Quand on voit ce panneau au coin d’une rue, on sait qu’on est en présence d’un réparateur de vélos. Xiu Che
, le second caractère signifie « char ». On reconnaît la caisse, l’essieu et les deux roues vues de haut. Beaucoup plus parlant que le très laid caractère simplifié
qui ne figure que sur le panonceau officiel blanc et rouge si son titulaire a envie de le montrer. Avec un chapeau
le char devient Jun, militaire. Le petit panneau en bas se lit « gonflage électrique et réparation de vélos ». Le grand panneau rouge forme l’arrière de l’atelier sur tricycle de l’artisan que vous voyez sur la photo.
C’est la première fois que j’obtiens qu’un artisan du vélo pose pour moi. Il n’était pas enthousiaste, mais ses clients ont trouvé amusant qu’un étranger vienne demander en mauvais chinois la permission de les photographier.
D’autres ont refusé, mais je les ai malhonnêtement photographiés quand même.

Ici on voit plus clairement les éléments indispensables de l’installation: l’armoire à outils sur son tricycle, le siège où le maître s’asseoit pour attendre le client et qu’il propose au client le temps de faire le travail, et le petit éventaire d’accessoires proposés sur un tapis. Son emplacement au carrefour est stable, et il se contente de fermer l’armoire quand il ferme boutique.

Par contre, celui qui s’installe sous l’auvent de la porte du Jardin Public du Peuple doit se mettre en selle et rouler jusque chez lui. Soucieux d’être en rêgle, il affiche sa licence.

Celui-ci a une situation plus précaire, sur l’avenue de Nanjing, mais c’est un très bon emplacement.
Personne ici ne promène une pompe à vélo ou un nécessaire pour réparer les crevaisons. En cas d’ennui, on jette un coup d’oeil circulaire pour repérer le maître artisan le plus proche. Le moins cher: regonfler soi-même avec l’équipement de l’atelier, deux maos, 0,02 euros. Une réparation sérieuse ne coûte que quelques yuans, plus le prix des pièces. La plupart des maîtres artisans sont des retraités qui se maintiennent ainsi au centre de la vie sociale. Pour en savoir plus, lisez « L’empire en danseuse » le livre d’Eric Meyer, qui consacre un chapitre à la vie de Lao Zhong, artisan à Pékin et ancien mécanicien militaire.
Ah, j’oubliais: Les câbles sous-marins sont réparés.




xia xue le. En bas, neige, fini. il a neigé aujourdhui. L’employée municipale calligraphie la neige avant de la balayer. En fait, je n’en sais rien. C’est peut-être une citoyenne ordinaire qui est venue pour le plaisir d’écrire dans le jardin public. Son oeuvre durera un peu plus longtemps que si elle avait été tracée avec de l’eau sur les dalles sèches.
san lun che.
Juste pour montrer à quoi ça ressemble, suivez-moi au restaurant. C’est au centre de TEDA, cet endroit tellement international qu’on y trouve des restaurants à thème chinois, comme si on était à Cergy-Pontoise. Devant la vitrine, un petit morceau de Grande Muraille, des canons en vraie fonte, un pot pour faire fermenter le vin de riz. Et la tête du Père Noël. La caissière a un chapeau pointu rouge à pompon blanc, et un bandeau orné de quatre étoiles clignotantes. Les serveurs n’ont pas d’étoiles sur le front. La veste rouge est l’uniforme normal. Au bureau de poste aussi, les dames du guichet ont mis le bonnet rouge qui égaie leur uniforme vert armée. J’aurais dû demander la permission de les photographier, mais elles m’intimident. Au restaurant c’est plus simple. On sort l’appareil et si les gens sourient c’est qu’on peut agir.


En français, mot-à-mot, Noel joyeux. La fête de fin d’année est résolument chrétienne dans le vocabulaire. Sauf que personne ou presque ne sait qui est le petit Jésus. Comme c’était dimanche, nous en avons profité pour réunir la famille. Beau-père, beaux-frères et leurs épouses. Je ne les avais jamais encore rencontrés ensemble. J’ai encore toute la semaine de fin d’année de l’ère commune pour en parler.

Ce matin, en débarquant à la gare de Dong Hai ville nouvelle, le terminus du nouveau métro express, j’ai vu quelque chose pour la première fois en Chine: un lieu public désert. C’est vrai qu’il n’y a que la station de métro et la gare des autobus au milieu de rien du tout, et des avenues vides qui en partent. Les grands immeubles qu’on voit au loin ont moins de cinq ans d’age. C’est la ville nouvelle où on assemblera des Airbus dans pas longtemps. Tianjin Economic Development Area, d’où TEDA, transcrit en phonétique par deux caractères favorables qui signifient « paisible réussite ».
C’était il y a 15 ans à peu près. Depuis, il est devenu le roi de la nouille instantanée, et Nestlé, Motorola, Toyota, Volkswagen l’ont suivi. Pour lire l’histoire officielle, suivre 

L’ami qui veut vendre des choses chères et bonnes à manger avec un nom français dessus et un savoir-faire français dedans est venu dans notre petite ville. Nous sommes allés à l’hypermarché (pas à Jialefu, à Jiashijie _l’univers de la famille_) et il en est sorti épouvanté. On y trouvait pour quelques yuans ce qu’il apportait pour quelques euros. Pas tout à fait pareil, avec le nom en anglais détérioré sous-titré en chinois correct, mais tout aussi utilisable. Nous avons donc repris le métro pour émerger directement dans le sous-sol de Isetan, le grand magasin des gens qui veulent dépenser. A la vue des petites bouteilles d’eau d’Evian à 17 yuans le grand modèle et 9 yuan le petit modèle, il s’est rappelé les bouteilles d’eau purifiée à 0,70 et d’eau de source à 1,10 yuan, et le sourire lui est revenu. Rien que pour rassurer ses associés, il s’est mis à photographier le camembert Président à 78 yuans (7,80 euros) et le Beaujolais nouveau Duboeuf à 255 yuans. L’homme du rayon charcuterie nous a dit qu’il s’était habillé en Français pour faire honneur à la marchandise européenne.


Cela m’a fait penser à un autre Japonais qui suivait les cours de chinois avec moi à l’université l’an dernier, à un niveau bien supérieur. Il servait de grand-père aux petites Japonaises sorties de leur famille pour la première fois. Il est né en Chine, que ses parents ont vite quitté quand Mao a commencé à scruter la loyauté socialiste de chacun. Maintenant qu’il est en retraite, il prend un semestre universitaire par an dans le pays qu’il aime.
Vous le voyez sur la Grande Muraille (la Longue Fortification, en deux caractères) à Huangyaguan (fermeture du ravin jaune), là où passe une grande route qui menait au pays des Mandchous. Il regarde vers l’est. L’Empire est à sa droite et le pays des barbares du Nord-Est à sa gauche. La muraille survole la crête des montagnes, s’interrompt à l’a-pic de la passe, et reprend au fond de la vallée.
Quand nous sommes arrivés au grand hôtel samedi matin, il abritait cinq banquets de mariage dans ses salons. Le banquet, et la cérémonie aussi. Il n’y a pas de mariage à la mairie en Chine; les futurs époux se rendent ensemble au bureau de l’état-civil de leur municipalité, remplissent chacun un formulaire sous les yeux du fonctionnaire et lui remettent leurs cartes d’identité. Le photographe officiel les fait poser ensemble sur un fond rouge et les prie de sourire. Les nouveaux mariés repartent avec deux certificats de mariage à couverture rouge qui ressemblent à des livrets de caisse d’épargne, un pour chacun.
Au temps de l’Empire, la future épouse quittait la maison de ses parents dans une chaise à porteurs drapée de rouge, et le cortège la conduisait triomphalement devant la maison des parents de son futur mari. Elle s’inclinait devant ses nouveaux parents, puis avec son époux devant les ancêtres de la famille qu’ils allaient perpétuer. Ils mangeaient et buvaient devant l’assemblée, et on commençait le banquet. En ville aujourdhui, il serait bien difficile de faire tout cela dans le petit appartement de la famille. La limousine remplace la chaise à porteurs, l’hôtel prête son entrée et une image grandeur nature des époux est affichée à l’entrée de la salle du banquet, maison de la famille pour quelques heures. Cette fois nous n’entrerons pas nous asseoir, ce sera un autre jour, au mariage où nous sommes invités.
