Je n’ai pas le moral aujourd’hui. C’est le deuxième jour de soleil gris. Ce qu’il y a sur l’image, ce n’est pas la lune dans les nuages, c’est le soleil à 3h de l’après-midi, qu’on peut fixer tranquillement, sans risque de se brûler les yeux. A Pékin il y a eu une tempête de poussière, le vent d’ouest qui vient du désert. Arrivée à Tianjin elle s’était calmée, mais la très fine poussière rend l’air opaque. Les dames sortent avec leur voilette qui enveloppe toute la tête, et le paysage est légèrement poudré.
Au moins, ce vent d’ouest est la garantie que la poussière qui pourrait venir de l’est, celle de la centrale atomique qui est en train de s’auto-détruire au Japon, n’arrivera pas en Chine du Nord. On nous a montré à la télévision le trajet
prévu du panache radioactif jusqu’à la côte ouest des Etats-Unis. La chaine centrale 13, celle des information, reste longuement branchée sur la télévision japonaise NHK. Elle alterne les images de la centrale atomique et celles des Japonais réfugiés qui se sont installés dans de grandes salles, de ceux qui travaillent sous la neige pour déblayer. Le commentateur insiste sur le calme et l’ordre qui règnent. On nous a montré aussi les équipes de sauveteurs envoyées par la Chine au secours des voisins (photo de l’arrivée de la première équipe à l’aéroport de Haneda, prêtée par le China Daily ). Apparemment, démontrer que la Chine est un grand pays qui participe à la vie du monde, c’est important. En 2008, sur les images du tremblement de terre du Sichuan, les équipes étrangères avaient été à l’honneur.
Par contre, il y a quelque chose qu’on ne nous a pas montré à la télévision, mais dont on parle dans les journaux: les gens achètent et stockent du sel, si bien qu’on en aurait manqué dans certains hypermarchés, et que certains magasins auraient quintuplé le prix d’un sachet. Je suis allé voir dans mon hypermarché habituel.

Au rayon des condiments il n’y a plus qu’une seule marque de sel, et l’étage à portée de la main est presque vide. Mais le prix n’a pas augmenté, 1,40 yuan le sachet de 400 grammes de sel fin (5,60 c’est le prix du kilo de sucre en poudre, au premier plan).

Le père de famille qui me suivait dans la queue à la caisse a fait ses courses du soir: céleri-branche, une tranche de porc, une bouteille de bonne huile (on achète l’huile courante en bonbonne de 5 litres), deux pots de quelque chose, peut-être des légumes salés pour le petit déjeuner, et douze sachets de sel, presque 5 kilos, alors qu’on ne sale pas beaucoup dans les cuisines chinoises. Le bruit court que les centrales atomiques vont empoisonner la mer et qu’on ne pourra plus en tirer de sel (une bonne partie du sel consommé en Chine est du sel gemme exploité par des puits, le Père Huc en parlait déja, mais peu importe). Lire l’éditorial du China Daily en français . Digression: il y a depuis quelques mois une édition en français, tout à fait réussie.
Au lieu de chercher dans Le Monde ou dans Aujoud’hui La Chine les articles alarmistes sur la pollution ou les scandales, autant consulter les originaux. La presse officielle destinée aux étrangers est pleine d’articles qui disent que tout ne va pas si bien. Par exemple le porte-parole de la réunion du parti et de l’assemblée consultative expliquant qu’il y a des conflits sociaux (et qu’on travaille à y remédier, bien sûr). (Aujourd’hui la Chine serait un très bon site d’information si ses rédacteurs ne se croyaient pas obligés de raconter les choses que leurs lecteurs qui ne sont pas en Chine attendent, et leur partage avec Rue89 , site allumé, n’arrange rien; mais quand ils oublient ça, ils sont vraiment intéressants).
Dernière actualité: nous venons de voir le départ du corps expéditionnaire européen vers la Lybie, Nicolas Sarkozy en cravate noire qui annonce en sous-titré l’ultimatum des Européens pour sauver les Lybiens de leur dictateur sanguinaire, Angela Merkel qui le regarde avec tendresse, une vue de la table du banquet (nappe blanche et chaises Loui XV), les avions qui décollent, Obama entouré d’étoiles d’argent, une minute de CNN en faux direct avec une journaliste « sur le terrain » à Tripoli (une avenue dans la nuit avec des feux clignotants, et un bruitage de rafales de DCA). Les Guignols n’auraient pas fait pire. Ca doit être intentionnel. Curieusement, nous avons vu à répétition un avion en feu qui tombe du ciel sur une ville et le champignon de l’explosion quand il touche le sol. Archive ou actualité ?
Et maintenant quelque chose de tout à fait différent. La semaine dernière, j’ai salué au passage un fabricant de casseroles dans son atelier. C’est l’instrument universel du cuisinier chinois; on y fait les plats fricassés, on peut y préparer la soupe, et faire cuire les galettes feuilletées. Les feux au gaz des cuisinières sont disposés pour recevoir son fond sphérique.

Ca s’appelle un Guo, (Wok en français et peut-être en cantonais). Le caractère comprend le métal (clé jin de l’or à gauche, et à droite quelque chose qui se prononce guo mais ne signifie plus rien aujourd’hui). Sur l’image, on voit celui qui cuit à peu près tout ce que nous mangeons quand nous sommes à la maison. Il n’y en a qu’un, mais les plats cuisent tellement vite que le premier n’a pas le temps de refroidir sur la table quand le second arrive. Il est en tôle d’acier martelée, et ne rouille pas parce qu’on s’en sert tous les jours et qu’on ne le lave jamais. On l’essuie seulement. Je n’en avait jamais vu dans un magasin moderne et je me demandais d’où ils venaient.

Nous sommes au bord de la rivière, pas loin du chantier du pont vu la semaine dernière. Il y a un mini-marché avec deux marchands de choses diverses, un brocanteur, et un atelier.

Le patron, qui m’a vu discuter avec le brocanteur à qui je viens d’acheter une petite collection de faux billets, reproduction de monnaies du temps de la République, m’invite à venir voir. Il est avec un ami qui lui tient compagnie.

D’abord je me demande ce qu’il fabrique dans son atelier. Il est en train de passer un calibre dans quelque chose de rond. Mais ses produits sont rangés le long du trottoir.

Les guo sont faits d’une seule pièce en tôle, la poignée est roulée pour enfiler un manche ou l’entourer d’une tresse. Il ne reste plus qu’à donner un coup de lime sur le bord.

Le patron s’interrompt pour prendre le thé avec un visiteur. Il a deux grandes bouteilles thermos dans son triporteur.

Le travail reprend. Le disque de tôle posé dans une forme est martelé. Ca va asse vite.

La forme est probablement une récupération d’un engin roulant. Les éclats sont les restes de l’enduit de la tôle.

Vue générale de l’atelier: le triporteur avec le pardessus matelassé posé sur le guidon, la cisaille pour débiter la tôle (il faut un aide), la réserve de matériaux, et l’artisan au travail sous son auvent. Tout ça a l’air harmonieux. En réalité, le patron est un réfugié provisoire. Si j’ai bien compris, il habitait le quartier et travaillait devant chez lui mais son pâté de maisons a été rasé. Il habite ailleurs. Il a construit cet auvent avec des matériaux de récupération et il vient tous les jours travailler là où il a ses habitudes, et ça durera jusqu’à ce que plus personne n’habite dans le voisinage et que le chantier du nouveau quartier commence.

Voici une allée de ce qui reste du quartier. Cette cour n’en a plus pour longtemps. Au fond, là où devrait être la porte d’un appartement, on voit le terrrain vague. Et le caractère chai (t’chai, détruire), est peint sur un mur pas loin.
Mais dans ce cas, les familles restent chez elles jusqu’au dernier moment. Un peu plus loin, un amateur d’oiseaux est encore chez lui. Il a sept cages qu’il a suspendues dehors pour que ses oiseaux prennent l’air (mais pas la lumière; ils chanteraient et se disputeraient, et se fatigueraient pour rien). Quelqu’un s’agite à l’intérieur de chaque cage et les barres de bois tremblent doucement.
Comme j’ai l’air intéressé, une des cages est découverte pour que je puisse prendre des photos, une seule pour que l’oiseau chanteur reste tranquille.

En fait, l’oiseau se déplace sans arrêt, fait vibrer ses ailes, et je rate une image après l’autre. Voila celle que le maître des oiseaux a le mieux appréciée.

Lui aussi ira habiter ailleurs. Ses oiseaux sont plus faciles à loger qu’un atelier de tôlerie.

Retour dans le monde de la consommation moderne où le gouvernement a le projet de conduire tous les Chinois. L’hypermarché près de chez nous offre un grand choix. Ce sont des casseroles chères, en aluminium moulé et émaillé mat, enduit anti-adhésif, jusqu’à 400 yuans avec le couvercle en verre incassable. La moins chère du rayon, en acier inoxydable, vaut 49 yuans, un peu moins de 6 euros. Je ne sais pas combien l’artisan vend les siennes. Aussi bien, il m’aurait menti, je ne suis pas un client vraisemblable.

Avant-hier, je suis allé voir où en était le chantier de la nouvelle Gare Ouest. C’est là que j’avais pris le train pour la première fois en Chine, pour aller à Nanjing avec des élèves étrangers de l’Université de technologie où j’ai essayé d’apprendre le chinois. La salle d’embarquement était dans le bâtiment construit en 1908, et le reste de la gare datait de l’époque socialiste. La nouvelle gare sera somptueuse. Pour lui faire la place, on a rasé un quartier et on construit de nouveaux ponts et de nouvelles avenues.









Sur l’image précédente, on apercevait un tout petit triporteur entre le bulldozer et le camion bleu. Il s’est rapproché. C’est la livraison du repas du soir à la résidence des travailleurs du chantier. Je connais bien ces grandes caisses blanches en polystyrène qui contiennent des empilements de boîtes-repas tenues au chaud. Mon épouse n’y croit pas, puis elle me fait agrandir l’image pour lire ce qui est écrit sur les caisses en carton ondulé. C’est bien de la nourriture.











En passant, je salue cet autre travailleur en contemplation. Il ne construit sûrement pas le pont, il suffit de voir quelles chaussures il a aux pieds (des savates tout en coton, semelle comprise, très confortables et qui existaient déja au temps des empereurs Ming, mais qui ne protègent pas des chocs). Je lui demande ce qu’il fait. Il me montre son beau brassard marqué
jing gongren, travailleur de la surveillance. Mon dictionnaire connait
jin gongren, gardien. Mais le premier caractère est plus noble, comme dans
jingcha, la police. C’est peut-être aussi pour ennoblir son personnage qu’il s’est procuré un casque jaune, la coiffure des vrais travailleurs. Cette nuit, il va veiller sur les machines et les ferrailles qui pourraient tenter les récupérateurs.





wufa wutian , sans loi, sans foi. C’est ça qui rend le chinois si difficile à suivre. Il faut connaitre trop de choses. A l’école primaire on étudie les « chengyu », expressions en quatre caractères qui évoquent toute une histoire, un peu comme « c’est une cigale » ou « c’est une fourmi » en français, ou pire. (pour tout savoir 









Et puis il y a les boutiques de devins et de directeurs de conscience. La différence avec un autre magasin, c’est que les portes vitrées se referment quand un client est entré. La nuit du Nouvel An, tous sont à leur poste, prêts à répondre aux questions qu’on se pose en commençant une année.
bagua, les Huit trigrammes des présages du Livre des Prédictions, et peut conseiller aussi pour le qiming (choisir un prénom) et le gaiming (changer de prénom). En plus petits caractères: mariage, travail, études, recherche des disparus …

foxiang, Bouddha, apparence (choix de la forme du Bouddha qui vous convient ?), et à droite « expert en choix du prénom » comme son confrère.



mianxiang, face, aspect; l’art de lire le destin dans les traits du visage;
fengshui, vent et eau, l’art de placer sa maison, son bureau, son lit, son tombeau, dans une configuration favorable. Il exagère un peu; pour travailler sérieusement, il faut être sur les lieux.
bazi, les huit caractères qui donnent l’année, le mois, le jour, l’heure de la naissance. Au cours de l’arrangement d’un mariage traditionnel, les parents des futurs conjoints s’échangent les huit caractères de leurs enfants et les portent chez le spécialiste qui dira si ce mariage projeté a une bonne destinée.
hehun, combiner un mariage. Autrefois, on voyait la liste des spécialités du médecin dans la marge gauche de ses ordonnances.






, le temple bouddhiste de la Grande Consolation. J’avais été un peu submergé par le peuple qui se pressait. Cette année, la réunion chez mon beau-père a fini tôt, deux de mes beaux-frères étaient allés dans leur famille de l’autre côté (ce qui est contraire à la tradition; les femmes entrent dans la famille de leur mari et non le contraire). Pas de feu d’artifice dans la cour.




jingcha la police, sont moins lisibles et moins sympathiques que
gong’an la paix publique. Nous avions vu la veille au journal télévisé un haut cadre en train de prêcher les responsables de l’ordre public: « Il faut qu’il ne se passe rien pour le Nouvel An. » Les policiers sont donc là, à surveiller les gens qui font la queue pour acheter leur billet d’entrée (5 yuans, tarif réduit des jours de fête;nous n’avions pas eu besoin de billets en 2007, mais c’est que passé minuit on entre sans billet).





















Xin nian kuai le Nouvelle année rapide joyeuse. C’est ce qu’on va entendre à partir de la nuit de mercredi à jeudi. 
zhaocai jinbao ; attiter la richesse, faire entrer les trésors.




Ce lapin sur une carte est dans le style du papier découpé. Mais ça c’est le style chic, qui décore les magasins de luxe. Le style ordinaire est bien plus vulgaire, et joyeux.








J’aime bien rentrer en Chine par
), au milieu de gens chargés de bagages, à la recherche de la meilleure solution pour les ranger. En fait, on est mieux assis dans un wagon « sièges durs » (six de front, banquette rembourrée et housse en coton changée à chaque voyage) que dans la cabine de classe touriste. Et le couloir est plus large.
Une fois l’avion bien installé en l’air, les hôtesses apportent le 
















Et c’est bientôt le Nouvel An, l’année du
meiyou yisi de s’attarder au loin).

Yuandan , la première aube (le deuxième caractère représente le soleil qui se lève au-dessus de l’horizon, à ne pas confondre avec
chunjie , la fête du Printemps. Dans la nuit du 2 au 3 février de l’ère commune, nous commencerons
tunian (le premier caractère, avec ses oreilles et sa petite queue), année
xinmao, le lièvre mao remplace le lapin dans le tableau des 12 rameaux terrestres (pour l’explication, voir
gongyuan est une invention de la République populaire, qui avait choisi de mettre fin à l’ère de la République et de ne plus dater les règnes selon les cycles de 60 ans. Mais ça n’a servi à rien. Les familles se réuniront et le pays célèbrera la Fête du Printemps, aussi belle que Noël et le Jour de l’An réunis. Et j’aurai fêté les deux.
J’ai commencé à lire le livre de Jean-Louis Rocca. C’est quelqu’un de sérieux, qui en ce moment enseigne la sociologie à l’


Il y a un article sur Feng Xiaogang « le Spielberg chinois », l’auteur du film « feicheng wurao » (sentiment pas sérieux, s’abstenir; en anglais « If you are the one »; sorti en Europe en 2009; est-il sorti 

















