qui sont avec nous en ont, y compris le couple de grands-parents avec le petit-fils qui porte encore le pantalon sans fond. Mercredi apres-midi a la gare, dix-huit heures de train jusqu’a Xi’an. Visite de la ville. Vendredi matin 7 heures on roule vers Yan’an, detours pour saluer l’Empereur Jaune et le Fleuve Jaune. Samedi matin 6 heures fin de la route jusqu’a la ville de Mao, visite des lieux saints (bien moins pompeux que Lourdes; presque la simplicite evangelique); retour d’un trait. Dimanche matin (ce matin) escalade de la pyramide de Qin Shihuan, salut a son armee desormais enfermee dans un reposoir plus grand qu’une gare, et un petit parfum des douceurs et debauches de ses successeurs Tang aux sources chaudes de Hua Ting. Demain matin 6 heures ascension de Huashan, la Brillante Montagne. Je vais me reposer. (du cybercafe de la Premiere Rue Ouest a Xi’an).   

Congés

Nous prenons cet après-midi le train vers Xi’an (l’empereur Qin Shi Huang Di et les soldats qui gardent sa tombe) et Yan’an où l’Armée Rouge de Mao s’était installée à la fin de sa Longue Marche. Je n’emporte pas l’ordinateur portable, trop lourd. Donc pas de messages sur la route. Retour le 3 mai si tout va bien.

xi'anXi’an, la paix de l’ouest. La paix, c’est une femme sous un toit, un caractère qu’on peut placer dans la conversation.

yananYan’an, étendre la paix. Le premier caractère combine le pied et la marche.

Pour voir Xi’an, suivez Annie-Claude qui y était le mois dernier. La page qui s’affiche, et les précédentes.

Chez le coiffeur

(les élections; un peu tard pour en reparler) Finalement, le fabricant de doudous qui n’avait mis en fabrication que Kozy et Golène, s’abstenant de lancer l’ours des Pyrénées et l’ogre breton, aura eu raison . Mais pour les Français de Chine l’ours arrive en deuxième position devant Golène. Et les ressortissants du consulat de Pékin ont voté à 63% des inscrits, ce qui est beaucoup, malgré ce que dit l’article de Aujourdhuilachine.com qu’il faut lire car il donne tous les chiffres. On peut aussi y voir la présentation des résultats sur la chaîne CCTV Information. Les Chinois ont vu comment ça se passe, spectacle exotique ici.

Autre information importante: je suis allé chez le coiffeur. Pas pour me faire couper les cheveux; c’est réservé à mon épouse qui possède une tondeuse; jusqu’ici elle n’avait que son grand fils à traiter. Je passais dans une rue du quartier quand j’ai vu les restes d’une inauguration devant une vitrine, des gerbes de fleurs avec des banderoles rouges et la petite butte de papier que laissent les chapelets de pétards.Vitrine du coiffeurL’enseigne dit « triomphe de la beauté, centre de cosmétologie ». Remarquez les deux derniers caractères, ‘milieu’ et ‘coeur’ pour ‘centre’, et le caractère ‘mei’, la beauté, deux fois répété au centre du texte. Et en plus petits caractères meifa simplifié meifa, beauté des cheveux, qui signifie simplement « coiffeur ». Digression: c’est l’occasion de montrer la différence entre les caractères simplifiés, comme ici, et les caractères traditionnels. meifa traditionnel. Les cheveux traditionnels, un peigne et des poils, sont bien plus beaux. Fin de la digression. La banderole rouge en haut de la vitrine dit « à l’occasion de l’agrandissement de cette boutique de coiffure, pour tout le monde un cinquième de réduction ». J’ai voulu photographier la scène mais le garçon de la maison m’a invité à entrer.CoiffeurSon style de coiffure est-il une bonne publicité pour la maison? En tous cas, il a le bon goût de ne pas s’être fait décolorer. Beaucoup de ses confrères ont l’air d’avoir une perruque de crin de cheval roux, comme le cheval jaune de d’Artagnan quand il est arrivé à Paris. Une fois dans la boutique, j’ai dû expliquer aux d’où je venais, et ce que je faisais dans la vie.CoiffeursLe jeune homme au premier plan est le fils de la patronne. ll a demandé à sa maman si j’étais anglais et a été tout étonné que je réponde moi-même que non. C’est avec des trucs comme celui-là que l’étranger crée l’illusion qu’il parle le chinois (car pour moi c’est encore une illusion). Il a demandé à voir l’appareil photo. Voici donc sa première oeuvre publiée: portraitLa patronne est à droite, en blouse blanche. J’ai promis de revenir me faire coiffer dans cette boutique favorable. Les salons de coiffure tout brillants avec quinze fauteuils me font un peu peur, et je me demande toujours quelle est l’entreprise exacte des toutes petites boutiques où on rentre par la fenêtre et dont on ne voit du dehors qu’un sofa. Je suis allé voir la vitrine de l’agence immobilière à droite. De ce côté là, nous en sommes encore à la contemplation.

Deux Chinoises à lire

Je viens de découvrir les écrits de Liu YiliuyiSaule Heureux, Liu est son nom de famille, correspondante à Paris de la télévision chinoise (Phoenix TV à Hongkong) qui raconte ce qui lui arrive en France dans son métier. Je crois me rappeler l’avoir déja vue, représentant le point de vue chinois dans une discussion. Elle dit que son français est amélioré par son collègue français de l’équipe mais je ne la crois pas. Je suis sûr qu’elle parle parfaitement le français. La preuve: allez lire ses articles en anglais sur son blog france-china ; c’est très reposant, on n’a pas besoin de connaître la syntaxe de l’anglais. Son blog s’appelle, en toute simplicité, ‘france-blog ‘. Il ressemble beaucoup aux blogs d’ici (que j’ai beaucoup de mal à lire, mais je progresse), avec pas mal de papiers à sa propre gloire au milieu des choses intéressantes (ailleurs aussi c’est comme ça, paraît-il). Si vous voulez lire ce qu’écrit une Chinoise fâchée quand on dit du mal de son pays, c’est ici ‘réponse à un commentaire ‘ . Liu YiCitation: « Moi, j’aime la Chine. Je suis fière de ses 6000 ans d’histoire, comme vous devriez être fiers de vos 1500 ans d’histoire à vous depuis le baptême de Clovis, acte fondateur de votre nation. Ah oui, j’oubliais, pour vous, la France commence en 1789! Eh bien, en Chine communiste, ce n’est pas le cas. Nous ne marquons pas 1949 comme le début de notre pays. Il y a un continuum. La Chine a 6000 ans. » Même la chronologie de Sima Qian ne donne que 4800 ans à l’Empereur Jaune, fondateur de la nation chinoise (dont le Charlemagne, Qin Shi Huang Di, mort en moins 210 de l’ère commune, est enterré à Xi’an au milieu de ses soldats de céramique). A lire aussi, la leçon d’arithmétique à Ségolène.  Il n’y a pas qu’en Chine qu’il y a beaucoup de Chinois, et en France ils votent. J’ai emprunté la photo dans son album.

Une autre Chinoise qui écrit le français, c’est Neige de Nanjing. Xue xueneige, la pluie et une main, est son prénom. Elle étudie le français et la littérature française à l’université, pour devenir traductrice (difficile à décourager; un de ses professeurs lui a donné à traduire un livre à la gloire de Chirac ; moins séduite que Liu Yi par le personnage). Elle écrit tous les jours son carnet ‘Pays de neige ‘. Son point de vue sur son pays est assez différent, et c’est plutôt le présent qui l’intéresse. Je réécris ici, sans sa permission, les aventures de Ben Laden en Chine ‘ : « Ben Laden proclame que la Chine est le seul pays qu’il ne peut pas attaquer. Il a envoyé sept terroristes à Pékin. Le premier est tombé en syncope en regardant la circulation sur l’échangeur qu’il devait faire sauter. Le deuxième n’a jamais réussi à monter dans l’autobus où il devait se faire exploser. Le troisième s’est fait voler la télécommande de sa bombe dans l’hypermarché où il devait faire un attentat. Le quatrième était entré dans le bâtiment de la municipalité qu’il devait détruire, mais le gardien l’a pris pour quelqu’un d’autre et l’a battu sans pitié en criant « Tu viens encore réclamer ton salaire; tu veux encore porter plainte. » Les autres sont partis ailleurs. L’un a réussi à faire s’effondrer une mine de charbon dans le Shanxi et des centaines de personnes ont perdu la vie, mais quand il est rentré il n’y avait rien dans les journaux; il a été tué par Ben Laden qui l’a accusé de mensonge. » . L’original à lire ‘une blague noire‘ avec des explications. Heureusement, Neige parle surtout d’amour et de rêves.LouvreNeige n’est pas encore allée en France. Je n’ai pas de photo d’elle. Je la remplace par une image porte-bonheur: la Chinoise que j’aime, devant les tableaux du musée du Louvre, la première fois qu’elle est venue en France.

Chez les Français

SanlitunSanlitun Dongsanjie, troisième rue de l’est des trois villages. C’est l’adresse de l’ambassade de France et du consulat. Aujurdhui dimanche 22, le bureau de vote est ouvert dans le vestibule de l’ambassade. Pour une fois le grand portail est ouvert. D’habitude, les Français rentrent par la petite porte à gauche pour leurs affaires administratives (obtenir un certificat de capacité à mariage, par exemple), et les Chinois par la petite porte à droite pour obtenir un visa (deux visites en personne) ou pour dire qu’ils sont bien rentrés afin de pouvoir obtenir un autre visa (troisième visite; on a intérêt à ne pas habiter trop loin d’un consulat quand on veut visiter la France). AmbassadeLes petits soldats chinois sont là en permanence. Mais c’est la première fois que je vois autant de monde devant l’ambassade. Il y a 4000 inscrits à Pékin. A midi, 700 ont déja voté (chiffres donnés par Francis Nizet, élu de la circonscription d’Asie à l’assemblée des Français de l’étranger, qui serait triste si je ne parlais pas de lui). Pour l’ambiance à Shanghai, où le consulat est quelque part dans les étages d’un grand immeuble, lire Patrick Delpy « la France vue d’ailleurs « .File d'attenteLa cour de l’ambassade vue du haut des marches. J’ai donc vu les panneaux électoraux en vrai. Par contre, les professions de foi ne sont pas toutes arrivées.quartier Un coup d’eil sur le quartier des ambassades. Elles sont toutes rassemblées dans un grand carré, une parcelle par pays, avec des bâtiments bas dans un jardin planté d’arbres. La France a construit deux petits bâtiments donnant sur la rue pour le consulat. La relève de la garde chinoise passe devant l’ambassade du Yemen, voisin de la France. On reconnaît le petit corps de garde et le piédestal du factionnaire, équipements obligatoires.Jeune couple

 

Vu en partant, l’avenir de l’amitié franco-chinoise. Il y a de plus en plus de mariages entre Français et Chinoises (ou l’inverse, mais un peu moins souvent). Pour savoir comment ça fonctionne avec les belles-familles, il faut lire les aventures d’Elodie, épouse Xu . J’espère que le prochain président arrêtera la tendance à inventer régulièrement de nouveaux obstacles administratifs (en Chine, la montagne de justificatifs et l’examen passé au consulat) et politico-judiciaires (en France, les maires qui donnent instruction aux employés de l’état-civil de dire que c’est impossible, puis d’envoyer le dossier au procureur de la république si les intéressés s’obstinent).

 

J’oubliais. En chinois, « élection présidentielle » se ditzongtongdaxuanzongtong daxuan, chef unité grand choix. Quel sera le nom du prochain faguo de zongtong (président de la France) ?

L’empire (suite)

Je me préparais à écrire de nouveau que la télévision d’Etat chinoise ne retient de l’éléction présidentielle en France que l’anecdote pas sérieuse. Hier soir nous avions eu droit à un reportage sur les doudous à l’effigie des candidats, avec interview du fabricant « Nous avons fait un sondage, et il y a presque égalité, mais je ne vous dirai pas lequel se vend le mieux ».golene Mais dans les journaux de ce matin, surprise, le sujet était long et sérieux, avec les images « normales » qui passent en Occident (quand la télévision chinoise montre la ‘démocratie’ de Taiwan, ce sont des bagarres de députés dans l’hémicycle du Parlement, ou dans la rue des manifestations contre le président).

 

bayrousarkozysegoleneLepenUMPFN On a pu suivre une démonstration de la machine à voter. Les commentaires, pour le peu que j’ai pu saisir, expliquaient la position des candidats dans les sondages, et insistaient sur la passion que les Français mettent dans l’élection. J’ai laissé la télévision allumée pour capter sur l’écran, au prochain journal, quelques bonnes images que j’avais ratées, et on a annoncé une émission en direct. Au début, une vue générale d’un monument en plein air qui ressemble à l’allée d’un tombeau d’empereur, mais rempli d’une foule disciplinée, comme pour une manifestation publique. Vue générale La taille du tapis rouge indique que c’est quelque chose d’important. Cadrage sur un autel chargé d’offrandes. Est-ce une cérémonie religieuse? Autel Comme on voit sur l’image des quantités de cadres en costume de cadre, c’est une cérémonie officielle. Cadres Mais on voit bientôt un cadre marcher dignement sur le tapis rouge en tenant un grand bâton comme une offrande. Cadre et encensC’est un bâton d’encens. Plusieurs autres passent devant la caméra. Autel de l'encensOn voit le grand tambour à l’arrière-plan; nous sommes bien dans un temple. Roulement de tambours. Un cortège de célébrants en pagne et tatouages transporte un énorme objet en forme de pot à faire le vin de riz. Crtège du vin Ils l’ouvrent en grande cérémonie et y puisent quelques coupes de liquide. Ils les remettent aux cadres alignés devant l’autel, qui les présentent au ciel (?). Offrande Mais de quoi s’agit-il ? De temps en temps, on a vu le sommet de la colline où une statue géante se découpe. Yu On nous montre aussi de temps en temps le maître de cérémonie dont la voix résonne, semblable à celle du ministre des rites dans le film Hero. Maitre de cérémonieJe finis par noter le texte de la bande qui apparaît régulièrement en bas de l’écran. « Sacrifice public au tombeau de Yu le Grand en 2007, évènement important diffusé en direct ». Yu le Grand succéda aux Cinq Empereurs, que les chronologies situent il y a 4 800 ans; à quelques siècles près c’est la date de la création du monde et de l’homme selon la Bible. Yu était ministre de l’empereur Shu, il y a 4200 ans, et c’est lui qui sépara la terre des eaux en inventant les digues et les canaux qui ont permis de protéger les paysans contre les crues et d’irriguer. DiscoursModèle du service public, il travailla 13 ans sans même s’arrêter dans la maison de sa famille quand il passait devant au cours de ses voyages professionnels. Plus tard, il fut désigné comme empereur car c’était l’homme d’Etat du plus grand mérite. Il fut le premier à s’arranger pour que son fils lui succède, instituant l’hérédité de la dignité impériale. Il est aujourdhui ministre de l’Empereur du Ciel dans les temples taoïstes. C’est peut-être pour tout cela que les cadres du Parti et de l’Etat lui rendent un culte. Nous sommes à Shaoxing, pas très loin de Shanghai, où il mourut et où est son mausolée. Je n’imaginais quand même pas que cela prendrait la forme d’une cérémonie que le RP Huc qualifierait d’idolâtre. Un orateur prend longuement la parole. Il est devant l’autel et s’adresse à Yu. On approche de la fin. La caméra montre un orchestre qui joue les mêmes luths et orgues à bouche que j’avais vus et entendus dans le temple de Confucius à Nanjing. Des danseurs en costume de cette époque évoluent autour de l’autel. Danseuse Chaque groupe termine par une grande prosternation. Prosternation Dommage que je ne puisse pas montrer toutes les images que j’ai captées. Tout ça, vu au premier degré dans un appartement d’une grande ville, a quelque chose d’étourdissant. Ce n’est pas un plus grand spectacle que ce qu’on voit dans les grands films chinois récents, Hero, ou Le Banquet, ou La Cité Interdite, mais justement ce n’est pas un spectacle, c’est un acte officiel auquel participent des gouverneurs de provinces et des secrétaires du Parti. 90 ans après la dernière célébration du Printemps au Temple du Ciel de Pékin en février 1916, avec Yuan Shikai, président de la République (mais qui se rêvait en empereur, il avait même commandé la porcelaine pour son intronisation), on dirait que le gouvernement chinois veut rétablir la continuité. En France nous avons des fêtes patriotiques, Valmy ou le deuxième centenaire de 1789, avec spectacle, figurants, orateurs et concours de peuple, mais pas de cérémonies du culte national (il y avait bien eu le couronnement de Mitterrand 1e au Panthéon, mais très inoffensif à côté). Est-ce qu’il faut comparer ça à la résurrection au Japon du shintoïsme d’Etat réalisée par l’empereur Meiji à la fin du 19e siècle ?

Ajouté le 21: Quelqu’un me signale que cette cérémonie, qui date du temps des empereurs Ming, a été ressuscitée dès 1995. Depuis, son caractère officiel grandit. Toute l’histoire, et des images de la célébration de 2006, sur le site du China Heritage Quarterly édité par l’Université Nationale d’Australie à Canberra, numéro de mars 2007 . C’est dans cette université que Pierre Ryckmans (Simon Leys) a enseigné à partir de 1970, après avoir été exclu des universités françaises pour hérésie anti-maoïste.