Port Arthur, pour jouer à la guerre

Demain, je prends l’avion (Air China, qui a l’avantage de ne pas bouger ses tarifs tous les jours, était moins cher le jour où j’ai acheté le billet), et je vais en France. Un seul billet; ma chère épouse fonctionnaire doit aller à son travail tous les matins. Comme tous ses collègues, elle n’a que deux semaines de congé chaque année. La dernière fois que nous étions partis ensemble à la fin de l’année de l’ère communegongyuangongyuan (l’ère occidentale; le prochain nouvel an de l’ère chinoise est le 3 février, entrée dans l’année du lièvre) , après un arrangement avec son directeur, nous avons été réveillés le 31 décembre vers 3 heures du matin (10 heures du matin là-bas). Un inspecteur s’était annoncé et il fallait que tout le monde ait l’air d’être à son poste. Heureusement, il restait de la place dans les avions et elle a donc pu rentrer à temps. Cette année, avec la remise en route du contrôle des prix (c’est de ça que s’occupe son administration), pas d’arrangement possible. Donc, je reviens par la pensée à notre dernier voyage ensemble, pendant la semaine d’or de la fête nationale au début d’octobre, dans le Nord-Est. Shenyang, Dalian, et Lüshunkou au bord de la mer.

lushunkouLüshunkou est un endroit peu connu des étrangers. D’ailleurs l’article de Wikipedia , mis à jour récemment, dit que la ville est interdite aux étrangers. Pourtant le dépliant de l’office du tourisme écrit « Lüshunkou représente la moitié de l’histoire de la Chine moderne. »

Carte Google Maps

Sur la carte, on voit Pékin et Tianjin sur le bord gauche, la Corée sur le bord droit, et la presqu’île au milieu. Pour ceux qui se rappellent l’histoire du début du XXe siècle enseignée au lycée, c’est Port Arthur, les Russes assiégés par les Japonais en 1905, le terminus de la branche sud du Transsibérien via Harbin et Moukden, la rencontre de Jack London et de Corto Maltese (non, celui-là ce n’est pas le lycée). Un peu avant, en 1894, les Japonais avaient pris d’assaut les fortifications chinoises toutes neuves, construites par les Allemands ; les bateaux de guerre japonais importés de France avaient coulé les bateaux de guerre chinois importés d’Allemagne. Cinquante ans après, en 1955, les Soviétiques qui s’y étaient installés en 1945 à la place des Japonais rendaient le port et la ville à la Chine de Mao, au plus haut de la fraternité sino-soviétique.

Monument soviétique

Plaque du monumentVoici le monument soviétique qui commémore l’évènement. La tour a cinq pans rappelle les dix ans écoulés depuis la victoire sur les impérialistes japonais. Chaque face est ornée d’une plaque géante en bronze où sont gravées des maximes fraternelles en deux langues (pas celle qu’on voit à gauche; celle-là est à l’intérieur, le long de l’escalier tournant en acier qui mène les visiteurs au pied de l’aiguille dorée).

Et pour honorer leurs hôtes, les Chinois ont construit la tour de la fraternité.

Tour de la fraternité sino-soviétique

Au sommet, la colombe de la paix se pose sur la double médaille.

Médailles au sommet

Panneau sculpté

La muraille du Kremlin est devenue la porte de la Paix Céleste. Depuis, il y a eu la grande fâcherie de 1965 (pas de monument) et la réconciliation entre gens qui ont des intérêts communs (pas de monument non plus, sauf les somptueuses filles russes à longues jambes qu’on croise quelquefois à Pékin au bras de Chinois riches).

Sabre japonais

Les Japonais n’ont pas droit aux célébrations. Après tout, ce sont eux les méchants de l’histoire. Mais ça n’empêche pas de trouver des sabres japonais dans tous les magasins de souvenirs.

Bateaux de guerre dans la rade

L’ex Port-Arthur, redevenu Lüshunkou, ressemble à Toulon, avec des bateaux de guerre à quai le long de la rade.

Rade de Lüshunkou

Du haut de la Montagne de jade blanc (Baiyushan), qui fait figure de Mont Faron (mais moins haut) on domine l’entrée de la rade. Rien de caché. On a vue sur le chantier naval et sur les avisos modernes.

Chantier naval

Bateaux à l'ancre

La montagne qui domine la rade est un lieu touristique, et on vient poser devant le paysage des batailles.

Touriste sur Baiyushan

Rade en 1905

Un des musées de la ville montre la rade comme elle était au temps des Russes.

Officiers russes

Et voici des militaires d’époque sur cette photo datée du 5 janvier 1905 (il y a un nom noté en phonétique que je n’ai pas réussi à comprendre).

Canon japonais

Un canon japonais de calibre 280 (obus de 28 centimètres de diamètre)

Collection d'obus

et une collection d’obus (vrais ou reproduits ? peu importe, on peut les voir et les toucher).

Musée des armes modernes

Et juste derrière le panorama sur la rade,voici le musée de l’armée moderne. Un hélicoptère, un avion Mig, des torpilles, des missiles, des canons.

Char et visiteur

Et on a le droit de s’amuser avec. Ils sont là pour ça.

Canon pour photographe

Si on veut se voir en officier commandant le tir, le photographe est là (cette image vient d’un autre endroit; la photographe de Baiyushan était de mauvaise humeur que quelqu’un photographie son fond de commerce).

Intérieur du musée

Il y a bien sûr une exposition pédagogique. Là aussi on peut jouer avec le matériel. Ici une tourelle double de canon anti-aérien.

Mao et calligraphie

Une image inévitable: le président Mao parlant avec les cadets de marine à bord du croiseur « Luoyang », et un de ses préceptes calligraphiés.

Ville au soleil couchant et canon

Jouer au défenseur de la ville dans le soleil couchant. On s’y croit presque.

Canon de marine russe

Le lendemain matin, nous sommes allés visiter un des forts qui défendent l’entrée de la rade. Les tourelles datent du temps des Soviétiques.

Casemate des Qing

On peut visiter les casemates construites pour l’Empereur par les Allemands vers  1890. Les obus sont plus récents.

Vue sur la mer

Dehors, vue sur la passe que le fort défendait. Quant à cette vieille dame en rouge, accompagnée d’une jeune fille blonde, je me suis demandé un instant si ce n’était pas une Bretonne du pays d’Audierne venue voir sa petite-fille qui étudie en Chine. Mais elles se parlaient en chinois; mon hypothèse est peu probable.

Canons et autobus

Il y a de la place pour 20 autobus sur le parking du fort, et à peu près 15 sont déja là. Les forts de Port Arthur (il y en a déja 4 ou 5 aménagés pour les visiteurs) ont du succès.

Kiosque de sous-marin

Mais nous n’avions pas encore tout vu. Je repère sur la carte un hôtel au bord de l’eau, et une plage. Et la première chose que nous voyons, c’est un sous-marin sur fond de verdure, avec le nom de la ville peint sur le kiosque (de l’avant vers l’arrière, donc de droite à gauche côté tribord).

Sous-marin au bord de la plage

Il y a un sous-marin à visiter au-dessus de la plage. Il est fermé à cette heure. Nous descendons sur la plage (les points semés sur la mer ne sont pas des mines, seulement les flotteurs d’un élevage de coquillages.)

Baigneurs sur la plage

Il y a du monde, et un drapeau. Sous le soleil du matin, le 5 octobre, il ne fait pas vraiment chaud. L’infanterie de marine à l’entraînement ? Ils aligneraient mieux les paquetages.

Porte-drapeau

Ils entrent bravement dans la mer, à la suite de leur porte-drapeau.

Entrée dans l'eau

Nous aurons l’explication quand ils ressortiront de l’eau froide. C’est une association de retraités du quartier voisin. Ils se réunissent pour chanter en choeur et se baigner en toute saison. Le plus ancien a dépassé 80 ans. Nous étions venus en taxi. Ils nous guident par un raccourci à eux jusqu’à la station d’autobus. Le raccourci longe le mur d’une zone militaire où on n’a pas le droit de se promener. Il y a donc de la vraie marine de guerre à Lüshunkou.

Quant à l’interdiction aux étrangers, le mystère demeure. Au bureau de tourisme de Dalian, les gens se sont concertés pour savoir si elle était toujours en vigueur et ont fini par dire: allez voir; si vous ne pouvez pas entrer, il y a d’autres endroits tout près à visiter. Nous n’avons pas vu d’autres étrangers. Les autorités croisées ici ou là ont peut-être pensé que, puisque j’y étais, c’est que j’avais la permission d’y être et qu’il ne leur appartenait pas de contester la décision d’un  collègue. Raisonnement très chinois.

Et l’hôtel de la plage ? Mon épouse ayant jugé que le petit déjeuner de l’hôtel où nous avions passé la nuit était trop cher, nous étions partis sans manger (juste quelques petits gâteaux). Arrivés à la plage, j’avais très faim.

Petit restaurantgrand hôtel

Là, en regardant à gauche, nous avons vu un petit restaurant; en regardant à droite, le grand hôtel. mon épouse se dirigeait déja vers le petit restaurant mais elle a accepté d’aller au moins voir ce que le grand hôtel proposait. Le petit déjeuner en buffet était servi dans la grande salle. Nous sommes allés à la réception demander s’il était possible de petit-déjeuner. Incertitude, puis le chef consulté décide que oui. A quel prix ? Nouvelle incertitude, le problème ne doit pas se poser souvent dans ce lieu fait pour les voyages organisés. Mais il faut répondre à cette demande légitime. C’est 10 yuans par personne, à peine plus que nous n’aurions payé de l’autre côté. Ainsi tout le monde est content.

Ziya li

ziyaliC’est le nom d’une résidence, on dirait en France un quartier HLM, au bord de la rivière au nord de Tianjin, là où la ville commence à se calmer. Le district s’appelle Hongqiao, le Pont Rouge. J’ai failli mettre le nom en traduction, mais Alain m’a appris à temps que je risquais le gros contresens. C’est un peu comme si je voulais traduire Zhongshan menZhongshan men(le terminus provisoire du métro vers Tanggu et Teda) par « Porte de la montagne du milieu ». Sun ZhongshanSun Zhongshan (Sun Yatsen en  français) a fondé la République chinoise, et inventé le costume Mao, c’es-à-dire qu’il a réussi à persuader les Chinois qu’on peut se passer d’empereur, et qu’on doit mettre une veste et un pantalon plutôt qu’une robe longue pour être bien habillé (les deux ne sont pas indépendants, surtout ici; les mandarins de l’empereur respectaient la règlementation des robes de fonction et des chapeaux pointus avec un bouton au sommet, donc les républicains ne pouvaient pas s’habiller autrement qu’en costume trois pièces et chapeau mou; Mao Zedong portait toujours une veste Zhongshan à quatre poches, et Hu Jintao continue d’en mettre une dans les grandes occasions, laissant le banal costume-cravate à ses cadres).

Donc Ziya ne signifie pas « dent de lait » (petit enfant, dent). C’est le prénom de Jiang ZiyaJiang Ziya, ministre du roi Wen de Zhou, qu’il aida à vaincre le méchant empereur Di Xin des Shang et à devenir empereur à sa place en fondant la dynastie des Zhou. Ca se passait il y a un peu plus de 3000 ans, et 500 ans avant Confucius. L’histoire est racontée dans le roman Fenshen Bang, l’Investiture des dieux. Au début de l’histoire, Jiang Ziya, déja vieux, pêche à la ligne dans la rivière, avec un hameçon rectiligne sans ardillon et sans appât. Il attire ainsi le roi Wen qui recherche un sage pour le conseiller. C’est peut-être pour ça que ce quartier au bord de la rivière porte son nom.

immeuble de Ziyali

C’est là que je m’aperçois que je ne connais rien à ce qu’il faudrait savoir pour comprendre ce que les gens pensent dans ce pays. Je ne connaissais même pas Jiang Ziya ni le roman, juste les noms des empereurs. C’est comme si un Chinois essayait de comprendre les Français sans connaître Vercingétorix, Charles Martel, le roi saint Louis, Jeanne d’Arc et d’Artagnan, et en croyant que l’Histoire de France commence avec Robespierre.

liLi signifie simplement « endroit » et beaucoup d’adresses s’écrivent quelquechose LI, rue … Ca désigne presque toujours un ensemble d’immeubles dans une cour plus ou moins fermée. Ziyali est situé entre une rue et le terrain communal à l’ombre de la digue de la rivière, et clos d’une grille et d’une haie. Côté rue il y a quelques boutiques.

boutique Yan Jiu

Yan, les cigarettes, Jiu, les alcools. Deux nécessités qu’on trouve dans tous les quartiers.

Jinshuidao rue vers l'eau

Linshui dao, la rue qui va vers l’eau. Avec un panneau  « strictement interdit de stationner un char / ceux qui enfreignent la règlementation en tirant partir » (dans l’ordre des caractères). C’est rassurant; on trouve ces formules dans le monde entier, et à Guernesey il est écrit « Cette place est terre à amende ». Mon ami Patrick me ferait remarquer que selon les règles de la perception graphique la voiture remorquée vers la gauche va à la fourrière; si c’était vers la droite ce serait la dépanneuse qui la conduit au garage.

Digue et rivière

Au bout de la rue, c’est la digue et la rivière. Les arbres cachent complètement les immeubles.

Pergola et coiffeur

A la limite de la résidence, il y a du monde sous cette pergola en béton. Que font-ils ? La petite bannière qui flotte m’indique en caractères rouges nan nü lifa  , hommes dames technique des cheveux; c’est un coiffeur. Le dernier caractère est en style traditionnel, comme le meifameifabeauté, cheveux, des salons en ville.

Coiffeur sous la pergola

Nous avons aussi notre coiffeur en centre ville. Il est moins bien équipé: une chaise pliante et une blouse blanche pour le client.

Coiffeur à 3 yuans

Un peu plus loin, un autre coiffeur se repose. Il a remis sa veste de cuir sur sa blouse blanche, il ne fait pas très chaud dans le petit vent.

Panneau diplome

Voici un client. La banderolle dit zhuanye lifa, expert diplômé de la technique des cheveux. A gauche, les gens derrière le mur jouent aux boules.

Salle de jeu

Une rumeur de discussions bruyantes et de coups frappés monte de ce bâtiment. D’après les vélos stationnés, il y a beaucoup de monde.

Vieux en canadienne

Ils jouent aux cartes, quelque chose qui va vite, qui ressemble à la bataille. Ici  « jouer » se dit dapaidapai « taper les cartes ». Je n’ai jamais su jouer aux cartes (et  une amie vient de me faire remarquer que ledakadaka que j’avais d’abord cité renvoit plutôt à la carte bleue; mon vieux dictionnaire dit qu’il s’agit de la carte de pointage à l’usine). Le vieux en casquette et canadienne me rappelle mon enfance. On ne porte plus beaucoup en France cet uniforme du prolétaire prospère.

Allée avec oiseaux

Je continue le long de la grille et j’etends autre chose: des oiseaux chanteurs en réunion.

Je regarde par dessus la haie. Il ne se passe rien de particulier. En tendant l’oreille on entend aussi un groupe de femmes qui répète un chant en choeur. Nous sommes un jour de semaine. Il n’y a pas que des retraités. C’est vrai que la parole de la Bible « Le septième jour, Dieu se reposa » a nettement moins d’importance ici. Tous les jours il y a des gens qui se reposent (et d’autres qui travaillent; en fait rien ne s’arrête jamais) .

Je prends encore quelques images qui bougent, juste pour essayer de capter l’ambiance. Le vrombissement est celui des diabolos que des vieilles dames manient sous les arbres. Les deux messieurs à droite qui serrent une roue contre leur coeur s’occupent de leurs cerf-volants, très haut dans le ciel.

Cerf-volant vu de loin

Voici un des deux cerf-volants, vu d’ailleurs, plus tard. La queue du dragon doit avoir au moins dix mètres de long. Ici, le cerf-volant est un sport de grandes personnes.

Immeuble avec grilles

Retour vers le côté intérieur du quartier. Est-ce que vous seriez content de voir le paysage depuis votre quatrième étage, à travers des barreaux ? Ici ça rassure. Je vois souvent une grande grue mobile devant une façade, en train de monter en place une cage sur mesure qui enferme tout un balcon.

Plaque d'immeuble

Une plaque d’immeuble, avec le code postal. Devant, un chemin de câbles; à droite, un climatiseur et son gros tuyau qui court sur le mur. Cette résidence a été construite avant qu’on les invente. Aujourd’hui on leur ménage de petits balcons pour que les façades aient un air régulier. Il faudra que je montre ça. J’habiterais volontiers ici; un peu loin du centre, mais la station de métro est à dix minutes à pied.

Nouvelle gare

Mais il est trop tard pour y penser. Trois cent mètres en aval, de l’autre côté de la rivière, on construit la nouvelle gare nord. Le pont est en construction aussi, et pour l’avenue qui y mène on a déja abattu une rangée d’immeubles, tout près. Il y a quelques jours, j’ai vu la maquette du futur quartier. Ziyali est sur la maquette, mais à l’ombre de grands immeubles. La ville ne s’arrête pas.

L’entrée de l’hiver

Moines au temple des LamasLes images du blog sont presque toutes revenues. Celles qui manquent encore, ce sont celles des brouillons que je n’ai pas su retrouver. Je les recréerai à partir de ma collection de photos, quand j’aurai le courage (bientôt). Je mets un porte-bonheur, la première image que j’ai affichée sur ce blog, deux moines bouddhistes Indiens  en visite au Temple des Lamas de Pékin (les moines tibétains ont une robe rouge).

A part ça, depuis une semaine nous sommes entrés officiellement dans l’hiver. L’appartement est chauffé, et la cheminée de la centrale de chauffage fume joyeusement.

Cheminée qui fume

C’est une centrale moderne, qui fabrique de l’électricité toute l’année, et de l’eau chaude en plus l’hiver. L’été, c’est l’eau de la rivière qui fournit le froid (comme chacun sait, dans une machine à vapeur on fait bouillir de l’eau; la vapeur très chaude fait tourner les turbines, puis on condense la vapeur tiède en eau et on recommence). L’hiver, l’eau qui circule dans les tuyaux du chauffage urbain remplace la rivière. Comme il faut de l’eau chaude, le rendement des turbines est un peu moins bon que l’été, rien n’est gratuit. Pour profiter de ce genre de montage, qui s’appelle la « cogénération », il faut accepter des usines et des grandes cheminées en pleine ville. Ici ça ne gêne personne. Ca fonctionne au charbon, qui arrive en camion la nuit, mouillé pour ne pas faire de poussière, et la fumée est presque blanche dans le soleil.

Cheminée par temps calme

Voici la cheminée par temps calme. C’est le plus mauvais temps. La poussière s’accumule dans l’air et on ne voit plus le soleil même sans nuages.

Cheminée par vent du nord

La cheminée par vent du nord. Il fait froid et le ciel nettoyé va redevenir bleu. L’hiver est le temps du vent d’ouest qui vient du désert et apporte la poussière.

Toit herbuTellement de poussière que si on ne nettoie pas les toits de tuiles on a de quoi enraciner des arbres en quelques saisons. L’été est le temps du vent d’estdongfengdong feng qui apporte la pluie pour faire pousser les arbres. Ce petit bout de toit est à Shenyang, dans le palais des princes mandchous. L’un d’eux deviendra empereur de Chine en 1644.

Quelques images qui marquent l’arrivée de l’hiver en ville, avant qu’il se mette à faire vraiment froid.

Arbre protégé

Les arbres précieux sont mis à l’abri du vent d’ouest et du nord. Le paysage de la ville s’est rempli de grands cubes verts. Cet arbre-ci est d’une espèce rare qui fleurit l’été. Il a été planté le printemps dernier et les jardiniers municipaux lui ont apporté des camions d’eau qui sent l’engrais azoté, mais il ne se plait pas là où il est, son feuillage persistant a envie de tomber; on verra s’il fleurit l’an prochain.

Lever des couleurs

Les arbres devant les fenêtres de l’appartement ont perdu leurs feuilles, et on voit de nouveau la réunion des élèves le lundi matin dans la cour du collège.

Levée des couleurs, de près

A huit heures juste, on entend l’hymne national, le drapeau monte au mat (noyé dans le soleil, je m’aperçois qu’il est invisible). La directrice fait un discours, et les collégiens partent en rang vers leurs salles de classe.

Dans la rue, cintres

Le linge sèche dans la rue devant les résidences. L’été, on ne voit pas de caleçons longs ni de chaussettes chaudes.

Hall de la gare dans le soleil

Une illusion. Nous ne sommes pas sous un grand auvent. C’est le soleil bas qui a fait disparaître les murs de la salle d’embarquement de la gare centrale. Les palmiers sont vrais. Il n’y en a pas dehors. Ils passeront l’hiver à l’abri.

Quatre ans de choux

Pour commencer, voici un morceau choisi du message technique que le service de communication de Lemonde.fr (à qui je paie six euros par mois le plaisir d’écrire) a écrit à ses abonnés :

 » Après l’incident qui s’est produit sur la plate-forme des blogs ce mercredi 10 novembre, une partie des données hébergées par nos serveurs a été définitivement effacées malgré tous les efforts déployés par nos équipes informatiques.
Nous vous présentons nos plus sincères excuses et espérons que cet événement regrettable n’entache pas la relation qui vous lie au Monde.fr et en particulier à votre blog.
Vous trouvez ci-dessous la liste des données manquantes sur votre blog, article par article. « 

Derrière, il y a la liste des quelques centaines (pas tant que ça, 285 depuis quatre ans) d’articles écrits, et pour  chacun le nombre d’images qui n’y sont plus. C’est arrivé tôt ce matin du 13 novembre.

Ce n’est pas si grave. J’ai imaginé un instant que ma banque m’écrive que son ordinateur a égaré tout l’argent et qu’il n’est pas possible de me le rendre. J’ai travaillé près des ordinateurs d’une banque et je sais qu’ils s’égarent sans arrêt, ou plutôt que les informaticiens, moi par exemple, font souvent des erreurs, et qu’il y a quelquefois des pannes. Mais justement, c’est une bonne partie du travail, de courir après les erreurs et de les corriger. Et tout est fait pour que les malheurs soient limités: quand je travaillais, je croisais quelquefois tôt le matin la camionnette qui emportait dans une autre ville la copie sur bandes magnétiques de toutes les informations, pour pouvoir redémarrer même si un incendie ou un tremblement de terre détruit l’original, en perdant au pire une journée de travail.

Donc, tous mes regrets aux informaticiens de Lemonde.fr que leur direction a privés des moyens de faire correctement leur travail. Ce n’est pas contre eux que je suis de mauvaise humeur.

Et c’est pour ça que les images, sauf quelques unes, sont remplacées par le petit texte qui me servait d’aide-mémoire pendant que je les mettais à leur place.

Avant de me remettre à rédiger, je suis retourné voir. Une partie des photos sont revenues. Peut-être que l’ordinateur va en retrouver encore.

Camion de choux à Dalian

En attendant que le malheur soit réparé, cette image d’un camion de choux chinois sur le port de Dalian annonce que ce blog entre dans sa cinquième année. Il avait commencé le 7 novembre 2006. Un présage: ces choux sont destinés aux Coréens privés de kimchi; leur récolte de choux a été catastrophique cette année. Le kimchi est une espèce de choucroute pimentée qu’on mange tous les jours en Corée. Ca se conserve toute l’année. J’aime bien.

Vendeur de choux

liu mao yi jinSix maos la livre, ça fait à peu près 15 centimes d’euros le kilo, pour les choux d’hiver qu’un revendeur qui est allé les chercher à la campagne propose au bord du trottoir. Derrière lui, sa camionnette est remplie presque jusqu’au toit. C’est bien plus cher que l’année dernière, à cause des Coréens qui en ont acheté beaucoup, à n’importe quel prix.

Choux dans un camion

Ca fait donc quatre ans que je tiens ce journal. C’est très bon pour le moral de s’asseoir de temps en temps et de réfléchir à ce qu’on a envie de raconter et de montrer, et qui peut intéresser les autres. Et quand je n’écris plus, c’est mauvais signe. Il y a longtemps, je lisais le blog d’une Japonaise venue en France pour apprendre le français et qui écrivait tous les jours, dans les deux langues: elle parlait de ce qui lui était arrivé et décrivait son repas du soir; on avait vraiment l’impression de vivre sa solitude avec elle.  Je n’ai jamais osé mettre un commentaire.

Recevoir des commentaires, ça fait plaisir. Ceux qui m’écrivent sont des amis, je pense à eux. Quand ils tiennent un blog eux aussi et ont mis l’adresse, je vais voir; et moi aussi j’écris des commentaires. Je suis devenu paresseux ces derniers temps, mais qu’ils ne croient pas que je les oublie.

Et puis je reçois de temps en temps un message qui me dit : « Je suis tombé sur votre blog […] En effet je viens d’arriver à Tianjin pour enseigner à l’université des langues étrangères…  » ou bien « Un grand merci de votre blog. Un bon aperçu de la chine, bien loin de l’agitation de Beijing ou je me trouve actuellement ».

Le second (qui se fait des illusions sur la sérénité de la vie à Tianjin) est un jeune homme impressionnant, maître en sciences politiques de l’université de Toulouse et Safety Specialist chez Airbus Chine. Son blog  est très sérieux. Voyages, vie quotidienne et politique. Sans lui, je n’aurais pas réfléchi au recensement en cours (au fait, je n’ai pas été recensé; je n’ai jamais eu de chance avec les recensements, en France non plus).

Le premier, c’est Lucas, qui est maintenant installé dans sa vie d’expert étranger, logé par l’université dans un appartement de la « Foreign Experts Villa », héritage des années 1970, avec un concierge à qui on donne sa carte d’identité.

Lucas et étudiantes

Le voici servant à boire à ses étudiantes le soir de son anniversaire. Dans son salon, au même moment, il y a aussi une Allemande, une Napolitaine qui apprend le chinois, un Américain chinois qui enseigne l’anglais, un Anglais qui enseigne l’économie (si j’ai bien suivi). Lucas parle toutes les langues nécessaires, et bientôt le chinois aussi (mais pas grâce à ses étudiantes, qui parlent français). Il m’a présenté ainsi « Lui, il parle vraiment le français, écoutez bien. » Lucas est Suisse. J’ai corrigé « Je parle français avec l’accent de l’Ouest de la France. » Il ne tient pas encore de blog, mais avec son autorisation voici les adresses de ses plus récents albums de photos, avec ses commentaires. 1_  2_   3_   4_ .

J’ai aussi reçu un commentaire de Wuhan (la ville où on fabrique les Peugeot et les Citroën qui roulent en Chine), de la part du Maître Shifu , lecteur de français à l’université (Shifu, « patron », c’est le nom honorifique dont on salue l’artisan expert). Après deux mois, il subit une difficile transformation en laowai heureux; c’est en bonne voie.

Et la meilleure liste de blogs d’étrangers en Chine est dans la marge gauche du blog de l’Expat , Christophe de Suzhou. Lui, il a franchi toutes les étapes et il peut montrer la Chine et les Chinois, de l’intérieur, comme je n’y arrive pas encore. Il a épouse et fils chinois, son entreprise est chinoise aussi. Allez lire ses histoires et voir ses images qui bougent.

Et maintenant quelque chose de complètement différent: ce que j’aurais mis en ligne mercredi si la machine du Monde ne s’était pas mise en panne.

Comme les Français qui lisent le journal savent, Michel Houellebecq a reçu le prix Goncourt. Je n’ai pas lu son dernier roman, mais s’il est égal aux précédents ce serait l’idéal pour enseigner le français en troisième année, tellement le style est plat et tiède (j’ai dit le style, pas les idées ni l’histoire). mixieer weileibeikemi xie er . wei lei bei ke  n’est pas un inconnu ici. Deux de ses romans ont été traduits. Au mois de mai il a fait une tournée qui passait par Pékin, Wuhan, et Hong Kong.

Video de Houellebecq

Pour voir et entendre la video de sa prestation en public le 15 mai à Pékin, cliquer sur l’image. Et écoutez bien l’interprête (à gauche). Sa virtuosité pour traduire les questions est mirifique. Pour les réponses, c’est plus facile, à condition de sauter les blancs. Le traducteur de La possibilité d’une île est dans la salle. Commandez son travail chez Amazon.cn . Le tarif a de quoi faire rêver les Français: 18.80 yuans, ça fait un peu plus de 2 euros le roman. J’ai demandé sur le blog La république des lettres s’il y avait une adresse où on puisse télécharger le prix Goncourt à un tarif chinois ou gratuitement. Ma question a été effacée.

L’automne à Pékin

Vendredi nous avons pris le train puis le métro, de Tianjin à Pékin, à l’ambassade de France, service des visas, pour renouveler le visa de conjoint de mon épouse. Elle a apporté le dossier, avec une copie de l’acte de mariage reçue par la poste depuis Nantes (alors que l’original de la transcription est dans les registres du consulat, la porte à côté, mais l’administration de l’état-civil est une grande chose), le livret de famille bleu du ministère des affaires étrangères, son passeport, et moi en personne comme preuve de la vie commune. Pas de queue ni de rendez-vous. L’ambiance du bureau des visas a changé depuis que l’ambassade envoie les demandeurs de visa ordinaires à une société située quelque part dans Pékin. Les conjoints de Français sont privilégiés et sont encore reçus à l’ambassade. Il y a deux semaines, ma chère épouse qui est fonctionnaire et sait se débrouiller avec une démarche administrative avait voulu y aller seule et le dossier ne convenait pas. Tout s’est bien passé cette fois. La dame qui a reçu mon épouse lui a demandé en français si elle parlait français, en anglais si elle parlait anglais. J’ai senti passer une ombre de soupçon, … est-ce que celle que j’ai devant moi est bien celle dont les papiers disent qu’elle vit avec un  Français depuis bientôt cinq ans ? … et je me suis permis de dire en chinois qu’elle ne parlait aucune des deux langues. « Mais alors, vous vous parlez en chinois ! « . J’ai failli ajouter qu’ainsi nous ne pouvons pas nous disputer puisque nous ne nous comprenons pas, mais je me suis retenu; d’ailleurs ce n’est pas tout à fait vrai. Dans quelques jours, je retournerai à Pékin chercher le passeport qui contiendra le nouveau visa « conjoint de Français, court séjour » qui permet d’aller en France aussi souvent qu’on le désire, à condition de ne pas rester plus de trois mois chaque fois.

YuanmingyuanEt comme il faisait beau et qu’il n’était que 11 heures du matin, nous sommes allés, toujours en métro, au Jardin brillant et rond, Yuanmingyuan (lire les caractères de droite à gauche).

Ceux qui ont lu l’Histoire savent que c’était le palais de Versailles de l’empereur Qianlong des Qing  (La Cité Interdite étant le Louvre), où il avait fait construire, sous la direction des pères Jésuites envoyés à son service par le roi de France, un palais européen avec fontaines et jeux d’eau. Il avait ainsi dans son imense jardin des palais de toutes les nations sous le Ciel. En 1860, la reine d’Angleterre Victoria et l’empereur Napoléon III envoyèrent leurs généraux régler un problème diplomatique de traités commerciaux. Ceux qui veulent savoir ce qu’il y avait dans les traités peuvent les lire en anglais et en français . L’article 51 du traité avec l’Angleterre prévoyait que la Chine n’utiliserait plus le caractèreyiyi , « barbare » , pour désigner les Européens dans les documents officiels. L’article 13 du traité français prévoyait que les missionnaires pourraient exercer librement leur commerce.

Pont en ruine et visiteur

On sait que les Anglais et les Français trouvèrent une bonne raison pour débarquer en force armée, arriver à Pékin, et piller le Yuanmingyuan, le « sac du Palais d’Eté ». Et aujourd’hui les visiteurs contemplent les ruines de ce qui était en pierre. Ce qui était en bois a brûlé. Ici, c’est ce qui reste d’un des ponts qui enjambaient les canaux du jardin.

Pancarte du pont

Quand nous sommes venus la première fois en 2006, une pancarte vengeresse à l’entrée du pont rappelait la date et le rôle des armées européennes. Et puis elle a été remplacée, comme d’autres, par un panneau historique en belle pierre.

Pont à une arche de pierre

Le jardin a été abandonné après le passage des Européens; l’empereur s’est contenté du « nouveau Palais d’Eté » que l’impératrice Cixi (Tseu-Hi) fit ensuite embellir avec le budget destiné à la marine de guerre. En 1980, quand il a été aménagé en parc public, des agriculteurs y étaient installés et le cultivaient.

Etudiants en peinture

Des étudiants de l’école  des Beaux-arts, section « peinture occidentale », travaillent sur un sujet de paysage d’automne.

Arbre d'automne

Voici leur sujet (le petit rectangle noir au centre n’est pas un artefact, c’est une pancarte qui dit de faire attention à ne pas tomber). En se penchant sur l’eau, on voit en vrai la lithographie de Mauritz Escher « Trois mondes ».

Trois mondes

Escher

Dans la réalité, le poisson ne s’est pas montré.

Saules pleureurs

Nous suivons le chemin de la promenade au bord de l’eau. Il faudrait presque une journée pour le suivre en entier.

Miroir du paysage

Sur le miroir destiné aux pilotes des bateaux de promenade, on voit l’entrée dufuhaifuhai, la mer du bonheur au centre du jardin.

Bord du fuhai

Un panneau de pierre nous explique qu’à cet endroit s’élevait un des pavillon où l’empereur s’installait pour prendre plaisir au spectacle du coucher de soleil sur son lac. On parle d’en reconstruire quelques uns. Les socles de pierre existent toujours, où on posait les bases de colonnes des pavillons de bois comme les pieds de meubles géants.

Jardin à vol d'oiseau

Dans le pavillon d’exposition qui réunit les souvenirs du parc (dont les gravures du Palais d’occident, imprimées en France au temps du roi Louis XV), on peut regarder cette image rêvée du jardin comme personne ne l’a jamais vu. La Mer du bonheur est le carré au centre.

Plan du parc

Encore une station devant le plan du parc à l’entrée. Nous reprenons le métro (avis aux touristes: la ligne 4 est directe du parc à la gare du Sud) pour rentrer à la maison.

Ce matin, le service des visas de l’ambassade a téléphoné. Le passeport est prêt. Je retourne demain pour le chercher. Si le ciel est bleu, je retournerai peut-être au jardin.

Dans la cour de l’école primaire

Ca fait longtemps que j’ai envie de montrer les élèves de l’école primaire pas loin de chez nous, que je vois passer en rang sur le trottoir avec leurs petits foulards rouges. A cinq heures du soir on ne peut plus passer dans la rue tellement les tricycles des grand-pères et les voitures des parents (de plus en plus de voitures) sont nombreux à les attendre. Mais on ne peut pas se mettre près du portail et prendre des photos comme ça, je suis sûr que cela ne plairait pas.

Portail de l'école

Et puis, en passant dans la rue un après-midi, j’ai entendu des petites voix qui essayaient de chanter à l’unisson et j’ai vu un attroupement autour de la grande barrière qui donne sur la cour de récréation. En passant devant le hall d’entrée je les ai vus alignés comme leurs grands frères et soeurs le lundi matin pour la levée des couleurs.

Rassemblement

Je suis allé là où était le groupe de spectateurs dans la rue. De là on les voyait mieux.

Rassemblement devant la grille

Filles rasemblées

Pas de foulards rouges. Il faudra que je me fasse expliquer quand on les met. ¨Pour sortir sûrement.

Trefle à quatre feuilles

Ce qui est écrit sur le pull rappelle l’Irlande, même si je suis sûr que personne ou presque ne comprend ce qui est écrit. L’anglais est une langue magique.

Podium et monitrices

Et voila pourquoi les petits élèves se sont rassemblés, c’est pour répéter un spectacle. Digression: si on me montrait cette photo ou une autre pareille, je saurais tout de suite que c’est en Chine, à cause des façades des résidences (ne pas se tromper; ça fait vieux et usé, mais c’est mieux construit que les HLM de la grande époque en France; on le voit quand il s’agit de les démolir) et qu’on est en automne à cause des vêtements. Mais je serais bien incapable de dire où, à Xi’an, à Chengdu, ou à Shenyang, tellement c’est partout pareil.

7774 mouvements d'ensemble

Maintenant que je suis au milieu des spectateurs, je peux photographier sans que ça attire l’attention.

Mains en haut

Yeux fermés

Monitrice

Et puis c’est fini. Tout le monde part en rangs rejoindre les classes.

Marche en rangs

Les mêmes en images animées. Une institutrice pourrait me dire si c’est vraiment différent avec des petits Français.

Voici une image de l’école. Ce bâtiment est tout neuf, terminé en 2008.

Facade de l'école

Petite nostalgie: à peu près le même endroit, il y a cinq ans, en novembre 2005.

Rue en 2005

Les filles en survêtement portent l’uniforme du collège un peu plus haut dans la rue, qui est parti ailleurs depuis. Les façades à leur droite sont les petites villas à l’européenne des années 1920 qui ont été démolies pour élargir la rue et contruire le nouveau bâtiment de l’école. Les petits élèves n’en ont sûrement pas de souvenir.

Derniers beaux jours

Depuis une semaine ou presque, le ciel est bleu, avec quelques nuages comme en France, et le soleil brille. Il fait froid aussi. J’écris dans la chambre exposée au nord, et pour me réchauffer je sors dehors. Encore deux semaines avant que le chauffage urbain se remette en route. Comme à la campagne, nous avons un kang chauffé par dessous, c’est le lit conjugal avec une couverture chauffante entre le matelas et la couette de dessous. Pour le confort, ce lit pourrait être en briques comme les vrais kangs. La Chine n’est pas le pays du moelleux, les canapés sont en bois ouvragé. Dans « le Pousse-pousse », roman de Lao She qui se passe à Pékin dans les années 1920, le héros Xiang Zi prend sous sa protection la fille de son voisin, que son père avait vendue à un sous-officier : « Chaque fois qu’il arrivait dans une garnison, il achetait une grande planche pour servir de lit, et une fille, et ainsi il se sentait chez lui. » (cité de mémoire); en repartant, il rend la fille à son père (à lire en livre de poche Picquier).

Charbonnier

Dans les rues, on croise le charbonnier qui vient livrer ses pratiques. Il monte à l’étage de la résidence et range sa marchandise sur le palier. C’est en baisse maintenant que le chauffage urbain rénové chauffe vraiment, mais il en reste assez pour faire vivre les livreurs, qu’on voit tirer leur charrette à bras tout en discutant au téléphone.

Charbon nid d'abeilles

Le charbon nid d’abeillefeng wo meifeng wo mei , abeille nid charbon, est fabriqué dans des ateliers de quartier. Il y en a un près de chez nous, à 500 mètres des grands hôtels et des centres commerciaux. L’été, il brûle dans les feux des restaurants sur triporteur; les mini-chaudières d’appartement sont calibrées pour l’utiliser.

Donc je suis sorti faire un tour pour profiter du beau temps.

Lac du jardin du peuple

Jardin public du Peuple, pas loin de chez nous. Je passe dans l’allée du bord du lac, là où les amateurs d’oiseaux chanteurs les réunissent quand il fait beau. Ils sont là, mais peu nombreux. Au loin, la pagode miniature du jardin a l’air aussi haute que l’immeuble de 12 étages  près de notre résidence.

Jardin public du peuple

Dans le Jardin du Peuple comme en ville, les jardiniers commencent à poser les murs de bâche verte tendue sur des bambous pour protéger du vent d’hiver les buissons et les arbres fragiles. Le pantalon rouge au fond est celui d’une jardinière qui fait la pause.

Heure de la sieste

J’ai le projet de lire au soleil sur un des bancs de la galerie au centre du parc, l’endroit le plus tranquille (la galerie n’est pas une construction ancestrale, elle date des années 1950 et vient d’être restaurée). Je ne serai pas tout seul. Ce monsieur bien équipé a autour de lui tout ce qu’il faut pour être heureux: deux bouteilles thermos, la grande pour l’eau chaude et la petite pour infuser le thé, un flacon de pilules d’une médication traditionnelle pour se maintenir en bonne santé, des journaux pour lire et pour couvrir le banc plein de poussière, un petit coussin, le chariot à faire les courses pour transporter tout cela, et aussi le petit pliant qu’il n’a pas sorti.

Joueuse de flûte

Nous sommes entourés de musique. Cette dame joue du Hulusehulusi, flûte à deux ou trois tubes dont le son ressemble à la clarinette (en fait, cette image a été prise un jour de brume, mais la dame était là aussi ce jour).

A l’autre bout de la galerie, trois dames sont en pleine répétition.

Je profite des bonnes conditions pour les enregistrer. Pas de moto-pompe des jardiniers, ni d’autres instruments qui sonnent trop près. Dans ce coin du jardin, on n’entend pas le bruit de la ville. (pour ceux qui voudraient entendre d’autres interprétations: à Singapour , aux Etats-Unis et en Chine ; on peut aussi acheter un hulusi en France )

Ailleurs dans le jardin, sous une autre galerie, quelqu’un joue du erhuerhu, violon à deux cordes (le second caractère signifie « barbe » et c’est le nom de famille du président. Hu shuohushuose lit indifféremment « Hu a dit », ou « raconter n’importe quoi », c’est le contexte qui permet de décider.)

Le joueur de erhu est en compagnie d’une chanteuse, qu’on entend de temps en temps. Ils jouent pour leur plaisir. Sous une autre galerie près de l’entrée ouest, certains jours on entend jusqu’à dix musiciens, chacun jouant ce qui lui plait ou deux ou trois à l’unisson. Les cordes sont en acier et l’archet passe entre les deux. L’archet est un écheveau de crin brut qui part doucement en poussière. La caisse est un morceau de bambou tendu d’une peau, et l’archet creuse un sillon sur le dessus. Si vous voulez entendre Carmen  ( autre adresse pour ceux qui sont dans un pays où Youtube n’arrive pas) jouée en public. Pendant que j’écoutais, un autre promeneur s’est arrêté, et le musicien lui a tendu son instrument et son carré de cuir pour qu’il joue lui aussi. D’autres enregistrements , et des images.

Deux coeurs sur un pilierEcrit sur un  pilier de la galerie: Wang Hongyu et Liu Miaomiao. Le premier prénom en deux caractères : magnificence, univers ; le second, le même caractère répété, « jeune bourgeon ». C’est le garçon qui est à gauche.

Mon dictionnaire me dit que  bahongyiyu (avec un autre hong, mais le caractère ressemble et se prononce de la même façon) signifie « Unir l’univers entier sous le même souverain ». S’il est vrai que le prénom est le projet de vie assigné par les parents, tous les deux ont un grand avenir.

Le présent de cette journée me plait bien. J’ai renoncé à continuer la lecture de  « La renaissance chinoise » de Hu Shi (The Chinese Renaissance, 1933). Le père de l’auteur était un lettré si respecté que dans son village de naissance les ivrognes s’abstenaient de boire quand il venait visiter sa famille. Lui-même a fait ses études à l’université de Cornell, 15 ans avant que Deng Xiaoping arrive en France. Il a fini ses jours à Taiwan. Le livre est trop difficile pour moi, mais je devrais finir par en venir à bout. Je l’ai trouvé au rayon des manuels d’anglais de la grande librairie de Nanjing lu, en anglais avec la traduction en chinois.

Le souvenir du 18 septembre

Actualité à la télévision : après le plenum du Parti Communiste et ses belles images de gens studieux en costume-cravate, les photos de Xi Jinping qui vient d’être nommé coadjuteur avec droit de succession du président régnant, le grand sujet, ce sont les troubles en France. Je n’ai pas entendu d’explications des raisons des grèves et des mnifestations. Par contre, on nous montre en images les inconvénients de la démocratie: policiers avec cuirasses sur fond d’incendie, bagarres en ville, défilés spectaculaires et désordonnés (en vedette, le grand guignol blanc entouré de drapeaux tricolores, qui est passé plusieurs fois), et surtout les trains qui ne roulent pas (avec des images de trains qui roulent), les aéroports paralysés, les ordures dans les rues. Ce matin, c’étaient les automobilistes qui font la queue à une station service. On nous passe aussi des interviews sous-titrées de porte-paroles incohérents (« La loi est votée, mais nous lutterons jusqu’au bout pour nous asseoir autour de la table ») et de citoyens lassés de ne pas pouvoir travailler (ce matin, une boutiquière de hors-taxes dans un aéroport). Mon épouse est impressionnée et n’a pas envie d’aller en France pour Noël. Pourtant elle connait la France. Le discours des informations est efficace. La formule des vieux Italiens « C’est pas des choses qu’on aurait vues au temps du fascisme » utilisée préventivement.

Donc le présent sert à démontrer aux citoyens combien leur société est plus harmonieuse que les autres. Pour le passé, j’ai vu à Shenyang, pendant les vacances de la fête nationale, la mise en scène de la mémoire de l’invasion japonaise et de la colonisation des provinces du Nord-Est, vraiment impressionnante (et faite pour impressionner).

jiu.yibaLe 18 septembre 1931, un petite attentat sur une ligne de chemin de fer exploitée par les Japonais près de la ville de  Shenyang a servi de prétexte à l’invasion de la Mandchourie par le Japon (un tout petit attentat; le train qui est passé peu après est quand même arrivé à l’heure à son terminus). C’est raconté dans Le Lotus Bleu, et le méchant Japonais qui a combiné l’affaire est Mitsuhirato, l’ennemi de Tintin. On peut lire aussi l’article de Wikipedia . Il fallait commémorer l’occupation japonaise de la Mandchourie et la résistance contre le Japon, et on a construit un mémorial à Shenyang, en lui donnant comme nom la date fatale, jiu . yiba ; neuf . un huit.

Portail du mémorial

Portail du mémorial. Le bâtiment est vide. Il est là pour marquer l’entrée.

Nous étions à Shenyan le 1e octobre, et ça fait partie des choses qu’on doit visiter, avec le palais des souverains mandchous où ils résidaient avant d’être invités à venir rétablir l’ordre dans l’empire chinois des Ming, et le palais de Zhang Zuolin , le seigneur de la guerre qui a régné sur la Mandchourie et est devenu président de la république chinoise en 1926. En ce temps-là, Shenyang s’appelait Mukden en mandchou et en anglais.

Esplanade du mémorial

Une fois qu’on a franchi le portail (en se prenant en photo devant), on traverse l’esplanade. L’endroit est sans prestige, entre le chemin de fer à gauche et une voie rapide à droite, mais ici on sait mettre en scène.

Hall d'entrée

Nous voila dans le hall d’entrée, dans une ambiance qui prépare les visiteurs à ce qu’ils vont voir. C’est un peu la même idée qu’à Oradour, près de Limoges, le bâtiment d’accueil avant  d’admettre les touristes dans la ville en ruine, conservée telle qu’elle était après avoir été incendiée par les soldats allemands. Là-bas, on a une « vraie » petite ville, même si on a reconstruit des murs pour qu’ils ne s’écroulent pas, et passé au Rustol les carcasses des voitures calcinées pour les conserver. Les Japonais ont fait des dizaines d’Oradour en Chine mais personne ne s’est soucié de les conserver. On a reconstruit. Le mémorial est donc une reconstitution pour l’enseignement du peuple.

Escalier vers l'exposition

Première salle

En bas de l’escalier, on est dans une salle d’exposition rassurante, pleine de photos historiques, qui commencent bien avant le 18 septembre 1931.

Zhang Zuolin

Voici Zhang Zuolin, entouré de deux méchants, un Anglais et un Japonais. La photo a été prise en 1928, peu de temps avant sa mort dans un attentat. Son fils lui a succédé. Tous les deux sont aujourd’hui des héros nationaux.

Visiteurs et vitrines

Les visiteurs regardent les maquettes, les cartes, les documents. L’ambiance est tout Crèche de Puyià fait studieuse.

Tunnel

A l’étape suivante, nous sommes à l’entrée d’un tunnel, la nuit. Des statues commémorent les victimes des bombardements et de l’exode devant l’avance de l’armée japonaise.

Réfugiés

Réfugiés

Ce groupe au ras du sol rappelle un peu les Bourgeois de Calais de Rodin (Rodin est connu et révéré ici).

Salle de Puyi

On avance dans la visite et dans l’Histoire. Nous sommes dans la salle consacrée à Pu Yi, ex-dernier empereur mis par les Japonais à la tête de l’empire du Manchukuo. Il a pris son rôle au sérieux jusqu’à faire contruire un Temple du ciel et y célébrer les rites de fertilité qu’il avait présidés à Pékin quand il était petit (les rites ont été célébrés à Pékin pour la dernière fois en 1917, c’était Yuan Shikai, président de la république, qui officiait; ce n’est pas loin, et on voit de temps en temps sur la 3e chaîne de la télévision centrale des rites rénovés, avec la participation de  cadres en costume-cravate, plus une écharpe de soie jaune. Mais pas à Pékin.)

Crèche de Puyi

Crèche de Puyi

Voici Pu Yi tenant sa cour. Les personnages on 30 centimètres de haut. Umberto Eco, dans » La guerre du faux », appelle ça des crèches.

Machine à égorger

Légende : « Des soldats japonais en train de massacrer de façon barbare des résistants ». Un mur entier est couvert de photos d’atrocités. Les Japonais devaient aimer la documentation.

Fosse commune

Les crânes et les os sont grandeur nature, une grande glace oblique au dessus multiplie l’image. On se demande ce qu’on regarde. Est-ce que ce seraient des vrais ?

Mur d'images

Un autre mur  est couvert d’images édifiantes, et sûrement pas contemporaines des évènements, vu le style.

Images de propagande

Là aussi, entre le vrai (les photos), la reconstitution, et les images qui viennent du monde de la bande dessinée la plus moderne, on se demande ce qu’on regarde.

Vivisecteurs

Une évocation des expériences médicales des Japonais ? De l’autre côté de la mise en scène, on voit un soldat japonais qui traîne un cadavre ou un blessé couvert de sang, en descendant l’escalier.

Visiteurs regandant

La mise en scène est masquée par un faux mur de briques en ruine, juste un peu trop haut pour un visiteur de taille moyenne, mais plein de trous. Pas de doute, l’installation fonctionne.

Travail forcé

La salle suivante est consacrée au travail forcé dans les mines et les usines. En 1942, il y eut une explosion dans une mine de charbon à Benxi, au sud de Shenyang. La direction japonaise fit arrêter la ventilation pour parer le danger d’incendie. Il y eut 1545 morts, presque tous par asphyxie, la plus grande catastrophe minière recensée à ce jour (Honkeiko en japonais). La sculpture de 8 mètres de long est plus impressionnante en vrai.

Tableau pompier

Ici on entre dans la partie positive du mémorial: la résistance de l’armée chinoise (en réalité pas très tonique au début des années 1930; l’armée de Tchang Kaichek était en train de réduire les seigneurs de la guerre du Nord; c’est après 1937 et l’invasion de toute la Chine par les Japonais que la guerre contre le Japon a vraiment commencé).

Réunion clandestine

Et voici une réunion d’un comité clandestin de la résistance intérieure. Tous les styles sont appelés au service de la narration.

Décor de maison en bois

Nous voici donc dans une maison en bois, au fond des campagnes de la Mandchourie. Là aussi, on nous montre des crèches en vitrine, particulièrement réussies. Je n’ai pas compris si le militaire martial est un bon ou un méchant. Le petit personnage en bas à droite est peut-être un photographe américain, avec une étoile de l’US Army sur sa sacoche.

Armée du peuple

Un groupe de l’armée du peuple réuni pour une séance de formation.

Scène de paix dans un village

Scène de paix dans un village libéré, avec le caractère fu , le bonheur, sur un losange de papier rouge.

Forêt de bouleaux

Nous pénétrons dans une forêt de bouleaux sous la neige au clair de lune.

Partisans autour du feu

L’armée du peuple au bivouac dans la clairière. On sent le froid (climatisation ?). On s’y croirait presque.

Portraits de combattants

Hommage aux combattants, un mur de portraits de soldats, paysans, intellectuels, qui ont résisté.

Gravure

« Tout le monde lutte pour le peuple et la terre nationale » (traduction sans garantie)

Estampe

L’armée franchit le fleuve. Gravures modernes ou d’époque, l’ambiance est de plus en plus tonique.

Affiche de propagande

Image unitaire avec étiquettes pour qu’on ne se trompe pas : leguomindanget legongchandangécrasent le méchantriben. Traduction: le Guomindang (parti du peuple de Tchang Kaichek) et le Gongchandang (parti communiste de Mao) écrasent le Riben (Soleil Levant). Le dessinateur n’a pas fini le premier caractère du Guomindang.

l'attaque

Tableau moderne: attaque victorieuse. On distingue un drapeau du Soleil Levant tout petit, en fuite au centre de l’image.

Objets japonais

appareil photoRetour à la réalité ordinaire : quelques vitrines d’objets japonais, tenue d’hiver à gauche, tenue d’été à droite, un sabre, un appareil photo. Pour que les jeunes gens qui brandissent leur appareil photo numérique sachent ce que c’est, il y a une étiquette zhaoxiangji.

On approche de l’heureuse conclusion: la défaite du Japon et la libération.

A bord du Missouri

Image obligée: la signature sur le pont du cuirassé américain Missouri, dans les eaux japonaises. 2 septembre 1945.

Tableau de joie

Tableau de la joie du peuple dans la rue. Sauf erreur, c’est à Shenyang, avec une des portes de la ville au fond.

Public attentif

les visiteurs sont restés attentifs jusqu’au bout.

Tribunal

Ils regardent la dernière grande reconstitution: le pardon et la libération de 335 criminels de guerre japonais le 21 juin 1956.

Fond de décor

Derrière eux, un montage d’images des crimes commis, déja  vues pendant la visite.

Photo de tribunalUne photo officielle de l’évènement figure sur un des panneaux de la salle. Pas de doute, la reconstitution est bien plus émouvante.

Visiteurs attentifs

La visite est presque finie. Il reste la salle de la réconciliation avec le Japon.

Manifestation au Japon

Manifestation au Japon « A bas l’Etat militariste » (pancartes tout en caractères chinois)

Visite de Japonais en Chine

Rencontre du Premier ministre japonais Takeo Fukuda et de Deng Xiaoping (les Japonais portent une cravate, les Chinois pas encore) .Ca devrait être en octobre 1978.

4 empereurs

Une image obligée: les quatre souverains de la Chine moderne (clockwise form upper right : Mao Zedong, Deng Xiaoping, Hu Jintao, Jiang Zemin). Il ne s’est jamais rien passé d’autres dans cette succession harmonieuse, à part l’évolution du costume. Derrièe Mao, on reconnaît Zhou Enlai.

Couple  moderne

Je ne sais plus si c’est la dernière salle ou le magasin de souvenirs. Ce groupe grandeur nature représente la famille chinoise dans la paix retrouvée. Un observateur attentif remarquera que l’enfant unique est un petit garçon, comme toujours dans la sculpture monumentale. On trouve les petites filles uniques dans les publicités à la télévision.

Sortie

On ressort dehors après deux heures et plus de visite. Juste avant de sortir, le visiteur passe devant une grande inscription en trois langues gravée dans le marbre « Vos coeurs saignent après avoir vu cette exposition. … Comment étions-nous devenus faibles ? … Une nation qui oublie ses héros est une nation qui dégénère … Si vous oubliez le malheur, le malheur reviendra frapper à votre porte …  »  Très pédagogique.

A part ça, et pour revenir à la vie normale, on peut lire le blog d’un jeune ingénieur français (INSA Rennes, master en informatique) qui s’est lancé dans l’aventure d’apprendre le chinois en Chine; il est infiniment sérieux (son blog s’appelle deslettresauxsinogrammes , non mais) et s’est demandé si ça fera bien dans un entretien d’embauche (sûrement pas, ça fera peur au recruteur). Il prétend être originaire du sud de la France mais ce n’est pas vrai (quand on s’appelle Le Hénaff …).  Il explique dans son premier papier comment il s’est fait payer son voyage par l’Institut Confucius (ça n’existait pas de mon temps). Va-t-il survivre assez longtemps ?

Le village de la famille Li

Encore un mot sur Liu Xiaobo, condamné à la prison parce qu’il est coupable d’avoir diffusé un texte dont il ne faut pas parler (si bien qu’il est très difficile d’expliquer aux Chinois pourquoi le comité Nobel a commis une mauvaise action en lui décernant son prix de la Paix). D’abord il faut aller consulter les commentaires du billet précédent: on y trouve un excellent énoncé en quatre points de la doctrine officielle du Parti, et aussi d’autres avis. Et il faut aussi lire la lettre écrite par des retraités du Parti, qui demandent qu’on arrête de censurer tout et n’importe quoi, même les discours du premier ministre Wen Jiabao. Remerciements à aujourdhuilachine.com qui en parle. Quand on demande à Baidu de rechercher la première phrase de la lettre, il répond « Le résultat de la recherche n’est pas conforme aux lois, règlements et politiques: non affiché. » Google a 200 réponses, mais il faut passer par mon petit tunnel sous la Grande Muraille pour les consulter. 

Je suis en train de lire un livre très intéressant, cadeau de mon ami Alain. Si j’ai bien compris, il faisait partie du petit nécessaire remis à chaque participant de la réunion « Davos à Tianjin » au mois de septembre. Titre « La valeur contemporaine de la culture traditionnelle chinoise », par Zhang Xiping, Editions en langues étrangères de Pékin, 2009. Il a été écrit en chinois et traduit dans toutes les grandes langues du monde. Il explique que l’humanisme chinois inspiré par Confucius va remplacer l’individualisme occidental dans l’avenir du monde. C’est tout à fait cohérent avec le paragraphe précédent. J’en reparlerai quand je serai sûr d’avoir bien compris.

En attendant, voici un souvenir de mon petit voyage avec mes beaux-frères, il y a bientôt trois semaines. Je vais parler avec autorité de la vie à la campagne après y avoir passé trois jours, mais je n’ai pas mieux pour l’instant.

Entrée du village

Le deuxième caractère se retrouve dans nongcunnongcun, la campagne, et dans le nom de beaucoup de quartiers de grandes villes qui étaient des villages avant d’être rattrapés. Le premier caractère, duan, signifie « paragraphe », mais c’est aussi un nom de famille. Nous sommes dans le village des Duan. Le matin, nous étions passés dans le village des parents de ma belle-mère, qui s’appelle Zhi (nom de famille très rare, alors que Li, nom de famille de mon beau-père, est porté par quelques dizaines de millions de personnes); le village s’appelle Zhijiacunzhijiacunvillage de la famille Zhi.

Portail de la famille Li

Voici le portail de la maison de la famille Li. Quand on entre dans une maison, on a devant soi un écran avec un décor en carreaux de céramique.

Entrée avec écran

On tourne à angle droit et on se retrouve devant la façade de l’habitation.

Cour intérieure

A gauche, le bâtiment de la cuisine; à droite l’atelier, qui sert ici à préparer le coton (le petit tas blanc à droite). La salle de bains avec les toilettes est derrière l’écran.

petit déjeuner

Dans la cour, on est à l’abri du vent et on profite du soleil. Tant qu’il fait beau, c’est dehors qu’on mange. Ici nous en sommes au petit-déjeuner du deuxième jour. Le maître de maison est en bleu à gauche, la fille de la la maison, épouse du fils ainé qui vit avec ses parents, sous l’auvent avec sa fille numéro deux sur ses genoux et sa fille numéro un debout près d’elle en jaune. Les autres sont des parents invités. La maîtresse de maison est dans la cuisine. L’arbre est un grenadier. Il y a aussi un jujubier près du portail. On ne voit pas la parabole de la télévision par satellite, derrière le grenadier.

Lion gaucheLion droit

Cette maison date des années 1980, quand on mettait des carreaux blancs rectangulaires sur les façades (c’est passé de mode). Toutes les maisons que j’ai vues dans le village ont le même plan, et un beau portail presque impérial, les portes ornées de bossages comme celles de la Cité Interdite, et gardées par deux lions en céramique. Il n’y a pas beaucoup de place pour les travaux agricoles. On sèche le maïs sur les toits, on stocke le coton dans l’atelier. Les piscicultures du village (la principale activité) ont leurs bâtiments d’exploitation ailleurs.

Salle de séjour

La maison d’habitation est découpée en trois. Au centre la salle de séjour, et une chambre de chaque côté, avec une fenêtre sur la cour; il y a très peu de fenêtres vers l’extérieur; si la maison est assez profonde, les chambres sont divisées en deux, donnant toujours sur la salle centrale; la chambre en arrière est en second jour ou profite de la lumière par une fenêtre haute; pas de couloir. Cette photo a été prise dans la maison d’un voisin qui me logeait; tous les enfants partis, ils se sont offert de nouveaux meubles; chez les Li, c’est plus encombré.

Grand lit

L’espace des chambres est occupé par un lit géant, deux mètres sur trois ou plus, où on dort en collectif. Le jour, les couettes sont repliées et on peut s’installer pour discuter, travailler, mais pas manger.

ang traditionnel

Cette photo  a été prise par Guillaume, un des fils de mon amie Ghislaine, dans une maison du Shandong; ce lit-là est en briques, c’est le « kang » traditionnel, chauffé par un feu qui brûle dessous. A Duancun, je n’en ai pas vu; on a le chauffage central (il y a un radiateur à gauche sur la mauvaise image en haut); la chaudière à charbon est dans la cuisine.

Cuisine

Voici la cuisine. A gauche la cuisinière à gaz, deux feux très puissants, pour fricasser  dans la poële à fond sphérique et chauffer la bouilloire (si on ne préfère pas la bouilloire électrique). A droite le feu électrique à induction pour cuire à la vapeur; pas de four. Au centre, la cuve en céramique de 300 litres qui n’a pas changé de format depuis des siècles; je l’ai reconne sur des dessins. L’eau courante, c’est le robinet qui sort de terre dans la cour; on remplit la cuve de la cuisine, celle de la salle de bains, celle qui est à l’entrée des toilettes, et on puise avec la casserole en plastique rose qui est posée sur le couvercle en bois. Chez les Li, il y a des poissons dans la cuve près des toilettes.

Chauffe-eau solaire

La douche est alimentée par un gros bidon de plastique noir posé sur le toit de la salle de bain, qu’on remplit avec une pompe. On ne s’en sert que l’été. D’autres maisons se sont équipées d’un chauffe-eau solaire à accumulation, qui donne de l’eau vraiment chaude toute l’année. Je ne sais pas s’il est branché sur le circuit d’eau sous pression.

Rue et électricité

Les maisons des familles tournent le dos à la rue. Quand on a fermé son portail, on ne voit plus personne; mais on ne ferme pas le portail le jour quand la famille est à la maison. L’intimité est protégée par l’écran et l’angle droit pour atteindre la cour.

Tracteur et remorque

Un tracteur avec sa remorque. Tout à l’heure, il transportait du charbon en sacs pour une famille. Un camion avait livré un gros tas de charbon devant un portail et les femmes de la maison avaient travaillé à les mettre dans des sacs d’engrais, qui sont partis ailleurs dans le village.

Vendeur de volailles

Je n’ai pas vu de poulailler dans le village, ni entendu un coq. Ce monsieur passe en s’annonçant avec une grosse castagnette. Le panier à l’arrière de son vélo est rempli de demi-poulets cuits, encore chauds. Il vend au poids, avec sa petite balance romaine.

Triporteur

Triporteur arrière

Ce gros triporteur fait une tournée de ramassage du coton. C’est le gros modèle avec une cabine et un volant. Le petit modèle a un guidon et pas de cabine. Celui-ci est bleu, couleur de la campagne. Ceux du chantier sur la route sont jaunes.

Dans la rue

Nous partons rendre visite aux ancêtres de la famille Li qui reposent dans les champs de la famille. C’est pour ça que le cousin d’Amérique est venu (pour voir ses cousins, aussi). Madam Li, à l’arrière,  porte un chapelet de 10 000 pétards.

Vue sur les champs

Nous descendons le petit plateau où est installé le village, vers les champs qui sont presque au même niveau que le lac et les bassins de pisciculture. Le plus près de nous à droite, un champ de coton; plus loin, du maïs.

Champ de coton

Quelqu’un nous salue depuis son champ de coton. Il travaille à la main, aucune machine ne pourrait passer. En fait, il ne s’occupe pas de son coton, mais d’un rang d’aubergines à la lisière du champ.

Cueilleur de coton

Le fils de la famille d’un voisin revient de sa cueillette avec un gros sac de coton sur son vélo.

Butte

Nous sommes arrivés. Ici repose le père de mon beau-père, grand-père ou arrière-grand-père de ceux qui sont venus le saluer. Il est sous cette petite butte, sans plaque ni monument; ses descendants désherbent la tombe chaque printemps, au moment de Qing ming; nous sommes après les pluies de l’été.

Offrandes

Offrandes: des fruits, des cigarettes Marlboro, une bouteille de baijiu, et quelques uns des poulets achetés tout à l’heure. A la fin de la cérémonie, on les emportera pour les manger en famille.

Sapèques de papier

On brûle des quantités de sapèques en papier (les pièces en bronze à trou carré du temps de l’empire). Je les vois dans toutes les cérémonies familiales. Quelquefois, le soir, je croise quelqu’un qui en brûle sur le trottoir ou dans la cour d’une résidence.

Tombe du frère

Nous allons plus loin dans le champ de coton, saluer la tombe du frère ainé de mon beau-père et de son épouse (si j’ai bien compris).

Stèle du frère, vue de près

La stèle a été placée au sud de la butte de terre. On peut lire le nom de Mr Li à droite, et madame Liu à gauche, en dessous des caractèresfumufumu, père et mère. La stèle porte la date de 1999.

Stèle et pétards

Devant chaque tombe, après avoir brûlé les offrandes et s’être inclinés, on déroule un chapelet de pétards. Certains chapelets éclatent très vite, d’autres prennent plus de temps.

Citadins et paysans

Une partie de la famille, citadins et paysans sur trois générations, écoute les pétards. Le fils ainé tient une pelle, prêt à éteindre le feu qui prendrait dans l’herbe. Pas de risque, tout est bien vert et humide.

Autre butte funéraire

Pendant que nous rentrons au village à travers champ, on me désigne une butte d’herbe au milieu du coton; une autre famille. A Zhijiacun, les tombes et les stèles sont rassemblées dans un enclos à l’entrée du village. Les livres d’Histoire racontent que tout avait été effacé au moment de la collectivisation maoïste. Aujourd’hui, tout ressemble à ce que décrivaient les voyageurs du temps de l’Empire.

Fête nationale de la consommation

Je devrais faire un billet sur Liu Xiaobo, qui est en prison parce qu’il a diffusé un document qui énonce des choses sur la politique et la société qui sont des banalités en Occident (lire la Charte 08 ), tellement banales que quand on n’aime pas notre président actuel, on dit « On s’en débarrassera en 2012 », comme si la date des élections était aussi sûre que celle des équinoxes. Ca m’agace un peu que tant de gens applaudissent son Prix Nobel de la paix parce que ça fait la leçon à la Chine. Les étudiants chinois en France connaissent ça, quand des gens de gauche leur reprochent de ne pas se révolter contre leur gouvernement qui … Quand j’étais au lycée, et même après, il y avait des penseurs qui disaient que Mao traçait l’avenir de l’humanité. Ils ne sont pas tous morts et ils n’aimeraient pas que leurs écrits de ce temps là soient réédités, et ils félicitent ceux qui ont « osé » braver l’ogre du Parti chinois.

Liu Xiaobo est un lettré confucéen dans la tradition. Son devoir est de se mettre au service du souverain pour contribuer au bien de l’Etat et du peuple. Dans son devoir, il y a l’obligation de réprimander celui qui est chargé de la souveraineté (le fils du Ciel autrefois, les dirigeants du Parti aujourd’hui), quand il dirige l’Etat dans la mauvaise direction. Aussi bien, ses arguments en faveur de la démocratie sont pratiques et modestes. Il s’agit de s’aligner sur la banalité des pays modernes. Wei Jingsheng (la cinquième modernisation, 1978) expliquait au temps de Deng Xiaoping, juste après la fin du maoïsme, que la démocratie est plus efficace que la guerre civile pour choisir les dirigeants et l’assassinat pour les remplacer, et que les représentants du peuple prennent moins de décisions idiotes qu’un dictateur. Comme on n’est plus au temps de Mao, il développe l’argument de la réussite des principes démocratiques ailleurs, et des désordres que le manque de principes cause à l’intérieur. Mais les dirigeants actuels sont debout sur un tout petit tabouret très haut, et ils ne veulent pas qu’on le fasse trembler.

Mais ce n’est pas de ça que je parle aujourd’hui. Nous (mon épouse et moi) venons de rentrer de notre voyage de la Fête Nationale (1e octobre, 61e anniversaire de la proclamation de la République populaire par Mao). Pendant  une semaine, la plupart des gens ne travaillent pas, on voyage et on achète des choses.

Longues-vues

Là nous sommes à Dalian, la ville au bord de la mer, près de la gare. Tout autour, ce sont les centres commerciaux; au milieu, le marché dans la rue.

Jeune couple et pantoufles

Ce jeune couple (quand on veut montrer à tout le monde qu’on a décidé de vivre ensemble, on  s’habille pareil) est en train de chercher son bonheur sur une montagne de pantoufles. C’est elle qui choisit. Lui a les deux mains prises; regardez en bas à droite, c’est lui qui porte les achats déja faits et même le sac à main.

Centre commercial, le haut

Centre commercial, le bas

Nous sommes dans un centre commercial. Mon épouse a décidé d’acheter des vêtements; la mode est plus belle et plus variée à Dalian qu’à Tianjin. Moi, choisir et acheter des habits m’angoisse. Je suis comme Alexandre Zinoviev (celui qui a écrit « Homo sovieticus », et a été chassé du paradis terrestre soviétique en 1978), qui raconte: « Quand je vivais en Russie, si j’avais besoin d’un pantalon, j’entrais dans un magasin où il y a des pantalons, j’en trouvais un à ma taille et je partais avec. Maintenant que je suis en Occident, je rentre dans un magasin; il y a cent pantalons à ma taille; j’ai peur de me tromper; je finis par me décider; je paie et je sors dans la rue; là je vois dans le magasin à côté le même pantalon, moins cher, et ma journée est ruinée. »

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Mais quand ce n’est pas moi qui achète, c’est très amusant. Je dois répondre à la question « Que vaut cette marque française ? ».  Ci-dessus la réponse est facile.

Pierre Cardin

Ici c’est une marque locale connue qui fabrique sur place. Au fait, le « vrai » Pierre Cardin est-il toujours de ce monde ?

Longchamp

Mais là ? Dans le monde réel il y a bien une boutique Longchamp au 404 rue Saint-Honoré (maison fondée en 1948). Je me demande ce que vient faire Segré (Maine et Loire) dans le décor.

Chemise homme

(chute complète des prix, Vêtements du Vieux Français SA, )

Il y a quand même quelque chose de flatteur pour un Occidental qui se promène dans les magasins en Chine: tout ce qui est chic ou luxueux a un nom européen, de préférence français, et c’est un corps occidental qui le porte.

Triumph

Les rondeurs chinoises sont généralement plus modestes et ogivales.

Lunettes Bulgari

Les nez d’ici sont moins pointus (lunettes Bulgari; ça doit être une image pour le monde entier).

Soucils bleu nuit

Mon épouse rêve d’avoir des sourcils aussi longs que ceux de ses belles-soeurs.

Fille aux yeux bleus

Il y a aussi celles qui voudraient avoir de grands yeux (je ne me rappelle plus quelle marque la fille illustre; si quelqu’un sait …).

Fille aux pomettes hautes

Celle-ci a des pommettes hautes mais un visage allongé.

Cotton republic

Là on atteint l’exotisme complet.

Filles Chapelle sports

La Chapelle Sport, autre image exotique, mais pas tout à fait; les filles sont probablement chinoises.

Bellville

Transcription phonétique bei la wei la. Le mot « Belleville » est connu ici. J’ai entendu Donatien Schramm raconter qu’un chauffeur de taxi l’avait un jour appelé à son secours. Il avait chargé à Roissy trois Chinois qui lui avaient donné un papier où était écrit « Métro Belleville ». Arrivés à destination, ils voulaient le payer avec des dollars. C’étaient des gens de Wenzhou qui rejoignaient un membre de leur famille déja installé dans le quartier. Avec cette adresse rassurante, ils ne s’étaient inquiétés de rien. Est-ce que le quartier se reconnaît sur la photo ?

Aimer

Personne ne connait le sens du mot; pas grave, l’image est bien lisible.

L'oréal

Finalement, pour retrouver des figures asiatiques, il faut compter sur les grandes marques internationales.

Olay

Si vous ne l’aviez pas reconnue, c’est Maggie Cheung , Zhang Manyu, actrice plus qu’à moitié occidentale. Et ici, Olay, ce sont des crèmes pour blanchir le teint.

Maybelline

Les jolies anonymes de Maybelline (New York) vendent aussi un produit pour s’éclaircir la peau.

Gingko

Camenae , marque chinoise. Mais là aussi la fille au teint de perle vante un produit à base de gingko biloba, pour la blancheur de la peau. Nous sommes dehors; l’arbre devant l’affiche est un gingko.

Centre commercial argent

Nous sommes entrés dans un autre centre commercial, couleur argent.

Ascenseur

Pendant que mon épouse se livre aux joies de l’essayage, je regarde l’ascenseur monter et descendre. Ces deux là en sont à leur troisième tour. Le centre commercial est une fête.

Massage de la tête

Encore un produit pour lequel on a fait appel à une tête exotique. Pourtant quoi de plus chinois qu’une machine à masser les points d’acupuncture du crâne.

Massage réel

Cette photo représente une Chinoise réelle; je veux dire que ce n’est pas l’image d’une image.

Façade d'un centre commercial

Nous finissons par sortir. Il fait nuit. Au premier plan, une séance de photos de mariage. Toute la Chine est un décor pour les photos de mariage.

Le lendemain à 11 heures, nous avons pris le train 715 pour rentrer à la maison. Le train lent et pas cher, 14 heures en wagon « assis dur »  (ce n’est pas que nous soyons radins ou fauchés; mais pour le dernier jour des vacances, même en s’y prenant à l’avance, il faut acheter les billets qui restent).  Le train était plus que plein, et les autres voyageurs étaient les gens que nous avions croisés dans les centres commerciaux de la grande ville. Les wagons sont tout neufs et confortables, le train est à l’heure. Pour revenir à ce que j’écrivais au début, certains disent que la Chine vit sa période Napoléon III, qui a bien commencé et mal fini. Pour l’instant, on a l’impression d’être au milieu du règne.