Jeudi, je monte dans l’avion d’Air China; je rentre chez moi et chez mon épouse. Ce soir, je suis chez mes amis Wang pour manger avec eux les jiaozi du départ. Le premier caractère ‘jiao’ signifie « réunir » à droite, avec le symbole de la nourriture à gauche. Pour ce repas du voyageur, on ne mange que des jiaozi qu’on prépare ensemble juste avant. La préparation à la viande est enfermée dans une pâte fine, un petit rond façonné au rouleau et refermé d’une main habile. Si la main n’est pas assez habile, l’eau bouillante de la cuisson entrera dedans et diluera le goût. Dans la recette de la préparation, il entre de la ciboule
jiucai, le chou (à droite) qui repousse indéfiniment quand on le coupe (à gauche), de la viande de porc
zhujou (le porc à gauche, la pièce de viande à droite), de l’omelette
jidan (l’oeuf à droite avec en bas le symbole de la bestiole qu’il contient virtuellement, la poule à gauche), des champignons noirs
mu er (oreilles du bois, ceux qui poussent sur les souches), et du gingembre
jiang. On hache et on fait revenir ensemble la ciboule, les champignons, les petits morceaux d’omelette, le gingembre frais, avec sel et sauce de soja. On laisse refroidir avant de mélanger avec la viande de porc. Le tout cuira, enfermé dans la pâte trempée dans l’eau bouillante. On apporte à table les jiaozi juste égouttés. Un bon vin blanc convient très bien.
Rouler la pâte demande une main légère et de l’habileté. On voit ici Maître Zhihong travailler tout en tenant une attitude d’équilibre du Taichi qu’il pratique.
Sur la table, des boules de pâte non encore roulées, des ronds de pâte et des jiaozi façonnés, prêts à être cuits. La jatte de préparation à la viande est déja presque vide.
Ghislaine, la maîtresse de maison, invite les convives à passer à table après qu’ils aient aidé à façonner le repas. Mais oui, il existe des Chinoises blondes et roses; elle l’est devenue par amour il y a longtemps et aime se présenter sous le nom de son époux, bien que cet usage ne soit pas du tout chinois. Selon la tradition, l’épouse entre dans la famille de ses beaux-parents, mais conserve son nom.
Pour les grandes personnes
Avant mon départ pour la France, nous étions partis à la recherche du cheval que je devais apporter en cadeau. Nous sommes donc allés au plus grand centre commercial des choses qui embellissent la vie de tous les jours. Dehors, on trouve des rameaux aux couleurs du printemps en hiver.
Sous la grande halle, la même chose que partout, par exemple de quoi arroser et humidifier. Il fait si sec ici, à toutes les saisons.
Mais on peut aussi y trouver les Montagnes Jaunes (Huangshan), complètes avec brumes et chutes d’eau, à installer chez soi.
Et si on possède déja les rochers, on peut acquérir les pagodes et les kiosques que demande le paysage.
Celles-ci sont en céramique et feraient encore plus d’effet si j’avais osé les épousseter avant de les prendre en photo.
Dans une galerie latérale, les marchands d’objets de jade se sont mis à l’abri. Aux pieds des clients qui attendent, ces magnifiques choux agrandis, sculptures hyperréalistes. (paresse: je traduirai plus tard la phrase qui souhaite cent bénédictions sur le socle)
Finalement, le cheval cherché se manifeste, en jade vert clair. Il y en a d’autres, de pâte de verre, très attendrissants, mais pas plus grands que des soldats de plomb.
Entre deux griffons de jade, les mains de l’auteur dans le miroir au fond de la vitrine.
Avant de partir, un coup d’oeil aux petits bébés cochons de bois, de porcelaine ou de plastique; ils portent le caractère du bonheur sur leur cache-coeur et leur effet bénéfique ne dépend pas du prix.
Des dessins en couleurs
Je triche, ce que je vous montre aujourdhui, je l’ai vu il y a un an et demie; c’était l’automne, un samedi de grand soleil, sur l’esplanade devant la grande librairie. Des gens étaient réunis autour d’un grand rouleau allongé sur le sol. C’étaient les peintures des élèves d’une école primaire du quartier qui montraient aux parents et à tout le monde leur ouvrage. Un petit tour dans l’imagination des petits Chinois d’une grande ville. Vous allez voir, c’est comme ailleurs. On peut s’amuser à deviner qui a peint, une fille ou un garçon. Je n’y connais rien. Les images ont été prises à main levée en se glissant au milieu de ceux qui regardent.
Remarquez la croix sur le clocher. L’église ressemble un peu à la deuxième église catholique de la ville.
Ce n’est pas une reine avec sa couronne sur la tête. C’est seulement son anniversaire, fêté avec un grand gâteau à la crème de Holiland, qu’on achète dans une grande boîte ronde avec la couronne autour. 
Sur le tronc de l’arbre, le nom de quelqu’un, Zhang (Le Long)… le nom de famille de Tchang Tchong Jen, l’ami de Tinitin; je n’ai pas réussi à reconnaître les caractères du prénom.
Quelques jeunes artistes qui n’ont pas vu le photographe.
Et une autre qui l’a invité à faire son portrait devant son oeuvre dont elle est très contente.
Deux nattes ou deux couettes pour les petites filles. Les grandes filles portent la queue de cheval. Les mamans doivent avoir les cheveux courts car une mère de famille n’a plus le temps de soigner sa coiffure; c’est ce qu’on disait mais le monde a changé depuis.
Un autre temple
Voila ce que c’est d’écrire du mal de quelque chose. La semaine dernière, j’avais donné ailleurs mon opinion sur les restaurants chinois (restaurant tenu par un Asiatique pour nourrir les Français, à ne pas confondre avec les restaurants où mangent les Chinois de France). Mardi, nous sommes allés dans un restaurant tenu par une dame de Wenzhou, traiteur et dégustation sur place, qui nourrit à midi les travailleurs de son quartier, et ne donne des baguettes qu’à ceux qui le demandent. La nuit suivante, j’étais très malade et ça vient de finir. Comme tous les autres convives sont en bonne santé, pas de raison de suspecter les mets de la dame de Wenzhou. Donc aujourdhui je me rappelle une visite apaisante à un temple bouddhiste à l’est du fleuve, il y a juste quatre semaines.
Cerné par les rues, il est placé comme une église de quartier en ville. Le mur-écran dans l’axe de la porte d’entrée porte son nom
jianfuguanyinsi, prairie, bonheur, contemplation, musique, temple, le temple de la déesse de miséricorde (Guanyin ou Avalokiteshwara; je vais acheter « le bouddhisme pour les Nuls » First Editions 2007, 11,90 euros, et je pourrai expliquer qui c’est); en attendant la beauté de chaque caractère me suffit. Celui du milieu, ‘guan’ contempler, est le nom de la vingtième combinaison du Yijing. Le mur cache aussi la guérite où un laïc vend les billets d’entrée, 5 yuans si je me souviens; c’est donc payant, mais rien à voir avec les tarifs pour touristes (30, 50 yuans) des grands temples de Pékin.
La cour du temple, orientée à l’ouest, est presque dans l’alignement du soleil de fin d’après-midi. A gauche et à droite, les locaux destinés aux dévots, librairie, salles de cours. Les petites caisses rouges rangées au milieu sont faites pour se mettre à genoux dans le confort avant de jeter les bâtonnets d’encens dans le grand chaudron de bronze, si on ne veut pas aller dans la grande cour, plus haut.
Justement, il n’y a presque personne. Je reconnais la tour de bronze et ses clochettes, les bassins où mettre l’encens, et les marches qui mènent au bâtiment qui abrite la statue. On entend les chants de l’office du soir. A gauche et à droite, les bâtiments du couvent.
Fin de l’office, les moines et les moniales sortent tranquillement avant de retourner à leurs travaux ou leurs études. Il y a quelques filles jolies; un peu de cheveux repoussent sur leur crâne rasé. J’essaie de ne pas être trop visible avec mon appareil photo, mais on me voit et on me fait signe qu’il n’y a pas d’inconvénient.
En m’approchant, je vois la statue de Guanyin aux cent têtes et mille bras miséricordieux. L’an dernier, la vedette du spectacle télévisé du Nouvel An avait été le groupe de danseuses sourdes qui lui avaient donné vie sur scène rien qu’en s’alignant habilement à vingt ou trente. La dame en jean est la gardienne des heures de visite entre les offices. Elle me laisse contempler tranquillement .
En me retournant, je vois toute la cour. Il n’y a qu’un couple à faire ses dévotions. L’image ne dit pas grand-chose de l’impression de paix qu’on a ainsi en pleine ville, dans cet espace cerné par les rues (une avenue passe juste derrière le bâtiment principal, deux autres derrière les galleries latérales). Les grands immeubles voisins se retrouvent au même niveau que les petites tours qui les rendent invisibles.
Pour les visiteurs, il est temps de sortir et laisser les religieux entre eux. En passant, je remarque le minibus aux armes de la communauté, le nom écrit en caractères traditionnels, dans une calligraphie très lisible, ainsi que l’adresse du site web . Curiosité: il est en .com international, alors que même les grands journaux nationaux sont en .cn . En passant devant le grand chaudron rond de bronze doré, je lis quelque chose qui m’avait échappé tout à l’heure: année 2549 de l’origine du Bouddha, année 2005 de l’ère commune. Cet énorme objet de culte est tout neuf. D’ailleurs tout, autour de moi, est fraîchement construit ou rénové, le sol bien mieux pavé que les trottoirs de l’avenue semble tout neuf lui aussi. En écrivant, je me rappelle la nuit du Nouvel An, quand je suis allé avec ma belle-famille dans un autre temple au Nord pour la première heure du premier jour. Celui-là était en plein chantier de reconstruction. Celui-ci devait aussi être rempli de gens; un plan de circulation était certainement en place dans les rues pour permettre à tout le monde d’arriver. J’ai compté une cinquantaine de moines et moniales à la sortie de l’office. Les religions sont donc en pleine prospérité dans ce pays officiellement athée, et avec l’appui des autorités.
Hier j’ai trouvé dans le China Daily un article qui annonce une campagne d’acquisition de Bibles pour qu’on en trouve dans tous les hôtels de Pékin. C’est en l’honneur des Jeux Olympiques (et éventuellement pour tuer le bobard qui dit que la Bible n’est pas publiée en Chine; certes c’est moins facile à trouver que Harry Potter, mais j’en ai acheté dans une librairie et dans la rue). L’actuelle dynastie a peut-être oublié que ses prédécesseurs ont sévèrement limité le bouddhisme (plusieurs fois) et le christianisme (depuis la fin du 17e siècle), dès que les penseurs officiels avaient compris la subversion contenue dans des enseignements qui disent que chaque homme a un avenir personnel, et pas seulement comme part du Grand Tout impérial. Ou bien elle espère mettre Dieu et Bouddha au service de la Société Harmonieuse, comme elle essaie de ressusciter un néo-Confucius qui ressemble autant au vrai que le Christ-Roi Napoléon III au Christ. Pour l’instant, tout ça me dépasse.
Récupération
En France, il y a quelque chose que je n’entends pas dans la rue ou les cours d’immeubles, c’est le cri du récupérateur, qui passe avec son triporteur ou sa charrette à bras. J’ai l’impression qu’il dit « peaux de lapin, peaux! », comme le chiffonnier quand j’étais un petit enfant (on élevait des lapins au fond du jardin, on les tuait pour les manger et la peau valait quelque chose; aujourdhui les services sociaux placeraient en foyer les enfants que leurs parents exposeraient à un spectacle aussi violent et immoral, revenons au sujet). Mes amis chinois m’ont dit que le récupérateur crie « Po jiu » (vieux machins à jeter). Le second caractère ‘jiu’ s’applique à tout ce qui a déja servi, aussi bien un chiffon qu’une maison.
Mon épouse conserve soigneusement les cartons, les vieux journaux et les bouteilles d’huile vides pour les vendre au récupérateur. Il a fallu se résigner à vivre quelques jours en compagnie de l’emballage du nouveau téléviseur. Le récupérateur monte à l’étage et paie plusieurs yuans un bon poids. Le vieux téléviseur en panne a rapporté 25 yuans (2,5 euros). J’aurais préféré qu’il parte sur le dos de celui qui a livré le nouveau, mais il y a des principes qu’il faut respecter.
La récupération est un métier rentable et très organisé. Le jeune homme qui a accepté de poser travaille pour une entreprise locale (xiawafang jie, yang guang wu hui: ‘éclat du soleil recyclage’, rue de Xiawafang; c’est dans notre quartier). Le dernier caractère à droite, deux carrés concentriques, est le symbole du retour, aussi dans « revenir à la maison »
hui jia. Le premier caractère est le yang,
du yin et du yang. Une entreprise doit avoir un nom favorable.
Les collecteurs convergent vers des ateliers de tri, où on conditionne la marchandise pour la suite de son voyage. Ici on enferme les bouteilles de plastique dans des bâches qui partiront en camion. Les ateliers, qui prennent beaucoup de place, s’installent derrière les murs qui entourent les terrains où on va construire, et changent de lieu selon les opportunités.
Devant le camion qui charge des cartons, la balance qui vient de peser l’apport d’un collecteur. La patronne de l’opération s’inquiète de l’étranger inhabituel qui vient voir
ce qui se passe, elle repartira rassurée.
En sortant, je croise un spécialiste du polystyrène expansé, qui a probablement acheté sa cargaison au détail auprès de confrères généralistes qui préfèrent des chargements plus denses, à moins qu’il n’ait passé marché avec les employés d’un centre commercial. La récupération est un grand métier où tous les espoirs sont permis. Madame Zhang Yin, la femme la plus riche de Chine, est récupératrice de papiers (qu’elle fait maintenant venir des Etats Unis par conteneurs maritimes, mais elle avait commencé petit; article à lire ).
Abonnement Internet
Je me suis abonné à Internet chez moi en Chine, service ADSL comme partout, auprès de
Zhongguo Wangtong, en anglais China Netcom ou CNC , dont le logo actuel représente le Temple du Ciel au centre d’une piste olympique (image empruntée au site de CNC). Le troisième caractère est le symbole du Net, la Toile, le filet, qu’on trouve aussi bien dans le tennis
wangqiu balle au filet que dans le cybercafé
wangba. Mon épouse en avait assez de me voir aller au cybercafé tous les jours lire mon courrier et mon journal français. Nous nous sommes rendus ensemble à l’agence CNC du quartier, tout de verre et de granite poli. Je n’ai pas bien suivi la conversation, mais il semblait qu’il y ait une difficulté technique, peut-être une ligne téléphonique non conforme. Mais une Chinoise qui sait ce qu’elle veut ne se laisse pas arrêter par les difficultés. D’ailleurs elle avait autrefois abonné son fils, dans un but éducatif, puis avait supprimé l’abonnement au vu de la concurrence du chat sur le temps d’étude. Un quart d’heure après, tous les experts disponibles étaient réunis dans le bureau et une solution était trouvée. Nous sommes repartis avec la date du rendez-vous d’installation et un bidon de 5 litres d’huile de tournesol, car toute transaction commerciale d’importance s’accompagne d’un cadeau. Coût 250 yuans (25 euros) et 80 yuans par mois. Le technicien est arrivé avec le modem de marque française, les câbles, et un tournevis pour modifier la ligne téléphonique. Il a tout branché et m’a demandé de mettre en route l’ordinateur. Face à une machine qui parle français, il m’a fait intervenir, en m’écrivant les codes que je devais utiliser et en me guidant à travers les étapes. Quand il est parti tout fonctionnait. Quelques jours après, j’ai voulu déplacer la machine et je l’ai rebranchée de travers. Mon épouse a téléphoné. Dans l’heure le même technicien était là et n’est parti qu’après s’être assuré que j’avais bien mémorisé le branchement correct.
Nous pouvons maintenant téléphoner avec un service internet aux amis qui habitent la Chine en France, je consulte mon courrier et je lis Le Monde dans le texte (introuvable ici, et qui serait trop cher). La Chine est un pays vraiment civilisé.
Lire le récit de ma récente négociation avec mon fournisseur d’accès Internet français, dont je fus un des premiers clients fin 1996 (mais les jeunes employés ne peuvent pas le savoir) vous aurait probablement intéressé, pourtant les modérateurs du Monde m’ont demandé de retirer ce texte paru hier. Il s’agissait de modifier l’abonnement en cours, dont plus personne ne pourra profiter maintenant que je déménage définitivement de ma maison en France, et de le remplacer par un service qui permet à un visiteur de brancher son ordinateur chez les amis sans agrandir leur note de téléphone. Cela me permettait aussi de conserver mon adresse email connue depuis dix ans. Obtenir de remplacer un abonnement cher par un autre moins cher est techniquement difficile. Par certains côtés, les civilisations française et chinoise sont très éloignées.
Classé monument historique
Au coin de l’avenue du Sud Harmonieux (Munan) et de la rue du Port Parfumé (Xianggang, en cantonais Hongkong), il y a une villa de style basque, ou quelque chose comme cela, construite au début du 20e siècle pour la famille Xu qui préférait vivre sous l’administration des consulats occidentaux plutôt que sous le gouvernement incertain de la République chinoise toute neuve, à moins que ce soit l’Empire mandchou finissant (qui finit en 1912). Cette famille n’était pas la seule. Dans la même rue, on passe le long du mur de la résidence d’un oncle du dernier empereur. Le quartier est maintenant préservé. La municipalité avait d’abord fait poser des plaques de marbre instructives qui rappellent le passé de l’édifice.
Depuis un an, les bâtiments portent en noir et or le sceau de la protection officielle contre la rénovation urbaine abusive. Il y a plusieurs degrés de sauvegarde, depuis la « protection ordinaire » des constructions modestes mais typiques, jusqu’à la « très haute sauvegarde » des monuments associés à un passé illustre. Ce qui m’a donné l’occasion d’apprendre quelques mots de la terminologie officielle. (pour voir de près la plaque noire, cliquer dessus)
« Ancienne résidence de la famille Xu » disent les grands caractères (Xu shi jiu ju. Le troisième caractère désigne tout ce qui est déja utilisé, d’occasion, récupéré). En haut, le nom de l’organisme « Municipalité de Tianjin, district de Heping, service de sauvegarde des témoignages de la culture ». Le troisième caractère avant la fin, qui signifie « sauvegarde » est aussi le premier caractère du mot « infirmière »
hushi. Les deux derniers
danwei, renvoient au temps du socialisme, quand l' »unité de travail » veillait à occuper, nourrir, vêtir, loger, soigner, marier ceux qui en faisaient partie. Il n’y a plus que les administrations publiques, comme celle où travaille mon épouse, qui conservent le nom et une partie de la tradition. Ainsi nous mangeons le soir les légumes distribués par le danwei et je mets pour sortir un blouson de la même origine; vêtement de travail à elle attribué, mais elle a su faire changer ses mensurations pour un instant. (Plus sérieux, les employés des administrations ont conservé l’assurance maladie et la retraite, qu’on est en train de rétablir péniblement pour les salariés des nouvelles entreprises). En bas, une ligne redit le nom de l’autorité de la municipalité et du district, mais avec le titre solennel du gouvernement « pour le peuple »
renmin comme dans « république populaire ». La dernière ligne annonce la date en chiffres chinois : « 2004 année 8 mois 17 jour proclamation ».
Aussi bien, la sauvegarde du lieu est assurée par la surface sociale de l’occupant actuel. Communiste se dit gongchan
propriété en commun (qu’on retrouve dans « transport en commun ») jeunesse se dit qingnian
« vertes années », donc « commun, vert »
signifie « jeunesse communiste », très simple. Les mauvaises langues prétendent que cette maison, mal adaptée à un usage collectif, est principalement la résidence de fonction d’un dirigeant de l’organisme en question, comme d’autres pour d’autres organismes dans le même quartier. Je n’en sais rien, mais au moins la promenade est agréable. Je suis parti depuis une semaine, et j’écris déja avec un rien de nostalgie.
En français
Ca y est, je suis en France. J’avais atterri jeudi dans la Chine à Paris. C’est une grande ville où j’ai des amis, par exemple Ghislaine qui s’était levée à cinq heures du matin pour venir à Roissy m’aider à porter mes valises. Dans une des valises, il y avait des gâteaux, de la viande conservée qu’on ne trouve pas ici (Confucius acceptait tous ceux qui venaient écouter son enseignement « même s ‘ils ne pouvaient apporter qu’une pièce de viande séchée »; ça pèse lourd), des cigarettes « petit panda » qui n’ont pas le même goût que celles d’ici, et un bracelet en jade. C’est un peu sa faute si je vis en Chine maintenant. Je raconterai l’histoire un de ces jours. Son mari est de Tianjin. Chez eux, j’ai rencontré quelques nouveaux arrivants. Elise (le prénom occidental qu’elle s’est choisi), 30 ans, étudie la langue française dans un institut privé, et travaille deux jours par semaine chez un oncle. Je lui demande pourquoi elle a choisi le français et la France; « pour avoir une nouvelle vie » me dit-elle. Elle ne sait pas encore si elle retournera en Chine. Dimanche nous étions au défilé des associations franco-chinoises; j’ai pris des photos. Hier j’ai quitté la Chine et j’ai déjeuné chez des amis français; fatale rencontre des nourritures et des microbes du continent européen, aujourdhui je suis malade, mais ça va passer.
En attendant, j’ai une pensée pour ceux que je connais, qui parlent français, sont en Chine et rêvent d’aller en France ou d’y retourner. Marie, qui a appris le français à l’université, est partie deux ans en France pour un DESS de tourisme et a travaillé une saison à l’office de tourisme de Gien. (Photo prise par son amie Séverine) . Christophe, qui a appris le français et que je vois toutes les semaines pour discuter; il fait plus de progrès en français que moi en chinois.
Il est ici à table avec Yumiko la journaliste, qui édite la version japonaise de l’hebdomadaire des expatriés, et pourrait éditer aussi l’édition française s’il y avait assez de Français. Tous sont bien mieux armés que moi pour vivre en langues étrangères. Marie parle et écrit aussi l’anglais. J’en connais d’autres par leurs écrits sur internet. Nadège de Nanjing qui n’a jamais quitté son pays et écrit un meilleur français que moi. Delphine qui vient de terminer son année d’études en France et en commence une en Italie; français et italien, ce sont des langues latines si proches.
Christophe. L’appel de la conscience. http://cavacoffeecool365.spaces.live.com/
Marie. La trace de la vie http://marieliying.spaces.live.com/
Nadège. Le papillon ou la neige http://hiverneige85.spaces.live.com/
Delphine. Cantabile (en Italie). http://salutdelphine.blogspot.com/ Oracle de Delphes (en France) http://salutdelphine.spaces.live.com/
Carnaval du nouvel an chinois
Ici, à Paris, il faut préciser que c’est le nouvel an chinois. Il y en a eu un autre quelques semaines avant, et ces jours ci c’est le carnaval pour les autres aussi. Nous sommes avenue d’Ivry, Pais 13e, au pied d’un des escaliers de la dalle des Olympiades, en train de regarder le défilé des associations. Vingt images pour le plaisir. 
La tête du défilé sort de la grotte sous la dalle.



Ballons cadeaux avec le nom de l’hypermarché en bas de l’avenue.
Chaque association a mis sa bannière sur son char ou en tête de sa procession. 
Qingdao Pijiu, la bière Tsingtao. Le sponsor a droit à une banderolle, lui aussi. 





Mongolie à l’honneur. Le chapeau à bords relevés permet de dormir sans le retirer. 
Dieux et grand-prêtre.

L’escalier qui descend de la dalle vers l’avenue d’Ivry. Il faudra attendre pour rentrer à la maison.
Le dieu de l’argent, sur son char, regarde le défilé dont il fermera la marche. 
La municipalité s’assure la bienveillance des génies du nouvel an.
Monsieur Li, calligraphe public, voit s’approcher un ami. 
Quel est ce dieu qui s’avance et dont tous veulent garder l’image bénéfique ? 

C’est le Bouddha des Olympiades. 
Sûrement, cette jeune Parisienne gardera un grand souvenir du défilé.
A voir, d’autres photos du même défilé, par Bamalega.
Arrivé à l’heure
Je continue la conversation avec la dame dont la petite soeur s’occupe d’énergie nucléaire en France. Elle me reprend. Non, ce n’est pas sa meimei
soeur cadette, mais sa jiejie
soeur ainée. En langue chinoise, la soeur en général n’existe pas, ainée ou cadette sont les distinctions pertinentes. Je me rappelle que, là où nous allons, l’entreprise Tang frères, produits alimentaires importés à l’intention des Chinois de France, s’appelle tang ge di
frère ainé frère cadet.
Les hôteliers de la côte atlantique parlent famille et boulot avec un jeune homme dont la valise porte l’autocollant « Région Poitou-Charentes ». Eux étaient allés voir un frère qui travaille dans le tourisme à côté de Kunming. Lui, envoyé à Chengdu par son premier employeur pour participer à l’ouverture d’un grand hôtel, dirige maintenant un des restaurants occidentaux d’un cinq étoiles de Pékin. La grande pointe de la fête du Printemps assurée, il a laissé l’affaire à son équipe et va voir sa famille. Derrière nous, deux Français qui pourraient être ses grands-parents. Ils rentrent de Wuhan où ils sont allés voir leur fils et leur belle-fille qui travaillent pour Peugeot-Citroën; les petites-filles réussissent bien en classe à l’école française. Je discute avec un tout petit jeune Chinois qui parle avec l’accent parisien; il voyage pour affaires entre son père à Pékin et sa mère à Paris. Cette fois, il avait emmené de France avec lui un grand copain, pour l’instant très affaibli par les nuits du Nouvel An. Quelqu’un arrive avec sur son chariot à bagages un grand carton. C’est un ingénieur qui a profité du Nouvel An pour voir la famille et rapporter un prototype assemblé par ses collègues d’ici.
Bien sûr il est normal de rencontrer dans la file d’attente pour l’enregistrement de l’avion de Paris des gens qui ont des attaches des deux côtés, mais j’ai un peu l’impression que la Chine fait partie de la France ou plutôt que la France est une province chinoise un peu lointaine que seules quelques embûches administratives éloignent de l’unification.
Pendant ce temps, les gens qui vont à Sydney, Los Angeles ou Vancouver nous ont abandonnés,leurs avions libérés du brouillard. La limite pour atterrir le soir à Paris est dépassée, mais on ne nous annonce pas que le vol est annulé. A dix heures du soir, l’enegistrement ouvre enfin pour nous. Dans l’avion, nous avons le temps de dîner avant le décollage; drôle de sensation; les petits rideaux des hublots fermés sur la vue du parking, nous pourrions être en vol par temps calme.
D’ailleurs le temps est calme, le vol harmonieux, et l’avion se posera à Roissy exactement douze heures après l’horaire affiché. 5h30. Les amis qui devaient m’accueillir hier soir sont là ce matin. Nous mangerons ce soir le plat de nouilles longues de l’accueil du voyageur.