Partie de pêche à Duancun

Je reviens de trois jours à la campagne, dans la famille de mon beau-père. Ses cousins vivent à Duancun, un village de la province du Hebei, pas loin de Hengshui. Ca ne dit rien si on ne regarde pas la carte . Et vu de plus près , on est au bord du lac de Hengshui, une espèce de Grande Brière où les villages sont sur des buttes qui émergent un peu de l’eau et des champs gagnés sur le marais. J’ai idée de faire de beaux exposés de la vie dans ce coin-là, mais le calendrier commande. C’est le début de la semaine d’or de la fête nationale. Mon épouse est en vacances et nous sommes partis en voyage. Donc je suis dans une chambre d’hôtel à Shenyang (regardez où c’est, c’est une grande ville; dans les livres d’histoire et dans Corto Maltese elle s’appelle Moukden). A Duancun, je vais juste parler d’une partie de pêche pour les gens de la ville.

Voyageurs

Deux de mes trois beaux-frères et leur cousin d’Amérique, dont les parents vivaient ici, et la belle auto neuve de mon beau-frère, dont c’est le premier grand trajet. Nous sommes à l’entrée du village, sur la seule rue qui mène à la grand-route sur la digue du lac.

Clou de la crevaison

Et voici l’incident. Alors que nous partons vers le lieu de pêche, nous passons tout près d’un voisin qui est en train de réparer sa maison; les débris des travaux sont sur la route, il n’y a pas d’autre endroit où les mettre. Le pneu avant gauche ramasse un très beau clou et le conducteur s’aperçoit de quelque chose. Le temps de s’arrêter et de faire le diagnostic, le peuple s’est déja rassemblé.

Embouteillage

Et comme c’est la seule sortie du village, toute la circulation est bloquée; on finit par laisser passer les vélos.

fin de l'embouteillage

C’est fini, on range la voiture un peu plus loin, les triporteurs et les motos passent, et la fille de la maison en travaux apporte de quoi laver les mains de ceux qui ont changé la roue; tout s’est bien terminé, après beaucoup d’animation.

Vieux paysan

Nous sommes arrivés au bord de l’eau. Celui qui vient nous voir semble sorti d’une image de la Chine du début du siècle (le 20e), dans ses vêtements en coton bleu faits à la maison.

Pêcheurs équipés

En face de lui, les pêcheurs du dimanche ont vraiment l’air de ce qu’ils sont (la pêche à la ligne est un grand sport national des citadins; le dimanche, on ne voit que ça à Tianjin sur les bords de la Haihe; je ne savais pas que mes beaux-frères en font partie).

Pêcheur et barque

Ambiance de matinée sans vent. Le pêcheur s’est installé sur la plate du gardien de la pêcherie.

Rameur dans sa barque

Un peu plus tard, son propriétaire en a eu besoin. La position du rameur, face à sa route, est plus digne que celle du rameur occidental qui lui tourne le dos.

Rameur et village

Derrière le rameur, le village de Duancun, entouré d’eau, et son mât du téléphone portable.

Bord du village

De retour au village, nous restons au bord de l’eau.

Et les pêcheurs ont-ils pris des poissons ? Quatre de la taille rêglementaire, qui ont été payés au poids au patron de la pêcherie. Plus cinq ou six petits qui sont retournés à l’eau.

Poissons dans le filet

Comme je n’y connais rien, je ne sais pas de quelle espèce il s’agit. Je fais appel aux spécialistes.

J’oubliais: aujourd’hui nous sommes le 1e octobre, 61e anniversaire de la République Populaire. Rien ne le signale dans les rues, alors que l’année dernière, 60e anniversaire, on la voyait un peu partout. A la télévision, le lancement en direct de la deuxième fusée vers la Lune a pris plus de temps que le résumé de la cérémonie de ce matin place Tian an men, un dépot de gerbe au Soldat Inconnu sous l’Arc de triomphe, mais à l’échelle de la Chine, avec les huit grands dirigeants en costume sombre et cravate bleue, sur le tapis rouge déroué autour du monument aux héros de la révolution.

le moulin à prières

Je devrais être de retour de la campagne où habite un oncle de mon épouse, sous la conduite de son cousin d’Amérique. Mais celui-ci avait oublié que mercredi c’était la fête de la Lune

Fête de la lune, Google

(Google Hong-Kong ne l’avait pas oublié, remerciements pour l’image), et qu’il était attendu à diverses festivités, dont un déjeuner de famille à Tianjin. Trois jours de congés pour tous ceux qui travaillent dans un métier où ça a un sens (mon épouse y a droit, moins une demi-journée de permanence car son administration ne ferme jamais, et mes beaux-frères aussi). Nous sommes restés à table tout l’après midi à discuter. Mon beau-père a mis sur la table sa collection de pièces d’un euro toutes différentes et m’a demandé combien il y avait de patries (guojia) en Europe, et comment un truc pareil peut fonctionner, alors qu’il n’y a qu’une seule Chine. J’ai essayé de parler de la Chine des empereurs Qing qui avait quatre langues officielles (le mandchou, le chinois, le mongol et le tibétain). Notre cousin d’Amérique a sorti sa carte de résident permanent pour montrer que dans un pays moderne tout ça n’est pas si important.

green card rectogreen card verso

Voici un exemplaire de la Green Card dont pas mal de gens rêvent.

Nous irons à la campagne samedi et dimanche, demain donc.

En attendant, retournons au Tibet pour faire (en une matinée) le tour du monastère de Drepung, tout près de Lhassa sur la pente de la montagne exposée au sud. C’est là qu’ont vécu les qautre premiers Dalaï-lamas, avant que le cinquième devienne le souverain temporel du Tibet et fasse reconstruire le palais de Potala (ce n’est pas vieux: ça s’est passé au temps de Louis XIV).

Monastère

Le monastère vu du sud, sur le ticket d’entrée. Son nom signifie « tas de riz », accumulation de bâtiments blancs.

Branches de cyprès qui servent d'encens

A l’entrée, on peut se procurer les branchettes de cyprès (c’est ça, l’encens de Lhassa; on le trouve aussi en bâtonnets) qu’on peut brûler tout de suite pour s’attirer des mérites, ou emporter chez soi; on ne peut pas les brûler à l’intérieur du monastère. Les pêlerins feront le tour du monastère par l’extérieur, en commençant par la gauche (dans le sens des aiguilles d’une montre). Nous ferons le parcours des touristes qui permet d’entrer à l’intérieur, mais aux heures où les moines se consacrent à l’étude, et nous ne les verrons pas

Montée du tour

Nous montons le long du monastère. En regardant vers l’extérieur, on voit la pente de la montagne; nous sommes déja à 3700 m. Au premier plan, une mendiante, occasion de gagner des mérites en lui donnant un dixième de yuan.

Fondateurs peints sur le rocher

Les fondateurs du monastère avec leur mitre jaune sur la tête, peints sur le rocher, et quelques petits drapeaux.

Moines visiteurs

Deux moines pêlerins, qui font eux aussi le tour, avant, peut-être, d’être les hôtes de leurs confrères.

Moulins à prières

Voici, le long de la montée, un des ensembles de moulins à prières sous leur auvent. Au-dessus, la façade d’un des palais du monastère, en travaux comme une bonne partie des bâtiments.

Moulins à prière vue de près

Les mêmes moulins vus de près. En rangs serrés devant eux, de petits Bouddhas de céramique que les pêlerins achètent à l’entrée et déposent en passant.

Moine et moulins

En passant, un moine qui va à ses affaires (il serre contre son coeur une plante en pot) en fait tourner quelques uns. Lisons le Révérend père Huc , qui, en 1845, passa avec son confrère Joseph Gabet plusieurs mois au monastère Kumbun dans le nord, à étudier avant de se rendre à Lhassa:

« Il existe plusieurs manières de faire le pèlerinage autour des lamaseries. Il en est qui ne se prosternent pas du tout. Ils s’en vont, le dos chargé d’énormes ballots de livres, qui leur ont été imposés par quelque grand Lama. Quelquefois, on rencontre des vieillards, des femmes ou des enfants, qui peuvent à peine se mouvoir sous leurs charges. Quand ils ont achevé leur tournée, ils sont censés avoir récité toutes les prières dont ils ont été les portefaix. Il en est d’autres qui se contentent de faire une promenade, en déroulant entre leurs doigts les grains de leur long chapelet, ou bien en imprimant un mouvement de rotation à un petit moulinet à prières, fixé dans leur main droite, et qui tourne sans cesse, avec une incroyable rapidité. On nomme ce moulinet Tchu-Kor, c’est-à-dire, prière tournante. […]

« […]  Dans les grandes lamaseries, on rencontre, de distance en distance, de grands mannequins en forme de tonneau, et mobiles autour d’un axe. La matière de ces mannequins est un carton très-épais, fabriqué avec d’innombrables feuilles de papier collées les unes aux autres, et sur lesquelles sont écrites, en caractères thibétains, des prières choisies et le plus en vogue dans la contrée. Ceux qui n’ont ni le goût, ni le zèle, ni la force de placer sur leur dos une énorme charge de bouquins, de se prosterner à chaque pas dans la boue ou dans la poussière, de courir autour de la lamaserie pendant les froidures de l’hiver ou les chaleurs de l’été, tous ceux-là ont recours au moyen simple et expéditif du tonneau à prières. Ils n’ont qu’à le mettre une fois en mouvement ; il tourne ensuite, de lui-même, avec facilité et pendant longtemps. Les dévots peuvent aller boire, manger ou dormir, pendant que la mécanique a l’extrême complaisance de prier pour eux.

« Un jour, en passant devant un des ces tonneaux bouddhiques, nous aperçûmes deux Lamas qui se querellaient avec violence, et étaient sur le point d’en venir aux mains, le tout à cause de leur ferveur et de leur zèle pour les prières. L’un d’eux, après avoir fait rouler la machine priante, s’en allait modestement dans sa cellule. Ayant tourné la tête, sans doute pour jouir du spectacle de tant de belles prières qu’il venait de mettre en mouvement, il remarqua un de ses confrères qui arrêtait sans scrupule sa dévotion, et faisait rouler le tonneau pour son propre compte. Indigné de cette pieuse tricherie, il revint promptement sur ses pas, et mit au repos les prières de son concurrent. Longtemps, de part et d’autre, ils arrêtèrent et firent rouler le tonneau, sans proférer une seule parole. Mais leur patience étant mise à bout, ils commencèrent par s’injurier ; des injures ils en vinrent aux menaces ; et ils auraient fini, sans doute, par se battre sérieusement, si un vieux Lama, attiré par les cris, ne fût venu leur porter des paroles de paix, et mettre lui-même en mouvement la mécanique à prières, pour le bénéfice des deux parties.

Graissage des moulins

Ces dames sont en train de huiler les axes des moulins, ce qui donne une participation aux prières tournantes. On peut voir qu’elles ne sont pas les seules. Je suppose que le Bouddha Sakyamuni aurait été fort perplexe si on lui avait dit à quoi mênerait son enseignement. Lui qui démontrait que tout est illusion, y compris les choses matérielles que nous pouvons toucher (et les physiciens ont découvert qu’il avait raison; tout cela est fait de particules tourbillonnantes, que seule la statistique maintient dans un semblant de stabilité, parce qu’il est très peu probable que tout va se dissoudre), voit donc ses fidèles essayer d’acquérir des bons points pour une vie future. Jésus Christ aussi avait enseigné que faire une bonne action dans l’intention que cela profite ne sert à rien. Mais comment faire fonctionner une Eglise qui ne proposerait pas des moyens faciles à comprendre de capitaliser les mérites (il parait que ça s’appelle « karma », mais je laisse la chose aux experts).

Entrée du palais des dalai-lamas

Nous sommes arrivés devant l’entrée du  palais de Gaden Phodhrang, où habitait le Dalaï-lama avant que le Cinquième fasse reconstruire le palais de Potala. Ces femmes ne sont pas des pêlerines, mais des ouvrières du chantier de restauration. Etonnant, il n’y a que des femmes.

Cour du palais

Nous sommes dans la grande cour au sud, entourée de galeries.

TravailleuseDispositif pour porter

Dehors les travailleuses continuent de s’activer. A droite, un dispositif pour porter commodément les pierres de taille et les sacs de ciment.

Plafond à l'intérieur

A l’intérieur, coup d’oeil sur un plafond. Les pièces sont petites, rien à voir avec les sublimes halles de la Cité Interdite, et pas très éclairées. On est dans un pays froid. Pas d’autres images, faute de lumière, et aussi parce qu’il faut payer pour photographier dans chaque salle; un petit moine encaisse les redevances et vend les objets de piété propres à chaque lieu. On visite la chambre où les Dalaï-lama écoutaient l’enseignement des docteurs de la loi (on est Bouddha vivant à la naissance, ensuite on doit apprendre).

Cuisinière solaire

Au hasard des cours, Patrick tombe sur une cuisinière solaire, un équipement dont il est fervent, ainsi qu’il l’explique à notre guide; ici le soleil brille suffisamment pour qu’on puisse compter dessus.

Entrée d'un appartement

Une autre cuisinière, devant l’entrée d’un appartement. Ce monastère n’a rien à voir avec Solesmes ou Fontevrault. Ici les moines vivent en petits ménages, un maître et ses disciples sous un toit commun.

Vue des bâtiments

En sortant vers le haut, on comprend mieux comment le monastère est organisé. A gauche et en bas, des immeubles d’habitation; en haut et au fond, les frontons des bâtiments communautaires, lieux d’enseignement, bibliothèques et salles de réunions; on n’est pas loin d’un campus universitaire.

Maison d'habitation

Une rue intérieure, et quelques maisons; il n’y a personne ou presque, c’est le milieu de la matinée, heure de l’étude. Au mur à droite, un objet familier: une caméra de vidéosurveillance.

Autre bâtiment

Un autre immeuble d’habitation, avec une échappée sur la ville de Lhassa au sud du monastère.

Façade du grand temple

La façade du grand temple, où tous les moines se réunissent le matin pour la prière en commun suivie de la consommation du thé au beurre qui a été préparé dans la cuisine commune à gauche; le tas de bois est destiné à chauffer les grandes chaudières où il est brassé. Quand le monastère abritait des milliers de moines, on utilisait l’immense marmite centenaire qu’on peut admirer dans la cuisine, et on servait le thé à l’aide des centaines de pots en cuivre rangés sur les étagères; aujourd’hui qu’ils sont quelques 700, c’est une marmite plus petite qui sert, récemment renouvelée en acier inoxydable.

Grande salle du temple

Nous sommes dans la grande nef du temple, le seul espace que j’aie vu qui ressemble à une abbatiale. Chaque matin, les moines mettent leur mitre jaune, semblable à celle du Grand Précieux de Tintin au Tibet, et la cape rouge nécessaire pour résister au froid pendant la longue cérémonie. Ensuite, après le thé en commun, ils vont suivre leurs cours ou travailler chez eux avec leur maître, en s’interrompant pour les cérémonies religieuses particulières, par exemple renouveler l’eau pure des rangées de bassines de cuivre devant l’une ou l’autre statue d’un Bouddha  vivant, qui ressemble à un saint évêque dans une chapelle latérale d’église, à s’y tromper.  Les repas sont pris en privé ou en petite communauté, les prières de la journée et du soir de même, sauf aux grandes fêtes. Vraiment très éloigné de la règle de saint Benoît, qui met au même rang le chant des offices et le repas en commun, obligatoirement en commun. C’est notre guide Mr Tenzin qui nous explique cela (sauf la comparaison avec les Bénédictins).

Inscription maoïste

Au hasard d’un passage entre deux cours, Mr Tenzin nous fait remarquer une inscription en caractères simplifiés qui n’a pas été effacée. Elle date du temps où les gardes rouges de la Révolution Culturelle ont envahi le monastère, chassé les moines, brûlé les bibliothèques et détruit les statues.  En haut à gaucheweidadaoweida dao, immense guide. En bas à droitewan suiwan sui, dix-mille ans, qu’il dure éternellement. Les moines sont revenus. Les rayonnages des chambres du palais de Gaden Phodhrang que les touristes peuvent voir sont bourrés de nouveaux volumes de sutras en tibétain, en sanscrit et en d’autres langues. Les moines se sont remis à étudier et à prier, et les pêlerins à tourner autour du monastère.

Panorama de Lhassa

Nous sommes en haut du monastère, devant la façade du grand temple. Au premier plan, le chantier de la reconstruction de l’esplanade. Au loin, la partie moderne de la ville de Lhassa. On peut distinguer la gare au pied de la montagne, au-dessus de la baraque bleue. La révolution a essayé de détruire la société tibétaine, elle a au moins supprimé la base économique des monastères, qui était assise sur leurs terres et leurs paysans comme dans l’Europe d’Ancien Régime. Quand on sort de la visite, on a l’impression que le plus important n’a pas changé.

L’oncle d’Amérique

Tianjin est une grande ville internationale, même si dans le reste du monde personne ne sait où c’est. La preuve: les puissants de ce monde s’y sont réunis, sous le titre « Tianjin, Davos l’été » . Mon ami Alain, qui étudie le français et m’aide à faire des progrès en chinois,y était comme interprète bénévole. La réunion s’est terminé hier soir. Je n’étais pas invité aux réunions ni aux réceptions, mais quand même de charmantes étudiantes de l’institut des langues étrangères m’ont vu passer dans la rue et m’ont demandé de signer sur une belle affiche verte pour montrer mon « goodwill » (qu’est-ce que ça signifie ? )

Hôtesses de Davos

Ma photo avec elles et l’affiche paraîtra peut-être dans le compte-rendu.

Je suis aussi passé à la grande librairie pour contempler le rayon des méthodes pour apprendre l’anglais.

Rayon anglais

Les hautes piles à gauche sont des dictionnaires. Les rayons au fond portent tous le titre « manuels d’anglais ». Le français a quand même droit à cinq ou six mètres d’étagères, plus que le coréen et presque autant que le japonais. Et pourtant, dans ma belle-famille, il n’y avait personne ou presque qui parle anglais. Juste quelques uns dans la jeune génération, mais ils ne s’en servent pas beaucoup.

Mais je savais qu’il y avait quelqu’un de la famille à Houston, Texas. J’avais d’abord compris que c’était un oncle (le frère de mon beau-père); ma chère épouse en parlait comme d’un « grand frère ». En fait c’est un cousin (le fils du précédent). Et il est à Tianjin, pour la première fois depuis des années, pour voir la famille.

Trois nièces

Le voila donc avec ses trois nièces, les filles uniques de mes beaux-frères. Nous sommes au restaurant pour dîner en famille (en ville, personne n’est assez grandement logé pour mettre vingt personnes à table). La jeune fille de gauche est à marier, de même que son cousin, le fils de mon épouse. A la question : « A-t-elle un petit ami ?  » mon épouse répond « Non ! En Chine on se marie d’abord. » C’est d’une grande hypocrisie; elle-même n’a pas pratiqué comme cela avec moi. L’oncle d’Amérique a un garçon du même âge. Dans les temps anciens, les parents les auraient peut-être mariés.

Je profite de l’occasion pour vus faire visiter un restaurant pour repas de famille. Celui-ci n’a pas de thème particulier.

Vestibule du restaurant

Nous sommes à l’étage. Dans le vestibule, les trois signes du lieu distingué: un pot grandiose, une calligraphie (une des mille variantes du caractère shoushoulongévité), et un dessin sur rouleau de papier (déroulé).

Tableau de papier

Il représente justement un restaurant du temps des empereurs Qing. Sur le petit bout que vos voyez, l’entrée et deux deux cabinets particuliers qui accueillent la compagnie sur un kang, une plateforme chauffée par un fourneau (près de la porte) qui sert à finir de préparer les plats.

Comptoir des alcools

Il n’y a plus rien de tout ça. A l’entrée on rencontre le comptoir des alcools et des cigarettes; les boisson ne sont pas sur la carte, on peut les apporter ou les acheter là.

Couloir du restaurant

Le couloir dessert une douzaine de salles à manger avec une ou deux grandes tables rondes.

Comptage de l'argent

L’oncle d’Amérique compte son argent. Il va distribuer des cadeaux aux jeunes, mais il a oublié d’apporter des enveloppes rouges.

Donner des billetsDonner des billets, 2Donner des billets, 3Donner des billets 4

Maman apprend à son petit garçon à refuser poliment le cadeau de son grand-oncle, puis à l’accepter la troisième fois.

Alcools

Sur la table du banquet, trois bouteilles ouvertes de boissons pour les grandes personnes: Wuliangye (esprit des cinq céréales), Gujing gong jiu (vin du vieux puits), et du whisky irlandais qui a voyagé dans ma valise. Retenez la marque du premier, c’est très chic, et aussi nettement plus moelleux que le baijiu ordinaire. Il manque la bouteille de whisky canadien de l’oncle d’Amérique.

Grand gâteau

shurudonghai

Sur le gâteau: fu ru donghai , shou bi nanshan. Que ton bonheur soit comme la mer de l’Est, ta longévité comme la montagne du Sud (comme chacun sait, la mer de Chine est toujours calme, et les montagnes durent longtemps). C’est ce qu’on met sur les gâteaux d’anniversaire pour les anciens, sur les banderolles, sur les images qui attirent le bonheur. Nous avons apporté le gâteau à la crème, commandé au Holiland du quartier; c’est un échafaudage de génoise aux fruits, décoré par un virtuose; la crème est à peu près immangeable mais ça fait grand plaisir à regarder au milieu de la table.

Groupe

Photo de groupe avant de commencer à manger. Le plus jeune de l’assemblée (on n’a pas pu le garder sur la photo, il s’intéressait à autre chose; c’est moi qui l’ai rajouté) a ici un arrière-grand-père, une arrière-grand-tante, un grand-père et une grand-mère, deux grand-oncles, une grand-tante (plus les pièces rapportées dont je fais partie), une maman et un papa, deux tantes (filles des grand-oncles) et le mari de l’une d’elles; il manque son oncle (fils de sa grand-tante) qui travaille, et toute la famille du côté de son papa. Si la loi sur l’enfant unique continue d’être appliquée (c’est la deuxième génération), il n’aura que trois cousins et cousines du côté de sa maman. C’est plus ou moins la même chose dans pas mal de familles en France, mais au moins on peut choisir, pas ici.

Pas d’images du repas. A part qu’on utilise des baguettes et qu’on boit le whisky en mangeant et pas avant, c’est comme ailleurs. C’était très bon, et il y avait beaucoup trop à manger; il faut que ce soit comme ça dans un repas de fête.

Récupération

Récupération 2

Mais que font la maman et la grand-mère du jeune homme, et son papa à l’arrière-plan ? Ils accomplissent le rite des fins de bon repas: mettre dans des petites boîtes blanches tous les restes des plats, que les maîtresses de maison emporteront chez elles.

Retour à la maison. Demain l’oncle d’Amérique part visiter le reste de la famille à la campagne, et m’a invité à venir avec lui (sans ma chère épouse; elle travaille, et elle n’aime pas passer la nuit à la campagne). J’ai eu beaucoup de mal à comprendre son anglo-américain de Houston. Si ça ne marche pas, on parlera chinois.

Le Tibet en cinq minutes

Je suis rentré chez moi. Ma chère épouse m’a dit qu’elle va se remettre à grossir. Quand elle est seule le soir, elle oublie de se faire à manger; le repas de midi avec les collègues suffit. Mais je ne suis pas encore là. Ca fait des années que je m’étais pas éloigné si longtemps. Ou bien nous étions venus à deux, ou bien je restais un mois seulement. Donc pas moyen de parler de la vie ici. Je retourne cinq minutes au Tibet (où Patrick et moi avons passé quatre jours au mois de juin, c’est dire que je peux en parler avec assurance).

Moines dans le métro

Gare de LilleNous sommes dans le métro de Lhassa, tout nouvellement ouvert. Non, je me trompe, celui-ci est le métro de Lille, et d’ailleurs les moines de Lhassa portent plutôt une robe rouge, et il n’y a pas de métro. Il suffit d’élargir un peu l’image pour voir que nous sommes en France, et ceux qui connaissent sauront que nous sommes à Lille, station de la gare de  Flandres.

J’aurais bien aimé y aller en train, deux jours au départ de Pékin, mais nous n’avions pas le temps. Et la route qui va de Chengdu à Lhassa en traversant le pays d’est en ouest est fermée aux touristes, donc nous avons fait le même chemin en avion.

Les montagnes vues d'avion

La route que le Père Huc et le Père Gabet ont mis quatre mois à parcourir dans l’autre sens (ils étaient arrivés par le nord, en suivant la même route que le chemin de fer aujourd’hui, et furent presque aussitôt invités à retourner en Chine par le représentant résident de l’empereur) pendant l’hiver 1845-1846, nous la survolons en moins de trois heures.

Un vallée du Tibet

Et voila, la toute petite vallée verte, c’est là que se trouve Lhassa. Je me trompe peut-être, nous en avons survolé plusieurs, ou la même qui se replie dans la montagne. Lhassa est sur un terrain plat, au bord d’une rivière, mais à 3500 m de haut.

Potala et chauffe-eau

Nous sommes arrivés. De la fenêtre de notre hôtel, nous voyons une résidence chinoise moderne, les chauffe-eau solaires rangés sur le toit, et une publicité pour le thé de la bienveillance confucéenne (le caractère  »ren », le plus grand à gauche). Derrière, c’est le palais de Potala, construit autour de sa montagne comme un Mont Saint Michel en pleine ville. En fait, ce qui me rend sûr de ne plus être en Chine, c’est le ciel bleu, les  nuages qui flottent, l’air transparent, bien loin de l’atmosphère blanche et opaque de Tianjin quand il fait beau.

Comme je ne sais pas par quoi commencer, cet article se contentera de faire défiler quelques images, il faudra y revenir après. Commençons par ce qui fâche: le Tibet est-il chinois ?

Tianhailu

« Rue de l’océan céleste » (trois caractères, de droite à gauche), écrit en chinois, en pinyin (pas en anglais, ça donnerait au pire « Tianhai street »); au dessus, en toutes petites lettres, le nom en tibétain. Le même jour, j’étais allé chez China Telecom (le téléphone portable) pour essayer de m’abonner au service wifi (toute la ville de Lhassa est couverte par un réseau wifi public; on peut se connecter de n’importe où mais il faut un abonnement pour accéder à d’autres sites que celui de China Telecom). Je suis donc allé, avec mon ordinateur sous le bras, à la boutique principale, où j’ai été accueilli par des petites Chinoises très contentes de voir un étranger. On m’a donné des notices et des formulaire en chinois; il y en avait aussi en anglais, mais pas un seul en tibétain. Finalement nous avons réussi à connecter l’ordinateur mais c’était trop compliqué de s’abonner pour quelqu’un qui n’était pas déja client de China Telecom. En tous cas, à part peut-être l’aide des employées tibétaines, rien n’est prévu pour quelqu’un qui ne saurait lire que le tibétain.

Couverture du guideJ’ai aussi acheté un guide touristique, dans l’édition en anglais. A la librairie – marchand de souvenirs, il n’y a pas un seul livre où le mot « Tibet » soit seul. Il faut que l’éditeur ajoute « of China » pour être dans l’orthodoxie (il y a une exception connue, « Tintin au Tibet » a eu le droit de paraître en chinois en Chine sans le complément, mais il a fallu que madame veuve Hergé proteste officiellement après la sortie de la première édition.). Au tout neuf musée du Tibet, la première salle du circuit de visite est consacrée aux documents et objets officiels de l’époque impériale qui prouvent que le Tibet était régi par l’empereur de Chine en ce temps-là: sceau du prince régent offert par l’empereur, original de la constitution du gouvernement du dalaï-lama édictée à Pékin, décrets d’intronisation de l’un ou l’autre Bouddha vivant en ratification de la procédure religieuse qui a trouvé en qui il s’est réincarné. Le meilleur que j’aie lu là-dessus, c’est dans l' »Histoire du Tibet »  publiée pour le grand public en 2003.

Petit dalai lama

Ca se passe le 22 février 1940. Le 14e Dalai-lama (l’actuel) ayant été trouvé et confirmé par les autorités religieuses tibétaines, la cérémonie d’intronisation va commencer. Le Tibet a mis dehors l’armée de la République de Chine de Tchang Kai-chek (qui avait alors d’autres soucis, entre les Japonais et les maoïstes) et le gouvernement du 13e Dalai-lama a travaillé à faire reconnaître l’indépendance du pays. Le représentant de la République de Chine s’aperçoit que sa place est prévue dans l’assemblée qui fait face au nouveau Bouddha vivant, au même rang que l’ambassadeur de Grande-Bretagne. Au dernier moment, il réussit à s’imposer parmi les dignitaires qui siègent face au sud en dessous du nouveau Dalai-lama, là où était son prédécesseur représentant de l’empereur dans les précédentes cérémonies.

Il faudra y revenir mais j’ai compris une chose: pour les Chinois, le Tibet est chinois, comme la Bretagne est française, et tout est fait pour que ça soit vrai le plus vite possible, et que tout le monde en soit persuadé, les Tibétains comme les étrangers.

Stock de décors pour immeubles

Voici le stock d’un marchand de matériaux. Si vous avez à décorer le portail d’un siège social quelconque, vous avez le choix entre le lion impérial (à gauche) et le jeune pionnier du Parti (à droite), le tout en excellente pierre d’extraction locale.

Place Tiananmen du Potala

Si, une fois arrivé au portail élévé du palais de Potala, vous vous tournez vers le sud, vous voyez la perspective de la place Tian an men, ou quelque chose qui ressemble. Bien sûr, la montagne gâche un peu l’axe impérial et c’est complètement contraire à la structure de la ville, qui est orientée d’est en ouest , mais tant pis. Le 1e octobre, 61e anniversaire de la (re)fondation de la république, la télévision centrale montrera la montée des couleurs nationales vue du pied du monument aux révolutionnaires, avec le palais de Potala dans le fond. Le village qui logeait les serviteurs du palais, au premier plan, a été vidé de ses habitants depuis que le Potala est devenu un musée.

Tenzing

Et que pensent les habitants du Tibet sur la question. Il n’y a qu’une personne à qui nous aurions pu la poser, c’esr Mr Tenzing, notre guide. Il est Tibétain, parle parfaitement l’anglais qu’il a appris en Inde, et le chinois dont il a besoin pour son travail. C’est un bouddhiste fervent; il profite des visites dans les temples pour se recueillir, entre ses exposés sur l’Histoire et la théologie. J’ai raté les trois quarts de ses explications, je n’ai pas le niveau. C’est lui au premier plan. Il pourrait aussi bien passer pour un Péruvien. Son épouse est guide, elle aussi. Nous l’avons croisée avec ses clients au hasard d’une visite. J’en avais tiré qu’il était marié à une Allemande aux cheveux blonds et au teint clair. Mais non, elle est Tibétaine. Les gens de Lhassa ont des têtes très variées, bien plus qu’à Tianjin où presque tout le monde a l’air d’être Chinois (c’est un peu comme dire « avoir l’air Européen »; ça n’a pas de sens en Europe, ici ça en a). Pour revenir au sujet du Tibet chinois, il ne veut pas en parler.

Jokhang temple, les vaches

Un autre jour. Nous ne sommes pas en Inde, et ici c’est un sanctuaire bouddhiste. Nous sommes au temple de Jokhang, le lieu saint de Lhassa (le Potala est très vénérable, mais c’est plutôt le palais du Pape; ici c’est la basilique). Les premiers piliers de bois érigés vers l’an 700 sont toujours là à l’intérieur de la grande salle.

Cour du temple

C’est ici que loge le portrait de Sakyamuni en jeune homme, avant qu’il ait reçu l’Illumination et soit devenu le Bouddha. Il paraît que c’est lui-même qui l’aurait sculpté (ensuite il ne s’est plus soucié de choses pareilles). Li Jincheng, princesse chinoise donnée en mariage par l’empereur Tang au fils du premier roi du Tibet unifié, l’a apporté dans ses bagages. Elle était suivie d’architectes, de peintres et de moines bouddhistes chinois, et c’est ainsi qu’on peut voir son portrait en vieille dame dans une salle du Potala. En ce temps-là, c’était Dagobert III, roi fainéant, qui régnait sur la France.

Pêlerine de Jokhang

Des gens viennent de partout pour faire le tour du temple de Jokhang par les rues bordées de boutiques qui vendent tout ce qu’il faut au pêlerin et au touriste. Mr Tensing nous les identifie à leur costume. Si j’ai bien compris, celle-ci vient du Qinghai, le grand plateau du toit du monde, au nord du Tibet (et peuplé de Tibétains).

Tibétaines du Yunnan

Et celles-ci sont des Tibétaines du Yunnan, au sud-ouest.Avec leurs jupes longues elles me rappelleraient des paysannes bretonnes, quand j’étais petit; ce ne sont pas les mêmes couleurs, mais il y a quelque chose dans l’allure.

Maisons nobles tibétaines

La rue est bordée de somptueuses maisons nobles, dégradées en boutiques et en restaurants, mais il faut bien vivre. J’ai trouvé un livre, la version grand public d’une thèse de doctorat d’ethnologie, signée d’une Tibétaine qui l’a écrit en chinois; c’est traduit en anglais.

Maison noble

Avant la révolution, c’était là les maisons de ville des grandes familles qui possédaient des troupeaux, des champs et des serfs. Si on revient à l’image précédente, on reconnaît un magnifique luminaire public chinois à lampes fleuries devant la façade.

Soldats chinois

Ceux-là, qui tournent autour du temple comme les autres, ne sont pas des pêlerins. Ils ont trop chaud et leur équipement pèse lourd; quand ils s’arrêtent, ils se mettent en file, l’un d’eux regardant vers l’arrière. Pendant ce temps, leurs collègues de la police civile tibétaine se prélassent sous des auvents de toile en regardant passer la foule et se font servir du thé (j’ai raté la photo des deux ensemble).

Touriste équipée

Et celle-ci a lu dans son guide que le climat du Tibet est redoutable et qu’il faut être équipée. Le guide a raison; à la campagne on met un chapeau et on se protège le visage; entre le vent et le soleil, il faut une peau solide. Mais en ville une ombrelle suffirait. Sous ses pieds, le pavé de l’aménagement tout neuf devant la façade occidentale du temple: une esplanade bien lisse, des plaques de granit, des pots de fleurs, comme en Chine. Vue d’avion , la situation est bien claire: on a préservé un district ancien autour du temple, et le reste est devenu rectangulaire, il suffit d’élargir l’image .

Plateau du Tibet

Quelque chose de complètement différent: nous avons fait 150 kilomètres dans la montagne vers le nord et nous sommes sur la Terre des Herbes, le grand plateau. Le prétexte de l’excursion est le lac Namtso , qui est quelque part à gauche de l’image. Nous sommes à l’altitude du sommet du Mont Blanc. Dans le paysage, une famille d’éleveurs: des moutons, des yacks, une tente noire, un camion et une grande pile de bouses de yack qui sert pour se chauffer. Mr Tenzing nous demande de ne pas faire d’erreur: une famille comme celle-là peut être riche, avoir du bien au soleil, et des centaines d’animaux qui valent très cher. J’aimerais bien passer du temps dans ce pays vaste comme la mer. Mais je suis un peu malade, pas habitué au manque d’air. Patrick prétend être au-dessus de toute contingence mais lui aussi évite de trop bouger. Il aurait fallu s’habituer.

Théières

Donc nous allons nous reposer dans une des cabanes qui accueillent les touristes du lac. Les théières chauffent sur le poële à argols.

Feu d'argols

Voici le feu. C’est quoi, les argols ? Justement, les bouses de yack soigneusement ramassées et séchées qu’on voit partout autour des maisons et des tentes. Pour en savoir plus long, consulter le Révérend Père Huc , qui a vécu sur la Terre des herbes en 1845, à étudier le tibétain et le bouddhisme avec le projet de convertir les moines de Lhassa à la religion catholique (projet pris au sérieux par le haut-fonctionnaire de l’empereur, qui l’a prié, ainsi que le Père Gabet, de s’en aller au plus vite; il avait déja assez d’ennuis avec les grands lamas; mais il faut lire son livre en entier).

Plat de tsampa

Et ça, ce sont des boulettes de tsampa, farine d’orge légèrement grillé, moulu, et modelé avec du thé et du beurre. C’est très bon, et ça se mange facilement, mieux que les mantou chinois (en pâte de blé levée, mais sans beurre). C’est très nourrissant aussi. Ici nous sommes dans un restaurant chic de Lhassa, où ce plat est à la carte pour faire plaisir aux touristes.  Parce que nous n’avons pas réussi à faire autre chose que du tourisme. mais ça donne envie de revenir.

A suivre.

Atterrissage

Ca y est, je rentre chez moi, à Tianjin. Depuis deux mois, je m’étais absenté de ma vie ordinaire, pour faire autre chose. Ce genre de choses dont les rabbins disent « Il y a plus de mérite à payer ses impôts (faire ce qu’on doit faire, en pestant) qu’à faire le bien (en étant content de soi). » D’autres en ont fait bien plus, et plus longtemps.

Je n’ai quand même pas fait que ça. Le soir du 14 juillet, j’étais au milieu des gens qui regardaient le feu d’artifice.

Feu d'artifice blanc

L’espèce de vague rouge, en dessous des étincelles, c’est « Camille », un pont en bois qui double en hauteur le pont Boieldieu sur la Seine à Rouen.

Feu blanc

Là, on voit mieux. Ca peut être un agrandissement d’un coup de pinceau de Monet ou de Pissarro peignant Rouen (l’exposition des Impressionnistes à Rouen, avec une rue où je suis passé presque tous les jours quend j’allais à l’école, peinte par Gauguin; je ne l’avais jamais vue comme ça). L’auteur s’appelle Arne Quinze, et il n’en reste plus rien, les lattes de bois dont le pont était fait sont parties mardi vers une usine qui fabrique des panneaux de fibres.

Et puis j’ai croisé le cyber-monde dans la rue.

Voiture de Google

Voiture Google

C’est avec ça que sont fabriquées les images de Streetview (ici on est derrière la cathédrale et le palais de l’évêque de Rouen).  Une autre image, prise de l’autre côté de la voiture, avec l’église Saint-Maclou derrière.

Saint Maclou

Finalement, je n’aime plus trop l’idée de montrer les rues sur Internet, quand je suis sur la photo. Le jeune homme qui conduisait devait être du même avis. Il m’a dit que c’était interdit de le photographier. Puis il est vite parti, croyant peut-être que j’étais l’avant-garde d’une troupe hostile. Il a dû revenir après.

Donc, dimanche après-midi, heure locale (donc le même jour le matin en France) je descendrai de l’autobus de l’aéroport et ma chère épouse m’attendra.

Vol Lufthansa LH721

Quand on a demandé à Lars von Trier, le réalisateur de cinéma danois, quel était son meilleur souvenir du tournage de Dancer in the Dark, avec la chanteuse Björk, il a répondu « Quand j’ai vu l’avion s’envoler, avec Björk dedans. » Ce film a été un très grand succès, Palme d’or à Cannes en 2000 et tout. L’auteur en fait trop et j’aime beaucoup.

Avion vu de l'aérogare

Donc je pensais à ça en regardant à travers les vitres de l’aérogare le gros avion de la Lufthansa prendre son tour de décollage sur la piste 36R, avec Patrick dedans, direction Paris, escale à Francfort. Réaliser un  voyage de cinq semaines en Chine, c’est moins compliqué qu’un film. Envol de l'avionC’est quand même plein d’appréhensions (est-ce qu’on pourra faire tout ce qui est prévu), et de remords (on n’a pas fait ce qui était prévu). Nous n’avons pas vu la Grande Muraille, ni le Palais d’Eté, ni la campagne (rien de plus difficile qu’aller à la campagne en Chine, quand on n’est pas attendu). Nous avons passé cinq minutes au Tibet (enfin, quatre jours, mais c’est à peu près pareil). Patrick a passé ses journées à courir d’un endroit à l’autre et ses nuits à écrire le journal du voyage. Contradiction: plus la journée est longue et plus il y a de choses à raconter, donc plus il faut d’heures pour les écrire. J’avais bien préconisé de prendre des notes le jour, se reposer ensuite, et recréer le voyage, plus beau que le vrai, une fois rentré à la maison. Mais ce n’est pas comme cela qu’un écrivain sérieux travaille.

Je vais en France moi aussi, départ mardi prochain, et je recréerai sans honte les lieux et les rencontres, tels que je croirai les avoir vécus au moment où je raconte.

Par exemple cette musique dans la rue de Calme Harmonie à Tianjin (Heping lu, qui croise Bin jiang dao, la rue des plaisirs innocents). C’est le soir, il fait chaud; pour le dernier jour à Tianjin, mon épouse nous a invités dans un restaurant qu’elle aime et nous sommes sortis tard. L’orchestre a été formé par des amis retraités, et ils jouent pour le plaisir plusieurs fois par semaine.

Temple de Confucius à Pékin

Le lendemain midi, une fois installés à Pékin dans l’hôtel tout près de l’aéroport (l’avion embarque à dix heures du matin, donc il faut être là avant sept heures), il était trop tard pour aller voir la Grande Muraille. Nous sommes donc au temple de Confucius, pour voir quelles prières on peut dire dans ce lieu du culte de l’idéologie impériale, récemment rénovée (aussi bien l’idéologie que le bâtiment). Devant le sanctuaire, des centaines de stèles portent les listes des lauréats du plus haut concours tenu tous les trois ans sous les yeux de l’empereur, d’où sortirent les préfets et les gouverneurs pendant une dizaine de siècles.

costumes de lettré et d'empereur

Un loueur nous propose de porter l’habit de lettré lauréat (Patrick en robe rouge à gauche) ou même d’empereur Qing (en robe jaune et chapeau rouge à droite), le temps d’une photo.

Photographe en robe rouge

Voici le photographe photographié (le parasol ne fait pas partie du costume). Il y a des années mainteant, mon épouse et moi avions posé en vêtement de lettré et d’épouse de lettré, au bord du lac à Nanjing, et la photo avait servi un peu plus tard à persuader le consulat que nous nous connaissions déja et que l’invitation en France n’était pas seulement pour obtenir un visa.

Pavillon des 10000 au temple des Lamas de Pékin

wanfugeAu temple de Confucius on ne prie pas, on visite. Mais au temple des Lamas, tout près, on est chez le Dalaï-lama, qui a son trône préparé dans la grande salle pour présider la prière du matin. Même s’il n’y a presque personne aujourd’hui (où sont les moines que j’ai vu courir partout un autre jour ? ), on vient ici pour se recueillir et faire des voeux. A gauche, la marque du Pavillon des dix-mille bonheurs, wanfuge, dix-mille, bonheur, pavillon, écrit en alphabet mandchou, en alphabet tibétain, en caractères chinois et en alphabet mongol, les quatre nations du dernier empire.

J’ai montré à Patrick le petit bout de la Chine que je connais; nous sommes allés ensemble en voir quelques autres bouts, survoler le Tibet; il manque le pays des herbes en Mongolie; la Mandchourie n’existe plus. Je sais que l’avion est bien arrivé. On verra bien ce que Patrick va raconter. Il aura sûrement fait un autre voyage que moi.

A la recherche de la Chine attendue

Avez-vous déja accompagné en voyage quelqu’un qui travaille ? Je ne parle pas des voyages pour le travail, où tout le monde est embarqué dans le même véhicule, avec un calendrier de réunions, séances d’essais, démonstrations, et retour vers la base sans être sorti du tunnel. Non, ici il s’agit de suivre un écrivain qui passe son temps à collecter idées, impressions, informations, images, qui deviendront un livre ou une série d’articles; et il n’y a que cela qui compte. L’accompagnateur pendant ce temps accumule des mérites qui lui vaudront une meilleure réincarnation quand le moment sera venu (ou le salut éternel; on le saura à temps). Il doit suivre tout en conduisant, trouver les rencontres et les occasions et renoncer à faire un plan de la journée tout en s’arrangeant pour que tout tienne dedans, et que celui qu’il accompagne, à la fin de la journée dehors, soit encore capable de faire sa deuxième journée de mise au net des notes, tri des images et rédaction du journal. J’en profite pour dire que, comme il n’y a qu’un ordinateur, j’aurais du mal à faire mes petites rédactions aux mêmes heures. Je comptais sur les accès à Internet des hôtels (en Chine c’est dans chaque chambre, et gratuit), mais pas moyen. Ce soir je suis chez ma chère épouse à Tianjin et Patrick dans sa chambre en train de se remettre de son premier contact avec le baijiu, servi par mon beau-père et mes beaux-frères pendant le dîner de famille. Donc, quelques illustrations de ce qui s’est passé jusqu’à la moitié de son séjour.

Escaliers du mont Taishan

Donc, voici Patrick Puy-Denis montant pour la première fois les escaliers d’une montagne sainte en Chine. C’est le Taishan, et le Premier Empereur monta au sommet sacrifier à ses ancêtres il y a environ 2 300 ans. Depuis, à chaque lever de soleil, les pêlerins espèrent une vision miraculeuse.

Trépied au sommet

Le trépied qui a gravi les 6600 marches (un kilomètre en hauteur) porté par son propriétaire est déployé à l’endroit favorable, dans le vent. Il est 5 heures du matin.

Soleil à 5 heures

Le soleil est sorti, un peu en retard, des brumes de l’horizon et aucun miracle ne s’est produit. Alain à qui je l’ai raconté a eu la parole réconfortante: « Puisque vous avez un espoir magnifique,  c’est normal que la realite vous rend un peu déçu ».

Spectateurs à Taishan

Ils étaient nombreux à attendre le soleil, dans leurs grands manteaux loués par les auberges. Parmi eux, on distingue le photographe qui possède les images de mers de nuages et de halos de Bouddha et propose une surimpression numérique du  pêlerin. Mais Patrick ne fait que des vraies images.

Neige sur le campus de Jinan

Nous sommes sur le campus de l’université de Jinan (le Taishan est à cent kilomètres au sud). Neige , professeur de français qui enseigne la traduction aux étudiants de troisième année, nous a invités au restaurant des professeurs et nous a emmenés dans le bois où elle lit quand elle a fini ses cours. J’en reparlerai. Aujourd’hui c’est juste pour me vanter d’avoir fait se rencontre Neige et Patrick, à l’intention de ceux qui la connaissent.

Restaurant français

C’est la fin d’un déjeuner au restaurant français du quartier italien de Tianjin. Petite Feuille nous avait fait visiter la résidence de Pu Yi, dernier empereur des Qing, après qu’il ait quitté la Cité Interdite en 1923 (allez voir le film « Le dernier empereur »). Escargots à la crème, poisson cuit au four, île flottante ou crême brulée, et vrai café à la fin. Vraiment exotique.

Liang Qichao et Kang Youwei

Ces deux messieurs, qui portaient la natte et se rasaient le haut du front dans leur jeunesse ainsi que l’empereur le prescrivait, Kang Youwei à gauche, et Liang Qichao à droite, ont contribué à la fin de l’empire et à l’avènement de la république en Chine (1912). Ils ont été professeurs, ministres, ambassadeurs, et traducteurs des philosophes occidentaux. Tous les Chinois connaissent leurs noms. Nous avons rendu visite à la maison que Liang Qichao avait fait construire à la fin de sa vie, pour travailler tranquille, sur le territoire des concessions occidentales de Tianjin. J’en reparlerai aussi.

Sex shop à Tanggu

Quelque chose de complètement différent: un étal du grand marché de Tanggu, le port de Tianjin. Qui a dit que la pornographie est illégale en Chine ? Ce qui est défendu sur Internet est en vente libre dans le monde réel. Petite satisfaction: presque toutes ces jolies filles en plastique sont blondes. C’est ma chère épouse qui nous a conduits là. Elle aime beaucoup Tanggu et son marché (on y vend aussi d’autres choses).

Jardin à Suzhou

Deux vieux Japonais cherchent leur chemin dans le Jardin du Maître des Filets à Suzhou. Nous sommes venus pour cela, et aussi pour rencontrer Christophe , dont le métier est d’adoucir les complications entre les industriels qui veulent acheter ou faire fabriquer en Chine, et les Chinois qui travaillent pour eux. Il ne laisse rien au hasard. Après n’avoir demandé à quel hôtel nous descendons, il a envoyé le plan:

Schéma du chemin à Suzhou

Christophe Pavillon. Onesource Agency . C’est juste un échantillon.

Pub français de Suzhou

Après dîner, bière anglaise et vin de Touraine au Pub France tenu par Bruno  Paumard, le patron, et Anya son assistante (pour voir leurs cartes, cliquer sur l’image). Avec Christophe, nous avons discuté de la Chine, son présent, son avenir et sa philosophie. J’en reparlerai aussi; en ce moment, je n’arriverai pas à concurrencer mon ami Patrick en essayant de l’écrire. J’ai oublié de photographier Christophe, mais son image avec son épouse Cai Li qui était à table avec nous (mais pas au pub) est sur son blog .

Retour à Tianjin. Nous rencontrons l’Immortelle aux fleurs, qui fréquente avec ses neuf ou dix soeurs jumelles le nouveau quartier « de style italien » (en fait c’est la véritable concession italienne, et ses immeubles restaurés transformés en boutiques et en restaurants, tellement bien qu’il a l’air d’être tout neuf). Oeuvre de Huang Jian, ancien élève des Beaux-Arts de Tianjin, en 2009.

Palanche

Et c’est là que Patrick a rencontré son premier paysan avec palanche. Bien sûr c’est un jardinier de la ville qui transporte des bacs à fleurs, mais c’est l’occasion de nous rappeler qu’il faudra aller à la campagne. C’est même pour ça que nous partons demain pour Chengdu. La campagne du Sichuan à la fin du printemps est plus belle que celle de Tianjin. Et si tout va bien l’avion nous transportera de Chengdu à Lhassa. Le voyage de retour de Suzhou à Tianjin, 16 heures et une nuit en wagon couchettes, a suffi à Patrick pou savoir ce que c’est. On n’a pas le temps de rester deux jours entiers dans le train même si le paysage du plateau désert du Tibet est unique. Je le prendrai une autre fois.

Serviettes qui sèchent

A part ça, c’est très bien de visiter sa ville avec quelqu’un d’attentif. Je passe dans cette rue presque tous les jours, et je ne voyais plus les serviettes du salon de coiffure d’à côté, qui sèchent au-dessus du trottoir. Aujourd’hui je les ai vues.

A moi l’Empire du Milieu

Le jeudi 13 mai, j’étais à l’aéroport de Pékin, teminal 3, et je contemplais la porte des arrivées International et provinces à statut spécial. Histoire de constater que Taiwan en fait partie (c’était déja vrai en 2005).

Arrivées terminal 3

Je guettais les passagers en provenance de Paris via Francfort, et en particulier le monsieur écrivain et photographe que j’avais promis d’escorter dans son premier voyage en Chine. Patrick Puy-Denis est un de ceux dont peu de gens ont entendu parler, sauf les spécialistes et les professionnels, alors qu’on a souvent l’occasion de lire ou d’entendre des textes qu’il a créés, et de voir des photos avec son nom écrit tout petit ou pas du tout. Accessoirement, c’est un amis de longues années. Il a vécu en Allemagne et donc il parle allemand, au Brésil et donc il parle portugais, en Angleterre et donc il parle anglais, et dans divers pays d’Afrique où on parle anglais et français. Mais il n’est jamais allé en Chine et ne parle pas chinois, situation entièrement nouvelle pour lui.

Best hotel

Soucieux d’adoucir le contact avec ce nouveau monde, j’avais retenu une chambre dans un hôtel de Pékin, idéalement Chinois tel que le rèvent les Européens, dans une cour carrée d’un hutong (le Best Hotel, pas loin du Temple des Lamas); si idéalement chinois que tous les clients sont des Occidentaux.

Hutong et cables

A la recherche d’images significatives de la Chine d’aujourd’hui, il a trouvé l’électrification des quartiers résidentiels de l’ancienne cité tartare parfaitement pertinente.

Temple du Ciel

Avant toute chose, il faut engranger les images qui démontrent qu’il est allé en Chine. Le voici donc au Temple du Ciel (en prenant le trolleybus 106 depuis la station la plus proche de l’hôtel; l’introduction à la vie courante commence aussi).

Cour de la Cité Interdite

Ici Patrick est sur l’axe impérial, dans la première cour intérieure de la Cité Interdite, à l’endroit où les touristes chinois se succèdent pour obtenir cette image bénéfique.

Tian an men

Autre image bénéfique dont ne peut pas se passer le témoin Occidental (sur la photo qu’il a prise, on peut lire une plus grande partie des inscriptions « Dix mille ans à la République Populaire. Dix mille ans à l’amitié des peuples ») .

Tian an men 2

Les premières expéditions m’ont permis de découvrir le fonctionnement d’un auteur en plein travail d’acquisition d’impressions. J’avais prévu de partir de la station de métro Qianmen, au pied de la Porte de Devant qui marque l’entrée de la cité tartare et le côté sud de la place Tian an men, puis remonte d’un bon pas la perspective de la place en direction de la Porte de la Paix céleste avant d’entrer dans la Cité interdite.

Petite fille en rose

Quand je fais cette promenade avec mon épouse et des amis, je capte au passage quelques images plaisantes. Mais aujourd’hui il ne s’agit pas de cela. Il faut enregistrer tout ce qui peut être intéressant. Cette petite fille en rose est un sujet. Patrick en a donc fait au moins dix images et j’ai expliqué aux parents qu’il écrit un livre « la Chine vue par un Français ». Ca marche; tous les gens se sentent honorés. Nous avons donc mis trois heures à faire le chemin, et en arrivant à l’entrée de la Cité interdite la vente des tickets était terminée. Patrick a quand même pu capter une image des convoyeurs de fonds qui chargeaient la recette.

Restaurant de la cité interdite

Nous sommes donc revenus le lendemain, en sortant à la station de métro Tian an men pour éviter les tentations. Mais une fois à l’intérieur du monument, il faut prévoir des haltes à l’ombre pour examiner le résultat des prises de vue et échange les cartes mémoire de l’appareil. Ici nous sommes à la terrase du restaurant proche du Pavillon des Horloges. La lumière de début d’après-midi, soleil voilé, n’a pas encore la qualité requise. Et quand l’heure favorable est arrivée, il ne reste plus beaucoup de temps avant la fermeture à cinq heures.

Colline du Charbon

Heureusement, il reste la Colline du Charbon au nord de la Cité, avec sa perspective des toits jaunes. C’est le seul endroit d’où on la découvre en entier, après avoir été enfermé dans ses cours murées et sans horizon pendant la visite; si vous accompagnez un photographe, vous pourrez faire le même trajet. Mon image est un peu de travers, je ne suis pas un professionnel.

Cesuo

Tout devrait se passer pour le mieux. Sauf que le voyageur venu d’Occident est très vite plongé dans le malheur. D’abord ce que les urbanistes appellent l’infrastructure de promenade. Sorti de l’hôtel et de ses toilettes à cheval (c’est comme cela que le trône est désigné en chinois), on manque d’intimité, ou de confort, ou des deux. Les toilettes de la grande librairie de Wangfujin ont des portes mais pas de siège. Ces toilettes du quartie des hutongs, reconstruites en 2008, ont des cuvettes d’acier inoxydable, des chasses d’eau actionnées au pied, un dispositif pour handicapés (au fond) mais on n’avait pas tout expliqué à l’architecte.

Ensuite, pour un homme dont le métier est d’écouter les autres et de leur raconter des histoires, devenir brusquement illettré et privé de conversation (sauf avec son guide, mais ce n’est pas ça qu’il est venu chercher)  est très éprouvant. Mais on trouve tout en Chine.

Professeur de portugais et étudiant

Nous sommes ici à l’Université des langues étrangères de Tianjin. Patrick discute avec le professeur de portugais, dans sa langue d’enseignement, sous le regard d’Alain, étudiant en master de français (cinquième année dans les universités chinoises où la licence est en quatre ans).

Petite feuille

Et c’est une occasion de remercier mon amie Petite Feuille, photographe et graphiste à la Poste de Tianjin (les séries de cartes postales des monuments de la ville ont été réalisées par elle), qui nous a conduits dans de bons restaurants et des lieux que je ne connaissais pas, en français (elle a étudié un an aux Beaux Arts en France). Ici nous mangeons un huoguo (fondue chinoise dans les restaurants chinois en France, marmite mongole dans les traductions de romans, casserole au feu en traduction littérale).

Artisan Hongqiao

Nous sommes à Hongqiao, quartier populaire au nord du centre de Tianjin. Patrick vient de faire un sujet sur un artisan qui fabrique des fenêtres en PVC pour rénover les appartements. L’épouse du sujet est arrivée pendant ce temps là avec les enfants.

Duan à Hongqiao

Et à l’heure de midi, monsieur Duang et monsieur Zhang, à la terrasse de leur restaurant habituel, nous ont invités à leur table. J’ai réexpliqué qu’ils étaient avec un écrivain français qui fait un livre sur la Chine. Tout va bien donc.

Maison Kong

Nouveau décor. Nous sommes dans la maison de la famille Kong à Qufu dans la province du Shandong. Le premier monsieur Kong qui illustra la famille, connu en Occident sous le nom de Confucius, est né là il y a plus de 2500 ans, et ses descendants de la 77e génération l’ont habitée jusqu’en 1949. La famille, parti à Taiwan, est revenue en 1985 mais a laissé son palais aux citoyens visiteurs, comme l’empereur l’avait fait à Pékin en 1923 (sauf erreur sur la date exacte).

Famille de touristes

Dans le jardin au nord de la maison, une famille pose pour le photographe après l’avoir fait pour elle-même.

Famille photographiée

Pour apprécier des images, il n’est pas nécessaire d’avoir un vocabulaire commun très étendu.

Petites filles

Et voici Patrick dans le rôle du Waiguoren bénéfique qui honorera l’album de souvenirs de la famille en voyage. Tout va bien donc.

Vive les vieux

Vous connaissez le théorème de Boris Vian énoncé dans « En avant la Zizique » : dans le temps les vieux cons étaient  jeunes et pour eux c’était mieux ! Comme je suis menacé d’être versé dans la catégorie des vieux cons (et il y a des jours où j’ai envie de la revendiquer, pour me distinguer des jeunes), je me suis demandé pourquoi je me sentais bien en Chine. C’est parce que les vieux sont chez eux dans ce pays, reçus et honorés, et qu’ils n’ont pas besoin de revendiquer, justement. D’abord il y a les principes confucéens, qui disent que les enfants à qui leurs parents ont fait cadeau de l’existence ont une dette qui durera autant que le souvenir. Mon amie Petite Feuille m’a annoncé un jour que son papa était tout heureux, parce qu’il avait réalisé un  rêve dont elle entendait parler depuis très longtemps: acheter pour sa  grand-mère (celle de Petite Feuille) un bel appartement. Il n’avait pas réussi à lui donner un petit-fils puisqu’il n’a qu’une fille. Ceux qui ont lu « le journal de Ma Yan », écrit par une écolière dans une campagne reculée de l’Ouest, se rappellent que son rève est de réussir à faire des études, trouver un bon travail, gagner beaucoup d’aregent, et que son père n’ait plus à s’épuiser sur les chantiers (aux dernières nouvelles, elle a réussi le gaokao, le baccalauréat-concours-d’entrée, elle est en deuxième année d’université et le projet est en bonne voie).

Je n’ai pas envie de vous montrer mon beau-père, ou les parents de mon ami Martial (l’ami qui a arrangé notre mariage; en Chine ça compte), d’ailleurs vous les avez déja vus. Juste des gens de notre quartier ou d’un autre, qui sont en forme.

Grands-parents

Voici des grands-parents avec leur petit-fils, assis sur le bord d’une allée toute neuve du Jardin du Peuple. Ils sont d’autant plus contents que le petit-files est dans la poussette qui a déja servi à la génération précédente; un modèle qu’on ne trouve plus dans les magasins en ville.

Grand-père avec poussette

Cette photo a été prise dimanche sur un des parvis du temple de la dent de Bouddha à Pékin, grand but d’excursion. Celui-ci a été réquisitionné par sa belle-fille pour convoyer la poussette, la bouteille d’eau et le quatre-heures du petit-fils pendant qu’elle le tient par la main. C’est aussi lui ou ses pareils qui vient attendre devant l’école primaire chaque après-midi (les grand-mères préfèrent rester à la maison). La vie des familles ne tournerait pas sans eux.

Planche à roulettes

Celui-ci n’est pas à l’heure des petits-fils. Ce n’est pas non plus un handicapé. Il entre dans le jardin public sur sa planche à roulettes propulsée à la perche;ça lui plait et personne ne s’étonne. Sous son siège, les connaisseurs auront reconnu le manche du grand pinceau, les bouteilles d’eau et la petite cuvette des calligraphes. Il va faire un concours d’écriture de caractères à l’eau sur les dalles d’une allée. Les poèmes seront lisibles le temps de finir de les écrire et la foule des connaisseurs comparera. Il faurt que je montre ça un de ces jours.

Déambulateurs

Pas moins déterminées, mais moins rapides, ces deux vieilles dames vont rentrer chez elles après la promenade. Leur petite carriole permet de s’appuyer quand on  marche, de transporter la bouteille thermos d’eau chaude, et de s’asseoir quand on s’arrête. Derrière elles, un encombrement: deux cortèges de mariage, avec les voitures rouges des mariés, se croisentà l’entrée de la cour du grand restaurant.

Vieilles dames

Tout à l’heure, elles étaient comme celles-ci à causer entre amies, assises sur les marches d’une banque.

Triporteur

Les vieux messieurs qui ont du mal à marcher n’ont pas de petite carriole; ils se déplacent sur leur triporteur à caisse étroite, au pas dans la rue ou au milieu de la foule qui s’écarte pour les laisser passer. Le même caisse, avec une planche rembourrée, peut aussi servir à transporter le petit-fils à l’école.

Cages à oiseaux

Les vieux messieurs ne se réunissent pas pour parler, mais pour partager un intérêt commun. Il y a les joueurs de cartes, d’échecs et de dominos, déja vus. Ceux-ci écoutent leurs oiseaux. Le décor de ce bord de quartier en rénovation, avec une ruine d’immeuble derrière et le chantier d’un échangeur à côté n’est pas très gai mais personne ne fait attention.

Promeneur avec pliant

D’autres se promènent pour regarder le chantier. Celui qui nous tourne le dos tient l’arme secrète du promeneur endurant: le pliant pour s’asseoir quand on rencontre des amis. Les dames aussi en emportent avec elles.

Deux vieilles dames assises

Ainsi installées, elles peuvent contempler le monde.

Diabolo et moulin à vent

J’oubliais: on n’est pas obligé de contempler seulement. Le diabolo et le moulinet en couleurs ne sont pas pour le petit-fils, mais pour s’amuser. C’était au moment du Nouvel-An, comme l’indiquent les vêtements chauds. Et quand arrive l’heure de rentrer à la maison, le vieux monsieur peut prendre l’autobus aux frais des jeunes.

Carte d'autobus

Voici le petit livre rouge du privilégié, qui permet de voyager gratuitement quand les jeunes sont obligés de mettre deux yuans dans le tronc de l’autobus ou de passer leur carte sur le lecteur. En haut « tianjinshi laonianren  youdaizheng » Tianjin municipalité, vielles années gens,  préférence certificat. En bas « tianjinshi renmin zhengfu » Tianjin municipalité peuple gouvernement. je me rappelle que « jeune » se dit « qingnianren »qingnianrenvertes années gens. Le petit livre des étudiants et des jeunes travailleurs est vert, si je me souviens bien. Le vert n’est pas la couleur triomphante, à tel point que sur les cours de bourse à la télévision, les baisses sont en vert et les hausses en rouge. Et le petit livre de personne mariée est rouge aussi.

Receveuse d'autobus

Et pusqu’on parlait d’autobus, il faut que je rende hommage à la receveuse d’autobus (à Pékin; Tianjin n’en a pas) qui se promène dans sa minuscule galerie le long de la voiture, en vendant les billets et en maintenant l’ordre. C’est elle qui désigne le jeune qui doit se lever pour laisser la place au vieux, si personne ne l’a fait assez vite. J’en bénéficie aussi maintenant, mais pas en qualité d’étranger. Je note qu’en Chine ce sont toujours des femmes qui sont aux postes d’autorité quotidienne.

Fin de la représentation des vieux privilégiés. En fait, les vieux n’ont que très peu d’argent la plupart du temps, la retraite dépendait des unités de travail, et beaucoup n’ont plus d’ateliers ni de travailleurs, juste des subventions pour distribuer un petit quelque chose à leurs retraités. Mon beau-père est retraité d’un service public et il a les moyens de vivre seul dans son appartement, mais beaucoup vivent chez le fils et la belle-fille. La vie est compliquée pour tout le monde et les appartements tout petits. Le fils et son épouse vivent chez les parents (c’est ce que veut la tradition); la belle-mère vit ensuite chez sa belle-fille (c’est aussi la tradition). Ou bien une fille pas encore mariée vit chez sa grand-mère comme quand elle était petite. Il y a une chose qui n’existe pas encore: la maison de retraite. Les vieux ont leur place dans la rue, au milieu des vivants.

A part ça, ce journal risque de ne pas paraître beaucoup pendant quelques semaines; un ami arrive demain à Pékin pour découvrir la Chine. C’est un homme de gauche, donc il est convaincu que tous les hommes sont égaux, et il a vécu en Afrique, donc il a du mal à penser que les races ne sont pas inégales. Il arrive dans un pays où ce sera lui le barbare de l’Ouest. Ca devrait l’intéresser.

Hum. Ce billet est écrit depuis trois jours et j’avais oublié de le mettre en ligne. Je vieillis; le bon effet de la Chine ne suffit pas.

Retour des tambours

tangguJe suis allé me promener au bord de la rivière, du côté de la gare. Je suis passé sous le pont où j’avais dîné il y a presque deux ans, le temps passe. Maintenant c’est une des grandes pièces du décor du quartier. Et j’ai revu, terminés et en activité, les beaux bâtiments en plaqué méditerranéen que les affiches promettaient l’année dernière.

Pont à haubans

Un seul mat oblique supporte tout le tablier suspendu. Il y a un salon de verre au sommet et un ascenseur pour y monter, mais ce n’est pas encore ouvert. 

Quartier nouveau

L’image date du début du mois de février, pendant la fête du Nouvel An, quand on pouvait se promener sur la rivière gelée.

C’est juste en face que j’avais rencontré l’orchestre de tambours qui répétait en plein air, sous les arbres plantés en l’honneur des Jeux Olympiques, et déplantés pour laisser place au chantier. Maintenant que c’est fini, on a remis d’autres arbres.

Tambours sous les arbres

Et justement ils sont là, pas loin, toujours en train de répéter. Il y a des partitions sur les instruments. Le chef d’orchestre commande un morceau, écoute, fait recommencer. Ce sont des amateurs, vraiment très sérieux.

Chef d'orchestre

Ce qu’il tient entre le pouce et l’index, c’est un sifflet à roulettes. Quand l’orchestre joue, une voix humaine n’aurait pas beaucoup de chances de se faire entendre.

Survêtements rouges

lu kai zai shouTout le monde ou presque porte un beau survêtement d’uniforme, comme les lycéens. J’essaie de comprendre ce qui est écrit dessus; ce n’est pas le nom du groupe ni celui d’un lycée. lu kai zai shou , zoubian  zhenshou. verte carte dans main, visitez divine ville. Est-ce de la publicité ? J’essaie de poser la question au monsieur en casquette jaune qui m’a repéré parmi les auditeurs.

Partition

Mais il n’a pas compris la question, ou bien il pense que ça n’a pas d’intérêt. Il convoque un autre musicien pour m’expliquer  la lecture des partitions. La croix représente la main gauche frappant  sur la peau d’une certaine façon, le cercle la amin droite, les barres verticales les coups de baguette sur le bord du tambour. Je ne comprends pas grand-chose mais mon professeur pense que je suis digne d’entendre les explications. Il faut suivre. J’oubliais: les deux caractères en haut du billet sont tang et gu, théâtre, tambour. Pour en voir des quantités, Google et Baidu . Et une partition chiffrée d’opéra.

Casque jaune

Le jeune homme à casque jaune et treillis à gauche n’est pas un militaire, c’est un des ouvriers du chantier juste en arrière de l’allée où a lieu la répétition. Le bâtiment en briques à l’arrière-plan est un entrepôt des années 1930, à qui on vient de rendre son allure de neuf, avec sa tour et ses créneaux.

Chateau fort

Et on est en train d’en construire un autre, plus grand et plus beau, dans le même esprit que la filature de style médiéval construite au 19e siècleà Pont-Saint-Pierre . 150 ans après.

Ogive

Je sais qu’un architecte lit ce blog, et j’espère que cette image va lui plaire. Pour avoir l’échelle, il faut repérer les gens en casque jaune à l’intérieur. Ce n’est pas tout petit.

Triporteur

La répétition est finie. On embarque les cymbales et les crécelles dans la benne d’un triporteur. Les tambours suivront dans une camionnette.

pour voir et entendre une minute d’un autre orchestre, avec les différents jeux de baguettes, c’est ici .

En 2008, j’avais enregistré une autre répétition. Le morceau est au point. On peut voir qu’il fait plus chaud, c’était en septembre.