Variétés d’automne

Nous sommes dans la saison difficile de l’année. Il a commencé à faire froid, et le chauffage urbain ne fonctionne pas encore. L’hiver commence officiellement le 15 novembre. L’année où je suis arrivé, la municipalité promettait que, grâce aux améliorations récentes, elle pouvait promettre 16 degrés dans les logements. L’année dernière nous avons eu réellement 19 degrés quand le chauffage a fonctionné. En attendant, j’ai attrapé un gros rhume.

Ce n’est quand même pas pour ça que mon blog est en retard. C’est que j’ai été obligé de changer d’ordinateur. Il est tombé en panne, l’écran s’est éteint définitivement après quelques clignotements, et ce n’est pas l’écran qui est en panne. Heureusement, les fichiers intéressants sont sauvegardés sur des disques externes, ou en ligne. Je suis donc parti en acheter un autre. J’ai fini par me laisser tenté par un beau modèle cher, proposé en solde par la grande librairie qui avait essayé de vendre des ordinateurs au même rayon que les disques durs et les cartouches d’encre. Ca n’avait pas marché. J’ai proposé encore un rabais d’un tiers en expliquant à la vendeuse que personne d’autre que moi ne lui achèterait sa dernière machine. Il a fallu encore un jour, le temps qu’elle se mette d’accord avec son chef, et j’ai eu ce que je voulais.

20141022_164733_emballageSur l’image, on voit les vendeuses qui ont retrouvé l’emballage et les accessoires. Ensuite elles ont insisté pour porter le grand carton à ma place jusqu’à l’entrée du magasin, et me regarder partir en taxi. La bouilloire blanche au premier plan n’est pas un article du rayon, ni les pots à thé.

20141022_164754_dejeunerIci, tenir boutique, même dans un grand magasin moderne, c’est encore un genre de vie. Le repas de midi attend au milieu des lampes de bureau de grand luxe.

Deux jours avant, j’avais cherché un nouvel appareil photo pour remplacer celui qui était tombé en panne à la campagne. Il m’en fallait un qui ait l’air sérieux, pour honorer ceux que je fais poser, et qui permette quand même, selon le besoin, de photographier sans que les intéressés se sentent visés. Un téléphone à écran tenu au bout du bras ne répond pas à la question, même s’il prend des bonnes photos.

DSCN0152_suning_rayonJ’ai trouvé la machine dont je rêvais, à l’étage photo et téléphone d’un autre grand magasin. Mais c’était le seul exemplaire qui restait dans le rayon, et le jeune vendeur a essayé de m’expliquer qu’il ne pouvait pas me le vendre, parce qu’il ne pourrait pas le remplacer puisque ce modèle n’est plus fabriqué. Comme je n’avais pas l’air convaincu par l’argument, il m’a proposé de m’asseoir et tout le personnel du rayon a longuement consulté avant d’accepter de me céder la marchandise, avec la réduction qui est accordée à tous les clients sur le prix marqué.

DSCN0177_suning_vendeursEn attendant, ils avaient laissé l’appareil entre mes mains et j’ai photographié un autre client qui attendait comme moi le résultat de la concertation entre ses quatre vendeurs  d’une grande marque de smartphones. Acheter quelque chose ici dans le grand commerce est une aventure. Je crois que les vendeurs se sentiraient mieux dans une boutique, avec le patron à portée de voix.

Et comme mon mois d’octobre a été celui des machines qui ne fonctionnent plus, j’ai été alerté par ma banque en France (celle qui reçoit mes pensions de retraite) que mon dernier virement vers ma banque en Chine avait une difficulté. C’était déjà arrivé, plusieurs années avant, quand le système informatique des transferts internationaux de la Banque de Chine (qui n’est pas comme la Banque de France, mais plutôt comme le Crédit Agricole avec des agences un peu partout) avait été changé. Après accord sur l’énoncé exact de mon nom pour la banque (26 caractères pour mon nom et tous les prénoms qui figurent sur mon passeport, alors qu’un client normal a un nom en 3 caractères) tout est bien allé, pour quelques années. Apparemment, la vertu de la solution est épuisée.

20141029_092008_salle_bocComme la fois précédente, sur le conseil de mon agence habituelle, je suis allé au siège provincial de la Banque de Chine, où j’étais sûr de trouver quelqu’un qui parle anglais, pour servir d’intermédiaire avec quelqu’un qui puisse agir.

20141029_092045_poste_travailJe suis donc en face de l’agent qui va régler mon problème. Pendant qu’elle est partie consulter un expert, je peux contempler son équipement: l’écran d’ordinateur (le clavier est rangé dessous), l’appareil à imagerie qui permet de capter en même temps un document posé sous l’objectif et le visage du client, le clavier pour le codes, le tampon à encre rouge pour authentifier les documents (l’imprimante est à peine visible à gauche). Il y a aussi le petit appareil à quatre boutons pour que le client exprime son opinion (excellent, bon, médiocre, mauvais), et le stylo que le client doit utiliser pour signer (ailleurs j’ai vu aussi des bésicles à sa disposition pour lire les petites lettres du document).

20141029_093937_banquiereDommage, la photo ne rend pas un bon hommage au costume bleu d’agent de banque; on ne voit pas la cravate rouge et blanche d’uniforme, mais on aperçoit le filet qui enferme ses longs cheveux. Le temps passe. Après une demi-heure, j’apprends que je devrai revenir avec le passeport (périmé) qui a servi à ouvrir mon compte il y a neuf ans (le temps passe), et le passeport valide actuel. Ainsi il sera possible de transférer mon compte sur un autre dans le système rénové et d’y mettre l’argent arrivé de France. Quelques jours après, je suis appelé au téléphone. Mon nouveau compte est prêt, je n’ai plus qu’à revenir pour signer les papiers, et plus tard l’argent arrivera. J’ai vu cinq personnes penchées sur mon problème, et il aurait été inconvenant de manifester de l’impatience.

20141029_095524_entree_bocVoici l’entrée du siège, avec un lion de pierre à gauche (celui de droit est caché par le camion jaune), et le logo de la Banque de Chine.

20141029_095941_jardin_bocVu de plus loin, l’immeuble du siège provincial de la Banque de Chine, tout neuf, dans le cadre également tout neuf d’un nouveau quartier selon l’idéal de la municipalité, jardin public et avenue bordée de haies verdoyantes. Quand je suis arrivé, c’était une rue quelconque bordée de résidences également quelconques, avec des gens qui jouaient aux cartes sur le trottoir devant les entrées.

20141029_100053_edicule_bocMais on peut se rassurer: la vie normale se rétablit. La baraque de la permanence de quartier s’est réinstallée. On peut apercevoir le fauteuil où le titulaire s’asseoit quand il fait beau, et les petits tabourets de plastique rouge pour recevoir son cercle social.  Dans quelques jours, mon argent sera peut-être arrivé sur mon nouveau compte.

20141003_094122_kaki_feuilleshizi72Quelque chose de complètement différent. Cette photo a été prise à Jixian, où nous étions en voyage à la campagne. C’est un kaki, un de ceux que nous avons mangés au pied de l’arbre. shizi, le premier caractère désigne l’arbre, le second est zi l’enfant. Le fruit est l’enfant de l’arbre. J’en parle parce que je viens de manger le dernier de ceux que ma chère épouse avait rapporté de là-bas. Beaucoup de kilos, et pas mûrs pour supporter le voyage. Elle les a fait mûrir, et quand ils ont été mûrs nous en avons mangé, puis elle les a congelés parce qu’ils ne pouvaient plus attendre, et elle en sortait un tous les soirs pour que je puisse le manger au petit déjeuner. 20141002_142441_kaki_brancheMais ils ne sont plus vraiment bons. Quand le kaki mûrit sur l’arbre, sa peau devient de plus en plus fine, jusqu’à ce qu’elle se déchire, et le fruit tombe en laissant sa queue sur la branche.

20141003_132043_kaki_tombeJ’ai quand même mangé ceux qui avaient fini de mûrir au réfrigérateur, avec une peau comme du cuir, qu’il faut ouvrir pour les manger à la cuillère. Difficile d’expliquer cela à une maîtresse de maison chinoise qui est si contente d’avoir acheté pas cher de bonnes choses. Je vais montrer Tintin au Tibet:

tintin_kaki_petittintin_au_tibet_22(cliquer pour voir la page en grand)

Je m’aperçois que je n’ai parlé aujourd’hui que de ce qui ne marche pas. Et mon ordinateur aussi ne voulait pas marcher. Réveillé après si longtemps à ne rien faire dans un magasin, le “système Windows 7” s’est embrouillé avec le grand ordinateur qu’il doit consulter pour obtenir les “mises à jour”, et plus rien ne marchait. C’est un ordinateur qui parle chinois. Quand tout va bien je me débrouille. Mais cette fois j’ai renoncé, et maintenant il parle français. J’ai mis deux jours à le persuader de fonctionner comme le précédent. Je renonce de plus en plus.

 

 

Dimanche à la campagne (suite)

Je suis privé de campagne en Chine. En ville, j’en suis séparé par des kilomètres de terrain diversement urbanisé. Parfois je croise un jardinier qui continue de faire pousser ses haricots et ses choux à l’ombre d’une ligne électrique à haute tension, avec une zone industrielle d’un côté et une résidence à 20 étages en construction de l’autre. Et la gare Tianjinnan, à trois quarts d’heure de métro au sud du centre ancien, est encore au milieu des champs, en attendant que la ville la rejoigne. IMG_9215IMG_9204Côté ouest de la gare sud de Tianjin, l’esplanade et les champs, côté est les champs, pour quelques mois encore. Tout le paysage a été reclassé “district de ville.”

IMG_6560La station de métro Daxuesheng (Cité des universités) sur la ligne 3. De l’autre côté, les campus et les lignes d’autobus qui les desservent.

A Jixian, là où nous sommes allés pour les vacances de la fête nationale, c’est vraiment la campagne; on est vite sorti de la ville. Et le gîte rural est seul au fond d’une vallée, avec les champs de la famille autour de lui.

20141002_140358_pension_maisPremière rencontre avec l’agriculture: le silo à maïs au bout du parking. La tour en grillage à béton a à peine deux mètres de haut. Fin septembre et début octobre, c’est le moment où on récolte le maïs. Les épis sont cueillis à la main, et les pieds coupés plus tard. Nous sommes repartis avec quelques kilos d’épis de maïs fraîchement cueillis et encore entourés de leur étui de feuilles.

20141002_140725_champ_saladesUn champ de maïs, où on a cueilli les épis et récolté une partie des pieds. Au centre, des rangs de navets et de haricots, plus quelques pêchers encore tout petits. Au fond, un arbre à azeroles.

20141002_140826_champ_arbre20141002_140842_champ_hongguoIMG_0585En chinois, l’azerole (Mespilus cuneata, dit mon dictionnaire Ricci) s’appelle simplement hongguo , rouge fruit. Il a cinq pépins. Il est acide, un peu farineux, et parait-il plein de vitamines. On le trouve sur les marchés en ce moment, et toute l’année en sachets, coupé en rondelles et séché, pour préparer une infusion qui détend. A cause des pépins, il faut le couper à la main après l’avoir récolté à la main, avant de le sécher sur des claies en plein air. Il y a longtemps, j’avais été reçu chez un agriculteur du côté de Vence, qui m’avait dit qu’il avait renoncé à la fleur d’oranger; il faut la cueillir au bon moment et la sécher, et il n’y a plus d’Espagnols pour faire ce travail.

20141002_141551_champ_congUn champ d’oignons longs ou cong. Sur le marché ils ressemblent à des poireaux mais n’ont pas le même goût; c’est un légume d’hiver.

20141002_141659_champ_maisUn autre champ de maïs pas encore récolté. Les champs sont plats, en gradins le long de la pente, avec des remblais plantés d’arbres et de temps en temps des murs de soutènement. Pas moyen d’y faire entrer une machine plus grosse qu’un motoculteur.

20141002_143329_chemi_maisIci, entre le chemin en béton et le mur de soutènement des champs au dessus, il y a un peu de bonne terre, juste la place pour une douzaine de pieds de maïs.

20141002_144024_tracteur_jauneJe n’ai pas vu de motoculteur. En redescendant le chemin vers la route et les autres maisons, j’ai vu un tracteur. Il n’y avait personne pour poser à côté, mais le siège donne l’échelle.

20141002_144107_tracteur_relevageC’est un petit tracteur, mais une machine tout à fait sérieuse, avec relevage et prise de force.

20141002_154347_tracteur_bleuVoici un autre tracteur plus jeune mais pas plus grand. Le bleu ciel est la couleur des machines agricoles ici. Derrière, une remorque qui vient de servir à transporter du maïs.

20141002_154443_mais_brouetteDe loin, j’avais vu toute une assemblée d’hommes assis, en train de séparer les épis de leur enveloppe de feuilles, tout en discutant. Mais le temps d’arriver il n’y avait plus que celui qui allait les voiturer chez leur propriétaire. La brouette chinoise ne pèse pas sur les bras quand elle est chargée mais il faut un tour de main pour la garder droite. J’ai essayé, ce n’est pas facile.

20141002_155020_triporteur_bleuUn autre engin bleu ciel, le triporteur à tout faire. Celui-ci est un grand modèle, avec deux sièges et un volant. Le modèle inférieur a seulement un guidon. Il s’appelle tuilaji , pousser tirer machine. Avec un moteur diesel qui tourne lentement et fait un bruit facile à reconnaître, il roule à 30 km/h sur la route. On en voit aussi en ville sur les chantiers, peints en jaune. Pour les connaisseurs, c’est la réalisation de la mule mécanique décrite par Ivan Illich (la convivialité) pour remplacer la voiture. L’autre version est un motoculteur articulé avec une remorque. J’en ai croisé mais j’ai raté la photo.

20141002_154801_triporteur_cong Et comme partout, on rencontre des triporteurs à moteur humain (ou électrique, mas pas celui-ci).

20141002_142621_velo_electriqueSur la petite route, j’ai vu plus de vélos électriques que de vélos ordinaires. Ils montent les pentes sans qu’on ait à pédaler. Celui qui est sur la photo transporte sans problème le père, la mère, et un enfant debout devant qui se tient au milieu du guidon (pas de photo, mon appareil de secours est incapable de photographier quelque chose en mouvement).

En continuant mon chemin, je me suis arrêté pour contempler un portail tout neuf donnant sur une cour. Un monsieur est sorti et m’a instamment prié d’entrer chez lui.

20141002_145720_wang_portraitMonsieur Wang est agriculteur. Sa nouvelle maison n’a que huit ans. Nous avons discuté et il m’a servi un jus de jujube du mont Panshan, appellation contrôlée. Le mont Panshan est le parc national, enseigne touristique de Jixian avec la Grande Muraille des Falaises Jaunes.

20141002_145956_wang_honnguoIl est allé déterrer dans son jardin une rave xinlimei luobo (raphanus sativus, variété “coeur de beauté”, dit le dictionnaire Ricci) pour me l’offrir. Sur la photo, la façade de la maison et les paniers remplis d’épis de maïs.

20141002_145754_wang_potager

Voici le jardin, roses à gauche, choux à droite, et trois chambres d’hôte au fond. Au premier plan à droite, un grand pot pour réserve d’eau, dont la forme n’a pas varié depuis des siècles.

20141002_154005_wang_portailMonsieur Wang devant son portail, son triporteur électrique derrière lui, et un principe moral sur les carreaux émaillés au-dessus de sa tête ” jia he wan shi xin . Famille harmonie dix-mille affaires disputes. Ecrit en caractères traditionnels: wan , dix-mille, est le mot pour “infini” (mao zhuxi wan shui ; Mao président dix-mille ans-d’âge). Nous avons mangé la rave au retour à la maison, émincée en salade, et les feuilles cuites en accompagnement du poisson.

On a l’impression, en se promenant dans le village, que toutes les maisons sont neuves. Et toutes du même style, avec une façade au sud, de grandes fenêtres et des murs minces, il ne fait sûrement pas chaud l’hiver quand le soleil ne brille pas. Et entre les tous petits stocks de maïs, signe de petite exploitation, et la prospérité visible (paraboles de télévision, voitures, bonne mine et vêtements), on se demande d’où vient l’argent. Certes, ici c’est aussi un lieu de vacances proche d’une très grande ville. Je continuerai la visite plus tard.

 

 

 

 

 

 

Dimanche à la campagne

Nos amis parisiens Wang sont à Tianjin. Lui est né à Tianjin, et il vient voir ses parents, son frère, et ses amis. Mon épouse le connaissait avant de me rencontrer, et je le connais parce que j’ai été à l’université avec elle, moi pour apprendre le chinois, elle pour apprendre à l’écrire et avoir un diplôme. Et c’est donc à cause d’eux que nous nous sommes rencontrés, mon épouse et moi.

IMG_5671_wangLes voila dans notre appartement. Il regarde son courrier sur sa tablette Samsung, coréenne, fabriquée en Chine, avec des programmes américains, et je viens de lui installer un accès à mon tunnel sous le Grande Muraille fourni par une entreprise des Seychelles. Il pourra accéder à Facebook dont il était privé depuis qu’il est en Chine. C’est ça la mondialisation. D’ailleurs il est devenu Français, ce qui fait qu’il n’est plus Chinois, et il a un visa pour visite familiale obtenu avec une invitation de ses parents. Sa femme est Française de naissance et n’aurait pas pu devenir Chinoise s’ils avaient décidé de s’installer en Chine, ce qui est faisable maintenant qu’elle est en retraite. Mais lui n’y tient pas tellement. La vie en France est meilleure pourvu qu’il puisse revoir la famille et les amis quand il en a besoin.

En Chine, comme vous le savez (ou pas), la fête nationale, qui commémore le jour de 1949 où Mao Zedong annonça la refondation de la République, depuis la galerie de la Porte de la Paix Céleste. J’aime bien répéter que c’est là qu’étaient proclamés depuis cinq siècles les édits de l’Empereur, devant les fonctionnaires massés en bas sur la place.

Mao 1949 -Tiananmentian_an_men_000bcdb95f1d0bf7618104L’image idéalisée et invraisemblable, depuis les nuages dans le ciel bleu jusqu’aux tapis et aux fleurs (ceux qui y étaient racontent qu’il n’y avait plus rien à Pékin), et la réalité (Zhou enlai en blanc à droite). Pour célébrer l’anniversaire, tout le monde a une semaine de vacances. Et maintenant qu’ils ont les moyens, les gens de Tianjin, nous aussi, partent en week-end prolongé. Cette fois nous sommes seize, mon épouse et moi, la famille Wang, grand-parents, deux couples de parents, un petit-fils, et des amis, dans quatre voitures, dont une voiture de fonction détournée de son usage, nous sommes au pays de l’arrangement.

20141003_153805_jizhou_parking

20141003_154404_jizhou_batiment20141003_154049_jizhou_toilettesCes photos ont été prises à un des deux arrêts sur l’autoroute en direction de Jixian, à 120 kilomètres de Tianjin, lieu de villégiature avec la montagne (le parc national de Panshan), les lacs, et la Grande Muraille (Huangyaguan, la passe des Falaises Jaunes). Avis de Ghislaine sur les toilettes des dames : “C’est comme les soldes, on se les arrache”. Je m’étais arrêté ici pour la première fois il y a 9 ans, en 2005, en voyage organisé, le 1e octobre aussi. Il y avait beaucoup moins de monde, des autocars, et très peu de voitures. L’autoroute était presque déserte. Pour voir la carte, cliquer ici. Pékin est à gauche (à l’ouest) et Tianjin en bas au sud.

Une fois Jixian dépassé (c’est une ville de 300.000 habitants, 800.000 dans le district, mais classée “campagne”), nous roulons vers la montagne, et le gîte à la ferme où tout est prévu. Sur le chemin, petit déjeuner tardif au bord de la route.

IMG_5723_dejeuner_petite_tableA table, les grand-parents Wang et le petit-fils. Sur l’enseigne rouge (de haut en bas et de gauche à droite) ting che arrêter voiture ; xiuxi se reposer ; canyin à manger à boire ; zhusu passer la nuit.

IMG_5727_dejeuner_cuisineIls surveillent la cuisine, qui doit être en vue des hôtes, et donc ici au bord de la route.

IMG_5706_dejeuner_galettesLa dame au masque étend des crêpes de pâte à l’huile. Le monsieur en tablier rouge à gauche les trempe habilement dans l’eau bouillante, la pâte foisonne et forme des bulles.

IMG_5714_dejeuner_dedansOn peut manger dehors, ou dedans. Dans les grands bols, de la bouillie de riz et du tofu frais dans un bouillon; le tofu frais ressemble exactement au lait caillé. C’est le menu de tous les restaurants de petit-déjeuner; il ne manque que les petits légumes confits au sel.20141002_142836_chemin_sojaLa route est devenue un petit chemin de béton qui monte, au ras des champs (ici un carré de soja). C’est à ce moment que mon appareil photo est tombé en panne, et le reste des illustration est fait avec mon téléphone, ou celui de Ghislaine.

20141002_155650_kaki_vergerOn entre sur les terres de famille de notre hôte. Il a des vergers de kakis et d’azeroles, il fait aussi du maïs et des oignons. Je reparlerai de l’agriculture de l’endroit dans un autre article.

20141002_140614_pension_entreeNous arrivons. Le gîte rural est fait de bungalows semés sur la pente autour d’un bâtiment commun qui abrite le restaurant. Notre bungalow est en haut à droite.

20141003_094912_cueilleurLe bungalow vu de l’arrière. Le bloc sanitaire-douches est sous le chauffe-eau solaire. Un des travailleur de la ferme est en train de cueillir des kakis presque mûrs pour nous éviter de les recevoir sur la tête ou de marcher dedans (et puis, un kaki mûri sur l’arbre est bien plus délicieux que tout ce qu’on peut trouver au marché; le kaki bien mûr est intransportable). Les arbres étaient là avant les constructions et continuent de produire.

IMG_20141002_104448_salonL’intérieur du bungalow, le salon avec une table de jeu, des fauteuils et la télévision (téléviseur d’époque mais avec un récepteur satellite).

20141002_133842_pension_chambre3Une des trois chambres. Celle-ci a trois lits à une personne.

20141002_111439_pension_kangUne autre chambre. Celle-ci a un kang, l’estrade en briques et carrelage de deux mètres de profondeur, où on peut dormir aussi nombreux qu’on peut, la tête vers l’extérieur, chacun enroulé dans sa couette. C’est l’arrangement traditionnel de la campagne. Ceux qui servent toute l’année sont chauffés, avec un fourneau à une extrémité, de l’autre côté du mur, et la cheminée à l’autre extrémité. Ce logement-ci ne sert que l’été. Le jeune homme au milieu est un petit empereur de huit ans; il a deux parents, quatre grand-parents (ceux du côté paternel sont avec lui), un oncle qui vit en France donc ne compte pas. Pour l’instant il s’inquiète quand aucun adulte ne s’intéresse à lui.

20141003_094415_place_en_basVus de la terrasse de notre logement, la salle commune dehors et dedans, et un autre bungalow avec sa petite cour.

20141002_112528_pension_refectoireRepas de midi. Les dames sont entre elles. Les hommes se sont réunis dans un des salons particuliers à gauche, ce qui leur permettra de boire du baijiu sans encourir de reproches. Le baijiu, la vodka chinoise, est bu à table dans des verres à eau, une gorgée à chaque toast, et comme il titre entre 40 et 63 degrés, il est redoutable. Les dames n’en boivent pas.

20141002_175216_brochettesPréparation du repas du soir. La cuisinière nous aurait servi un agneau rôti, mais comme le groupe veut des brochettes, il faut les faire nous-même, trop de travail. Au fond, d’autres vacanciers jouent aux dominos. Le gîte rural accueille environ 40 clients pour les derniers jours de la saison.

IMG_20141002_190103_table_damesPetit-déjeuner du lendemain matin à la table des dames. La journée de séjour, repas du soir, logement, et petit-déjeuner, coûte 90 yuans (11.63 euro au cours du jour).

20141003_135251_patron_solaireLe patron de la maison préside à la réparation du remplissage automatique de la réserve d’eau. Il a capté une source qui remplit un grand réservoir enterré, trop bas pour alimenter les blocs sanitaires, si bien que chacun est équipé d’une pompe électrique pour remonter l’eau. Tout cela marche à peu près bien, mais n’a pas été conçu pour durer très longtemps.

20141003_110104_bungalow_chauffe_eau

Vue d’un autre bungalow, avec comme les autres eau chaude solaire et télévision par satellite. Ca ressemble plus aux dessins de Reiser qui illustraient les articles sur les modes de vie alternatifs de l’Hebdo Hara-Kiri qu’à un dépliant touristique, mais ça marche.

20141003_104905_bungalow_chambresLe couloir à ciel ouvert, le salon à droite, les chambres à gauche. Pour une nombreuse compagnie, il y a de quoi loger 15 personnes. Nous les avons vus partir le matin en minibus.

20141003_105012_bungalow_salonLa salle de jeu, avec au centre une petite machine à jeter les dés sans que personne y touche, et la fontaine à eau bouillante-eau tiède qui indique que nous sommes bien en Chine. Bricolage: le plateau où est posée la construction est si étroit que l’étai du poteau qui porte la ligne électrique traverse la salle.

Et maintenant qu’on est arrivé au gîte rural, à un quart d’heure à pied du premier hameau ?

20141003_113637_palancheD’abord c’est une exploitation agricole en activité. Je croise celui qui va nourrir les cochons avec les restes de la salle à manger.

20141003_105553_poulailler 20141003_105350_poules
Les citadins peuvent rendre visite aux cochons et aux poules.

IMG_20141002_150410_fruit_rougeIMG_20141002_145702_arbre_fruits_rougesEt on peut cueillir les azeroles sur les arbres; elles sont presque mûres. On les voit sur les marchés en ville autour du 1e novembre, et en rondelles séchées pour faire des infusions le reste du temps.

20141003_112122_kaki_terrasseOn peut continuer à monter en suivant les sentiers jusqu’aux vergers de kakis haut placés, et continuer jusqu’à la forêt, et même se perdre comme Ghislaine qui est redescendue par erreur sur un autre versant. Heureusement la maîtresse de maison du gîte l’a reconnue et l’a ramenée sur son triporteur en même temps que les courses.

20141003_142739_legumesEt puis, au moment du départ, on compare les fruits, les haricots, les noix, les potirons et les choux vendus par le patron du gîte à ses hôtes. Il vend aussi des oeufs cuisinés dans leur coquille, dans des belles boîtes cadeau. Tout le monde est content.

20141005_143616_hongguo_decoupeDe retour à la maison, ma chère épouse entreprend de faire elle-même des azeroles séchées. Elle a aussi aligné sur le rebord de la fenêtre cinq kilos de kakis, qui vont mûrir et être bons à manger tous en même temps.

IMG_20141004_200903_fenetre_nuitJustement, c’est ça qu’on voit par la fenêtre en ce moment. Les arbres de la rue ont encore leurs feuilles. Les bâtiments jumeaux illuminés en blanc n’étaient pas là l’année dernière. Les citadins auront de plus en plus besoin de passer un peu de temps à la campagne. (photo prise par Ghislaine avec son téléphone, pas mal.)

Tant que j’y pense, vous pouvez aller visiter un gîte rural bien plus chic, du côté de Xi’an, en consultant le blog où Ghislaine, Chinoise de Paris, raconte à ses amis ses aventures en Chine. Au moment où j’écris, elle est dans l’avion quelque part au-dessus de la Russie. Son époux est resté encore quelques jours avec ses parents et ses amis. Elle n’avait pas vu la Chine depuis cinq ans et s’intéresse à des choses que je ne vois plus.

 

Chez Ikea

Dimanche, nous sommes allés chez Ikea acheter des rideaux. Ça parait anodin, mais pour moi c’est une réussite longuement préparée. Ma chère épouse est née à une époque où on ne dépensait rien pour orner la maison (sauf les images et les banderoles en papier) parce qu’ il n’y avait rien. Suspendre un tissu neuf devant une fenêtre n’était pas imaginable. C’est pour cela que nous vivons depuis des années avec des rideaux taillés dans des draps de lit usés. Et c’est moi qui ai introduit la barre au-dessus de la fenêtre. Non que mon épouse soit ennemie de la dépense. Pour ce qui n’existait pas quand elle était petite, par exemple les voyages à l’étranger, ou les téléphones intelligents, ou les crèmes pour avoir une belle peau achetées en France, utiliser l’argent est sans problème. Mais pas pour le confort de la maison. IMG_7597_matelas_echange

Les grands caractères blancs : bu ai jiu huan ; pas aimer aussitôt changer. Le chinois est une langue facile. Bien sûr ça s’applique au matelas, pas à celle qui est dessus.

J’avais réussi à l’emmener chez Ikea en 2012. Le magasin venait d’ouvrir et nous avions fait rénover l’appartement. Plusieurs meubles n’avaient pas survécu au déménagement. Nous avions acheté une table et des chaises, et essayé des matelas modernes. Deux ans après, un matelas neuf vient d’être acheté et mon épouse est d’humeur à renouveler autre chose. Je suis allé reconnaître les lieux, j’ai rapporté le catalogue et deux verres à bière très voyants (dessinés en Suède, fabriqués aux Philippines, et vendus en Chine, dit l’étiquette) qu’elle a trouvés laids. Ce qui m’a permis d’ouvrir le catalogue et de lui faire regarder le chapitre des rideaux.

IMG_5665_facadeIMG_8256_enseigneLe magasin Ikea est dans une partie désolée de la grande ville, sur la ligne de RER entre Tianjin et le port de Tanggu. Rien n’indique que nous ne sommes pas quelque part en Europe. Un oeil exercé discernerait une dame avec une ombrelle, signe de pays exotique. Heureusement qu’il y a les caractères sous le nom du magasin: yijia jiaju. “femme qui fait régner la concorde”, “rester en famille”, avec le caractère jia , la famille ou la maison, répété deux fois. Une transcription phonétique idéale, sauf qu’il est impossible de reconnaître à l’oreille “i kéa” si on n’est pas au courant.

IMG_5643_menu_escalierA l’intérieur, c’est comme tous les magasins Ikea. Les clients sont transportés en haut, parcourent l’immense champ des choses qu’on peut acheter, chargent leurs chariots de meubles démontés à l’étage intermédiaire puis rejoignent le sol et leur voiture; le client est supposé avoir une voiture. On peut aussi déjeuner suédois, et acheter de quoi manger dans le style Ikea.

IMG_5620_circuitComme partout ailleurs, le client doit faire un long chemin et passer devant tout avant de voir (peut-être) ce qu’il cherche.

IMG_7627_marionnettesEntre les articles “sérieux”, on doit passer au milieu des accumulations de choses pas chères mais qu’on n’aurait pas idée d’acheter si on ne les voyait pas. Jusqu’à l’avènement d’Ikea, un centre commercial pour les choses de la maison est un honnête alignement de boutiques et d’espaces ouverts dans des allées à perte de vue. On s’égare mais on n’est pas obligé de parcourir le “show room” en entier. Le parcours obligé est une aussi grande nouveauté que le caddy et la queue à la caisse apportés par Carrefour il y a 20 ans maintenant (le premier Jialefu a ouvert en 1995).

IMG_5659_descenteIl y a aussi la descente vers l’étage immense des rayonnages de cartons de choses démontées. Là j’ai l’impression que le client d’ici commence tout juste à s’y habituer. Mais il peut appeler au secours ceux qui sont chargés de le guider.

Et pour l’étape suivante : transporter à la maison les meubles en boîte et les transformer en choses utilisables, on peut profiter du grand avantage de la Chine: pour tout ce qu’il y a à faire, on trouve quelqu’un de compétent pour le faire. Le client, ayant passé la caisse, roule son chariot jusqu’au bureau des transports et des installations. Pour un prix honnête, le magasin organisera la livraison et le montage. Personne ne comprendrait qu’il fasse autrement.

IMG_8273_montage_chaisesAu printemps 2012 nous avions acheté des chaises, une table, une bibliothèque, puis nous étions rentrés à la maison en métro. Et tout était arrivé le lendemain, avec les monteurs. Pourtant le magasin Ikéa est organisé pour le jour où tous ses clients auront une voiture (les magasins Carrefour et leurs concurrents sont en centre ville, avec un parking modeste sur le toit et des lignes d’autobus spéciales).  Ça commence seulement à être vrai. Il y en a quand même assez pour que la formule fonctionne. Pour donner une idée, le magasin Ikea de Nantes a à peu près 1.300.000 habitants autour de lui; dans le même rayon, celui de Tianjin en a 11 millions.

IMG_5613_parking_videIMG_5663_parking_pleinMercredi: le parking extérieur est vide. Dimanche après-midi, le parking sous le magasin est complet, et le parking extérieur bien garni.

IMG_8250_bestaMais il faut retourner à l’étage du “show room” pour comprendre le charme d’Ikea et pourquoi il a déjà tant de client, et pas seulement parce que les Chinois aiment tout ce qui est étranger. Sur les étiquettes, le nom en suédois est écrit gros, l’explication en chinois beaucoup plus petit. Tout est dans la mise en scène, pour que le client se voie déjà chez lui.

IMG_5614_appart_1 Voici un grand appartement, la salle à manger devant, le salon au fond. Il y a des chambres aussi, mises en scène ailleurs.

IMG_5618_appart_55Plus petit, et là la surface est annoncée. 55 m2 c’est un appartement raisonnable pour une famille: lui, elle, un enfant, et un grand-père ou grand-mère.

IMG_5653_appart_46Nettement plus petit. Le fils a quand même une vraie chambre avec un bureau pour travailler après l’école. La grande chambre des parents et la salle de bains sont à droite.

IMG_7595_appart_blancTrès chic, mais en réalité minuscule. Le téléviseur au pied du lit peut tourner ; il est orienté vers le salon. La cuisine aménagée est à gauche, la salle de bains derrière le mur blanc de droite.

IMG_5617_appart_chicStyle moins technologique, et on ne montre que le salon.

IMG_5628_chambre_enfantUn rêve pour jeunes parents: la vraie chambre d’enfants (2400 yuans, c’est environ 300 euros). IMG_5632_coussin_coeurcoussin_rougeOn marche ainsi sur des centaines de mètres. Ce couple venu pour voir n’avait même pas pris un cabas jaune pour petits articles. Ils ont quand même succombé à la tentation et acheté le coussin de velours en forme de coeur avec deux bras (8.99 euro, moins cher en Chine).

IMG_5649_bebe_coussin_rougeLe même coussin a été ajouté au chargement d’un caddy, le plus petit modèle avec des crochets pour suspendre les cabas jaunes.

IMG_5627_chariot_3Ce caddy est très bien conçu. Il permet de réunir toute la famille sans empêcher le transport de ce qu’on achète.

IMG_5629_jeux_softIl y a de petites aires de jeux pour les enfants fatigués de suivre, avec des jeux doux et accueillants (on peut aussi les acheter, si on a la place pour les installer).

IMG_5648_salle_sofasLes grandes personnes utilisent ce qui est exposé.

IMG_5658_couple_endormiUn jeune couple s’est installé dans cette mise en scène pour très petit appartement.

IMG_7574_femme_endormieRepos dans une chambre d’enfants. Cette photo a été prise en mars 2012, alors qu’il faisait bien plus froid que maintenant. D’autres photos datent aussi du même jour.

IMG_5636_lit_refaitTout cela est prévu. Des travailleurs du magasin brossent les sofas, refont les lits, et ramassent les jouets que les enfants ont pris dans les rayons puis abandonnés.

IMG_7619_resta_hors_doeuvre

IMG_7621restau_platsMais le meilleur lieu pour se reposer, c’est le restaurant suédois, libre-service, une nourriture garantie exotique à des prix honnêtes, bien moins cher que le Starbuck, et pas plus cher qu’un restaurant de cuisine chinoise moyen. Il est situé après le show-room long à parcourir, et juste avant les grands espaces de palettes et de rayonnages où on remplit les cabas et les caddies avec la vaisselle, les casseroles, les draps, les rideaux, et tous les articles pour la maison, en attendant de descendre charger les meubles en boîte. Il faut reprendre des forces.

IMG_7606_restau_paysageLa salle du restaurant a vue sur un paysage typiquement chinois des villes, avec démolition au premier plan et centrale thermique à l’horizon. Les démolitions font la place pour un autre grand magasin avec parking, c’est la destinée de ce quartier.

IMG_7624_restau_ambianceMais peu importe. La salle du restaurant a l’ambiance qui convient pour faire illusion.

Et l’illusion Ikea est très puissante. Ma chère épouse, après avoir longuement médité pour le choix des rideaux prévus (300 yuans par fenêtre), n’a pas su résister aux draps (deux fois plus chers que ce qu’elle achète d’habitude), couvre-lits, et même un autre rideau pour la cloison vitrée qui sépare la cuisine de la salle, qu’elle avait remarqués dans les mises en scène et qu’elle a retrouvés dans les rayons de la salle des tissus. Nous avons dépensé deux fois le budget; j’avais apporté assez d’argent en prévision de ce succès possible. Seul échec: il fallait acheter les anneaux, crochets et épingles qui conviennent aux rideaux. Je voulais prendre quatre assortiments (15 yuans pièce), elle soutenait que deux suffiraient. Nous en avons donc acheté trois. J’ai manqué d’accessoires pour monter les rideaux, il faudra que j’aille chercher ce qui manque.

 

La rentrée

 

IMG_5142_couleurs C’était le 29 aout après-midi, il faisait chaud, j’étais à la maison, et j’ai entendu quelque chose pour la première fois depuis le mois de juin: l’hymne national qui montait de la cour du collège en face de la résidence. Pendant l’année scolaire, la semaine commence par le lever des couleurs devant tous les élèves, et un discours du directeur (ou de la directrice, c’était une voix féminine l’année dernière). On était vendredi, ils n’étaient que quelques uns au pied du mât, c’était la répétition.

IMG_5173_rassemblementLundi, le 1e septembre, c’était la rentrée. Et moi aussi il fallait que je me persuade que la vie “normale” allait recommencer. Cette année l’université des langues étrangères ne m’a pas demandé de faire l’intérim du professeur de français locuteur natif introuvable ou pas encore arrivé. Cécile, qui avait donné une partie des cours l’année dernière, a réussi à persuader l’administration de lui faire un contrat correct et elle continue donc.

Au mois de juillet, je suis parti en France, rendre visite à ma vie passée. Sans ma chère épouse, qui travaille; nous étions allés ensemble en France au mois de mars, après la Fête du Printemps (le nouvel an chinois, pour ceux qui confondraient), réunion de famille et petit voyage au Portugal avec les frères et soeurs et belles-soeurs et beaux-frères. Un mois entier qui a épuisé ses droits aux congés. IMG_1901Nous avons rencontré des Chinois, le monde en est plein maintenant. Et puis le Portugal offre un permis de résidence à tous ceux qui achètent un logement pour l’habiter. Visa en or, il faut quelques centaines de milliers d’euros (quelques millions de yuans). Et beaucoup de Chinois ont l’argent et l’envie de s’installer ailleurs que dans leur pays où on se demande toujours ce qui arrivera demain (aujourd’hui est bien mieux qu’hier, mais ce n’est pas une assurance). En haut au centre huang jin ju liu, jaune métal résidence rester.

Au mois de juillet, je me suis senti poursuivi par la Chine. A la caissière de Carrefour qui me demandait pourquoi j’achetais sept boîtes de Régilait lait entierRégilait lait entier en poudre. Je lui a dit que c’était pour une amie chinoise qui les offrirait à sa grand-mère ; le lait français est bien meilleur et jamais dangereux. Elle m’a raconté que sa meilleure amie, qui est partie là-bas pour le travail, se désole: pas moyen de trouver un copain; tous les jeunes Français ont  une copine chinoise; et les jeunes Chinois n’osent pas (si un intéressé me lit malgré le filtrage de la Grande Muraille de Toile, qu’il soit attentif). Et à la gare de Vannes j’ai attendu pour monter dans le train derrière des bonnes soeurs et des jeunes filles qui allaient à Quimper.

IMG_4050_bonnes_soeursAccueilli par la famille en vacances en Bretagne, j’ai rencontré le patron d’un chantier naval de plaisance, qui venait prendre livraison d’un petit bateau que mon beau-frère vendait d’occasion. Il venait de passer quatre ans en Chine pour le travail. Nous avons eu le plaisir de discuter un peu en chinois (qu’il parle bien mieux que moi). Il a lui aussi une copine chinoise. Il l’avait emmenée en France et ils avaient logé chez lui, dans un endroit aussi tranquille que là où nous étions à discuter; les petits oiseaux chantent, personne en vue et les bruits de la vie dans la maison voisine sont imperceptibles.

IMG_3853_jardin_kernersMais elle n’est pas habituée au silence et à la tranquillité et s’est sentie très mal à l’aise, comme entourée de menaces invisibles. “La France et un beau pays, mais il n’y a personne”, disait mon épouse.

Moi aussi, je me suis mis à aimer la présence paisible de beaucoup de gens autour de moi. Étant à Rouen, je suis allé passer un après-midi sur la plage installée au bord de la Seine par la municipalité, pour le plaisir de lire dans un fauteuil de toile au grand air plutôt que devant une fenêtre de l’appartement.

IMG_4608_plage IMG_4613_plage_voileC’est un endroit sympathique, où on peu aussi faire des pâtés de sable, se rafraîchir sous le brumisateur, discuter entre mères de famille pendant que les enfants jouent dans les châteaux en plastique. En passant: les deux dames en costume islamique m’assurent que je suis bien en France; en Chine ce sont nécessairement des étrangères (il y en a cette année à l’université des langues étrangères).

IMG_4606_interditLa bibliothèque municipale a installé des kiosques où on peut emprunter tous les livres qu’on veut, sans formalité, à condition de ne pas les emporter hors de la plage. Au rayon des bandes dessinées, il y a des choses très éducatives qu’on ne trouvait pas quand j’étais petit, et en Chine non plus. Au rayon des romans pour adolescents il y a Jules Verne, Michel Tournier (Vendredi ou la vie sauvage), et aussi des traductions de Bukowski. Quand je le fait remarquer à la bibliothécaire, elle me dit qu’elles n’avaient pas eu beaucoup de temps pour faire le choix. En effet, le premier album qui me tombe sous la main au rayon des BD est un livre d’art, un recueil de reproductions de lithographies, dans la belle édition: “Le Piéton de Pékin” , de Fan Li, que je ne connaissais pas.

IMG_4533_pieton_couvertureJ’ai tout de suite aimé, tellement ça ressemble à la réalité que je connais, mais bien mieux, plus vrai et plus délirant en même temps.

IMG_4486_pieton_tiananmenTian an men: le monument a été ramené à l’échelle humaine, et on voit mieux qu’il y a beaucoup, beaucoup de monde.

IMG_4514_pieton_restauAu restaurant. Pas besoin de tendre l’oreille pour entendre le raffut. Là, c’est sûr, on n’est pas perturbé par le silence et la solitude.

IMG_4504_pieton_echangeurSous l’échangeur: les dames d’un groupe de voisinage répètent leur spectacle musical pendant que les voitures passent au ras de leurs têtes. Il y a 35 images comme ça. On ne trouve que d’occasion, ça vaut la peine de l’acheter.

Comme je disais au début, j’ai passé une partie de mon temps en France à visiter la vie que j’aurais eu si je n’étais pas parti (le reste du temps, je suis allé voir la famille et les amis, tout le monde va bien, et une petite-nièce est née pendant que j’étais là). Je suis passé par Nantes.

IMG_4881_quai_de_la_fosseQuai de la Fosse: j’avais failli acheter l’appartement du second étage dans la belle maison à fronton. Celui que j’avais acheté, dans un immeuble moins noble un peu plus loin, est de nouveau à vendre.

IMG_4868_rue_sesmaisonsDans le quartier où j’avais fini par acheter une maison avec jardin, mes voisins d’en face, une famille nombreuse, s’étaient installés dans une petite maison avec quatre fenêtres sur rue mais sans étage. Ils avaient le projet de l’agrandir et de la hausser; le père de famille est dans le métier. Ils l’ont fait, mais ils sont en vacances et je ne pourrai pas les féliciter. Pour donner raison à mon épouse, je n’ai rencontré personne dans le quartier, il a fallu que j’aille à la boulangerie pour parler à quelqu’un.

IMG_4872_jardin familialSur le chemin de la boulangerie, il y avait une friche de bonne terre. Un printemps, je m’étais amusé à y planter des capucines et semer un sachet de “fleurs des champs pour massifs”, qui avaient bien poussé. La friche a été aménagée en jardins familiaux pour les gens du HLM en face de la boulangerie.

IMG_5179_jujubierDans notre résidence à Tianjin, un vieux monsieur qui habite au rez-de-chaussée a réussi à préserver un jujubier sous ses fenêtres, qui donne beaucoup de fruits. Et chaque printemps il sort dans la cour des caisses de terre où il plante des haricots grimpants. Il passe une partie de ses journées sur un pliant à les contempler, et il les arrose tous les jours. Il y aurait des jardins familiaux dans le quartier, il serait dans le bonheur. Mais pas de place.

IMG_5064_residence_facteurLa cour de notre résidence avec son pavage de briques neuves. Au premier plan, un canapé de récupération que les retraités amateurs de conversations ont installé pendant que je n’étais pas là, et qui disparaîtra cet hiver. L’artisan fabricant de fenêtres pour rénovation a un chantier en cours. La verdure à gauche appartient à un autre vieux monsieur qui fait grimper des lianes fleuries sur les barreaux de sa fenêtre. Lui aussi sort ses caisses au printemps et les arrose tous les soirs. Mon épouse a une rangée de pots de fleurs sur l’appui de la fenêtre, et cultive des plantes aromatiques pour sa cuisine. Pourtant, quand je lui parle de s’installer à la campagne quand elle ne travaillera plus, elle n’y tient pas du tout.

Tout ça pour dire que je me sens bien en Chine, même si ce ne sera jamais “chez moi” pour des quantités de raisons. Mon petit voyage m’a conforté dans mon opinion. C’est la destinée qui m’a amené ici, et c’est une bonne destinée. Pourvu que ça dure.

IMG_4648_pont_de_boisRegardez ces deux Français retraités, qui partent en expédition touristique (ou reviennent, je ne les connais pas). Ils ont un air de prospérité et pourtant ils font la gueule. Ceux qui rêvent de s’installer en France ne comprendraient pas.

Le Père Noël à cheval

Il parait que les journaux qui nourrissent des envoyés spéciaux permanents dans les pays lointains veillent à les transplanter régulièrement. Celui qui est installé depuis trop longtemps quelque part ne voit plus ce qui est devenu banal pour lui, et qui est justement ce que les lecteurs attendent du témoin d’un monde exotique. Ceux qui en font un métier indépendant le savent aussi.

hesslerPeter Hessler, Américain installé en Chine depuis 1996 (il était arrivé comme professeur d’anglais dans une école normale, envoyé par le Peace Corps, et il est resté) a décidé en 2011 de s’installer en Egypte, et pour commencer d’apprendre l’arabe. J’en profite pour dire que son livre “Country driving”, qui raconte ses randonnées en voiture à travers les campagnes, est paru en français. Pour ceux qui connaissent l’anglais, il fait lire “River Town”, le récit de ses années d’enseignement et d’apprentissage à Fuling (au bord du Yang Tse, juste en amont des Trois Gorges, maintenant déplacée vers le haut par l’eau du barrage). Il était une autorité installée sur la Chine vue de l’intérieur. Quand le National Geographic a fait son numéro spécial en mai 2008, c’est à lui qu’on avait demandé le grand article. Maintenant, il veut faire autre chose, écrire sur ses nouvelles découvertes.

IMG_9559_agneauUn autre exemple: Justine, professeur de français, est une amie. Nous sommes allés déjeuner au restaurant français “Le Loft” (pour les gens de Tianjin, c’est dans Nanjing lu, à l’entrée de Jinzhou dao, la petite rue en face de l’hôtel Tangla). Elle n’avait jamais mangé un plat de viande servi à l’européenne, une assiette apportée par le serveur,  un morceau de viande qu’il faut couper avec le couteau et la fourchette. Manoeuvre compliquée: il faut mettre le couteau dans la main droite, tenir la viande avec la fourchette et couper, puis poser le couteau, reprendre la fourchette dans la main droite et manger. Je n’avais pas pensé que ça puisse être un sujet de débat (conclusion: couper avant et manger avec les baguettes, méthode chinoise, c’est mieux, on économise les gestes et la réflexion et on peut mieux apprécier le goût). Par contre, quand je mange avec les baguettes, je n’y pense plus et je ne sais plus en parler, alors que j’expliquais très bien jute après mon arrivée.

Je ne vais pas me comparer à Peter Hessler. J’écris ce blog pour me faire plaisir, et pour quelques lecteurs que je connais. Mais justement ça ne me fait plus plaisir d’écrire.  Certains se sont inquiétés de voir que mes journaux s’espacent. Donc je les rassure: je vais arrêter d’écrire ici mais ça ne veut pas dire que je vais mal. Peut-être que dans deux ou trois mois j’aurai envie de nouveau d’écrire, et des choses à raconter.

 

tianjin_boutique_nouvel_anEn attendant, quelques images de saison. Demain c’est le Nouvel An, on entre dans l’année du Cheval. La petite boutique de saison en bas de la résidence a rouvert. En vitrine, deux fois le caractère FU, le bonheur. Combien de milliards de fois ce caractère est-il imprimé ces temps-ci ? IMG_9657_patronne

La patronne est contente de poser. Sa boutique a été pleine de clients sans arrêt et j’ai été obligé d’attendre un moment favorable.

IMG_9658_patronne_dedansIl reste de grands chevaux en papier découpé, des lanternes et des tresses porte-bonheur.

IMG_9667_dedans_marchandiseLe cheval est un animal sympathique à associer aux marchandises, ici dans l’hypermarché d’à côté.

IMG_9617_budweiserIMG_9624_paquets_cadeauPour le Nouvel An on trouve tout en grande boîte cadeau: cinq kilos d’oeufs frais (à droite), des protéines pour remonter les vieux (plus loin)

IMG_9628_kit_greatwallet une panoplie Grande Muraille pour devenir buveur de vin, avec un tire-bouchon perfectionné (en bas) et un verre à pied, imitation d’un vrai verre Luminarc. C’est dans le journal aujourd’hui: la Chine est le premier pays consommateur de vin rouge.

Et aussi un souvenir de Noël à Qingdao.

IMG_8597_vierge_qingdaoJe suis arrivé le 24 décembre à la fin de l’après-midi. Mon amie Florence donnait ses cours à l’Alliance Française jusqu’à 9h du soir (Noël n’est pas jour de fête, c’est la vie de tous les jours). J’ai cherché la cathédrale et je l’ai trouvée.

IMG_8616_cathedrale_cortegeHeureusement que je suis arrivé trop tôt: quand le cortège de l’évêque est entré, il a fallu faire de la place pour qu’il puisse passer.

IMG_8622_evequeJ’ai pu voir monseigneur Li Mingshu, ordonné prêtre en 1949, puis emprisonné au temps de Mao, resté fidèle à l’Eglise de Rome, et que le Parti a été obligé d’aller chercher en 2000 pour en faire l’évêque de l’Eglise officielle.

IMG_8625_choeurJe le vois à gauche sur son trône épiscopal, dans le décor de la cathédrale allemande construite dans les années 1930.

IMG_8627_assistnce_1024IMG_8631_chorale_1024Voici la chorale qui faisait partie du cortège. (pour voir une grande image, cliquer dessus, il y a un ennui technique).

IMG_8632_bas_cote_1024creche_1024La crèche est dans le bas-côté droit. L’ange a bien une figure chinoise, mais ses cheveux ne sont pas noirs.

IMG_8643_cathedrale_dehorsQuand je sors, le grand éclairage de la façade est déjà éteint.

IMG_8669_salle de classe Le lendemain 25 décembre, je rejoins Florence dans sa salle de classe au lycée municipal N° 9 (c’est écrit sur le dos des uniformes), fondé en 1900 par Richard Wilhelm (traducteur du Livre des Mutations), et spécialisé dans les langues étrangères. Il n’y a pas beaucoup de lycées qui aient une résidence des experts étrangers. La voisine de Florence est Japonaise. La salle de classe est puissamment équipée: la petite caisse blanche au-dessus du tableau blanc est un projecteur video, et le point noir au-dessus du tableau vert est la caméra reliée aux écrans du bureau du directeur, qui peut ainsi suivre un cours sans déranger. Est-ce qu’on a ça en France ?

IMG_8682_eglise_lutherienneComme Florence ne doute de rien, elle a prévu de m’emmener à “un spectacle de chants de Noël dans une ancienne église allemande”.

IMG_8681_repetitionEn réalité, nous sommes dans le temple luthérien de Qingdao, et c’est l’heure de la répétition de la cérémonie de Noël (trois jours de suite, c’est trop petit pour accueillir toute la communauté plus les visiteurs ensemble).

IMG_8688_chorale_blancPuis, à l’heure prévue, les chorales arrivent en procession. Sur le grand écran, on peut suivre le texte des psaumes et regarder les chanteurs comme si on était au milieu d’eux.

IMG_8690_chorale_rougeEt à l’heure du prêche,

IMG_8717_en_chaireon voit que la parole de Dieu bénéficie de moyens à jour. Aussi bien, en son temps Luther aussi avait fait appel à la haute technologie : imprimer la Bible.

Donc j’arrête d’écrire pour l’instant.1(6846) On verra si dans quelques mois, avec un esprit rafraîchi, et l’inspiration positive de l’année du Cheval, je m’y remets.

 

Les choux de Qingdao

Le jour de Noël, 25 décembre, je me suis rappelé que je n’ai pas encore publié en 2013 un article à la gloire des choux qui ont donné leur nom à ce blog. Je venais d’arriver à Qingdao, pour rendre visite à Florence, professeur de français au lycée numéro 9, spécialité de langues étrangères. Elle est logée dans le pavillon des experts étrangers, comme ses consoeurs japonaise, allemande, espagnole, et ses confrères canadiens anglais.

carte_bohai_512Sur la  carte, Tianjin est en haut à gauche, Qingdao en bas vers la droite; le jalon rouge est posé tout près du lycée N° 9. Cliquer pour bien voir et explorer le paysage. Au moment où j’écris, Google montre des images de l’hiver 2012.

Ce n’est pas loin, un peu plus de 500 kilomètres, 4h de train rapide. Mais c’est une autre province, le Shandong, et Qingdao est au bord de la mer, avec des plages tout le long du côté sud.

IMG_8959_1200_mouettesVoici la carte postale de la ville: la baie, la plage et les rochers, le pavillon 1900 au bout de la jetée construite pour les premiers gros bateaux, et les grands immeubles au bout de la presqu’île qui dominent les maisons  construites par les Allemands au début du 20e siècle. C’était la grande concession allemande jusqu’à 1914, et ce sont eux qui ont construit la première brasserie en Chine (Bière Tsing Tao, maison fondée en 1903).

Mais je reparlerai de Qingdao. J’en étais à raconter que c’est la septième année de choux chinois qui se termine. Le temps passe. D’autant plus vite que le site qui héberge ce blog n’est pas accessible dans la province du Shandong (il l’est à Tianjin) et que mon service de VPN pour passer sous la Grande Muraille ne marche pas non plus.

IMG_9111_choux_camionDans la rue qui mène à l’entrée du lycée numéro 9, un camion de choux, sous leurs bâches en coton matelassé. Il gèle et le soleil est caché.

IMG_8667_chou_bonnet_jauneA l’heure de midi, il ne fait pas plus chaud; la patronne a le sourire, il ne reste plus qu’un rang au fond du camion.

IMG_9143_choux_orangesDans le soleil du matin, la marchandise a un air d’abondance. Les gens attentifs peuvent voir que les choux de la province du Shandong ne sont pas de la même variété que ceux de la municipalité de Tianjin.

IMG9149_marche_1200Ici nous ne sommes plus dans le quartier résidentiel où le commerçant vient tenter les maîtresses de maison, mais dans une rue qui monte depuis l’avenue Sun Yatsen (Zhongshan lu) où on trouve les montres Longines et l’entrée de la rue typique-authentique de Pichayuan, construite pour les touristes (où les gens de Qingdao viennent aussi; on y mange d’excellents poissons et fruits de mer).

IMG_9125_sept_chouxSept choux posés au coin du trottoir dans un autre quartier. Personne n’a l’air de veiller sur eux. Peut-être est-ce comme à Guernesey, où j’avais vu dans une rue tranquille une caisse pleine de petits sacs avec un panonceau “pommes de terre nouvelles, une livre les deux kilos” et une boîte en carton avec une fente pour y glisser l’argent. Mais il n’y a même pas de boîte en carton.

IMG_9101_chou_nature_morteCeux-ci se conservent mais ne se mangent pas: une petite nature morte proposée dans un café-studio d’artiste-salon de thé comme il y en a un peu partout; celui-ci est près de la cathédrale où j’ai assisté à la messe de minuit.

IMG_9102_cafe_cathedraleLe café est bon, et on peut se faire servir des alcools occidentaux. Nous reviendrons.

Plus le temps de parler de mon amie Florence ni des célébrations de Noël où elle m’a emmené (oui, j’avais abandonné ma famille, mais sans remords; ma chère épouse ignore Noël et au supermarché elle passe devant le rayon “articles de saison” garni de petits sapins à monter soi-même sans faire attention; d’ailleurs, les sapins sont maintenant remplacés par les décors rouges du Nouvel An) Ce sera pour le prochain article.

Ceux qui lisent l’anglais feraient mieux de lire The World of Chinese, revue et site qui raconte bien mieux la vie en Chine. Ils sont plusieurs, et même nombreux, à l’écrire.

Et bonne année 2014 degongyuan gongyuan l’ère commune. Nous passerons dans<a href="http://ebolavir.blog.