Les pétards du printemps

Petite filleLa fête du Printemps, le nouvel an, est dans huit jours. Depuis hier, les vendeurs de pétards ont installé leurs éventaires dans les rues. Tirer des pétards en ville est autorisé depuis deux ans. L’interdiction a été levée pour éviter que plus personne ne prenne au sérieux le mot « interdiction », c’est une contravention qui s’entend de loin. La marchandise doit être d’un modèle approuvé. L’an dernier, la police de Pékin a dit avoir confisqué 140 millions de pétards (ça fait beaucoup, mais on les vend par mille à la fois). Cette année, la télévision a déja montré la mise à feu d’une montagne de feux d’artifice non conformes. (image empruntée au China Daily)

Eventaire de pétards

Eventaire et vieille dame Les grandes galettes sur l’éventaire sont des chapelets de 3000 pétards, à dérouler sur le sol, qui valent 60 ou 90 yuans. La bande de 1000 vaut 30 yuans. La plus longue, 10000 pétards, est à vendre 200 yuans. Dans les boîtes, des grappes à suspendre, des séries de fusées. Il y a même un petit char d’assaut en carton, qui tire des étincelles au canon avant de s’autodétruire, 2 yuans. La marchande ne m’a pas permis de le photographier; au retour, nous étions trop chargés pour en acheter un. Entre le 17 et le 18 février, tout cela sera autorisé jour et nuit. Encore une sage autorisation. Le bruit est censé effrayer les mauvais esprits qui tentent leur chance de s’installer pour l’année. C’est la première fois que je serai en Chine ce jour là. L’an dernier c’étaient les vacances universitaires et j’étais rentré en France. L’effet sera-t-il favorable ?

  

Exchange Plaza

C’est l’entrée du plus récent centre commercial de la rue de Nanjing, orné d’un arbre fleuri où pendent les petites enveloppes rouges du Nouvel An.

Arbre fleuri

Ma chère épouse aime beaucoup se promener avec moi dans les grands magasins, ceux qui occupent le socle d’une tour du centre ville. Ca n’existait pas quand elle était petite, d’ailleurs pour avoir connu ça à l’age de 10 ans, il faut en avoir moins de 25, et encore. Ce n’est pas pour acheter, pour ça elle préfère les marchés couverts où on trouve tout et où on peut marchander (là je ne peux pas l’accompagner, ma présence d’étranger réduit sa puissance de négociation) et les hypermarchés (où nous pouvons aller ensemble, puisque les prix sont marqués). C’est pour voir les choses dont elle n’a pas besoin, se faire le plaisir de penser qu’elle pourrait en acheter de temps en temps si elle se décidait à dépenser. Rayon Swatch

Stand OlayElle me demande d’identifier les marques qu’elle ne connaît pas. En réalité, neuf sur dix des clientes du magasin sont comme elle, il y a donc beaucoup de monde et les affaires se font doucement.

 

Ici, c’est le stand Olay, la grande réponse au souci du teint ivoire que doit avoir le visage d’une femme. Ce sont les paysannes qui ont bonne mine et les joues rouges. Nous sommes au pays de l’ombrelle et de la crême hydratante. Le plus grand concurrent est l’Oréal, dont le prestige est presque égalé par Nivéa. Ce qui vient d’Occident (ici les produits sont vrais) fait jeu égal avec ce qui vient du Japon (Shiseido).

Continuons la visite. Comme je ne fréquente pas en France le Printemps ou les Galeries Lafayette, c’est dépaysant pour moi aussi. La cliente vient chercher une expérience authentique du monde riche.

 

Stand Givenchy

Le stand d’un de mes anciens employeurs, au temps où c’était une entreprise familiale, dont 15 employés parlaient anglais, en me comptant, et qui faisait déja les trois quarts de son chiffre d’affaires à l’exportation. Apparemment ça continue. Liv Tyler est leur icône mondiale en ce moment, mais les concurrents sont en train d’embaucher des jolies filles aux yeux noirs et au teint d’ivoire pour l’Asie.

Vu de l'étage

Vu de l’étage, le rayon des sous-vêtements. On est quand même en Chine, les sapèques géantes du décor du Nouvel An rayonnent sur le commerce.

Sortie du magasin

Et quand on sort par l’autre côté, on s’aperçoit que le monde normal commence à un pâté de maisons de l’avenue du grand luxe. On n’a pas encore enterré les fils électriques et il y a des vendeurs de toutes sortes de choses sur la pelouse. Beaucoup de clientes sont venues à vélo.

Ecrit avec de l’eau

Sur l’image, on voit quelqu’un en train d’écrire avec de l’eau un poème classique, en caractères traditionnels, en colonnes de droite à gauche.
Homme qui écrit

20 caracactères en 4 colonnes

C’est 3 car jingyesicalme, nuit, pensée, écrit par car libaiLi Bai , au temps des empereurs Tang, contemporains des derniers Mérovingiens et de Charlemagne. Ce poème, et quelques dizaines d’autres écrits à la même époque, tous les Chinois peuvent les dire par coeur, comme nous la Cigale et la Fourmi. C’est pour cela que le calligraphe l’a choisi; il est sûr que beaucoup de gens le reconnaîtront, et suivront sa main en attendant le prochain caractère. Vous avez sûrement remarqué qu’il écrit les caractères à l’envers, et en commençant par le dernier du poème. J’ai vu un autre calligraphe écrire deux phrases parallèles, avec un pinceau dans chaque main qui écrivaient ensemble deux caractères différents. Les lieux publics qui disposent de grandes surfaces unies les voient arriver dès que le temps s’y prête, avec des pinceaux et des bouteilles d’eau. Leurs oeuvres dureront le temps de les regarder. Celui qui écrit des deux mains dans la longue galerie du temple du Ciel à Pékin est un professionnel et il distribue ses cartes de visite, mais la plupart font cela pour le plaisir et le prestige. On trouve partout les pinceaux, l’encre, le papier et le tapis pour poser le papier. Toutes les librairies ont un rayon « modèles d’écriture ».

Transcription phonétique et mot-à-mot du poème:

chuang qian ming yue guang / yi shi di shang shuang /

lit devant briller lune lumière / doute ceci terre dessus givre

ju tou wang ming yue / di tou si gu xiang /

lever tête voir briller lune / baisser tête penser origine village

Traduction:

Le clair de lune devant mon lit / Ressemble à la gelée blanche sur terre.

Tête levée, je contemple la lune, / Tête baissée, je pense à mon pays natal.

Trois cents Poèmes des Tang, traduits par Hu Pinqing, Presses de l’université de Pékin 2006, ISBN 7-301-10303-4.

Livre PimpaneauDes traductions anciennes et nouvelles de ce poème et vingt autres dans le livre de Jacques Pimpaneau “lettre à une jeune fille qui voudrait partir en Chine” (Picquier, 1997, ISBN 2-87730-036-6) où il lui dit de faire comme Arthur Waley, le grand traducteur, qui n’alla jamais en Chine de peur de détruire l’image qu’il avait et de ne plus pouvoir travailler.

Les trois cent poèmes Tang sur le site de l’AFPC (association française des professeurs de chinois).

La biographie de Li Bai sur le site du Quotidien du Peuple .

La photo est de Stephen Chow www.stefenchow.com .

Rue de l’ouest tranquille

car xiningdaoPhoto d’une dame rencontrée dans Xining dao, la rue qui passe devant la façade de la cathédrale. ‘Xining’ (les deux premiers caractères, le troisième est ‘dao’, la voie, comme dans « taoïsme ») signifie exactement « tranquillité de l’Ouest », c’est la capitale du Qinghai, la haute province au nord du Tibet, où passe le nouveau chemin de fer. Le caractère central qui signifie « tranquille » est sous un toit, comme la paix car an ou la famille car jia

Donc cette dame qui attendait son mari et porteur parti saluer un copain ce dimanche matin m’a vu braquer mon appareil photo sur elle, alors que j’essayais d’être discret, a eu un sourire d’approbation puis a demandé à voir le résultat. Je publie cette image avec son accord.

Dame en rouge

Heureusement qu’on sait que nous sommes en Chine, sinon rien ne permettrait de le deviner. Les caractères sur la portière du taxi rouge, peut-être.

Pour compenser, j’ajoute le portrait d’un Chinois du Nord en hiver croisé quelques instants avant. Le grand manteau matelassé est l’uniforme du citadin actif que son travail oblige à passer la journée dans la rue. Le radiotéléphone noir indique sa fonction: guider les voitures des clients vers les places à eux réservées autour du centre commercial tout neuf. Mais cela ne l’empêche pas de traiter aussi ses propres affaires.

Voiturier

Si belle en ce miroir

Hier soir, je suis allé à l’hypermarché du quartier acheter des choses oubliées. Tout est ouvert tous les jours, et tard. Une amie chinoise de retour de France m’a dit « Difficile de s’habituer là-bas, il y a si peu d’heures pour faire ses courses. » Dans la galerie marchande, j’ai vu un comptoir que je ne connaissais pas, à l’enseigne car jingxiangsheyingjingxiang sheying, un nom difficile à comprendre, quelque chose comme miroir, image, absorber, ombre. (Ne croyez pas que je connais tous ces caractères; je connaissais le deuxième et le quatrième, j’ai cherché les autres dans le dictionnaire).

Le dernier, ying car ying est relié à la photo et au cinéma, par exemple car dianyingyuan dianying yuan, théâtre d’ombres électriques, comme « movie picture theater », théatre d’images mouvantes, en anglais. Voila pourquoi les Anglais apprennent le chinois si facilement; en français, on est allé chercher le grec pour inventer le cinématographe, l’écriture du mouvement.

comptoir

La jeune fille qui tient le comptoir était en train de bavarder avec sa collègue d’en face. Je lui demande la permission de photographier sa boutique, elle accepte mais ne veut pas être sur l’image; dommage, elle est très jolie. Cela fait plusieurs fois qu’on me donne la même réponse: très honoré que ma boutique vous intéresse mais ne me montrez pas.

Couverture de revue

Sur le comptoir, cela ressemble à des livres d’art ou des magazines. La fille en bikini est en couverture de car xuanse « Montrer son charme ».

La jolie vendeuse m’explique que son commerce s’adresse aux jeunes filles qui veulent se faire un album de photos. On choisit le thème, on passe au studio, et quelques heures après on a un livre semblable à ceux qu’elle me montre, à la gloire de la cliente. Je me rappelle avoir vu une de ces revues personnelles en France, dans les mains d’une Chinoise arrivée depuis trois ans, qui espérait faire venir sa fille qu’elle avait laissée à la garde de la grand-mère. Pour sa maman, la grande fille s’était fait représenter en top-model. Les nouveaux mariés se font faire aussi des albums, mais ce ne sont pas les mêmes boutiques, il y a des spécialités (j’en ai déja parlé ici )

Livre ouvert avec regard

Le studio possède tous les costumes, les accessoires et le maquillage. On me montre le tarif , qui va de 55 euros pour un « magazine » de 20 pages jusqu’à 224 euros pour un livre d’art joliment relié, avec 50 images. C’est très cher, si on pense qu’une jeune fille venue de la campagne gagne au mieux 100 euros par mois plus une place dans un dortoir, et un salarié installé 300 ou 400. En supplément, on peut se faire faire un petit carnet, un dépliant.

Portrait avec grande coiffure

Surprise, la couverture avec la fille en bikini « perfect skin » cache un album de rock-star japonaise, nue à presque toutes les pages. Et moi qui avais tellement entendu parler de la pudibonderie chinoise et cherché vainement un sein ou une fesse dans les publicités les plus sexy. J’en oublie de faire attention aux redoutables reflets sur le papier glacé (sur la figure; le soleil blanc fait partie de la mise en page). Mais je ne vais pas retourner voir la charmante vendeuse en lui demandant de refaire la photo, qu’est-ce qu’elle penserait de moi.

Magazine de nu

La messe de dix heures

Cathédrale de TianjinAujourdhui dimanche, je suis allé à la messe de dix heures à la cathédrale catholique (sur la photo à gauche, qui date de l’automne). Je n’ai plus aucun mérite, je peux maintenant y aller en métro, la station qui dessert la rue des plaisirs est tout près. Je suis quand même arrivé deux minutes en retard, trop tard pour avoir une place sur un banc, donc je suis resté debout dans le fond, comme des dizaines d’autres fidèles. Il y a vraiment beaucoup de monde, pas mal de jeunes et presque pas d’étrangers, comme chaque fois que j’y suis allé. Il faut dire qu’il n’y a que deux églises catholiques dans toute la ville.

Cette fois ci, j’ai osé sortir mon appareil photo pendant la messe, en profitant de ma place derrière tout le monde. Je me suis aperçu que je n’étais pas seul, plusieurs téléphones-photos sont apparus dans l’assistance, et ce n’étaient pas des touristes.

Nef et fidèles assis

C’est une jeune fille en aube blanche qui lit l’épître. L’autel est face au peuple. La liturgie est celle de Vatican II, toute en chinois. Le célébrant est assisté de trois diacres en blanc avec l’étole verte. Au début du sermon, il annonce que l’un d’eux va bientôt être ordonné; l’intéressé se lève et l’assistance applaudit. Juste avant le sermon, un prêtre noir a parlé quelques minutes; ce n’était pas du chinois et je n’ai pas plus compris; peut-être de l’anglais du sud des Etats-Unis.

La nef pendant la communion

Au moment de la communion, les trois quarts des participants se sont levés. Les trois diacres ont distribué la communion, dans la main sauf pour quelques anciens. Ils ont posé la main droite sur la tête de certains au lieu de leur donner la communion; des catéchumènes ? Remarque impie: les paroissiens chinois se pressent à la sainte table de la même façon qu’ils montent dans l’autobus; il n’est pas facile de sortir.

Nef pendant la sortie

C’est pareil quand la messe se termine. Faire sortir tout le monde par les portes latérales prend du temps.

Dehors, j’ai rencontré une élève du cours de français, qui aussitôt a entrepris de m’expliquer que c’est une église française, construite sur le territoire de la concession de France au début du XXe siècle. Elle est seule. Je lui ai demandé si elle est chrétienne par elle-même ou si c’est toute sa famille. Elle m’a répondu que ses parents, ses grands parents et avant sont catholiques. A une certaine période, avant sa naissance, il n’y avait plus d’église et on disait la messe dans des salles. Elle m’a demandé s’il y a beaucoup de catholiques en France.

Sortie de la messe

Oiseaux chanteurs

Avant-hier, en sortant du métro, j’ai entendu des oiseaux chanter. Ils étaient nombreux, et tout près. Je suis allé voir. Au coin du carrefour, sur un carré de pelouse exposé aux rayons du soleil qui déclinait dans l’axe de l’avenue, il y avait des oiseaux en cages, entourés à distance de messieurs attentifs.

Cages sur une pelouse

Vélo chargé de cages C’étaient des éleveurs d’oiseaux chanteurs qui les avaient réunis pour les faire profiter du soleil couchant. Quand on s’occupe bien de ses oiseaux, on doit les promener tous les jours, et leur faire rencontrer d’autres oiseaux à des heures favorables, pour qu’ils entendent d’autres chants. Les oiseaux sont timides et se vexent facilement. C’est ainsi que, le plus près du photographe, les sujets ont refusé de poser et se sont cachés dans le fond de leurs cages. Il ne reste à voir que les petits abreuvoirs de porcelaine. Leurs maîtres m’ont dit que j’arrivais trop tard pour écouter, qu’ils allaient remettre les petites housses de toile sur les cages et rentrer à la maison. On peut en charger six et plus sur un seul vélo. En tenant le grand crochet de bronze au sommet de la cage, on peut en porter quatre, deux dans chaque main.

Vélo et cages

J’en avais déja parlé ici , en écrivant que ce sont les retraités qui s’occupent des oiseaux. Erreur, les retraités ont plus de temps, mais tous ceux qui le peuvent ont des oiseaux dans la famille, comme à la campagne; on les voit dans les cours, et sur les balcons quand il fait beau. Le réparateur de vélos de la cité universitaire où j’étais l’an dernier installe ses deux oiseaux au-dessus de la petite cour de son atelier et travaille en musique.

Un jour de ciel bleu

C’est un peu idiot de recopier quelque chose que j’ai déja affiché ailleurs, mais aujourdhui le ciel est bleu comme ce jour là, et j’ai plutôt envie de sortir que d’écrire.

Tour Tianda

Tianda, la tour de télécommunications.
La plateforme en haut de la couronne est à 270 mètres au-dessus du canal gelé.

Haut de la tour

Ombre de la tour

Ici, l’air n’est pas souvent transparent. On peut monter en haut de la tour, on ne voit pas l’horizon. Aujourdhui (enfin, ce jour là) le vent de Sibérie a chassé la poussière du désert qui vient de l’ouest, la brume de la mer qui vient de l’est, et la fumée qui vient de partout.

On peut même voir, en contre-jour, le lac gelé du Shuishang Gongyuan, le jardin public du bord de l’eau, dont l’entrée payante est aussi chère, pour les budgets d’ici, que les grandes eaux de Versailles le soir.

Lac du jardin public

Le temple chan

Le 13 janvier, j’avais voulu raconter ma visite au temple bouddhiste Chan (zen en japonais) où on m’a offert des bonbons et un livre que je ne peux pas encore lire. Mais ces jours là Internet était en panne et je n’ai pas fait ce que j’ai voulu. Je recommence.

Caractère FoJ’avais l’intention de commencer en en expliquant le caractère qui désigne le Bouddha et se prononce « fo », très rare syllabe qui n’est représentée que par un seul caractère (à gauche, calligraphie empruntée à un blog chinois ). Selon une blague impie, il représente un homme qui s’appuie sur le symbole du dollar. L’homme (l’être humain) est représenté à gauche car ren. L’autre partie signifie « agir contre un obstacle » car fu . On la retrouve, au-dessus du symbole de l’argent, car bei dans le caractère qui signifie « payer » cae fei (l’argent supprime l’obstacle ?); c’est un caractère très courant. Et on prétend que les moines bouddhistes ont tendance à insister sur les dons, moyen pour le fidèle de lever les obstacles vers la délivrance.

Le 3 janvier, je me suis perdu en me promenant seul au sud de la ville. Brouillard et froid, ma chère épouse, qui ne travaillait pas, récupération de sa permanence de dimanche, était restée au chaud. D’habitude, quand nous nous promenons, elle part au hasard et demande son chemin, pendant que je regarde sur la carte où nous sommes. Quand le passant a dit la même chose que la carte, nous repartons rassurés. Mais cette fois, avec l’échangeur qui bouche la vue et aucune grande tour visible dans le ciel opaque, je m’étais résigné à revenir sur mes pas jusqu’à la station de métro, quand j’ai vu entre deux immeubles un bout de toit de tuiles rouges couronné de petits dragons. Une femme portant un carton de pâtissier franchissait le seuil et des chants s’élevaient à l’intérieur.
Porte du temple

Au-dessus de la porte, le panneau qu’on doit lire de droite à gauche dit guajia chansiguajia chansi, abri premier méditation temple.

Je suis accueilli par le grand écran qui protège l’intérieur contre les démons qui vont en ligne droite mais que les hommes savent contourner. Il représente une dame que j’ai déja vue sur des images mais que je ne connais pas. La sculpture est toute neuve. Devant, des fleurs en soie et des coussins pour s’agenouiller, je suis bien dans un temple.

Ecran bas-relief

Dans le passage que je dois emprunter, des dames s’apprêtent à déballer des cartons. Sur leur blouse, là où on brode le logo de la société, c’est le caractère ‘fo’ du Bouddha.

Comptoir

Je marche dans la cour. Une grande galerie de chaque côté, et le bâtiment principal au centre. C’est de là que viennent les chants.

Batiment du temple

L’encens fume dans le bassin de bronze, des gens montent l’escalier.

Bâtiment de près

Fideles debout

En haut, je n’ose pas rentrer. Les derniers arrivés s’alignent pour saluer le Bouddha doré avant de prendre leur place sur les côtés.
Fidèles prosternés

Un jeune homme s’adresse à moi en anglais. Il est inquiet de savoir si je connais la Chine et si je l’aime. Je lui assure que je l’aime et que je ne la connais pas. En fait, je suis aussi embarrassé qu’un Chinois devant la crêche de Noël pour dire la signification de ce que je vois. Il m’explique que c’est aujourdhui « a very special day » et qu’il est venu faire ses dévotions. Puis il redescend et remonte lentement l’escalier, en s’inclinant à chaque marche.

Femme en aube brune
Chacun de ceux qui arrivent accroche son sac à la balustrade de marbre. Certains revêtent un grand manteau brun avant de rentrer. Je ne me sens pas à ma place.

Galerie latérale

Je redescend vers la galerie de droite, côté est, où j’avais cru voir une boutique d’objets pieux. Trois vieilles dames en robe brune me voient arriver et me demandent d’approcher de leur table. Elle est couverte de petits livres et j’en ouvre un. Une des vieilles dames me demande en chinois si je sais lire. Je réponds « un peu », ce qui est exagéré, je n’ai reconnu aucun caractère ou presque. Ce doit être de la langue ancienne. Je demande « guwen ma? » (est-ce que c’est du vieux chinois?). Très prétentieux, mais cela les enthousiasme. L’une d’elles va chercher un beau livre édité à l’ancienne, en colonnes de droite à gauche, « l’écrit de jade » comme je le déchiffrerai après être rentré à la maison, édité par la Société Bouddhiste Amitabha dont le siège est à Singapour. Il faut que je l’accepte. On ne peut pas l’acheter et il n’y a pas de tronc pour les offrandes.

Plaque de marbre

Au moment où je prends congé, quelqu’un arrive avec un plateau chargé de bonbons. C’est ça qu’il y avait dans les cartons à l’entrée. Il y en a pour beaucoup de monde.

Avant de partir, je photographie une plaque de marbre toute neuve sur le mur d’un petit bâtiment qui vient d’être terminé. Je peux lire (grâce à mon dictionnaire) « Respectez le Bouddha, construisez son temple. La grâce provient des dons. » Je n’ai pas compris grand chose à ce que j’ai vu, il faudra que je commence à étudier le bouddhisme, mais je suis rassuré: c’est une religion établie. D’ailleurs, depuis, j’ai trouvé le site web du temple, qui m’a appris qu’il fut construit il y a 1300 ans, pour la dévotion des soldats d’un empereur Tang, et reconstruit pour la dernière fois à partir de 1994. Je suppose qu’il était à la campagne, à une lieue de la ville.

Vue générale Cette image trouvée sur le site web montre le temple comme il était cinq ans avant. Le bâtiment principal est pareil aujourdhui. Les modestes préaux sur les côtés ont été remplacés par des galeries à colonnades et deux étages. Les grands immeubles qu’on devine à l’horizon se sont beaucoup rapprochés. De l’intérieur, on les voit à peine. (cliquez sur la petite image pour la voir plus grande)

Les cailloux

Shitou caractères On m’a raconté l’histoire d’un savant européen, historien de l’art, qui devait recevoir un confrère chinois. Celui-ci avait demandé une introduction aux grandes lignes de l’évolution de l’art occidental des derniers siècles. Cela se passait vers 1880, quand l’empire chinois, à l’exemple du Japon, envoyait ses meilleurs experts découvrir les secrets des barbares d’au-delà des mers. Le savant promena donc son confrère de la Naissance de Vénus de Botticelli à Renoir, en passant par Poussin, Rubens, Boucher, Goya. Son visiteur sembla d’abord fort intéressé, puis il devint évident qu’il attendait autre chose. Inquiet, l’hôte finit par demander son sentiment au visiteur. Il répondit « Tout cela est admirable, mais j’ai fini par ressentir une impression d’uniformité. Cela doit être parce que je ne connais pas assez bien pour apprécier, mais toujours des femmes nues … ». De même, un profane occidental aura l’impression que les peintres chinois ne voient, en dehors de la branche de prunier fleurie et du brin de bambou, que les rochers de forme admirable, grands comme une montagne ou tout petis, mais toujours des cailloux.

Menhir Collines Parfumées Depuis que je suis ici, j’ai découvert que les Chinois aiment les cailloux, au point de les ériger sur les places publiques et de les mettre dans leurs salons, sans parler de ceux qui marquent tous les endroits où il faut être allé, ornés du nom du lieu gravé en caractères; le touriste organisé en rapporte les images, preuve qu’il était là.

Celui-ci est érigé dans le Jardin des Célèbres Pins, zhisongyuan caractèreszhisongyuan, au pied des Collines Parfumées à l’ouest de Pékin.

Le mystérieux bloc que vous voyez ci-dessous est dans le parc aux rochers de la pépinière municipale, en attente de son érection sur la place centrale d’un nouveau quartier de la ville.

Menhir en attente

A Nanjing, on conserve dans le palais du vice-roi, qui abrita le siège du gouvernement de la première République (1912), le caillou qui aidait Sun Yatsen dans ses méditations.

Rocher de Sun Yatsen

Au Palais d’Eté de Pékin, qui est à la Cité Interdite ce que Versailles et Trianon sont au Louvre, un empereur Qing fit transporter jusqu’à un lieu favorable le plus gros rocher de forme curieuse qu ait été trouvé dans l’Empire.

Rocher du Palais d'été

Plus exactement, c’est un de ses courtisans qui avait voulu le transporter dans le jardin de sa résidence, mais l’entreprise le ruina avant que le rocher arrive à destination, et l’empereur l’acheta par miséricorde.

Or, me promenant aujourdhui dans le quartier préservé, ancienne concession européenne, où les riches Chinois qui voulaient vivre en paix sous une bonne administration se sont fait construire au début du XXe siècle des résidences, j’ai trouvé un marchand de pierres d’ameublement.

Pierres devant le magasin

Les plus grandes sont présentées dans la cour devant la maison. Il faut avoir un grand salon, ou être un restaurant ou le siège d’une institution. Ainsi le visiteur est favorablement impressionné. Une de ces pierres accueille les visiteurs dans la galerie haute de la tour des télécommunications, à 250 mètres au-dessus du sol.

Pierres d'ameublement

D’autres sont en situation, dans les pièces de la maison où on accueille les clients. Tout en disant que je ne venais pas acheter, car mon appartement actuel est trop petit, j’ai demandé la permission de regarder. J’ai été reçu très aimablement, on m’a servi du thé. La patronne de l’affaire a même voulu me faire partager ses goûts artistiques, et nous avons feuilleté ensemble la série de livres d’art qu’elle vient d’acheter: shijie renti minghua jianshang « Apprécier les peintures célèbres du monde entier représentant le corps humain. »

Image de la patronne avec son livre