On ne peut pas dire que les élections en France soient négligées par la télévision chinoise. Cette semaine nous avons eu droit à un sujet « Les élections générales françaises entrent dans la phase de sprint. Les caricatures satiriques se vendent bien. Aide au choix » (texte sur fond jaune en bas de l’écran).

Il y avait aussi une image de Bayrou émergeant d’un wagon à bestiaux, un passage sur un caricaturiste au travail, et l’interview d’un « d’jeun » en costume complet des banlieues (mais visiblement pas un vrai méchant). Son discours sous-titré devant un stand de bandes dessinées anti-Sarkozy « C’est très sarcastique, mais finalement ça le rend sympathique ». Sages paroles. J’ai eu l’impression que c’était un sujet original de l’envoyé spécial. Le problème, c’est qu’il n’y a à peu près rien d’autre, pas d’information sur le fond. Les journaux, au moins les éditions en anglais que je peux lire facilement, font un peu mieux. Ils ont même publié quelques résultats de sondages. Sur Internet, il y a beaucoup plus de choses; pour en avoir une idée, une petite exploration sur Baidu images (le moteur de recherche chinois) avec « élections générales en France » ramène Besancenot à la tribune et Alliot-Marie descendant d’un jet . Quand même, le titre du China Daily d’hier matin disait « Promesses et insultes dans la dernière étape de la course à l’Elysée ». Le discours est toujours « les Français prétendent choisir leur président, voila ce que ça donne ». L’ennui, c’est que mon épouse qui n’est pourtant pas sotte ne comprend pas pourquoi je tiens à aller à Pékin dimanche pour voter. Elle ne viendra pas avec moi. J’irai quand même, et avec un peu de chance je monterai dans une rame du nouveau train électrique à grande vitesse qui commence à circuler dans le pays aujourdhui. Ce matin, émission en direct de la gare de Pékin et grands articles dans les journaux. Un en anglais pour voir.
D’autres nouvelles dans les journaux. En me promenant hier soir dans le quartier, j’ai vu pour la première fois de ma vie une vraie affiche du Far-West « Wanted, $5000 reward » collée sur un mur.
Exactement, la récompense est de 50 000 yuans, soit 5000 euros, pour retrouver Ma Xiangjing et Ren Xiaofeng qui ont volé 51 millions de yuans (5,1 millions d’euros). Ils travaillaient au service du stock d’espèces du Crédit Agricole à Handan dans le Hebei, pas très loin de Tianjin; ils en ont simplement chargé quelques palettes dans une camionnette à l’heure de midi et sont partis avec.
Le plus gros billet en Chine vaut 100 yuans (10 euros); cela fait donc 510 000 billets au moins, ça pèse lourd. Commentaire d’un lecteur sur le premier article paru « Ils vont partir à l’Ouest. Et il va falloir des années pour les récupérer, si on y arrive. Ils méritent d’être exécutés, mais il faudra promettre d’être gentils avec eux si on veut les voir revenir ». Curieusement, les traités d’extradition en cours de négociation font plus de bruit ici qu’en France par exemple (la France vient de signer le sien, après l’Espagne). Le deuxième article du même journal, encouragé, rappelle qu’en 2005 un certain Gao Shan, directeur de la succursale de la Banque de Chine à Harbin, était parti au Canada avec un milliard de yuans détournés des comptes client. Ces modestes travailleurs manuels ont suivi l’exemple, avec les moyens dont ils disposaient. Je trouve la récompense un peu faible; un millième de la somme, ça ne fait pas une commission d’apporteur d’affaire.
Cet après-midi je suis allé au Jardin du Peuple, tout près de chez nous, et j’ai passé l’après-midi à lire, tout en écoutant les oiseaux chanteurs que leurs maîtres avaient réunis pour une rencontre amicale. Les cerisiers sont en fleurs, un peu en avance sur la date normale.
Le Jardin du Peuple de Tianjin
tianjin renmin gongyuan (contemplez le dernier caractère, le jardin entouré de son mur) est né de l’idée socialiste d’offrir au peuple de la ville le plaisir des jardins que les riches se faisaient construire pour leur délectation, et qu’on peut encore visiter à Suzhou ou à Shanghai (le jardin de Yuyuan). On y trouve donc un lac, des passerelles en zigzag qui conduisent à des kiosques au milieu des eaux, un petit temple taoïste, des rochers de forme curieuse, des arbres fleuris, mais aussi des manèges, des pédalos, un petit train, des singes en cage et même des tigres. Comme tout a été agrandi à la taille de la foule attendue, et que la ville se fait voir et entendre autour, ce n’est pas exactement la même atmosphère qu’à Suzhou. Et puis, comme dans toutes les villes chinoises, il faut payer pour entrer, deux yuans, c’est plus cher qu’un trajet d’autobus. On reçoit un beau ticket illustré. Le dimanche, les familles viennent en foule, mais le lundi, jour ouvrable, il n’y a que les retraités, et les amoureux qui arrivent en fin d’après-midi, après les cours.
J’avais apporté mon appareil photo pour essayer de faire quelques images des cerisiers en fleurs.
mais les employés du parc m’ont vu et m’ont proposé d’aller admirer leur travail. Ils préparent les décors du jardin pour la semaine du premier mai.
Pendant toute la belle saison, ils installent des dragons, des poissons volants, des ours qui jouent de la musique, et les changent souvent pour que les enfants demandent à revenir. C’est de la mousse de plastique qui ne survit pas longtemps; l’année suivante, on fait autre chose. Donc voici, en avant-première, les animaux magiques de la saison, sur fond de branches fleuries.
Nous reviendrons au jardin du peuple.
Hier soir, en marchant vers le Starbuck Café où j’allais rencontrer deux amis Chinois pour discuter en français, j’ai vu ces deux lycéens qui contemplaient ensemble le feu rouge, et je les ai photographiés dans le décor typique de ce coin de ville (le carrefour et la station de métro s’appellent « petite maison blanche »; le grand immeuble en triangle est l’hôtel Renaissance, le plus cher du centre ville).
En voyant l’image sur l’écran de mon ordinateur, mon épouse s’est exclamée « tamen tai xiao »
ils [sont] trop jeunes. (le dernier caractère exprime la petite importance, ou la jeunesse; j’ai le droit d’appeler ma femme « xiao Li » puisque je suis plus vieux qu’elle; il y a un autre caractère pour dire ‘de petite taille’). Quand elle avait le même age, c’était la Révolution Culturelle; exprimer des sentiments tendres entre jeunes gens était contre-révolutionnaire; et puis, de toute façon, on ne doit pas être amoureux au lycée, c’est trop tôt. Ceux que j’allais rencontrer, qui ont vingt ans de moins, ne sont pas du même avis. Mais j’ai l’impression qu’ici c’est plutôt 1960 que l’an 2007, de ce point de vue.
On pourrait en parler longtemps, mais revenons au sujet. J’ai commencé à lire les petites annonces, sur Internet et dans la vitrine des agences. J’ai appris à reconnaître les mots importants. D’abord gongyu, l’appartement, littéralement « collectif, résider ». Et puis la surface
pingfangmi, plat espace mètre, et surtout le prix
wanyuan, dix mille yuans; pourquoi pas mille? ici on préfère compter en centaines; c’est mille euros, le raisonnement est facile. En restant dans le quartier, pour ne pas s’éloigner de l’immeuble de l’unité de travail, il y a le choix.
Nous pourrions louer un appartement de 168 m2 , pour 9000 yuans par mois, dans la résidence du Jardin de Rome, tout près d’ici.
Pour ce prix là (900 euros), on aurait un petit deux pièces bien situé à Paris, mais ici ça représente deux ou trois fois le traitement d’un fonctionnaire de rang moyen. C’est très beau. L’entrée en forme d’arc de triomphe donne sur une cour intérieure qui reconstitue le Forum en petit, avec colonnade, statue équestre et obélisque. Les « résidences internationales » qu’on construit un peu partout ont autant d’étages, moins de faste extérieur, mais tous les attributs de la vie protégée, à commencer par un poste de garde. A mille euros le mêtre carré à l’achat, on nous promet de vivre comme les Occidentaux, c’est ce que prétend le nom qu’on leur donne.
wuyue guanli fei, choses, prendre soin, frais. Le dernier caractère est facile à reconnaître.
S’il faut acheter, ça devrait être autour de 75 wan yuan (autant de milliers d’euros). Puisque nous pouvons encore choisir, je préfèrerais habiter un petit immeuble dans une rue tranquille, par exemple celle-ci par où je passe de préférence pour revenir de l’hypermarché.
Là on devrait trouver à acheter 121 m2 pour 79 wanyuan, avec quelques travaux. Et si on veut décidément ne pas dépenser trop, il y a les immeubles d’époque, ceux qu’on démolit ou qu’on préserve selon l’humeur des aménageurs (celui-ci ne semble pas destiné à la destruction).
Là on trouve 108 m2 pour 58 wan yuan ou moins, le voisinage a l’air sympathique. Mais alors à quoi bon changer? Je rève que l’appartement à côté sur notre palier se libère, et nous offre les deux pièces qui manquent. On verra bien. Je sors pour aller repérer quelques agences
zhong jie, milieu relier, l’intermédiaire, à ne pas confondre avec
ge ren , un homme, le particulier. Un
Ce matin, le journal télévisé a parlé des élections présidentielles en France. Le sujet, c’était le lancement d’un jeu de boules de billard américain à l’effigie des candidats et de quelques autres. On a vu un joueur caramboler les hommes politiques français. Ensuite, quelques images de panneaux électoraux et trois phrases pour dire que c’est le 22 avril. Je suppose que le même sujet est passé en France.
C’est un peu vexant, parce que la dernière fois qu’on avait parlé de la France au journal national, c’était pour montrer la Gare du Nord. Je n’ai pas vu puisque j’étais en France mais on m’a posé des questions dès mon retour. Le commentaire aurait laissé entendre que c’est ce qui se passe dans les démocraties occidentales. Les émeutes de novembre 2005 avaient été lourdement traitées, y compris l’incendie d’un entrepôt appartenant à un commerçant chinois, l’intervention de l’ambassadeur de Chine au ministère de l’Intérieur, et un passage du journal de TF1 où le Premier Ministre sous-titré disait qu’il commande et que le Ministre de l’Intérieur exécute.
Vous l’avez remarqué ou pas, quand je parle du guvernement chinois actuel, j’écris « la dynastie ». Ce n’est pas une plaisanterie; les gouvernants actuels se situent dans la continuité du pouvoir souverain, exercé par un empereur depuis environ 2200 ans. Le premier empereur Qin Shi Huangdi (celui de « l’Empereur et l’Assassin » et de « Hero ») a régné à partir de – 221 de l’ère commune, et Pu Yi (« Le dernier Empereur ») est parti en 1911. Dans l’intervalle il y a eu des périodes de division, les Mongols (au temps de Marco Polo), mais le principe était toujours qu’il y a un souverain, assisté de ministres et de fonctionnaires (recrutés par concours depuis 1300 ans), pour assurer le bon gouvernement et le bonheur du peuple. Si on regarde l’insigne (entête d’un document officiel) on reconnaît, sous les cinq étoiles, la silhouette d’un hall de la Cité Interdite. C’est comme si, sur le sceau de la République Française, on voyait la façade du palais de Versailles. L’inscription en dessous dit « République populaire de Chine » (zhong hua ren min gong he guo; centre, splendeur, hommes, peuple, commun, harmonie, pays).
Voici une des salles de cérémonies de la Cité Interdite, et l’axe impérial nord-sud matérialisé par le pavage de marbre qui était survolé par la chaise à porteurs de l’empereur, seul autorisé à cheminer au centre; ses ministres passaient par un des escaliers latéraux; les barrières métalliques n’étaient pas là, bien sûr. L’emblème représente la Porte de la Paix Céleste (Tian an men), premier bâtiment sur l’axe, entrée de le Cité, et non celui qui est sur la photo, mais peu importe. Quand, étant devant la porte, on se retourne, on voit l’axe continuer vers le sud.
Au temps de Mao, on y a installé le monument aux héros du peuple et le mât du pavillon national. Ensuite, la vue est barrée par la masse du mausolée de Mao (fermé depuis peu pour travaux; les visites étaient gratuites mais il n’était ouvert que 4 demi-journées par semaine). Du point de vue de la tradition, c’est choquant; les anciens empereurs Ming et Qing ont leurs tombeaux réunis dans des lieux favorables à des dizaines de kilomètres de Pékin. Mais la démonstration est lourdement appuyée. Les dirigeants actuels vivent dans leur petite Cité Interdite, Zhongnanhai (le parc des lacs du Sud et du Centre), à quelques centaines de mêtres à l’ouest. (La Cité Interdite du temps des empereurs, contrairement au parc de Versailles du temps des rois, n’était pas ouverte au peuple).
Samedi soir, je voulais aller à la messe de la nuit de Pâques, mais mon épouse ne s’est pas encore persuadée que je peux me déplacer tout seul sans danger. La cathédrale est loin, il n’y a plus d’autobus pour rentrer si tard dans la nuit. Et elle n’avait pas envie de m’accompagner; elle est fatiguée de sa semaine de travail et elle est de permanence dimanche (Chose incroyable pour un Français, en Chine les administrations publiques sont ouvertes sept jours par semaine, comme les banques et les magasins; chose incroyable pour un Chinois, en France les magasins sont fermés le dimanche alors qu’il y a tant de gens désireux de dépenser leur argent; nous en avons discuté hier soir, et j’ai essayé d’expliquer que même Dieu s’est reposé le septième jour; je ne l’ai pas convaincue). Donc nous avons regardé ensemble Volver, le film de Pedro Almodovar, pas vraiment de circonstance. Et je suis allé à la messe ce dimanche matin.
Arrivé en retard, j’ai tout de suite vu qu’il n’y avait plus de place à l’intérieur. J’ai quand même réussi à entrer, et je suis resté au fond. Si vous n’avez jamais vu une église parfaitement pleine, voici la nef de la cathédrale, les piliers ornés de banderoles qui portent des prières en sept caractères.
Heureusement certains fidèles sont sortis aussitôt après la communion. Vue de la cour à côté de l’église; les guirlandes de petits drapeaux, qui portent aussi des des souhaits et des invocations, ont été tendues dans la nuit de samedi à dimanche; hier après-midi elles n’étaient pas là.
Vue du portail et de la grande banderole qui le domine, caractères sur fond rouge comme les slogans officiels, mais caractères traditionnels.
Elle dit « Célébrez la résurrection du Christ ».
La Résurrection, les deux caractères de droite, Fu Huo « restaurer la vie ». Les deux caractères du centre Ye Su
sont une transcription phonétique de Jésus, avec des caractères favorables; à gauche « maître », à droite « revivre », un caractère où on reconnaît le poisson à gauche et le grain à droite.
Une fois que tout le monde est sorti, il reste dans la rue à côté du portail les gardiens de la paix qui ont passé toute la matinée à veiller sur la foule; ils ne ne sont pas là les dimanches ordinaires. Et quelques mendiants, qui sont là tous les dimanches. Ils s’intéressent beaucoup aux étrangers, peut-être plus généreux que les gens du lieu. En fait, nous étions quelques Français, quelques autres Européens, perdus dans la foule. Et une famille africaine, qui occupait tout un banc (ils étaient arrivés à l’heure). J’aurais voulu leur demander d’où ils venaient, mais je les ai ratés à la sortie. 
signifie « eau bénite » sheng shui. (Le premier caractère est associé aux choses religieuses.
sheng jing, c’est le saint texte, la Bible.)
Depuis que je suis revenu dans ma petite ville, je le croise de nouveau au coin des rues. C’est le caractère de l’homme, ou plutôt du masculin, nan
dont les étymologistes disent qu’il est composé de tian
le champ, et li
la force pour le cultiver (la femme
nü, n’est pas un caractère composé). Celui qui a peint le carreau de céramique a triché un peu avec les traits, pour lui donner un visage. Les carreaux décorent de petits édifices publics qu’on appelle commodités en France et
cesuo, ici. L’Occidental est prié de s’entraîner à leur usage, car le trône est une innovation (il n’existe pas moins, et s’appelle cheval-baquet
) et on appellerait « à la turque » l’installation normale si nous n’étions pas bien loin de là. Mais déja la Cité Interdite, dans ses rénovations à l’occasion des jeux olympiques, possède des installations où on a le choix, indiqué sur la porte. 
Comme les mots doivent avoir deux syllabes, on a « nan ce » pour les messieurs, en laissant tomber le troisième caractère, et « nü ce » pour les dames. Il vaut mieux se fier aux caractères. Les tentatives de parler « international » dans les lieux touristiques ne sont pas toujours convaincantes.
Dimanche, c’était le jour des Rameaux pour les chrétiens. Dans certaines régions de France, on va au cimetière rendre visite aux morts dans leur tombe. Dans le calendrier chinois, c’est qingming
la claire lumière, cinquième des vingt-quatre périodes de l’année (qui a commencé en février). Les familles vont nettoyer les tombes de leurs ascendants, le jour de saomu. Le premier caractère est composé de la main et du balai; en bas du second on reconnaît la terre. Les quatre enfants de ma belle-mère et leurs conjoints, dont moi, sommes allés accomplir le rite.
Voici le cimetière municipal, exactement
binyiguan: placer le cercueil, cérémonie, bâtiment public. La galerie à colonnes rouges, à gauche, s’appellerait colombarium en France. A la campagne, on aurait la place dans les champs pour une petite butte de terre et une plaque du côté sud. Peu de gens en ville possèdent une tombe de famille.
Le fils ainé va chercher le coffret contenant les cendres de ma belle-mère, et nous allons ensemble dans le champ voisin trouver au milieu des autres familles une petite place pour le rite.
On pose le coffret sur le sol, et on brûle devant lui l’argent des morts, les feuilles de papier où sont découpées les sapèques, les pièces de l’ancienne monnaie de bronze percées d’un trou carré; il y a aussi des billets de banque.
On présente aussi de la nourriture qu’on remportera et qui sera mangée au repas de famille. Quand le feu est éteint, on s’incline plusieurs fois.
On sort le coffret de sa housse pour l’essuyer. Ensuite, le fils ainé le rapporte à sa place dans le colombarium pendant que nous attendons.
C’est un peu la même ambiance, si j’ose dire, que dans un cimetière français le jour de la Toussaints. Les familles arrivent, partagées entre le recueillement et la préoccupation des choses qu’on apporte. Il y a des marchands qui vendent les articles du rite. 
Lingots d’or de papier doré, liasses de dollars célestes, mais aussi des fleurs, à manger et à boire, et des bâtons pour tisonner le feu qui enverra dans l’autre monde, sous le symbole de quelques biens terrestres, l’affirmation qu’on n’oublie pas ceux qui sont partis.
Hui jia. Revenir à la maison. Le premier caractère représente le retour; un tourbillon, c’était très clair quand les caractères étaient ronds, moins maintenant qu’ils sont dessinés avec des traits. Le second caractère figure dans tous les traités, c’est le composé exemplaire, un cochon sous un toit, c’est la maison, dans tous les sens.
guojia, c’est le pays natal, la province pour un Chinois, le pays lointain pour un étranger. Quand on a sa maison en Chine et son pays natal ailleurs, la confusion s’installe. Ca a commencé quand j’ai téléphoné à Air China à Paris, pour changer la date de mon billet. Une petite voix chinoise m’a demandé de confirmer « Un billet retour ? C’est pour vous ? » Ensuite, à l’enregistrement à Roissy, la préposée a contemplé longuement le billet d’avion tout seul dans son carnet. « C’est un aller simple ? Alors je dois vérifier votre visa. » Je lui ai expliqué que le billet aller avait déja été utilisé, et j’ai ouvert le passeport à la page du permis de résidence. Elle a quand même fait appel à un supérieur pour avoir la confirmation que c’était normal, seulement moins fréquent. Les gens dans les aéroports sont très timides. J’ai souvenir du retour à Nantes d’un avion rempli de touristes, dont moi, qui venaient de passer une semaine au Sénégal dans le même hôtel au bord de la mer. Tout s’est écoulé sans heurt jusqu’à ce que se présente un couple où madame était noire (antillaise, si je me souviens). L’agent d’immigration très inquiet n’a pas osé admettre en France quelqu’un qui arrive d’Afrique et a l’air africain. Il a fallu l’intervention d’un grade supérieur pour qu’il se rassure à la lecture du passeport.
Une image gratuite, le trottoir de la rue de Nanjing, là où est le petit immeuble d’Air China, terminus des autobus vers les aéroports. Il y a deux ans, on l’aurait vu au fond à gauche, plus haut que les magasins voisins. Mais les constructions poussent très vite ici. Maintenant il est caché. Je viens d’aller faire un tour dehors pour m’aérer et combattre le décalage horaire avec les rayons du soleil. Pas de nouvel immeuble dans le quartier après un mois, mais je n’ai peut-être pas bien regardé.